Manchester City – Monaco : la preview tactique

Une semaine après le PSG, c’est au tour de Monaco de faire son retour en Ligue des Champions ce mardi. Les joueurs de Leonardo Jardim ont rendez-vous à l’Etihad Stadium pour croiser le fer avec Manchester City.

Le meilleur taux de conversion contre la meilleure production offensive 

Alors que l’on entre dans le dernier tiers de la saison, l’équipe monégasque peut toujours s’appuyer sur la meilleure attaque d’Europe avec plus de 100 buts inscrits, toutes compétitions confondues. Principale raison de leur présence en tête de la Ligue 1, leur réalisme (1 but tous les 4,8 tirs) sera aussi primordial dans ce huitième de finale.

Point positif pour l’ASM, Manchester City a de gros problèmes d’efficacité défensive cette saison. L’équipe de Pep Guardiola concède peu d’occasions, mais celles-ci sont en général de qualité (0,114xG par tir concédé) et les adversaires en profitent (un but encaissé tous les 6,6 tirs). Pour Monaco, il s’agira donc d’être efficace en convertissant les « big chances » et autres situations qui se présenteront.

Mais pour atteindre les quarts de finale de la Ligue des Champions comme en 2015, les Monégasques devront surtout être efficaces derrière. C’est d’ailleurs sans doute dans ce secteur que se situe la clé de cette double confrontation pour eux. Car en face, Manchester City se présente avec l’un des meilleurs bilans du continent en terme de production offensive.

Avec 2,26xG/match, les Skyblues ont la meilleure attaque virtuelle de Premier League. Deuxième du classement, Liverpool est assez loin de l’équipe de Guardiola (1,97 xG/match). A titre de comparaison, le PSG est en tête en Ligue 1 avec 1,99 xG/match. Monaco est 3ème (1,76) juste derrière l’Olympique Lyonnais (1,80). Il n’y a que deux équipes dans les cinq grands championnats qui produisent (un peu) plus que City : le Real Madrid et le FC Barcelone (2,3 xG/match).

Manchester City a beau avoir de nombreux défauts, l’équipe sait déjà bien attaquer et le prouve presque tous les week-ends. Pep Guardiola est aussi très au point lorsqu’il s’agit de trouver les points faibles dans les défenses adverses. Il n’hésite d’ailleurs pas à ajuster son équipe en conséquence afin d’insister le plus possible dessus. Mais y’a-t-il des failles dans la défense de l’AS Monaco ?

Sanctionner le pressing haut :

Depuis la reprise de janvier, l’équipe de Jardim a croisé la route des deux seules véritables équipes de possession en Ligue 1 : le Paris Saint-Germain et l’OGC Nice. Et lors de ces deux rencontres, le technicien portugais a opté pour un pressing haut afin de bloquer les sorties de balle.

Le traditionnel 4-4-2 se transformait alors en 4-3-3 grâce à la montée de Bernardo Silva aux côtés de Falcao et Germain. Trois joueurs pour s’opposer aux 3 solutions courtes offertes au gardien de but. L’équipe s’appuyait ensuite sur la mobilité de son deuxième rideau (Lemar, Fabinho, Bakayoko) pour contrôler la largeur et bloquer les couloirs en cas de jeu direct du gardien vers les latéraux (visible surtout face au PSG).

Cette approche était le fruit d’un risque calculé : Jardim a jugé que son équipe avait plus à gagner (récupérations de balle haute) qu’à perdre en allant chercher les Parisiens et les Niçois dans leur propre camp.

Les deux rencontres lui ont donné raison puisque aucune des deux équipes n’a réussi à inquiéter Monaco sur attaque rapide. On touche là à l’une des forces de l’ASM : les milieux de terrain axiaux, Bakayoko et Fabinho, ont été bien plus rapides pour se replier que les attaquants adverses pour sanctionner un pressing manqué (et profiter d’une sortie de balle réussie).

Les raisons étaient multiples : manque de justesse technique (PSG, Matuidi), mauvaises orientations sur la première touche de balle (Nice, Seri, Cyprien), manque de profondeur et de mouvement devant (Nice, Balotelli)…

Mardi soir, Manchester City aura en revanche ce qu’il faut pour être beaucoup moins clément que le PSG ou l’OGC Nice. Si l’équipe de Pep Guardiola réussit à sortir le ballon malgré la pression, elle a ensuite des joueurs capables d’aller très vite vers le but adverse.

