AS Rome 0-2 Real Madrid : les chantiers tactiques de Zidane

Mercredi soir, Zinedine Zidane a peut-être mesuré le chemin qui le séparait encore des grands entraîneurs. Face à un vétéran, le « jeune » Zizou est resté impuissant, observant son Real Madrid buter sur une équipe très bien organisée. Il a fallu un éclair de Ronaldo (57e) pour débloquer la rencontre, avant que Jesé libère la Maison Blanche sur une deuxième action de soliste en fin de partie. Le Real a fait l’essentiel et est quasiment qualifié pour les quarts de finale… mais il est encore loin d’être un prétendant à la victoire en Ligue des Champions.

Les compositions : 

L’absence de Bale dans le camp madrilène a permis d’éviter les choix difficiles : James et Isco ont tous les deux démarré le match sur la pelouse de l’Olimpico. Le Colombien a transformé la BBC en BJC et Isco s’est installé place au milieu de terrain aux côtés de Modric et Kroos. Côté romain, Spalletti n’a rien changé pas ses anciennes habitudes en alignant un 4-3-3 sans véritable avant-centre (Perotti) et avec deux ailiers très rapides (Salah, El-Shaarawy). Objectif, attendre le Real et le piéger en jouant dans le dos de ses latéraux.

AS Rome vs Real Madrid - Football tactics and formations

Le plan de jeu de la Roma : 

Il faut être deux pour faire un match, et si le Real a eu des difficultés pendant quasiment une heure, c’est aussi à cause du plan de jeu mis en place par Luciano Spalletti. De retour à Rome après un exode en Russie, l’entraîneur italien n’a rien laissé au hasard.

Défensivement, la Roma a perturbé le Real sur toutes ses sorties de balle. Sans être un pressing tout-terrain, qui pouvait vite se révéler dangereux face à de tels techniciens, la consigne était de s’opposer à la relance courte des Espagnols. Il fallait notamment de ne pas laisser assez d’espaces à des joueurs comme Kroos, Modric ou Ramos pour jouer long depuis leur camp afin de chercher Ronaldo ou Benzema dans la profondeur.

Lorsque le Real sortait de ses 30 mètres, la Roma positionnait ensuite son bloc avec Perotti en pointe au niveau du rond central. Varane et Ramos étaient laissés libres, l’avant-centre concentrant ses efforts sur Toni Kroos. Derrière lui, ses partenaires répondaient aussi aux décrochages de leurs adversaires directs (Pjanic-Isco, Nainggolan-Modric mais aussi Ronaldo-Florenzi).

bloc-roma

Face à une telle densité dans le coeur du jeu, difficile pour la Real de trouver des solutions dans l’axe.

Plutôt bien positionnée, la Roma n’a pas laissé beaucoup d’opportunités au Real Madrid pour aller de l’avant dès sa première relance. Le jeu du Real est majoritairement passé par les côtés, via des passes le long de la ligne de touche ou des transversales pour tenter de contourner le bloc adverse.

Ce dernier n’attendait qu’une chose : que le jeu revienne dans l’axe pour enfermer le porteur et récupérer le ballon. Sitôt celui-ci en leur possession, les Romains recherchaient rapidement le contre en ouvrant le jeu vers Salah ou El-Shaarawy sur les côtés. Même les coups de pied arrêtés du Real étaient l’occasion de repartir en contre.

Real Madrid : un manque de mouvement et de prises d’initiative 

Face à un bloc aussi regroupé et discipliné, le Real a d’abord voulu conserver le ballon. Modric, Isco et même Ronaldo ou James, les décrochages se sont multipliés afin d’offrir des solutions à leurs trois relanceurs (Kroos, Ramos, Varane) et faire circuler le ballon. Le problème, c’est que multiplier ainsi les points de fixation n’a pas grand intérêt sans mouvement.

