Lyon 0-1 Juventus : l’analyse tactique

L’occasion était trop belle, mais l’OL s’est une nouvelle fois manqué. Face à une Juve loin de meilleur niveau, l’Olympique Lyonnais s’est fait cueillir à l’entrée du dernier quart d’heure alors que tout avait tourné dans son sens jusque-là (penalty obtenu, supériorité numérique…). A trop vouloir attendre la victoire, il a fini par la laisser filer.

Les compos : 

Quelques surprises étaient à signaler dans les deux équipes. Toujours privée de Chiellini et Marchisio, la Juve faisait confiance à Evra et Lemina pour compléter le quatuor défensif avec Bonucci et Barzagli.

Côté lyonnais, Bruno Génésio reconduisait le système à trois défenseurs centraux travaillé ces dernières semaines. Lacazette faisait son retour en tant que titulaire aux côtés de Fekir, tandis que Morel était placé sur le flanc gauche. Résultat, Diakhaby était lui propulsé titulaire derrière avec Nkoulou et Yanga-Mbiwa.

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L’OL verrouille l’axe : 

Au coup d’envoi, la principale interrogation résidait dans l’approche tactique de l’OL face à la relance turinoise. Les Lyonnais allaient-ils prendre le risque d’aller chercher très haut la Juve afin de bloquer les premières passes de Bonucci ou Barzagli ?

L’entame de match a très vite répondu à cette question puisque Lyon a laissé beaucoup de champ aux Italiens pour sortir le ballon. Lorsque la Juve repartait de Buffon, l’OL ne mettait aucune pression. Fekir et Lacazette laissaient les défenseurs remonter le ballon sans opposition. Les deux attaquants se positionnaient à hauteur du premier milieu de terrain (Lemina), cadrant au mieux Bonucci, Barzagli et Evra afin d’empêcher les passes intérieures.

Regroupé derrière la ligne médiane, le bloc lyonnais réduisait au maximum les espaces dans le coeur de sa moitié de terrain. L’objectif était d’empêcher la relance (Bonucci, Barzagli…) de trouver ses points de fixation habituels dans l’axe (Dybala, Higuain).

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Si l’on s’en tient à ce projet, le match de l’OL a été plutôt une réussite. La Juve n’a quasiment jamais réussi à trouver ses attaquants dans cette zone-clé. Bonucci n’a pas eu l’occasion de casser autant de lignes qu’à l’accoutumée et, très rapidement, Dybala a été contraint de dézoner pour recevoir le ballon en position excentrée. Même chose pour le maître à jouer présumé de cette Juve, Miralem Pjanic, cantonné au flanc gauche et incapable de jouer en direction du but de Lopes.

Une Juve moyenne : 

Si Lyon a semblé atteindre son objectif n°1 sur le plan défensif, son plan n’était pas parfait. En laissant beaucoup de liberté à Bonucci et Barzagli pour relancer, les Gones sont restés sous la menace de leur jeu long, les deux étant capables de trouver des partenaires lancés dans le dos de la défense. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’OL, efficace dans la fermeture de l’axe au milieu, est mis en difficulté par le jeu long des défenseurs adverses (cf. plusieurs matchs face au PSG sous l’ère Hubert Fournier).

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L’autre souci pour l’OL résidait dans la fermeture des couloirs. A défaut de pouvoir pénétrer dans l’axe, la Juve a su conserver le ballon et balader le bloc lyonnais de gauche à droite et inversement. Elle a ainsi eu plusieurs occasions de construire depuis les ailes, mais a souffert d’un déchet technique trop important : à droite, Alves a perdu pas mal de ballons tandis qu’à gauche, Evra, Pjanic et Sandro n’ont jamais réussi à s’entendre.

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Si l’on excepte un coup de pied arrêté coupé par Bonucci en début de partie (7e), la Juve a eu du mal à créer le danger sur les buts de Lopes. Son premier véritable temps fort est intervenu en fin de première mi-temps, lorsqu’elle a justement commencé à mettre du rythme sur les côtés. Sur ce point, le repos est intervenu au meilleur moment pour les Gones.

Lacazette manque le coche : 

Et offensivement dans tout ça ? En laissant volontairement venir la Juve dans sa moitié de terrain, l’OL se retrouvait naturellement sous sa pression au moment de ressortir. Il a du coup rendu pas mal de ballons. En possession, les joueurs de Genesio ont aussi eu du mal à progresser dans le terrain face à une Juve assez bien en place défensivement pour les mettre sur le reculoir.

Si l’on excepte le jeu long de Lopes et des duels remportés dans la zone d’Evra, l’OL est entré dans les 30m adverses grâce à des transitions réussies, en déjouant le pressing à la perte adverse. Ce sont deux ballons perdus par les Turinois (Barzagli, 13e et Dybala, 28e) qui ont entraîné les séquences se terminant sur les meilleures occasions de la première mi-temps pour l’OL, à chaque fois sur coups de pied arrêtés (Diakhaby de la tête, Lacazette sur penalty).

