Manchester City 5-3 Monaco : l’analyse tactique

Jeudi dernier, l’épisode 25 de Vu du Banc se terminait avec un pronostic annonçant une goleada pour ce Manchester City – Monaco. On n’en espérait quand même pas autant ! Mais que retenir d’un match aussi fou ? Tentative d’analyse.

Les compos :

Dans la matinée précédant la rencontre, certains médias annonçaient un coup tactique de Jardim avec une équipe organisée en 4-3-3 ou 4-2-3-1 et Kylian Mbappé parmi les titulaires. Si le jeune attaquant a bien débuté la rencontre, c’est bien dans son 4-4-2 classique que l’ASM a évolué à l’Etihad.

En face, Man City est aussi resté sur sa dynamique actuelle : en 4-3-3 avec Touré en n°6 et Fernandinho sur le flanc gauche de la défense.

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Monaco : pressing gagnant… mais pas constant

C’était l’une des deux grandes questions tactiques de cette rencontre. Qu’allait faire l’AS Monaco face aux sorties de balle de Manchester City ? Quelques secondes ont suffi pour avoir une réponse : comme contre le PSG et Nice, les Monégasques ont voulu défendre en avançant et sont allés presser très haut.

Lorsque City repartait de Caballero, l’ASM laissait partir la première passe (vers Stones ou Otamendi). Placé à hauteur de Touré au départ, Mbappé et Falcao déclenchaient le travail entre ce dernier et ses défenseurs (l’un sort au pressing, l’autre reste dans la zone). Si City ne parvenait pas à sortir, Monaco accentuait la pression avec la montée de Bernardo Silva, de manière à créer un 3 contre 3. Sur les côtés, Lemar et Fabinho fermaient les couloirs face à Sagna et Fernandinho.

Face à cette situation, City a voulu s’appuyer sur Silva pour créer le surnombre. Le meneur a décroché à plusieurs reprises pour offrir une 2ème solution aux côtés de Yaya Touré. Mais l’Espagnol a rarement été une solution utilisable et utilisée en raison de la compacité des Monégasques.

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Néanmoins, il a aussi été oublié. Principal coupable, Willy Caballero : le portier argentin a manqué à la fois de sérénité et de justesse technique sur ces séquences de jeu. Son jeu long a même plus souvent aggravé les problèmes qu’il ne les a résolus. C’est d’ailleurs l’un de ses dégagements ratés qui a été à l’origine du 1er but de l’ASM (Falcao, 36e).

En difficulté pour ressortir proprement, Manchester City a été contraint d’allonger pour sortir de ses 25m. Stones a souvent cherché Aguero, avec plus ou moins de réussite au fil du match. Heureusement, les Skyblues ont limité les dégâts sur les deuxièmes ballons (voir par ailleurs).

Autre solution pour se donner de l’air, les décrochages de Touré entre Stones et Otamendi. Ces derniers réduisaient les distances entre les défenseurs et permettaient d’éviter de revenir sur Caballero. Face au jeu, l’Ivoirien a su faire parler sa qualité de passes sur quelques séquences.

A noter aussi que les sorties de balle réussies par les Skyblues, sous la pression ou en transition, se sont pour la plupart terminées aux abords de la surface monégasque. A l’inverse de Nice ou du PSG, les joueurs de Guardiola ont su pousser ces actions jusqu’au bout… enfin presque, l’ASM se reposant sur sa défense pour bloquer l’accès à la Danger Zone.

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Monaco : des couloirs plus agressifs

C’était la deuxième interrogation de notre preview tactique. Comment l’ASM allait-il gérer la fermeture des couloirs face à cette équipe de City, qui peut s’appuyer sur un très bon centreur (Kevin de Bruyne) et des joueurs de percussion ?

Comment supprimer cette menace ? En laissant très peu d’espaces et de temps aux Skyblues pour combiner dans ces zones-clés. Les latéraux de l’ASM se sont montrés très agressifs durant la première mi-temps : Sidibé et Mendy n’ont pas hésité à sortir très haut afin de laisser un minimum de temps à Sané et Sterling pour contrôler et prendre les informations nécessaires pour construire.

