FC Barcelone – PSG : la preview tactique

Depuis sa déroute d’il y a 3 semaines, le FC Barcelone est invaincu. Les victoires difficiles contre Leganes (2-1) et l’Atletico (2-1) ont été suivies de larges succès face au Sporting (6-1) et au Celta Vigo (5-0). Largement suffisant pour réveiller la presse catalane qui met la pression sur le PSG depuis dimanche soir et la dernière sortie de son équipe préférée.

Mais demain, les Blaugranas vont se retrouver face à l’un des plus grands défis de leur histoire (rien que ça) : remonter 4 buts à un adversaire. En Ligue des Champions, une seule équipe les avait mis dans une telle situation jusqu’à ce jour : le Bayern de Jupp Heynckes… Et il s’était imposé 3-0 au Nou Camp en confirmant la supériorité entrevue à l’aller.

Le PSG n’a pas fait aussi forte impression, mais des deux équipes qui fouleront la pelouse mercredi, il sera forcément celle affichant le plus de certitudes. Cette fois, -et c’est assez rare pour être signalé- c’est à Barcelone de trouver des solutions. Si Luis Enrique semble en avoir une en ce qui concerne son attaque, sa défense -grande absente du match aller- reste une énigme à l’heure actuelle.

Le 3-4-3, un faux problème pour Paris ?

C’est la grande nouveauté dans les rangs catalans ces dernières semaines. Depuis le déplacement sur la pelouse de l’Atletico Madrid, le FC Barcelone a changé de système. Désormais, il évolue en 3-4-3 lorsqu’il récupère la possession du ballon. Et il ne s’agit pas n’importe quel 3-4-3 puisque Luis Enrique a repris celui de Johan Cruyff avec un diamant (ou losange) dans l’entrejeu.

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Ce nouveau système a porté ses fruits face au Sporting (6-1) et au Celta Vigo (5-0) mais dans des circonstances assez favorables.

Passons sur le cas du club de Gijon, bien trop faible pour rivaliser avec le Barça cette saison (19ème de Liga). Le Celta Vigo a lui été pénalisé par son approche défensive. Quand il n’a pas le ballon, son système de jeu se rapproche d’un marquage individuel tout terrain qui peut vite le mettre en difficulté face à des adversaires de grande qualité.

Or dimanche devant son public, le Barça était dans un très bon soir et a récité son football face à un adversaire qui a ouvert le jeu. Résultat, une victoire aussi aisée que méritée. Une chose est certaine, le PSG ne sera pas aussi permissif.

https://twitter.com/flotoniutti/status/838329485195898880

Unai Emery a en plus déjà un modèle à suivre pour résister face à cette nouvelle organisation. Le PSG pourra en effet puiser dans la performance de l’Atletico Madrid fin février. Malgré la défaite (2-1, un score qui suffirait aux Parisiens), les Madrilènes ont posé d’énormes problèmes au Barça, dominant notamment la première mi-temps sans parvenir à prendre l’avantage.

Alternant séquences de pressing haut et bloc bas face à la possession catalane, ils ont montré la marche à suivre pour les joueurs parisiens. Ils ont même réussi à maintenir le Barça dans sa moitié de terrain pendant 10 minutes (entre la 15e et la 25e), prouvant au passage que le changement de système de Luis Enrique n’est pas la réponse à tous les problèmes offensifs des Blaugranas (ce qui n’est pas forcément une surprise).

Pour bien défendre : l’exemple de l’Atletico Madrid : 

Difficile de presser non stop pendant 90 minutes. Comme à l’aller, il s’agira surtout pour le PSG de réussir à bien défendre dans sa moitié de terrain. Et pour cela, il faudra notamment empêcher la « progression » du Barça jusqu’aux abords de la surface de réparation.

De ce point de vue, le passage en 3-4-3 des Barcelonais pourrait poser des problèmes dans le sens où il va inciter les deux défenseurs excentrés à prendre la charge de la relance (Piqué à droite, Umtiti ou Alba à gauche selon les dernières informations) afin de porter le ballon dans le camp parisien.

A l’aller, les Parisiens avaient su bloquer le milieu du Barça grâce -notamment- au travail spécifique de Cavani dans la zone de Busquets. En restant constamment dans la zone du milieu espagnol, l’attaquant parisien avait privé le Barça de son relais habituel, toujours face au jeu.

Si Paris reste dans la même configuration, il s’agira de régler le problème des montées des défenseurs adverses sans l’attaquant uruguayen. Dès lors, une question va se poser : quels sont les joueurs qui vont pouvoir sortir cadrer ces joueurs-clés pour le Barça ?