Généralement présents derrière la ligne de pression, Silva et De Bruyne sont les milieux offensifs qui font le plus avancer le jeu en Premier League. Autant dire que si la relance de Man City parvient à les trouver dans le dos des milieux monégasques, ces derniers devront encore élever leur niveau pour réussir à les rattraper…

… surtout que devant, les Skyblues ne manqueront pas non plus de solutions. Sterling et Sané ont certes encore pas mal de déchets dans le jeu, mais pour ce qui est d’attaquer les espaces et offrir des solutions en profondeur, les deux attaquants déçoivent rarement. Même malgré l’absence Gabriel Jesus, City a donc de vrais arguments pour sanctionner le moindre pressing manqué par l’ASM.

Reste à savoir quelle sera l’approche de Leonardo Jardim. Osera-t-il aborder cette confrontation comme il l’a fait avec le PSG et Nice ou optera-t-il pour une approche plus passive face à la relance ? En faisant le choix d’attendre Manchester City, il pourrait forcer l’équipe de Guardiola à se découvrir pour créer le danger. Un déséquilibre qui pourrait offrir à Monaco des situations à exploiter en contre-attaque.

On a évoqué ce sujet dans le dernier épisode de Vu du Banc, le Podcast du Jeu (à partir de 55’45).

La voie des airs :

Dans sa moitié de terrain, l’AS Monaco défend en 4-4-2. Les milieux forment une première ligne très compacte, qui vise à empêcher les pénétrations dans l’axe afin de mieux enfermer l’adversaire sur les côtés. Vu depuis l’autre camp, ce système défensif offre des possibilités de progression dans les couloirs, la difficulté étant ensuite d’en sortir pour atteindre les 30 derniers mètres (ou la surface).

Mais il y a une option pour couper court à ce problème : les centres en profondeur. Les chiffres le montrent : Monaco n’est pas une équipe imprenable dans les airs, malgré la présence de Glik (6,8 dégagements par match). Après 25 journées de L1, les joueurs du Rocher ont encaissé 9 buts de la tête sur les 24 concédés au total, soit 37,5%. C’est tout simplement la plus grande proportion de buts concédés de la tête dans les 5 principaux championnats : l’équipe de Jardim devance le Borussia Mönchengladbach (34,7%).

La vidéo ci-dessus illustre en quelques exemples le pourquoi de ces difficultés, contre-coup direct de l’activité et des espaces très resserrés par l’ASM dans le coeur du jeu : le joueur libéré sur le côté a toujours de l’espace et du temps pour centrer. Le latéral monégasque cherchant en priorité à protéger la profondeur, il ne sort jamais cadrer le centreur. Ces ballons qui partent vite dans la surface ne laissent en plus pas assez de temps aux milieux pour revenir. Résultat, pas mal de situations d’égalité numérique entre les défenseurs et les attaquants au 2ème poteau.

Là encore, ce point faible n’est que la résultante d’un choix de l’entraîneur. Si l’on se réfère aux Expected Goals et Expected Assists, les tirs de la tête et les centres de loin font partie des actions les moins dangereuses pour une défense. Monaco possède d’ailleurs la 2ème défense de Ligue 1 selon ce modèle (1,00 xG/match) malgré 7% de tirs concédés dans les 6m (19ème) et 54% (16ème) dans la surface de réparation (on en déduit que l’équipe concède beaucoup de tirs de la tête).

Ce risque choisi est payant tant que l’adversaire ne peut pas s’appuyer sur un excellent centreur… Or, Manchester City compte peut-être dans ses rangs l’un des meilleurs joueurs du continent dans l’exercice en la personne de Kevin De Bruyne. Le Belge est le meilleur centreur de Premier League dans le jeu depuis le départ de Dimitri Payet (1,6 centres-clés/90 min) et l’un des plus prolifiques (8,5 centres tentés/90 min). Si Monaco lui laisse autant d’espaces qu’à Dalbert ou Meunier, il est évident que son pied droit lui permettra de mettre le ballon dans des zones dangereuses.

Heureusement pour Monaco, les Skyblues ne comptent pas en plus d’excellents joueurs de tête. Là encore, l’absence de Gabriel Jesus est une bénédiction pour l’ASM puisque le Brésilien était vite devenu le leader d’attaque dans ce secteur (1,3 tirs de la tête/90 minutes). Derrière, Iheanacho pointe à 0,6, Aguero à 0,4 et la paire Sterling-Sané à 0,1. Pour les Monégasques, il s’agira donc d’être très attentif aux marquages dans la surface. Les performances de Sidibé et Mendy, déjà coupables de quelques oublis dans ce secteur, seront à scruter de près…

Et si Guardiola nous surprenait ?

