Paris SG 2-1 Chelsea, l’analyse tactique

Victorieux de Chelsea hier soir au Parc des Princes, le PSG a fait la moitié du chemin qui doit le mener jusqu’aux quarts de finale de la Ligue des Champions. Dominateur mais peu inspiré en première mi-temps, le club parisien a accéléré après la pause et mis à mal le plan de jeu de Chelsea. Tout n’a toutefois pas été maîtrisé et il a fallu un grand Kevin Trapp pour empêcher Chelsea de repartir en Angleterre avec de plus grandes chances de qualification…

Les onzes de départ :

Laurent Blanc s’est bien amusé en préparant ce match ! Alors qu’il annonçait que Verratti sur le banc pour ce huitième de finale aller depuis samedi soir, le milieu italien est bien présent sur la pelouse au coup d’envoi. Autres titulaires notables, Marquinhos prend la place de Serge Aurier à droite de la défense et Lucas est toujours préféré à Cavani devant.

Du côté de Chelsea, Guus Hiddink doit composer avec les absences de Terry et Zouma en défense centrale, ainsi que de Matic (suspendu) au milieu de terrain. Résultat, une défense remaniée avec une charnière Ivanovic-Cahill et un Fabregas obligé de redescendre dans l’entrejeu. Du coup, c’est Willian qui se retrouve n°10, encadré par Hazard et Pedro. Une formation très offensive au final !

Paris SG vs Chelsea - Football tactics and formations

Chelsea : un plan de jeu étonnant

Tous les adversaires du PSG qui lui ont posé problème en Ligue 1 partagent un point commun : celui d’avoir réussi à perturber la possession parisienne (souvent sans Verratti) au milieu de terrain. De Toulouse à Marseille en passant par Saint-Etienne, les systèmes de jeu choisis étaient marqués par un milieu de terrain compact afin de densifier l’axe, zone où le PSG a l’habitude de conserver le ballon.

Plus de détails : Marseille 1-2 Paris SG, l’analyse tactique et Toulouse 0-1 Paris SG, l’analyse tactique

Guus Hiddink a fait le choix contraire ! Au lieu de demander à Hazard et Pedro de défendre à l’intérieur du jeu afin de prêter main forte à Fabregas et Mikel, le technicien néerlandais leur a demandé de se positionner par rapport aux montées de Marquinhos et Maxwell sur les ailes. Conséquence de ce choix tactique, un début de match très difficile pour les Blues avec deux milieux de terrain pas assez mobiles et donc dépassés par la circulation de balle parisienne.

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Hazard et Pedro n’aident pas leurs milieux de terain, qui se retrouvent en infériorité numérique et ne peuvent donc pas intervenir efficacement.

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Le porteur de balle parisien a du coup beaucoup de solutions autour de lui.

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Le système de Chelsea pouvait ainsi ressembler à un 6-2-2, ou 6-3-1 lorsque Willian redescendait aider ses milieux de terrain.

Même si Willian revient leur prêter main forte, Mikel et Fabregas ne peuvent pas grand chose avec un PSG en surnombre autour d’eux. En plus de Motta, Verratti et Matuidi, Ibrahimovic, Di Maria et Lucas décrochent à tour de rôle afin d’offrir des solutions autour des deux milieux de Chelsea. A deux, Mikel et Fabregas termineront la rencontre avec seulement 4 tacles réussis sur 15 tentés (0/3 pour Mikel, 4/12 pour Fabregas).

La gestion de la profondeur, clé du système défensif des Blues : 

Avec une telle organisation, Chelsea ne peut pas espérer reprendre le ballon au PSG au milieu de terrain. Le bloc des Blues est obligé de défendre très bas, surtout durant le premier quart d’heure où la domination parisienne est sans partage (voir par ailleurs).

Pour eux, résister dans une telle situation passe par une gestion rigoureuse de la profondeur et des espaces dans le dos de la défense. Le manque d’impact au milieu de terrain offre en effet assez d’espace et de temps à Ibrahimovic, Verratti, Motta ou Di Maria pour lever la tête et chercher des solutions en mouvement vers le but adverse.

C’est là que le travail de repli de Pedro et Hazard est primordial : les deux ailiers couvrent la plupart des montées de Maxwell et Marquinhos qui apportent largeur et profondeur. Proches de la défense centrale, Baba Rahman et Azpilicueta doivent eux être attentifs aux tentatives de combinaisons (passe-et-va) entre le milieu et l’attaque parisienne.

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Verratti va chercher Di Maria dans la profondeur mais Ivanovic contrôle l’appel de l’Argentin.

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Azpi resserre le marquage du Lucas afin d’éviter une combinaison avec Ibrahimovic, qui n’est pas attaqué. De son côté, Pedro couvre l’appel de Maxwell sur l’extérieur du bloc.

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Pour Chelsea, l’autre danger était de se faire éliminer. Si les milieux ne sont plus là pour faire tampon entre les rampes de lancement parisiennes et les joueurs chargés d’apporter la profondeur, la défense ne peut plus vraiment contrôler les courses de ces derniers.

Malgré les difficultés, il faut reconnaître que Chelsea s’en sort plutôt bien durant la première mi-temps : certes, les Blues concèdent 10 tirs mais un seul provient de l’intérieur de la surface de réparation (Ibrahimovic, 32e). Le PSG n’a d’ailleurs réussi qu’une seule passe à l’intérieur de la surface adverse durant ces 45 premières minutes.