L’autre souci du Real Madrid en phase de relance était le manque d’initiatives de Raphael Varane. Très souvent, le Français a été le joueur libéré par ses partenaires. Et la plupart du temps, il a refusé d’attaquer l’espace qui s’ouvrait devant lui, préférant jouer sur Carvajal (12 passes en première mi-temps). Une timidité qui peut surprendre, puisqu’il a trouvé Ronaldo dans la surface romaine sur sa seule montée (longue ouverture en profondeur, 32e).

varane1

Le Real a fixé le bloc romain côté gauche. Varane reçoit le ballon et a le champ libre devant lui.

varane2

Mais le Français ne prend pas de risque et joue latéralement sur Carvajal, annihilant le décalage crée au départ.

Au-delà de la relance du Français, le Real a aussi souffert du manque de projection de ses milieux en début de match. Alors que le jeu partait sur les côtés autour des duos formés par les joueurs de couloir (Carvajal-James ; Marcelo-Ronaldo), ces derniers se retrouvaient très rapidement sans solution autre que l’exploit individuel pour en sortir (Ronaldo-Marcelo, 32e).

Censés se projeter pour les accompagner et leur offrir une solution dans le coeur du jeu, Modric et Isco ont été très effacés sur ces séquences en début de match. Un manque de mouvement qui a grandement facilité la tâche des Giallorossi en début de partie, ces derniers n’ayant que les courses de Benzema à gérer dans leurs 30 mètres.

real-manque-soutien

Ronaldo déboule dans le couloir mais ne représente aucun danger vu le manque de soutien autour de lui.

Les Madrilènes avaient besoin de repartir de phases arrêtées (touches, coups-francs) sur les côtés pour pouvoir resserrer les distances entre eux et se trouver dans les petits espaces. Ces séquences étaient d’ailleurs l’occasion de rappeler qu’ils faisaient bien partie de l’élite sur le plan technique.

Au fil des minutes, Isco et Modric ont quand même pris plus d’initiatives et sont allés combiner avec les joueurs de couloir. Toujours en soutien de ces actions, Kroos apportait lui sa palette de passes pour jouer dans les intervalles ou renverser le jeu vers l’aile opposée. Rien de spectaculaire toutefois, puisque la Roma était rarement mise hors de position. Sur les 7 tirs du Real en première mi-temps, seulement 4 ont eu lieu dans le jeu (sans qu’aucun ne soit cadré).

real-projections1

Lorsque Isco se projette côté gauche, cela crée forcément plus d’espaces pour Marcelo et Ronaldo.

real-projections2

Avec sa course, le milieu de terrain a embarqué Pjanic, ouvrant l’espace pour Marcelo.

real-projections3

Marcelo joue sur Ronaldo le long de la ligne de touche.

real-projections4

Le Portugais est libéré en un-contre-un face au latéral de la Roma et trois solutions sont aux abords de la surface de réparation.

Real Madrid : une récupération défaillante

Face à un bloc bas, le pressing est une arme aussi importante : bien exécuté, il permet de récupérer la balle plus haut sur le terrain et augmente les chances de faire face à une défense désorganisée.

Le manque de projections vers l’avant des milieux de terrain a d’abord limité l’efficacité du pressing à la perte. S’il y a peu de soutiens autour du porteur, il y a aussi peu de pression sur l’adversaire dans les secondes qui suivent la perte du ballon. Seule la naïveté d’El-Shaarawy a mis la Roma en difficulté (ballons perdus face à James). Une stat pour l’illustrer : malgré sa domination claire du point de vue de la possession de balle, le Real n’a pas réalisé plus d’actions défensives que la Roma dans le camp adverse.

Dans sa structure défensive aussi, le Real a montré des limites qui auraient pu peser lourd face à un autre adversaire. Depuis sa première face au Deportivo la Corogne, Zidane a confirmé sa « filiation » avec Carlo Ancelotti en reprenant le système qui avait offert la Decima en 2014 : 4-3-3 face à la relance adverse, 4-4-2 en phase défensive.