Avec De Bruyne et ces centres en profondeur, Pep Guardiola a peut-être un bel atout pour être dangereux en limitant les risques de déséquilibre. Encore faut-il qu’il parvienne à mettre le Belge dans les meilleures conditions possibles pour faire parler la qualité de son pied droit.

Face à Chelsea il y a quelques mois, le 3-4-3 utilisé par Guardiola avait permis de créer de l’espace à De Bruyne et même Silva dans ces fameuses zones médianes sur les côtés. Le technicien catalan s’était très intelligemment servi des courses des latéraux sur les ailes pour embarquer les latéraux adverses et offrir du temps avec le ballon à ses deux éléments les plus créatifs.

Défensivement, le 3-4-3 pourrait en plus permettre à City de se renforcer dans plusieurs secteurs importants. Au vu de ses déclarations en conférence de presse, l’entraîneur mancunien compte beaucoup sur Yaya Touré. Dernièrement, l’Ivoirien a évolué en tant que n°6 dans un système très offensif en couverture de David Silva et Kevin De Bruyne.

Difficile d’imaginer une telle association au milieu de terrain face à des Monégasques capables de profiter de la moindre transition. En ajoutant un élément dans l’entrejeu (Fernandinho ?), Man City s’offrirait un peu plus de garantie quant à son équilibre. Autre point en faveur du 3-4-3, les défenseurs centraux seraient en surnombre par rapport à Falcao et Germain, dont les relais sont très importants dans la construction de l’ASM.

Une interrogation subsisterait concernant l’utilisation et l’animation des couloirs. L’animation offensive dépendrait beaucoup des profils alignés dans ces zones, de Sané-Sterling pour la plus offensive à Clichy-Zabaleta pour la plus « conservatrice ». Pour rappel, contre Chelsea, Guardiola avait fait confiance à Sané et Jesus Navas.

Alors, Pep Guardiola va-t-il surprendre en ressortant ce système ou fera-t-il le choix de poursuivre sur la dynamique actuelle de Manchester City (4-2-3-1 ou 4-3-3) ? Début de réponse dans quelques heures lorsque les compositions des deux équipes seront rendues publiques.


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4 réponses

  1. MagicFoot dit :

    Très bonne analyse; la clé pour Monaco sera le pressing, surtout Yaya Toure ce n’est pas regista, il faut le cibler, et mettre de l’intensité de manière générale; City est meilleur depuis le retour des deux 10 au cœur du jeu, je pense que Monaco subira le jeu de Guardiola, après sans être la meilleure équipe de contre du monde, il y aura un max de possibilités dans le dos des latéraux Citizen; après la plus grande force de Monaco, ce sont ses taux magiques de finitions offensives, ils peuvent largement donner une leçon de réalisme face à une équipe qui sera dominatrice je pense. Alternance : pressing/bloc bas, compact, contre-attaque et toucher rapidement les deux pointes. Monaco doit s’inspirer de ce qu’a fait le PSG dans un style différent qui lui est propre.

  2. sudo dit :

    bonjour j’adore ce que vous faites, ou est ce que je peux trouver toutes les stats que vous utilisez et particulièrement les excpected goals ?
    merci bcp et continuez comme ça c’est top

  3. favro laurent dit :

    bjr, super analyse comme d’habitude…. Vous suggérez à juste titre un passage à un 3/4/3 pour City mais pour trouver pallier de manière efficace la suspension de JEMMERSON peut-on envisager pour MONACO un 4/4/2 en losange avec DIRAR et LEMAR sur les cotés BAKAYOKO en pointe basse; SILVA en pointe haute……..ce qui permettrait à FABINHO de descendre dans l’axe……..les avantages d’un tel dispositif me paraissent ……………..

  4. Lost in T dit :

    Je découvre l’article après la bataille!

    Tres sympa cette analyse d’avant match. J’espère qu’on y aura droit souvent!

    Super vidéo sur la relance niçoise face au pressing monégasque. Le Barça avait le même défaut lors du match à Paris.

    Ce rapport possession / pression est au cœur des grands matchs en ce moment.

    Bonjour au chat!

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