Manchester City 0-0 Real Madrid : l’analyse tactique

 

Après deux quarts de finale de faible niveau face au PSG et à Wolfsburg, on attendait peu de choses de ce « choc » entre Manchester City et le Real Madrid. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on n’a pas été déçu. Sans Ronaldo, le Real repart quand même de l’Etihad Stadium en position de grand favori avant le match retour.

Les compos : 

Annoncée à quelques minutes du coup d’envoi, l’absence du Portugais a redistribué les cartes côté Real et rendu la partie un peu plus indécise. En forme face à Villarreal et au Rayo Vallecano, c’est le jeune Lucas Vasquez qui l’a remplacé dans un onze madrilène sans surprise.

Côté City, c’est du classique aussi : Pellegrini a reconduit l’équipe qui a sorti le PSG en quart. Une formation renforcée par le retour de Kompany en défense centrale.

Manchester City vs Real Madrid - Football tactics and formations

Manchester City : sur la lancée de son quart de finale face au PSG 

On attendait le Real au départ mais c’est bien Manchester City qui est le mieux rentré dans cette demi-finale. Comme face au PSG, les Skyblues ont réalisé une grosse entame grâce à l’activité de leur milieu de terrain 100% brésilien : Fernando-Fernandinho.

Toujours aussi agressifs sur le porteur, les deux joueurs ont débuté la partie en réduisant au maximum les espaces autour de Kroos et Modric afin de priver le Real de ses principaux relais. Deuxième étape, maintenir la pression sur les autres relanceurs madrilènes qu’étaient Casemiro, Pepe ou Ramos afin de les pousser à la faute.

Pour ce travail, ils étaient accompagnés par De Bruyne et Aguero. Sur les côtés, Silva et Navas bloquaient Carvajal et Marcelo, tandis que les défenseurs serraient de près les attaquants madrilènes : Clichy-Bale, Kompany ou Otamendi-Benzema, Sagna-Lucas Vasquez. Ces derniers étaient parfois amenés à dézoner pour suivre leurs adversaires directs.

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Une séquence qui permet d’illustrer le volume de la paire Fernando-Fernandinho. Au départ, Fernando est sur Modric, Fernandinho sur Kroos.

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Le Real est contraint de repasser par Casemiro. Alors que Aguero et De Bruyne resserrent l’étau autour du milieu madrilène, Fernando poursuit sa course.

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Le jeu part vers Ramos : c’est au tour de Fernandinho de sortir alors que Fernando le couvre en récupérant le marquage de Kroos. Sur le côté, Navas va chercher Marcelo.

Sans les relais de Kroos et Modric dans l’entrejeu, les Madrilènes ont donc dû s’en remettre à Pepe, Ramos ou Casemiro pour ressortir le ballon. Or les trois hommes ont eu beaucoup de difficultés, rendant de nombreuses fois la possession à l’adversaire. Sur ces séquences, le Real a notamment payé les limites actuelles de Casemiro (trop lent avec le ballon).

Comme face à Paris, City en a profité pour gratter plusieurs ballons dans la moitié de terrain adverse. Mais cette fois, l’équipe de Pellegrini n’a pas su les transformer en occasions. La faute à des attaques peu tranchantes (Aguero, Navas ont manqué de vivacité) et des Madrilènes très impliqués à la perte du ballon.

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Sous la pression de De Bruyne, Ramos tente une passe difficile vers Lucas Vasquez. Fernandinho jaillit et récupère le ballon.

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Malgré cette perte de balle rapide, le Real reste toutefois en surnombre grâce à la prudence de ses latéraux au départ (4 joueurs), la présence de Casemiro (5) et le retour de Lucas Vasquez (6), pourtant battu par Fernandinho.

Cette bonne tenue de Manchester City face à la relance du Real Madrid n’a néanmoins pas tenu 90 minutes. Au fil de la deuxième période, le pressing s’est délité alors que l’activité du tandem Fernando-Fernandinho diminuait. Logique au vu des efforts qu’ils avaient accomplis depuis le coup d’envoi.

Le match est alors entré dans une deuxième phase avec un Real Madrid plus dominateur et présent dans la moitié de terrain adverse (voir plus bas). City s’en est alors remis au quasi sans-faute de la paire Kompany-Otamendi (sans oublier les arrêts de Hart) pour s’en sortir avec une cage inviolée.

Car lorsque le milieu de City ne tient plus, c’est en effet la défense qui doit prendre le relais.  C’est l’une des conséquences du marquage orienté sur l’adversaire pratiqué par les hommes de Pellegrini : ce dernier peut vite mettre les défenseurs centraux à découvert, les soutiens se retrouvant trop loin. Résultat, des un-contre-un parfois difficiles à gérer et une arrière-garde toujours à la limite.

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City a beau être en phase défensive, Kompany et Otamendi ne sont absolument pas protégés par leurs partenaires. L’Argentin se retrouve contraint d’aller au duel face à Bale.

Le Real sérieux en défense, City indigent en attaque : 

En difficulté avec le ballon en début de match, le Real Madrid a toutefois maîtrisé son sujet en défense, si l’on excepte quelques sorties au pressing mal négociées. Lorsque City avait la possession, les Merengues faisaient face en 4-1-4-1 avec un bloc médian. Otamendi et Kompany étaient laissés sans pression, l’équipe concentrant ses efforts sur la fermeture de l’axe.

L’objectif était clair : forcer City à passer par les côtés grâce au travail de Benzema, Kroos ou Modric afin d’orienter les relances de Kompany ou Otamendi. Une attention particulière était aussi portée aux déplacements de Silva dans le coeur du jeu.

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Milieu gauche au départ, Silva a l’habitude de repiquer dans l’axe pour créer le surnombre dans le coeur du jeu.

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Les Madrilènes avaient toutefois une réponse à ses déplacements : Carvajal serrait le marquage et la proximité de Bale et Modric permettait de réduire l’espace autour du milieu espagnol.

Comme le montre l’image ci-dessus, les premières solutions pour City passaient par du jeu direct à destination des attaquants (De Bruyne-Aguero). Le circuit passait par les latéraux puis du jeu long dans le dos de Marcelo ou Carvajal. Problème, à la retombée, Aguero a souvent explosé au contact des défenseurs madrilènes et rendu le ballon.

L’autre possibilité pour City est donc venue de séquences de pressing mal coordonnées des Madrilènes. Cela s’est surtout passée sur le flanc droit, lorsque Kroos était pris de vitesse par les démarrages de Fernandinho.

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City parvient à prendre de vitesse le Real Madrid. Sagna et Navas sont en avance sur Lucas Vasquez et Marcelo.

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Résultat, Navas lance Fernandinho à l’intérieur : le Brésilien dépose Kroos et peut lancer Aguero en profondeur… mais Pepe veille en couverture.

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Autre possibilité, sur attaque placée cette fois, les mouvements de De Bruyne qui lui permettent de fausser compagnie à Casemiro dans l’axe pour ensuite attaquer Ramos en un-contre-un.

La sortie sur blessure de David Silva (40e) a réglé ce problème De Bruyne. L’entrée de Iheanacho à la place de l’Espagnol a en effet repoussé le Belge sur le flanc gauche, rendant ses déplacements plus simples à contrôler.

Déjà très faible en première mi-temps (2 tirs, aucun cadré), la baisse de régime de Fernando-Fernandinho (moins de ballons de récupération = moins de transitions) et la nouvelle organisation (4-4-2 avec Aguero-Iheanacho dans l’axe) ont achevé l’attaque des Skyblues après la pause. Résultat, aucun travail pour Keylor Navas (0 tir cadré) !

Le schéma ci-dessous confirme la réussite défensive du Real dans ce match : les joueurs de Zinedine Zidane ont cantonné les Citizens sur les côtés, contrôlant la plupart de leurs attaques sans difficulté.

Le Real dans le camp adverse :

Rendue compliquée par le pressing de Manchester City en première mi-temps, la construction madrilène a toutefois développé quelques mouvements intéressants afin de prendre à défaut le marquage orienté sur l’adversaire de Pellegrini.