Plus de détails : Real Madrid 5-0 Deportivo la Corogne, l’analyse de la première de Zidane

real-structure1

Face à la relance, le Real est en 4-3-3/4-5-1.

real-structure2

Dans sa moitié de terrain, James rejoint la ligne des milieux pour former un 4-4-2.

Le problème, c’est que les attaquants madrilènes n’ont eu aucune présence défensive (si ce n’est pour déclencher le pressing à la première minute de jeu)… Et sur les séquences hautes, le Real n’a plus l’activité de Di Maria dans l’entrejeu pour sonner la charge et cadrer les milieux adverses.

Parmi les trois milieux de terrain, Kroos a semblé être le seul capable d’un travail de harcèlement efficace dans l’entrejeu. Mais sa position de n°6 n’est pas propice à ce genre de sorties. Plus gênant, s’il n’a pas été avare en courses, il a rarement été accompagné par ses partenaires. Des séquences de pressing en solitaire que le Real a répété plusieurs fois dans ce match et qui n’ont du coup quasiment jamais perturbé la Roma. On en revient au principal problème, déjà vu sur les séquences de construction : un joueur s’active mais les autres restent spectateurs.

kroos-seul-pressing

Kroos sort au pressing mais personne ne l’accompagne. Seul contre deux, il ne peut pas faire grand chose.

 

Preuve des limites collectives du Real pour récupérer le ballon, c’est la défense centrale qui a le plus brillé dans ce match. Sergio Ramos a réalisé une prestation exceptionnelle. Sur les 35 tacles réalisés par le Real Madrid dans ce match, le défenseur espagnol en a effectué 11 (10 réussis) en plus d’intercepter 2 ballons, d’en dégager 4 et contrer 4. Des chiffres qui montrent à quel point il a été exposé.

Avec Ramos-Varane, auteur d’un superbe sauvetage face à Salah en deuxième mi-temps (71e), et sans oublier Pepe, le Real Madrid possède une charnièretout à fait capable de soutenir une équipe déterminée à récupérer le ballon plus haut. Mais le réel problème réside dans l’entrejeu et au niveau de l’attaque madrilène : les deux lignes manquent de coordination et ne font pas assez d’efforts pour réaliser un pressing efficace.

pressing-efface-intervention-ramos

Kroos et Isco sortent au pressing mais sont éliminés. Malgré la situation difficile, Ramos parvient à s’imposer et récupère le ballon.

Le talent en attendant la suite ? 

Le but inscrit par Ronaldo (57e) a mis au second plan tous ces problèmes, en plus de débloquer la rencontre. Après ça, la Roma ne pouvait plus se contenter de « diriger » la relance madrilène : il lui fallait désormais récupérer le ballon.  Ce regain d’agressivité côté italien a facilité la tâche du Real, qui a eu plus d’espaces à exploiter. Modric s’est rendu plus disponible au milieu, ouvrant des espaces pour James à l’intérieur du jeu.

Le rythme du match s’est naturellement élevé dans la dernière demi-heure. L’occasion de voir plus d’opportunités madrilènes sur attaques rapides… et un manque de justesse sur ces séquences. Combiné aux difficultés du collectif pour récupérer le ballon, cela a donné le signe d’une équipe inspiré par celle de la Decima mais encore loin de son modèle.

Au-delà de cette filiation avec Ancelotti, qui se ressent peut-être jusque dans le management, on sent aussi une envie décuplée chez Zidane d’avoir la possession du ballon, quitte parfois à refuser certaines opportunités pour aller plus vite de l’avant (cf. fin de match). Mais son utilisation laisse encore à désirer, la faute au manque de coordination dans les déplacements des joueurs. Une lacune qui se ressent aussi lorsque le Real veut presser son adversaire.

 

 

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. alexandre jordan dit :

    vous avez fait une « grosse » erreur, si Bale ne jouait pas la bbc ne s’est pas transformé en bbj mais en bcj..
    le colombien a transformé la bbc en bcj et non en bbj.. sinon bel article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *