Manchester City 1-3 Bayern Munich, l’analyse tactique

Pas toujours convaincant depuis le début de la saison, le Bayern Munich a récité son football hier soir à Manchester. Très vite submergé par le pressing adverse, les Skyblues ont payé leur manque de cohésion en première mi-temps, oubliant l’importance du n°6 dans les systèmes de Pep Guardiola. Les ajustements effectués après la pause ont offert quelques minutes de répit aux locaux, avant que le Bayern ne s’adapte à son tour pour plier la rencontre.

Pas de coup tactique à signaler au coup d’envoi : d’un côté comme de l’autre, les deux équipes s’avançaient dans leurs systèmes de jeu traditionnels pour cette saison 2013/2014. Côté visiteurs, le 4-1-4-1 de Guardiola voyait Lahm devant la défense et Müller en position d’attaquant (Neuer – Rafinha, Boateng, Dante, Alaba – Lahm – Robben, Schweinsteiger, Kroos, Ribéry – Muller). Manuel Pellegrini optait lui pour son 4-4-2 avec Aguero et Dzeko en pointe, devant la paire Touré-Fernandinho dans l’entrejeu (Hart – Richards, Kompany, Nastasic, Clichy – Jesus Navas, Touré, Fernandinho, Nasri – Dzeko, Aguero).

L’approche tactique de Pellegrini pouvait déjà surprendre au coup d’envoi : sur le papier, ses milieux de terrain se retrouvaient en infériorité numérique face à leurs homologues bavarois. City ne semblait pas partir pour rivaliser avec son adversaire en terme de possession de balle : mais avec deux attaquants, et un Jesus Navas en forme sur l’aile, les Skyblues espéraient sans doute faire la différence sur attaque rapide, utilisant la qualité de passes de Fernandinho ou Yaya Touré pour exploiter les espaces dans le dos de la défense adverse.

Un bloc bavarois très haut d’entrée de jeu : 

Les premières secondes de la partie ont d’ailleurs confirmé ce projet puisque Neuer a dû quitter sa surface de réparation pour dégager en touche un ballon en profondeur à destination de Aguero. Sortant d’une prestation décevante malgré la victoire face à Wolfsburg (1-0), les Bavarois prenaient en effet des risques en évoluant très haut, la défense se retrouvant juste derrière la ligne médiane. Mais de risque il n’y avait plus à partir du moment où les milieux de terrain étaient en mesure d’étouffer leurs adversaires directs. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé.

Sur le papier déjà, l’opposition du Bayern face à la relance de Manchester City mettait Schweinsteiger et Kroos dans les zones préférentielles de Touré et Fernandinho, Ribéry et Robben fermant les couloirs face aux latéraux adverses. L’activité de Muller à la pointe de l’attaque et la présence de Lahm en couverture permettait aussi au Bayern d’aller chercher la première relance adverse : à tour de rôle, Schweinsteiger et Kroos accompagnaient leur attaquant de pointe, bénéficiant de la compensation de Lahm qui montait d’une ligne pour reprendre le marquage de l’adversaire qu’ils abandonnaient.

Pour le Bayern, l’objectif principal était d’empêcher la création de surnombre en faveur de City aux abords de la ligne médiane, zone depuis laquelle les milieux adverses pouvaient ensuite lancer leurs attaquants dans l’espace (Aguero, Jesus Navas). Conserver toujours deux joueurs sur Touré et Fernandinho était la première étape de ce travail ; la seconde consistait à empêcher toute possibilité de surnombre venant des décrochages des attaquants.

Profitant du soutien de Lahm dans leur zone, Boateng et Dante se sont ainsi montrés très agressifs sur Aguero et Dzeko, les empêchant d’offrir des appuis au milieu de terrain. De la même façon, les déplacements de Jesus Navas et Nasri étaient traqués par les joueurs de couloir : Alaba et Rafinha dans un premier puis, en cas de décrochage prolongé dans le camp adverse, Ribéry et Robben récupéraient le marquage, laissant les latéraux adverses à leurs partenaires du couloir.

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Le Bayern évolue très haut afin de maintenir une forte présence dans la zone de Touré-Fernandinho. Ici, Schweinsteiger s’apprête à se replacer dans la zone de Touré après être sorti au pressing. Kroos et Lahm sont en place, face à Fernandinho et Dzeko.

L'autre travail de Lahm :

L’autre travail de Lahm : être capable de compenser lorsque l’un de ses partenaires du milieu de terrain doit lâcher son vis-à-vis. Ici, Kroos se retrouve à chasser Jesus Navas, venu demander le ballon à l’intérieur. En couverture, Lahm se retrouve dans la zone de Yaya Touré, permettant de le garder sous contrôle avec Schweinsteiger sur Fernandinho.