Emery demandera-t-il à ses relayeurs de sortir, quitte à ce qu’ils laissent leur adversaire direct entre les lignes (en comptant sur la couverture de Rabiot) ? Optera-t-il pour un milieu très resserré sur la largeur, avec des ailiers chargés de défendre à l’intérieur, quitte à laisser un peu de champ aux joueurs de couloir du Barça (ce qui peut être problématique face à Neymar) ?

Diego Simeone avait opté pour une animation défensive hybride. Face au flanc gauche catalan (côté fort : Iniesta + Neymar), il avait densifié l’axe grâce à la présence de Griezmann dans le half-space. Le Français était notamment chargé de couvrir les sorties de Koke au pressing. A l’opposée en revanche (côté faible, Sergi Roberto + Rafinha), c’est l’axial Saul qui sortait sur Piqué, Gabi et Carrasco se chargeant de la couverture entre axe (Messi) et half-space (Sergi Roberto).

En difficulté pour progresser face à cette organisation en première mi-temps, le Barça s’était rabattu sur du jeu long. Piqué a cherché plusieurs fois Suarez dans le dos des latéraux adverses. Cette solution était permise par le positionnement des ailiers, qui forçait souvent leurs adversaires directs à quitter l’alignement défensif afin de leur laisser un minimum d’espaces. Un autre point-clé qui sera à surveiller pour le PSG (surtout le duel Neymar-Meunier) si le Barça est bien en 3-4-3.

Passer 4 buts à un adversaire, le Barça l’a déjà fait cette saison. En mettre 4 dans un grand rendez-vous en revanche, cela fait plus d’un an que ce n’est pas arrivé (sauf à considérer les matchs de poules de Ligue des Champions comme des « grands rendez-vous »). Il faut remonter à novembre 2015 pour trouver trace d’une grande victoire du Barça (4-0 face au Real Madrid dans le match qui avait précipité la chute de Rafa Benitez).

Les Catalans vont en plus faire face à une équipe parisienne qui s’appuie tout simplement sur la 2ème meilleure défense d’Europe selon les Expected Goals. La formation d’Unai Emery pointe à 0,65xG concédés/match et 0,075xG/tir. Elle suit de près la Juventus et ses 0,60xG/match et 0,070xG/tir.

Le challenge est donc énorme… Mais est-il insurmontable quand on connaît la qualité de finition de Messi (surtout), Suarez ou Neymar, tous les trois capables d’exploits dans la zone de vérité et malgré des positions parfois compliquées ? Avec de tels talents, difficile de prédire l’issue de ce côté du terrain.

Mais en réalité, c’est plutôt dans l’autre cage que risque de se jouer le sort de ce match retour.

Le vrai challenge du Barça : réussir à presser 

Trois semaines plus tard, la grande interrogation concerne toujours le plan défensif des Catalans. Un seul but du PSG les forcerait à en mettre 6…

Il y a 3 semaines, le système de Luis Enrique avait complètement explosé face à l’organisation parisienne. A tous les niveaux (attaque, milieu, défense, pressing et transition défensive), l’équipe avait montré des faiblesses tactiques incroyables pour un tel niveau de compétition.

Sur 3 des 4 buts parisiens, tout était parti de sorties de balle parfaitement orchestrées par le PSG autour d’Adrien Rabiot et Marco Verratti.

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De ce graphique, il faut retenir une chose : les Parisiens se sont crées 6 tirs (sur 11) en démarrant leurs actions depuis leur tiers défensif. A 4 reprises, ils sont même partis de leur propre surface de réparation pour finir aux abords ou à l’intérieur de celle de ter Stegen.

Les 3e et 4e buts des Parisiens ont été construits de cette manière : les joueurs d’Unai Emery sont ressortis de leur camp au sol et n’ont eu besoin que d’une seule passe dans la moitié de terrain adverse pour toucher leur buteur, réaliste de surcroît. Deux réalisations qui résument une grande partie des choses à corriger côté barcelonais pour espérer une clean-sheet ce mercredi soir.

Un pressing plus constant : 

Le Barça aura d’abord besoin d’une première ligne bien plus active et concernée face à la relance parisienne. Dans le 4-4-2 de Luis Enrique, Suarez et Messi ont pour mission d’aller cadrer les relances des défenseurs centraux. Ils peuvent être soutenus par Busquets ou Iniesta en cas de décrochage d’un milieu.

