Juventus Turin 2-2 Bayern Munich : le duel Allegri-Guardiola

Mardi soir, la Juve et le Bayern ont sans doute offert au public du Juventus Stadium l’un des plus beaux huitièmes de finale de l’histoire de la Ligue des Champions. Sur le plan tactique notamment, avec une grande bataille entre Pep Guardiola et Massimiliano Allegri.

Plus de détails : Juventus Turin 2-2 Bayern Munich, l’analyse tactique

Zoom sur cette confrontation entre les deux techniciens en s’arrêtant sur un point bien précis, clé de la bataille tactique : le pressing du Bayern et les déséquilibres qu’il entraînait dans sa structure défensive.

Temps 1 : avantage Guardiola 

Lors de la conférence de presse d’avant-match, Pep Guardiola avait insisté sur l’importance de deux joueurs dans le système de jeu de la Juventus : Leonardo Bonucci et Claudio Marchisio. Pas la peine d’en rappeler les raisons : le premier est peut-être le meilleur défenseur-relanceur du moment et le second a repris les fonctions de regista laissées vacantes par Andrea Pirlo.

Guardiola a joint les paroles aux actes en préparant son équipe pour limiter l’influence des deux joueurs : connaissant l’habitude de la Juve de relancer court à partir de Buffon, il a organisé son pressing de manière à ce que le ballon ne passe pas par les pieds de ce duo.

pressing-bayern

La structure du pressing bavarois face à la relance turinoise.

Lorsque Buffon était en possession du ballon, Lewandowski et Muller se positionnaient dans les zones de Bonucci et Marchisio, faisant de Barzagli l’unique solution courte pour le portier de la Juve. Sitôt la passe effectuée, Muller sortait sur le central gauche turinois, laissant Thiago reprendre le marquage de Marchisio.

Pour Barzagli, la seule solution était alors de jouer vers Paul Pogba, qui était pris par Philipp Lahm. L’Allemand quittait du coup sa position de latéral gauche, laissant derrière lui Vidal, Alaba et Kimmich face à Dybala et Mandzukic. A l’opposée, Douglas Costa resserrait à l’intérieur du jeu pour se retrouver dans la zone de Khedira, privant ainsi Pogba de solutions courtes.

L’idée était de laisser la Juve servir Pogba, d’utiliser Lahm pour l’empêcher de se retourner (ce que l’Allemand a très bien fait) et ensuite d’enfermer le Français en le privant de solutions.

juve-relance

Les maps ci-dessus prouvent que le plan de Guardiola a bien fonctionné durant toute la première mi-temps : Bonucci n’a quasiment jamais eu l’occasion de jouer vers l’avant et le jeu est majoritairement passé par le flanc gauche de Barzagli… qui a eu pour destinataire favori Paul Pogba (13 passes, dont 8 en première mi-temps).

La Juve a dû attendre le denier quart d’heure de la mi-temps pour réussir à s’extirper de ce pressing mis en place par Guardiola. Sur la séquence ci-dessous, c’est une permutation entre Lahm et Robben qui a permis à Pogba de se retourner. Suite logique, le Français a lancé Dybala dans l’espace laissé par Lahm.

pogba-robben

Pour la première fois du match, Pogba n’est pas pris par Lahm mais par Robben.

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Du coup, le Français parvient à se retourner et peut mettre le ballon dans l’espace laissé par Lahm.

Temps 2 : la réponse d’Allegri

Cette action intervenue en toute fin de première mi-temps a évidemment mis en exergue la faiblesse du Bayern dans la structure de son pressing : en suivant Pogba, Lahm laissait de l’espace dans son dos, mettant Kimmich à découvert.

Les joueurs de la Juve ont attaqué cet espace sur leur première séquence avec le ballon de la deuxième mi-temps : c’est Evra qui s’est infiltré dans le dos de Lahm pour partir vers le but de Neuer (et finir sur un centre facilement capté par le portier du Bayern).

Mais c’est surtout Mario Mandzukic qui a beaucoup plus pesé dans cette zone. En plus de Pogba, la Juve a ainsi eu un deuxième joueur à cibler dans les airs. Une voie utile pour sauter le pressing bavarois, d’autant plus qu’elle forçait Vidal à rester plus bas : à partir du moment où Kimmich était au duel, le Chilien devait se focaliser sur sa couverture plutôt que sur le pressing.

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Avec Mandzukic dans la zone de Kimmich, la Juve a un deuxième joueur à cibler sur du jeu long.

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Le fait que Kimmich soit au duel oblige Alaba et surtout Vidal à s’orienter vers leur but afin de le couvrir en cas de problème. Résultat, plus d’espaces pour la Juve dans le coeur du jeu, entre les Bavarois sortis au pressing et leur défense.

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Les ballons touchés par Mandzukic en première mi-temps.

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Les ballons touchés par Mandzukic en deuxième mi-temps.

Temps 3 : le coaching (forcé ?) de Guardiola 

75ème minute. La Juve est déjà revenu à 2-1 grâce à une attaque rapide conclue par Dybala, passant d’ailleurs par une mauvaise relance de Kimmich dans les pieds de Mandzukic (63e). Relancés, les Bianconeri continuent d’appuyer sur ce côté gauche. Très bon pendant 60 minutes, le jeune défenseur du Bayern est en train de couler face à l’impact de l’attaquant croate.

Pep Guardiola répond à Allegri une dernière fois en faisant Benatia : il s’agit de renforcer cette zone en ajoutant un joueur capable de répondre à Mandzukic sur le plan physique. Benatia reprend le poste de Kimmich, qui se retrouve désormais dans l’axe de la défense. Coïncidence ou non, une minute plus tard, les deux sont pris de court sur une récupération de balle haute de la Juve : Benatia laisse filer Morata dans son dos et Kimmich se fait devancer par Sturaro. 2-2 score final.

Si ce dénouement n’est pas forcément lié aux changements, il est intéressant de noter l’influence et la capacité d’adaptation des deux entraîneurs. Dans son approche du match, Pep Guardiola a eu le dessus en mettant en place un pressing qui a ciblé les hommes-clés de la Juve. Massimiliano Allegri a eu lui les meilleurs réflexes pendant la rencontre, procédant à des ajustements qui ont favorisé le bon retour de la Juve.

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3 réponses

  1. Pedro dit :

    Merci pour cette analyse ultra pertinente, je voudrais connaître votre avis sur les 2 ppoints suivants:
    -la rentrée d’Hernanes a permis à la juve d’avoir un 2e joueur (en plus de pogba) capable de casser le pressing du bayern balle au pied ce que marchisio ne peut pas faire, en plus d’avoir apporté un impact physique supérieur dans les duels: est-ce plus une conséquence du recul du bayern ou de la qualité intrinsèque du joueur?

    -au match retour la juve retrouvera très probablement son 352 avec le retour de Chiellini en défense et certainement d’Alex Sandro sur le flanc gauche (autre joueur capable de porter le ballon sur le couloir et de contenir la vitesse de Robben): comment le pressing du bayern s’organisera face au 352 et sera t-il aussi efficace selon vous?

    Merci

  2. juventino dit :

    Tres bonne question moi aussi j attand une reponse a mon avi l apport d alex sandro . avec ca vitesse et ca technique. Apportera un avantage pour la juve .je regrette l absance de simone zaza dans cette rencontre surtout qu il est decisif a chaque apparition.

  3. – Un peu des deux pour Hernanes je pense, qui a fait une bonne rentrée.
    – Pas forcément certain du 3-5-2. Mais l’approche du Bayern sera du coup forcément différente et donc intéressante à voir.

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