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Jesus Navas décroche au milieu de terrain mais ne peut créer le surnombre dans l’axe, la faute à Ribéry qui suit son déplacement, laissant Alaba avec Richards derrière lui. Schweinsteiger et Kroos sont au contact de Touré et Fernandinho. En retrait, Lahm est tranquillement en couverture alors que Muller tente de bloquer la transmission entre Navas et Kompany.

A l’inverse du meilleur Barça de Guardiola, qui demandait un maximum d’efforts à ses ailiers (Pedro et Villa) pour aller chercher la première relance, le Bayern s’appuie d’abord sur l’activité de ses axiaux pour mettre en difficulté son adversaire. Face à City, Muller a été particulièrement important par sa capacité à multiplier les courses et à revenir travailler défensivement après avoir été dépassé afin de bloquer les solutions de soutien. Encadrés et soutenus par Lahm, Ribéry et Robben pour empêcher les surnombres, Kroos et Schweinsteiger ont pu tranquillement éteindre Touré et Fernandinho.

Le Bayern par les couloirs : 

A partir du moment où les Citizens étaient neutralisés dans l’entrejeu, le Bayern était libre de prendre possession du ballon et du terrain. Petit chiffre pour illustrer l’efficacité du pressing bavarois : à la mi-temps, City ne dépassait pas les 100 passes alors que le Bayern approchait déjà les 350. Une supériorité qui s’expliquait par l’absence de cohésion défensive entre la paire Dzeko-Aguero et leurs milieux de terrain. Tout au long du premier acte, Lahm s’est retrouvé libre de tout marquage entre les deux premières lignes anglaises.

Le capitaine bavarois redescendait aussi à la relance en cas de besoin, créant là encore le surnombre face aux deux attaquants en s’intercalant entre ses deux défenseurs centraux. Le jeu du Bayern passait ensuite par les côtés, City attendant dans l’axe avec Touré et Fernandinho pour bloquer Kroos et Schweinsteiger. En début de partie, l’Ivoirien aurait pu gagner quelques ballons très dangereux pour la défense adverse en étant mieux exploités.

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L’un des rares moments où City a perturbé la relance du Bayern. Aguero et Dzeko sur Dante et Lahm, bloquant la transmission vers le côté opposé. Dans l’axe, Touré est prêt à sortir sur Schweinsteiger, seule « solution facile » pour Lahm.

Afin d’éviter cette menace, le Bayern a rapidement opté pour les ailes afin de remonter le ballon dans le camp adverse. Lahm décrochait pour faciliter la distribution sur la largeur et Boateng ou Dante se chargeaient de la première passe vers l’avant, à destination des joueurs de couloir. Côté gauche, Ribéry attirait généralement deux adversaires sur lui (Jesus Navas et Richards), offrant ainsi des espaces à Alaba et Kroos. Le premier les mettait à profit pour lancer des combinaisons avec le Français et se projeter ensuite dans les 25 derniers mètres. Le second fonctionnait en complément de ses deux partenaires, restant en soutien en cas de montée de son latéral.

Côté droit, les relances de Boateng trouvaient généralement Rafinha ou Robben dans le camp adverse, le long de la ligne de touche. Dans les deux cas, les Bavarois ont largement profité de la passivité des latéraux adverses. Opposés à Nasri et Clichy, les deux hommes bénéficiaient des soutiens de Muller et Schweinsteiger. Le premier allait demander le ballon sur l’aile, dans le dos du latéral adverse ; le second se déplaçait lui à hauteur du porteur de balle, attirant vers lui le milieu axial le plus proche. Lahm restait lui en retrait, à la fois en soutien et en couverture de ses coéquipiers.

Muller se déplace sur l'aile droite, attirant à lui Nastasic et le reste de la défense de City.

Muller se déplace sur l’aile, attirant Nastasic et le reste de la défense de City. A défaut de trouver des solutions dans la profondeur, l’objectif du Bayern est de ressortir le ballon du couloir pour amorcer un changement de jeu rapide vers Ribéry, et exploiter l’espace côté opposé. Pendant toute la première mi-temps, l’absence d’un joueur au marquage de Lahm a permis cette distribution diagonales de la droite vers la gauche, passant par ce dernier et Kroos pour arriver jusqu’au Français.