Ils recevaient en plus l’aide de leurs ailiers (Lemar, Bernardo Silva), qui revenaient lorsque les latéraux adverses lâchaient le ballon. Dans le coeur du jeu, Fabinho et Bakayoko étaient eux très attentifs aux déplacements de Silva et De Bruyne. Ils les accompagnaient lorsqu’ils s’excentraient en espérant trouver des combinaisons à deux ou trois.

Aguero et le 3-4-3 :

Pep Guardiola a d’ailleurs tenté de jouer avec ces orientations joueurs des deux milieux axiaux de Monaco. L’idée était de les amener sur les côtés pour ensuite chercher une passe directe à l’intérieur – depuis un défenseur vers Sergio Aguero -. Si l’idée a fonctionné en début de match, elle a été limitée par les nombreux ballons perdus par Aguero durant la première mi-temps (6). L’Argentin est monté en puissance par la suite (voir par ailleurs). 

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Au bout d’une vingtaine de minutes, Man City a aussi ajusté son système de jeu en possession : Fernandinho a laissé son flanc gauche pour rejoindre le milieu aux côtés de Touré. Du coup, City n’avait plus 2 mais 3 joueurs pour relancer face à Mbappé et Falcao.

Ce changement n’a pas eu d’effet direct : le surnombre crée face aux attaquants monégasques n’a pas suffi à amener de décalage. Le jeune attaquant a notamment abattu un gros travail pour empêcher les dépassements de fonction d’Otamendi sur son côté gauche.

Au final, Monaco a plutôt bien tenu le choc sur le plan défensif en première mi-temps. Man City ne s’est crée que deux grosses opportunités sur attaque placée : un centre signé De Bruyne qui est passé devant les cages de Subasic après un changement de jeu de Fernandinho (23e), puis le but inscrit par Sterling après un exploit de Sané sur son côté gauche (26e).

Les Monégasques ont en plus transformé quelques récupérations basses en contre-attaque (10e, 44e). A la pause, l’ASM était dominateur au tableau d’affichage (2-1) mais aussi sur le plan statistique (10 tirs à 3 !), bien aidé en attaque par la vitesse de Mbappé qui pose beaucoup de soucis à la défense anglaise.

Monaco manque le break

Le second acte a d’abord été marqué par une bonne entame des visiteurs. Sans aller chercher aussi haut qu’en première mi-temps, les joueurs de Jardim ont réussi à stopper la progression de City au milieu de terrain, toujours grâce à cette agressivité de Sidibé et Mendy dans les couloirs.

En vérité, les Monégasques avaient encore un peu de jus pour faire reculer leurs adversaires, forcer le jeu long, ce qui facilitait les récupérations… Le ballon était gagné assez haut, ce qui permettait de le ramener rapidement dans la surface de Caballero pour finalement provoquer un penalty (51e). Falcao est malheureusement passé à côté de cette balle de double-break, ce qui a maintenu City dans le match.

La conducción, clé du retour des Skyblues

La partie a ensuite lentement mais très sûrement basculé en faveur des pensionnaires de l’Etihad Stadium. Une raison à cela : les Monégasques n’avaient plus les jambes pour défendre face à la relance. Lorsque City était bloqué d’un côté, l’équipe n’avait plus à reculer pour aller à l’opposée : il lui suffisait d’une passe latérale pour libérer un joueur et continuer sa progression.

Le 3-4-3 mis en place par Guardiola a alors pris tout son sens. Le surnombre par rapport à Falcao-Mbappé s’est fait de plus en plus sentir alors que les deux attaquants monégasques ont baissé de régime sur le plan physique. A gauche, Otamendi a commencé à avoir de plus en plus de temps et de champ libre devant lui pour avancer avec le ballon.