L’occasion de Lacazette était une opportunité presque inespérée de prendre l’avantage. Elle a finalement permis à Buffon de rappeler qu’il était toujours là, après quelques sorties difficiles avec son club et sa sélection. Dommage pour l’OL, car le scénario aurait été idéal.

L’OL revient bien dans le match :

Au retour des vestiaires, l’OL – sans doute échaudé par l’accélération turinoise juste avant la mi-temps – a mis plus d’intensité dans son travail défensif. Cela s’est notamment senti sur les côtés avec un Morel bien plus haut côté gauche afin de laisser moins de liberté à Daniel Alves.

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Ce bon retour de l’OL a été récompensé d’une nouvelle grosse occasion en contre-attaque. Après Lacazette, ce fut au tour de Fekir d’être écoeuré par Buffon (49e). Cinq minutes plus tard, le match bascule avec l’expulsion de Mario Lemina pour un second carton jaune (54e).

Allegri a alors transformé son 3-5-2 en un 4-3-2 qui lui a permis de conserver le duo Higuain-Dybala devant. Pjanic s’est retrouvé devant la défense, encadré par Alex Sandro et Khedira. Avec un joueur de moins derrière, la Juve n’avait plus l’avantage du nombre face à Lacazette et Fekir. L’occasion était belle pour l’OL : théoriquement, il pouvait désormais accentuer la pression en demandant à ses attaquants de sortir sur les passes en retrait turinoises à destination des défenseurs. Il n’en a rien été.

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Une nouvelle occasion manquée : 

Il n’en a rien été. L’OL est resté dans son plan de jeu initial, espérant profiter de ses séquences de possession pour être dangereux. Evidemment, il y en a eu : la Juve quadrillait moins efficacement le terrain avec un joueur de moins. Les Gones ont ressorti plus facilement le ballon. Avec un défenseur de moins, la charnière turinoise a été plus souvent mise en difficulté par les déplacements de Fekir, Lacazette, Tolisso ou Ferri (remplaçant de Darder, 64e).

Malgré cela, l’OL n’a pas su tirer au but autrement que sur coups de pied arrêtés. Tolisso aurait pu marquer sur l’un d’entre eux, mais Buffon en a une nouvelle fois décidé autrement (70e). Avec le ballon, l’OL a trouvé des solutions face à 10 turinois. Le problème, c’est qu’il n’a pas été assez entreprenant pour le récupérer, augmenter sa possession et du coup ses chances de créer le danger.

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Les chiffres sont assez parlants sur ce point : en première mi-temps, la Juve a eu 67% de possession. Un chiffre qui est passé à 58% après la pause jusqu’à l’expulsion de Lemina. Grâce à sa supériorité numérique, l’OL a pour la première fois de la partie pris le ballon à son adversaire, mais seulement 54% du temps. Cela a laissé 46% de possession à la Juve, soit bien assez pour « souffler » et contrôler le rythme de la partie.

Rester dans cette position d’attente, c’est aussi rester sous la menace d’un exploit individuel. Après Mancini sur Reveillère à Gerland, c’est Cuadrado qui a joué les toreros au Parc OL (76e). Désormais grand classique du coaching à la française (Deschamps et Houiller ont dû apprécier en tribunes), Génésio a réagi après ce but encaissé en faisant entrer Ghezzal, qui a redynamisé le secteur offensif mais certainement trop tard (5 tirs à 2 dans le dernier quart d’heure).

Conclusion : 

« Frustrés mais fiers », voilà comment les Lyonnais ont résumé leur état d’esprit après la rencontre. Pour eux, la défaite d’hier est une nouvelle illustration de la cruauté du football. Et il est vrai que si l’on fait l’effort de se placer de leur point de vue, on peut le comprendre.

Par rapport à leur projet initial, les Lyonnais ont plutôt fait un bon match. Défensivement, ils ont rempli leur objectif en bloquant le coeur du jeu. Certes, l’équipe a eu du mal à bien gérer la profondeur, mais la Juve n’a pas su en profiter.. De par leur approche tactique de la rencontre, les Gones savaient qu’ils n’auraient pas beaucoup d’occasions. Pour eux, il est donc logique de regretter le manque de réalisme et la présence d’un grand gardien (Buffon) dans les cages d’en-face. Même les Expected Goals vont d’ailleurs dans leur sens.

Mais si l’on prend un peu de recul, cette défaite rejoint en vérité la longue liste des matchs que n’ont pas su aller chercher les clubs français alors qu’ils leur tendaient les bras. En n’étant pas capable de faire autre chose que son plan de départ, l’OL s’est lui-même condamné à attendre le but providentiel au lieu de provoquer sa chance.