L’activité défensive inexistante de Dzeko et Aguero permettait au Bayern de ressortir des couloirs sans difficulté quand ils ne pouvaient pas progresser : : à droite, Lahm était quasiment toujours disponible pour ressortir les ballons. Et si, par le plus grand des hasards, il était pris par un adversaire, c’est Boateng et Dante qui offraient à leur tour leurs services pour renverser le jeu. Même situation côté gauche : Kroos ou Alaba étaient généralement libres de tout marquage lorsqu’ils restaient en retrait des actions.

Depuis sa position axiale, Yaya Touré a tenté de remédier à ce problème en quittant la première ligne de quatre. Ses montées ont entraîné le resserrement dans l’axe des milieux restés en position, rendant encore plus évidente la nécessité de changer le jeu pour les Bavarois. Les deux premiers buts du Bayern sont venus de ce type de situations. Sur le premier but, Rafinha remonte la balle sans être attaqué sur son côté avant de changer le jeu pour Ribéry, qui fait la différence face au repli de Jesus Navas (7e). Sur le second, c’est une transversale de Dante de la gauche vers la droite qui met Muller au duel avec Clichy (56e), alors que Aguero est revenu des vestiaires avec la consigne de suivre Lahm de plus près.

Ribéry a embarqué Jesus Navas. Kroos est monté aux avants-postes, laissant Alaba en retrait. Touré tente de sortir sur le latéral. Nasri resserre donc dans l'axe pour aider Fernandinho. L'aile opposée est ouverte et le changement de jeu possible.

Ribéry a embarqué Jesus Navas. Kroos est monté aux avants-postes, laissant Alaba en retrait. Touré tente de sortir sur le latéral. Nasri resserre dans l’axe pour aider Fernandinho. L’aile opposée est ouverte et le changement de jeu possible.

La première mi-temps a vu un circuit allant de la droite vers la gauche se mettre en place côté bavarois. Le ballon remontait d’abord par Boateng et circulait entre Robben, Rafinha, Muller et Schweinsteiger, attirant à la fois la défense et le milieu adverses vers le couloir. Puis, en fonction du positionnement de Aguero et Dzeko, le ballon ressortait de cette zone en passant par Lahm ou, de nouveau, Boateng.

S’ils trouvaient leur milieu défensif, les Bavarois pouvaient ensuite passer par Kroos dans le coeur du jeu (seul dans un grand espace avec Fernandinho), qui se chargeait de poursuivre le renversement de jeu vers Ribéry, accompagné par la montée d’Alaba sur l’aile. Si Lahm était pris, le renversement de jeu avait besoin d’un relais supplémentaire : le ballon repassait par les défenseurs centraux (Boateng puis Dante), qui envoyaient à leur tour le jeu côté gauche… à moins qu’une solution ne se présente à eux dans l’axe.

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Le ballon ressort du couloir par Lahm directement sur Dante. Ribéry se déplace intelligemment dans l’intervalle entre Touré (face à Kroos) et Navas (face à Alaba) pour demander le ballon dans le rond central.

Deuxième mi-temps : 

Mené d’un but seulement à la pause malgré l’énorme domination allemande, City a semblé mieux revenir après la pause. Aguero se rapprochait enfin de Lahm, rendant le pressing des Skyblues un peu plus cohérent au milieu de terrain. Les joueurs de Pellegrini se sont même offerts de phases de possession dans le camp allemand… Avant d’être punis sur un nouveau changement de jeu. Aguero sur Lahm, c’est Dante qui s’est lui-même chargé de la transversale à destination de Muller sur le second but. Un jeu plus direct pour répondre à un adversaire désormais en mesure de bloquer les solutions courtes autour du porteur de balle.

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Avec Jesus Navas, Touré et Aguero, City bloque les trois solutions courtes qui se présentent à Dante. Sans l’avantage du nombre au milieu de terrain, inutile pour Muller de s’approcher du ballon : l’attaquant allemand cherche donc l’espace et se fait oublier dans le dos de Clichy. Un alignement défaillant plus tard, il inscrit le but du break.

Trois minutes plus tard, c’est un pressing gagnant dans le rond central qui a permis au Bayern de plier définitivement la rencontre… tout en garantissant une dernière demi-heure du domaine de l’anecdotique. Manchester City a tout de même profité du ralentissement du tempo pour sauver l’honneur grâce notamment à l’entrée en jeu de ses deux Espagnols, Negredo (pour Dzeko, 57e) puis Silva (pour Aguero, 70e). Mieux positionnés défensivement, et plus à l’aise entre les lignes (pour Silva évidemment), les deux hommes ont permis à City de terminer la rencontre avec quelques raisons d’espérer une progression dans l’avenir.