L’entrée en jeu de Zabaleta (Fernandinho out, 62e) a apporté une solution supplémentaire dans le couloir droit et redistribué les rôles à la relance. Sagna a pris le poste laissé vacant par Fernandinho, latéral gauche en défense et milieu de terrain en possession, tandis que Touré est devenu le pendant d’Otamendi côté droit, chargé d’aller fixer balle au pied.

Ces conduites de balle (ou conducción à l’espagnole) ont fait toute la différence dans l’animation offensive de City. Les Monégasques ne pouvaient plus « se contenter » de gérer les mouvements des solutions qui s’offraient au porteur de balle. Il s’agissait désormais de contrôler aussi ce dernier qui s’avançait vers le but !

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Ces montées ont considérablement déformé la structure défensive de l’ASM. Les passes vers Aguero ont été de plus en plus lisibles et faciles à donner. L’Argentin en a en plus profité pour élever son niveau de jeu et peut-être livrer l’une de ses meilleures mi-temps de la saison.

Déjà inspiré durant le premier acte, David Silva s’est régalé de ces nouveaux espaces entre les lignes de l’ASM. Il a multiplié les passes vers l’avant, envoyant à tour de rôle Zabaleta, Sané et Aguero dans la surface.

Dépassé dans les half-spaces et sur les côtés, Monaco a d’abord tenu le choc grâce à sa défense centrale, qui a continué de repousser les tentatives d’incursion dans la Danger Zone. L’équipe de Jardim a fini par craquer sur deux coups de pied arrêtés qui ont fini leur course au deuxième poteau : Sidibé a d’abord laissé Aguero ajuster sa reprise (71e), avant que Glik ne lâche le marquage de Stones (76e).

Sonnés par ces deux buts encaissés, les Monégasques en ont pris un 3ème sur une merveille d’action collective lancée par… une nouvelle « conducción » de Yaya Touré, suivi d’un une-deux entre Silva et Aguero et une conclusion de Leroy Sané (81e).

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Man City en défense : beaucoup de solidarité pour masquer (en partie) la fébrilité

Et la défense de Manchester City dans tout ça ? Malgré les 3 buts encaissés, les Skyblues ont quand même montré un visage intéressant sur le plan collectif. Réussir face à la meilleure attaque d’Europe avec Silva, Sterling, De Bruyne, Aguero et Sané sur le terrain n’était pas garanti, loin de là.

Les joueurs de Guardiola ont d’abord répondu présent dans le défi physique et athlétique qui leur était promis. Derrière Aguero, De Bruyne et Silva ont fait les efforts pour aller au pressing et forcer l’ASM à jouer long… Et ils ont été à la retombée de ces renvois, aidés par Sané et Sterling dans la lutte pour les deuxièmes ballons. En première mi-temps, les Skyblues ont même eu le dessus sur les Monégasques dans ce secteur.

Ils se sont aussi montrés très réactifs à la perte de balle et au niveau du repli défensif. Sur plusieurs séquences, on a ainsi vu des joueurs comme De Bruyne ou Aguero redoubler les courses pour rattraper un ballon qu’il venait de perdre ou maintenir la pression afin de couper la transition adverse.

Symbole de cette activité des joueurs à vocation offensive de Guardiola, Sergio Aguero est le joueur de City qui a récupéré le plus de ballons dans ce match (8) devant Yaya Touré, Leroy Sané (7) et Kevin De Bruyne (6). Au total, les cinq « stars » (Aguero, Sané, De Bruyne, Silva, Sterling) ont même récupéré plus de ballons que les « défensifs » (29 sur 53 au total, soit 55%).

Mais leur activité n’a pas été suffisante. Car derrière, la défense n’a pas été à la hauteur. Monaco s’est crée 6 occasions franches (dont le penalty) et en a converti 3. Sur chaque situation ou presque, l’ASM a exposé les limites individuelles de l’arrière-garde de Man City. On a évoqué le dégagement manqué de Caballero sur le 1er but (36e). Il faut y ajouter l’inattention de la charnière centrale, prise de vitesse par Mbappé sur le 2ème (40e) et surtout le duel perdu par Stones sur le 3ème (61e).