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5 réponses

  1. cushman dit :

    Mouais je suis moyennement d’accord avec cette analyse. Alors certes Lyon a bien bouché l’axe mais la juventus s’est tout de suite adapté en jouant sur les ailes. Les 10 premières minutes du match ont été étouffantes pour Lyon. La juve a eu beaucoup de situations et a clairement dominé cette première mi-temps.

    Ensuite cela s’est équilibré. Cependant le gros problème de la Juve c’est surtout Lemina qui a fait un mauvais match. La tâche était trop dure pour lui, c’est à dire faire le liens entre la défense et le milieu de terrain.
    La juve en 4-3-2 après l’expulsion mais suite à la rentrée de Cuadrado, la juve s’est mise en 4-4-1 pour mieux contrer sur les côtés. Cela a payé.

    Ce qu’il faut retenir c’est l’écart abyssal entre un Genesio qui n’a même pas réagi suite à l’expulsion et un Allegri qui s’est adapté dès le début, et qui a testé 2 schémas après l’expulsion pour trouver la solution.

  2. Pourquoi dire que vous êtes moyennement d’accord quand vous reprenez point par point l’analyse écrite juste au-dessus ? Oui, Lyon a bouché l’axe, oui la Juve a dominé en passant par les côtés (et par-dessus la défense) mais oui la Juve a fait un mauvais match (au-delà du cas Lemina) et Lyon n’a pas su aller chercher la victoire à 11 contre 10.

  3. cushman dit :

    Euh je ne reprends pas point par point votre analyse lol. Tout d’abord vous dîtes qu’en première mi-temps la juve ne s’est pas créé beaucoup de dangers. Rien que les 10 premières minutes il devait y avoir déjà 2-0 (dont une frappe contrée par… Khedira). Ensuite vous dîtes que la juve a accentué son jeu sur les côtés à la fin de la première mi-temps. J’ai personnellement eu la sensation qu’ils l’ont fait dès le début.
    Et je suis pas d’accord sur le fait que Lyon a fait un bon match. La conférence de presse de Genesio était lolesque. Il est persuadé que son équipe a le niveau des 8emes de C1. Il pense avoir posé des problèmes à la Juve. J’ai plutôt l’impression que c’est la juve qui s’est posé des problèmes tout seul. Genesio est persuadé qu’ils peuvent faire quelque chose au Juventus Stadium pour espérer une qualif…
    Avec un centre de formation + un entraîneur naze tu ne peux rien faire en Europe hein. Ils se voient comme le vice champion de ligue 1 mais un vice champion à 31 points du 1er… ils ont le melon là-bas… @Florent Toniutti

  4. Non, la Juve n’a pas eu beaucoup d’occasions exceptée en effet ce tir de Bonucci (sur coup de pied arrêté, un détail important). Sur l’utilisation des côtés, elle l’a fait dès le début oui puisque c’est là qu’il y avait de l’espace. Sauf qu’elle l’a mal fait jusqu’à la fin de la première mi-temps où elle s’est recrée des occasions.

    Sur le « bon match » de Lyon. Là encore, c’est en essayant de se placer de leur point de vue. Ce qu’ils ont voulu faire, ils l’ont bien fait contre une Juve qui n’a pas fait un bon match de son côté et s’est en effet mise en danger toute seule (le penalty offert et le rouge de Lemina).

    Au Juventus Stadium, c’est jouable pour l’OL à la seule condition que la Juve soit aussi prenable qu’au Parc OL. Personnellement, j’en doute.

  5. Iniesto dit :

    Salut Flo, comme d’hab’ très bonne analyse.

    Au vue du contexte du match à la 54ème minute (10 contre 11, à domicile, juventus très moyenne), je trouve les choix de Genesio très critiquables.

    Effectuer 2 changements en « poste pour poste » (Ferri pour Darder et Cornet pour Lacazette) avec une défense à 5 et avec un Jérémy Morel qui a un faible apport offensif. Ce même Morel qui, comme tu le montres durant la vidéo est trop loin du Turinois pour envisager un pressing et une récupération haute.

    Pourquoi ne pas passer à 4 défenseurs et le pressing aurait été instinctif de la part des joueurs ?
    Mais peut être que Bruno Genesio ne voulait pas s’exposer et était satisfait d’un 0-0 à domicile contre la Dame Blanche ? Voulait-il à tout prix éviter une compensation de l’arbitre avec un deuxième carton sur Darder ou Lacazette (qui avaient tout deux un jaune) ?
    Le coach de l’OL et son staff ont effectué un très bon travail en amont mais n’ont pas su (ou voulu) réagir et saisir l’opportunité offerte par la Juve d’après moi.

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