Point faible pour sortir le ballon, Casemiro devenait quasiment une solution lorsque le Real franchissait la ligne médiane. En s’infiltrant dans la zone de Fernando et Fernandinho, le Brésilien attirait l’attention de l’un de ses compatriotes, ce qui libérait de l’espace pour un partenaire chargé de la construction (Kroos, Modric, voire Pepe).

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Alors que Fernandinho est au contact de Kroos, Casemiro et Modric se déplacent côté ballon afin d’attirer Fernando. Résultat, de l’espace se libère à l’opposée pour la montée de Pepe.

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Même séquence quelques minutes plus tard : cette fois, c’est Modric qui profite de la passe de Kroos et du travail sans ballon de Casemiro.

Pellegrini a toutefois rapidement noté ce problème et a profité de la sortie de Silva pour s’ajuster. Iheanacho a en effet eu pour tâche défensive de suivre les déplacements de Casemiro afin de permettre à Fernando et Fernandinho de se focaliser sur les joueurs plus créatifs du Real (Kroos, Modric, Bale…) et d’éviter les décalages.

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A l’inverse de De Bruyne, Iheanacho a pour consigne de suivre Casemiro lorsqu’il se déplace dans le camp de City.

La baisse de régime de City en deuxième mi-temps a permis au Real Madrid de ressortir les ballons plus facilement. Conséquence, plus d’espaces pour Modric et Kroos et surtout moins de distances avec les attaquants. Cantonné à l’aile droite en première mi-temps, Bale a pris les choses en main après la pause et est souvent redescendu dans l’entrejeu afin d’offrir des solutions.

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Le changement de registre très clair de Bale après la pause : de l’aile droite au coeur du jeu avec une préférence pour le flanc gauche.

A défaut de trouver verticalité ou profondeur, le Real est beaucoup passé par les côtés pour approcher les buts de Hart. Comme à son habitude, Marcelo a beaucoup apporté à gauche grâce à ses montées variées. Le Real a souvent penché de son côté pour finir à droite avec Carvajal, très en vue et passeur sur le seul tir dans le jeu et dans la surface des Madrilènes (Jesé, 71e).

Statistiquement, impossible de nier la montée en puissance des Madrilènes au fil de la deuxième mi-temps. A la pause, le compteur tirs affichait un triste 2-2. Au coup de sifflet final, il pointait à 4-13. Néanmoins, sur ces 13 tentatives, 6 sont venues de coups de pied arrêtés, dont les trois plus grosses occasions signées Ramos (53e), Casemiro (78e) et Pepe (81e).

Conclusion : 

Difficile de s’enflammer après ce premier match… mais si le football devait se juger comme la boxe, le Real Madrid mènerait assez largement aux points après ce premier round. Bousculés au coup d’envoi, les joueurs de Zidane n’ont malgré tout rien concédé derrière (ou si peu).

Devant, il n’a sans doute manqué que Ronaldo pour punir la faiblesse de City sur phases arrêtées.. Son retour prévu pour la semaine prochaine pourrait rapidement sceller le sort de cette demi-finale… pour peu que l’opposition tactique reste la même.

Sans Silva, City aura en effet beaucoup de mal à créer du jeu et sera encore plus dépendant de l’efficacité de Fernando-Fernandinho à la récupération pour être dangereux en attaque. Le problème, c’est qu’en récupérant Ronaldo, le Real aura aussi une arme supplémentaire pour déjouer ce pressing et développer du jeu rapide.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 réponses

  1. Simon Le Barillec dit :

    Fernandinho sortant très loin du milieu de terrain, les espaces créés auraient pu profiter à un joueur comme Isco capables de pénétrer l’espace balle au pied oú s’y glisser sans le ballon.
    Dommage de le voir rentrer si tard…

  2. Zidor Vénold dit :

    Pour moi c’est mal, mais je voulais que le Réal Madrid soit gagner les deux rencontre aller et retour. L’absence de CR7 a fais du mal à notre équipe et je veux Zidane ne sois pas furieux contre James; si j’étais à la place de ZZ j’aurrais asseyer James vers 65′(minutes) à la place de Lucaz V. j’aime pas ce ZZ veut fairte avec James si non Réal Madrid paierais ça très cher comme pour Di Maria.

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