Mais si les défenseurs ne se font pas piéger par ce premier cadrage, les choses se compliquent très rapidement. Or Paris a multiplié les solutions courtes pour ressortir (Rabiot, Verratti, Trapp, Marquinhos, Kimpembe) de manière à mettre Suarez et Messi en infériorité numérique tout en augmentant les possibilités de combinaisons. Résultat, ils les ont fait courir, chose que les deux attaquants ne font pas forcément cette saison…

Pour espérer revenir, Luis Enrique devra absolument revoir le comportement de son équipe face à la relance parisienne. Il s’agira de bloquer toutes les solutions courtes s’offrant à Trapp et de le faire sérieusement, sous peine de revivre les mêmes situations qu’en début de deuxième mi-temps (cf. la vidéo repassant les 2 buts encaissés).

Tactiquement, le technicien catalan pourra difficilement faire plus face aux sorties de balle parisiennes. Mieux s’organiser pour forcer les Parisiens à dégager ne sera qu’une partie du travail à accomplir : ses joueurs devront aussi mettre l’intensité et l’agressivité nécessaire pour gagner la bataille des seconds ballons, qui a beaucoup trop tourné à l’avantage du PSG à l’aller.

Evidemment, il faudra aussi qu’ils répondent présents dans les duels. A l’aller, le PSG s’était sorti des « traps » posés par les Catalans dans leur couloir droit grâce à Julian Draxler. Sur son aile gauche, et malgré la pression de Sergi Roberto, l’Allemand avait été un point de fixation capital lorsque la relance parisienne arrivait sur son côté. Il ne serait du coup pas surprenant que Luis Enrique lui oppose Ivan Rakitic afin de lui fermer la porte intérieure (prise à 2) qu’il avait très souvent utilisée à l’aller.

De mauvais réflexes dans l’entrejeu : 

Au milieu de terrain, Messi et Suarez devront aussi afficher plus d’implication (si tant est que Luis Enrique conserve son schéma défensif en 4-4-2). Aucun système de ce type ne peut en effet s’en sortir sans une première ligne active et coordonnée avec le reste du bloc sur le plan défensif. C’est à eux de cadrer et/ou de mettre la pression sur les rampes de lancement adverses.

Il suffit de repenser à la performance de l’AS Monaco sur la pelouse de Manchester City : les joueurs de Leonardo Jardim ont plongé à partir du moment où leurs attaquants n’étaient plus en mesure de faire ces efforts.

Lorsque le Barça se retrouvait son bloc médian face à la possession parisienne, Suarez et Messi ont été beaucoup trop souvent déconnectés de leurs partenaires. Et Paris a justement joué sur leurs absences en remettant constamment le ballon dans leur zone afin de s’appuyer sur Rabiot et Verratti.

Exposés par les démissions de leurs attaquants, les milieux catalans ont en plus pris des décisions désastreuses pour le bloc-équipe. Leurs orientations joueurs, trop souvent maintenues malgré la fin de la séquence de pressing, les ont poussés à se livrer comme s’ils étaient couverts par la présence d’un n°6 (Iniesta notamment).

Le principe de couverture mutuelle n’a quasiment jamais existé, le Barça se présentant à plusieurs reprises avec ses milieux de terrain sur la même ligne. L’absence de cadrage sur le porteur a en plus mis la défense dans une situation difficile à gérer, celle-ci pouvant être menacée à tout moment par les appels en profondeur de Cavani.

Bref, les Parisiens se sont retrouvés dans une situation confortable, avec des milieux en possession du ballon, rarement mis sous pression et d’énormes espaces à exploiter entre les lignes. Comme à Marseille quelques jours plus tard (1-5), ils ont exploité à merveille ces situations en trouvant les relais de Di Maria et Matuidi.

Souviens-toi le match aller 

Luis Enrique a-t-il vraiment une marge de manoeuvre pour améliorer la qualité défensive de son équipe ? Tactiquement, on peut en douter dans un laps de temps si court, même si les retours pressentis de Mascherano ou Rakitic dans le XI ne pourront faire que du bien. Tentera-t-il de surprendre le PSG avec un nouveau système ou des choix forts (Busquets ?) ? Lui seul le sait pour l’instant.

Ce qui est sûr, c’est que le Barça est dans une situation très difficile car au-delà des 4 buts à remonter, il fait face à une équipe bien plus jeune et qui apparaît mieux préparée pour répondre à n’importe quel défi physique. Compter sur une hausse vertigineuse de l’intensité côté catalan n’offrirait pas de réelles garanties quant à un succès, encore moins une qualification : Paris a prouvé plus d’une fois qu’ils avaient du répondant et leur jeunesse est un avantage sur la durée à ce niveau-là.

Reste à savoir comment cette dernière réagirait en cas de scénario défavorable. Quatre buts c’est beaucoup, mais si le premier devait vite arriver pour le Barça, que se passerait-il ensuite ?