Ce un-contre-un entre Falcao et Stones suffit presque à illustrer les limites de l’équipe de Guardiola cette saison. La saison dernière, ce genre de long ballon n’était même pas un début d’occasion pour son Bayern. Boateng assurait la couverture dans sa moitié de terrain, parfois assisté par Neuer en cas de force majeure.

Tant que l’arrière-garde de City sera aussi fébrile, il sera difficile d’espérer une quelconque performance des Skyblues sur la scène européenne. En tout cas, avec un tel plan de jeu…

Conclusion :

Certes, Monaco a mené au score et a eu une balle de 3-1. Le match bascule peut-être à ce moment précis, mais Manchester City mérite sa victoire. Les joueurs de Guardiola sont apparus bien plus prêts pour cette première échéance, notamment sur le plan physique qui a fait la différence en deuxième mi-temps. Ils se sont aussi enfin montrés réalistes, bien aidés il est vrai par les grossières fautes de marquage des Monégasques.

Cet avantage de 2 buts les met en position favorable en vue du match retour mais Monaco aurait tort de ne plus y croire : la défense des Skyblues ne sera pas moins fragile dans deux semaines et on imagine mal Guardiola modifier son plan de jeu pour mieux la protéger d’ici là. Bref, City a pris une sérieuse option mais si le match retour est aussi fou que celui-là, tout est encore possible. Et à lire Guardiola…


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5 réponses

  1. Momo Scholes dit :

    Match assez spectaculaire ! Mais City avec un tel jeu ne peut espérer grand chose en cas de qualification. Ce serait intéressant de voir City contre Bayern ou Real ou meme Juve si Guardiola jouera aussi offensivement.. Et dire que certains « spécialistes » voyaient dejà Gabriel Jesus plus fort qu’Aguero

  2. Hendry Rash dit :

    Monaco peut y croire, mais devra livrer une prestation très aboutie pour espérer passer au prochain tour. Du côté de City, le retour sur blessure de Kompany va apporter plus de sérénité en charnière centrale. Fernandinho sera certainement replacé en 6 avec une titularisation de Zabaleta à gauche. Guardiola pourrait tenter un 4-2-3-1 avec un double pivot Touré – Fernandinho pour colmater les brèches dans l’axe, mettre Silva en 10 et KDB/sterling sur les ailes, avec Leroy Sané en joker de luxe.

  3. Pedro dit :

    Florent je te trouve plutôt gentil quand tu dis que Monaco a plutôt bien tenu le choc sur le plan défensif en 1ere mitemps car tu oublies l’énorme occasion d’Aguero en face à face avec Subasic qui aurait pu déboucher sur un pénalty. Au total ça fait quand même 3 grosses occasions concédées en une mi-temps ce qui est beaucoup trop pour un match de ce niveau (d’ailleurs on touche ici à une limite des expected goals qui ne prennent en compte que les actions se terminant par un tir ce qui n’est pas toujours révélateur de la dangerosité d’une occasion)

  4. @Pedro – Pour moi, c’est une attaque rapide cette occasion, pas du jeu placé. City ne fait que progresser alors que Monaco est en train de se replier sur cette action. Par contre je te rejoins les xG et les actions qui ne se terminent pas par un tir, flagrant hier.

  5. Une-deux dit :

    Franchement je n’ai pas vu un Aguero monté en puissance. Si son rendement défensif est satisfaisant, il a quand même été exaspérant à jouer dos au jeu alors qu’il ne sait pas le faire. D’ailleurs beaucoup soulignent la perte de balle de Falcao sur le premier but de l’Argentin mais le magnifique lob du Colombien part d’une perte de balle du Kun dos au jeu.

    Pour le reste, Monaco fait exactement ce qu’une équipe doit faire pour mettre à mal une équipe de Guardiola. Un pressing territorial pour couper les solutions et apporter de l’agressivité à chaque duel.

    Les Citizens inquiètent défensivement pour la suite. Le but de Mbappe est interdit à encaisser.

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