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10 réponses

  1. Larson #OM dit :

    Très bon,comme d’habitude.

    PS: Traumatisé par le contre de Dortmund hier, j’ai cru voir son remake (en un peu moins intense, certes) à la manière du Bayern ce soir.

    http://img703.imageshack.us/img703/8549/fyh5.png

    http://img94.imageshack.us/img94/9159/vdc8.png

    http://img197.imageshack.us/img197/9180/pehs.png

    http://img46.imageshack.us/img46/4507/q2z2.png

  2. ILOVEBAYERN dit :

    Excellente analyse (comme d’habitude)… simplement sur le dernier quart d’heure, au delà des changements positifs pour City, c’est surtout la rentrée de Kirchhoff qui a été catastrophique: remplaçant Schweinsteiger, il a pris la place de Lahm et l’entre jeu s’en est trouvé très perturbé. Il était systématiquement en retard sur son placement, manquait de volume de jeu, et est impliqué sur le but, et l’expulsion de Boateng (où il gène Dante).

    Sinon au delà de l’aspect tactique, je trouve qu’il manque quelque chose au niveau du mental à city (à 0-3: ça peut très bien monter à 0-5). Un complexe ligue des champions? Et Hart n’est pas tout propre même si c’était de sacrés frappes.

  3. En effet. Je n’ai pas mentionné les changements du Bayern, mais l’entrée de Kirchhoff a été très mauvaise. Comme quoi, il y a quand même pire que Thiago au poste de n°6.

  4. Aldeondo dit :

    Excellente analyse qui m’amène une question:
    Le role du N°6 de Guardiola est connu depuis longtemps, donc le fait qu’il ait été laissé libre comme celà est il du à un choix tactique de Pellegrini (en laissant le ballon au bayern, espoir de contre attaque rapide avec Dzeko et Aguero en pointe si les lateraux ferment bien les couloirs) ou est ce du à Aguero qui n’applique pas les consignes ou bien à une analyse légère du jeu du Bayern coté Pellegrini?

  5. CBM dit :

    Gros merci pour l’analyse, vraiment complète
    Pourquoi ne développes-tu pas sur la deuxième mi-temps ? Celle-ci n’était qu’un prolongement de la première ?

  6. Dans les grandes lignes oui, excepté les 10 minutes où City a fait illusion jusqu’au break et 3e but du Bayern (Aguero avec Lahm). Pour répondre à Aldeondo, je pense que, comme je l’ai dit, Pellegrini espérait prendre le Bayern en contre. Sauf qu’il ne s’attendait sans doute pas à un pressing aussi efficace au milieu de terrain. Et c’est vrai qu’ils auraient pu modifier le système en cours de première mi-temps au lieu d’attendre la pause pour le faire.

  7. TitiHenry dit :

    Super analyse, le Bayern m’a vraiment impressionné, surement la meilleure performance de ce début de saison selon-moi.

    Lahm monstrueux positionné dans son nouveau rôle de milieu défensif, avec un volume de jeu que je ne lui connaissais pas. Il apporte une certaine touche technique que Martinez semble avoir perdu, depuis qu’il a quitté Bilbao, ainsi que son aptitude à toujours défendre dans la justesse, une qualité que Thiago n’a pas encore. Guardiola est en passe de réussir son paris, pourtant critiquer, il instaure doucement, mais surement l’équipe absolu du football moderne, mêlant : technicité générale, puissance physique, explosion dans les derniers mètres, pressing étouffant, projection rapide, surnombre, bloc compact, relance « presque » parfaite, individualités monstrueuses, jeu en mouvement…. Le Bayern a tout, il ne reste pour Guardiola qu’à faire peaufiner les détails et au Bayern d’enchaîner le maximum de match pour lancer définitivement la machine.

    Je m’enflamme surement, mais je reste persuadé que cette équipe à terme sera imbattable. L’arrivée du grand numéro 9 attendu Lewandowski, étant un dévoreur d’espace et un véritable tueur devant les buts, fera encore un peu plus briller ce beau petit bolide qu’est le Bayern München.

  8. Larson #OM dit :

    ?

  9. Votre blog est une source d’infos pour le football.Merci pour votre article

  10. patrick dit :

    peligrini a lui meme tue son equipe. en jouant avec deux attaquants qui n’avaient auccun apport defensif a la premiere mi-temps. tout le monde sait que le bayern possede des joueurs tres tres rapide et que ca soit vec leur ancien 4-2-3-1 ou le 4-1-4-1, tout les espaces seront exploites devant.

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