Paris a justement construit son 4-0 de l’aller en affichant une sérénité insolente dans sa moitié de terrain (Verratti, Rabiot). Sous la (timide) pression, les deux jeunes n’ont jamais flanché, ne faisant pas la moindre erreur. C’est avec le même état d’esprit que les Parisiens devront arriver sur la pelouse demain soir pour assurer leur présence au tour suivant.


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6 réponses

  1. favro laurent dit :

    bonjour, super article toujours aussi formateur……j’aurai une question mais je ne suis pas sûr de sa pertinence … Pour contrer le 3/4/3 et la relance par un axial excentré vous évoquez 3 options et notamment celle de l’ATLETICO…Hors il me semble que les madrilènes utilisent un double pivot et le PSG une seule sentinelle….Ne serait-il pas plus simple que DI MARIA ou DRAXLER sortent /cadrent voire bloquent les montées de PIQUE ou UMTITI……comme s’ils avaient à s’occuper de leur latéral classique ….là ils défendraient à l’intérieur libérant certes tout le couloir….mais avec l’avantage de courses moins longues et TOUT le reste de l’équipe à sa place …..CAVANI pouvant tjrs se charger de BUSQUETS…….

  2. Manu dit :

    Super, merci, un vrai bonbon.

  3. dorCia dit :

    Une chose à noter à l’aller est le peu de solutions offensives proposées par Alba (surveillé il est vrai par diMaria) à Neymar sur le côté gauche, à croire que ces deux là sont fâchés. De mémoire, seule une montée d’Umtiti (31ème une deux avec Suarez et surtout 36ème après le corner qui fit intervertir Draxler et diMaria et où Alba s’était démarqué).

    Tout cela pour dire qu’au retour, Lucho devrait utiliser toute la largeur du Camp Nou pour étirer les lignes de Paris. Les latéraux catalans auront un rôle primordial en phase offensive.
    Le Barça avait beaucoup penché à gauche à l’aller. Avec la vraisemblable titularisation de Rakitic, il est possible qu’un équilibre se trouve.
    A part le retour de Thiago Silva, le 11 parisien devrait rester identique à celui du massacre de la St Valentin. Sauf si Emery préfère Motta à Rabiot pour mieux contrôler le tempo. Dans ce cas, il sacrifiera diMaria pour Lucas qui pourrait être intéressant dans son replacement et harcèlement défensif et surtout dans son explosivité en contre attaque. On aurait aimé voir Pastore à la baguette, mais ses possibles pertes de ballons, ainsi que son manque de travail défensif peuvent apparaitre rédhibitoires. eu égard à sa condition physique un peu juste depuis son retour. Je le vois néanmoins entrer en jeu en seconde mi-temps, quelque soit le score, et nous régaler, soit parce que la qualification sera en poche, soit parce qu’il sera demandé de marquer ce but qui mettra définitivement le Barça hors course.

  4. Moez dit :

    @favro laurent – je suis d’accord avec toi, je trouve qu’il est plus facile de presser face à cette relance du Barça, avec un rôle clé de Cavani qui doit s’occuper de Busquets + monter sur Piqué si celui-ci avance, dans ce cas Matuidi / Verrati devront monter sur Busquets, les 2 milieux parisiens restants devront faire attention aux appels de Rafinha-Messi-Neymar entre les lignes.

    Le piège à éviter pour Draxler et Di Maria serait de rester trop haut sur le terrain car s’il se font aspirer par Mascherrano-Umtiti, ils laisseront dans ce cas le coeur du jeu en infériorité numérique (4 contre 3). Il ne faudrait que l’un se remet bien au milieu lorsque l’autre monte sur le pressing, pour que le milieu coulisse bien.

    Après, de mon point de vue, le système du Barça n’est pas un coup de L-E, mais une obligation de sa part: Messi n’a plus bcp de jus, donc ne peut plus s’excentrer sur l’aile, d’où Rafinha à droite
    Ne me dites pas que Messi jouera dans le milieu car ce n’est absolument pas ce qu’il va faire :) il n’a pas les jambes pour, il sera donc au même niveau que Suarez lorsque Paris aura la balle.

    Après tout peut arriver dans ce match, les 15 premières minutes seront les plus déterminantes. Les jouteurs du PSG doivent être mentalement prêts à se prendre 1 ou 2 buts et ne pas flancher mentalement.

  5. Sigfrid dit :

    Bonsoir,
    très très bon article. Félicitations pour vos recherches.
    Dommage qu’hier les parisiens ont craqué sous la pression…

  1. 9 mars 2017

    […] l’avait évoqué dans la preview tactique de la rencontre et dans le dernier Vu du Banc : le 3-4-3 du Barça allait forcément poser de nouveaux problèmes […]

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