Di Maria est notamment en-dessous de son niveau. Actif dans l’entrejeu et capable de mettre Mikel et Fabregas en difficulté, Lucas est lui aussi trop brouillon lorsqu’il approche la défense adverse. L’une de ses accélérations entre les milieux londoniens pousse tout de même Mikel à la faute et permet à Ibrahimovic d’ouvrir la marque sur coup-franc (39e).

Le premier pressing parisien : 

Au vu du plan de jeu déployé par son équipe, le calcul de Hiddink est le suivant : il s’agit de laisser venir le PSG, ne surtout pas se faire éliminer, contrôler la largeur et la profondeur… et ressortir en contre dans le dos des latéraux qui seront forcément montés afin d’offrir des solutions sur les ailes.

Le problème en début de partie, c’est que le PSG se montre très efficace à la perte du ballon. Willian est ciblé par les milieux parisiens qui ne lui laissent pas le moindre espace pour se retourner (Thiago Motta et Matuidi). Deuxième menace sur le papier, Hazard est contrôlé par un Marquinhos solide dans les duels. Ce pressing offre des récupérations de balle hautes offrent qui peuvent se transformer en attaques rapides (Lucas, 4e).

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Marquinhos jaillit dans les pieds de Hazard et peut lancer une offensive face à un bloc de Chelsea complètement désorganisé.

Chelsea autour de Fabregas : 

Les problèmes pour le PSG commencent lorsque Chelsea parvient à déjouer ce premier pressing pour allonger son temps de possession. Dès qu’ils trouvent Fabregas, les Blues s’appuient sur une plaque tournante fiable, capable d’aller chercher les partenaires qui se trouvent dans les espaces.

Souvent disponible, l’ancien joueur du FC Barcelone évolue sur toute la largeur du terrain : n’hésitant pas à décrocher très bas, il offre des solutions à ses défenseurs pour ressortir court. Plus haut, on le retrouve en soutien de ses attaquants afin de réorienter le jeu et exploiter la largeur, un peu à la manière de ce qu’avait fait Lassana Diarra avec l’OM.

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Alors que ses partenaires sont pris par les Parisiens, Fabregas se rend disponible dans l’espace libre.

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L’Espagnol reste en soutien et permet ainsi de ressortir les ballons des couloirs.

En attaque, Chelsea prend son temps… comme en championnat depuis que Guus Hiddink a repris les commandes de l’équipe. Les attaquants cherchent la solution la plus secure lorsqu’ils ont le ballon, d’autant plus qu’une perte de balle dans cette zone peut offrir des solutions en contre-attaque aux Parisiens (Di Maria pour Lucas, 17e). Ce rythme lent force les Blues à finir sur les côtés par des centres. Mais ça aussi, ils ont l’habitude.

Sur le premier temps fort des Blues, Diego Costa reprend un service de Baba Rahman de la tête et oblige Trapp à sauver les siens (23e). Quelques minutes plus tard, Azpi qui déboule dans le couloir droit et adresse un centre très dangereux mais que personne ne parvient à reprendre (26e).

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L’incapacité du PSG à relancer le pressing depuis sa position défensive permet à Chelsea de faire tourner le ballon et finir sur les côtés.

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Quelques minutes après la tête de Diego Costa, le centre d’Azpi aurait pu (dû ?) finir au fond au vu de la position de Pedro dans l’axe (qui manque le ballon).

Si elle peut paraître contre le cours du jeu, l’égalisation de Mikel sur coup de pied arrêté vient récompenser ces longs temps de jeu de Chelsea. Dominés au milieu de terrain et quasi-incapables de récupérer le ballon dans cette zone, les Blues s’en sont remis à leur qualité technique (Fabregas) pour le conserver dès que l’occasion se présentait (56,2% de possession pour le PSG, 43,8% pour Chelsea en première mi-temps).

Après la pause, Willian est le premier joueur à sortir de sa boîte en échappant à ses gardes du corps. Le Brésilien mène un contre fulgurant et lance Diego Costa. Face à Trapp, l’attaquant des Blues perd son deuxième duel de la soirée (48e). Ce sera son dernier.

Deuxième mi-temps : Paris attaque les half-spaces

Car derrière, le PSG va augmenter la pression sur les buts de Courtois en s’appuyant sur la montée en puissance d’Angel Di Maria. Peu en vue en première mi-temps, l’Argentin s’aventure désormais dans des zones oubliées en première mi-temps : les half-spaces (déf : la zone qui sépare l’axe de l’aile lorsque le terrain est découpé en cinq parties sur sa largeur) et notamment celui côté gauche.

En déplaçant sa construction dans ces zones, le PSG trouve beaucoup plus de solutions dans la profondeur. L’équipe peut notamment attaquer les espaces dans le dos des latéraux adverses. Di Maria insiste notamment dans les intervalles qui séparent Pedro, Azpilicueta et Ivanovic pour lancer Maxwell. En fixant à gauche, Paris se crée aussi des opportunités à l’opposée lorsqu’il renverse le jeu.

Plus de détails : Paris SG 2-1 Chelsea : Di Maria, roi du half-space 

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Face au système de Chelsea, le PSG trouve des solutions dans les half-spaces. Di Maria profite des espaces pour chercher Maxwell dans le dos des joueurs de couloir.

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Azpilicueta a beau essayé de sortir, il ne peut empêcher la passe de l’Argentin dans l’intervalle.

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Ivanovic et Cahill doivent désormais s’employer pour repousser les centres parisiens.

Peu sollicité dans ce domaine en première mi-temps, Ivanovic et Cahill sauvent leur équipe à plusieurs reprises(18 dégagements en deuxième mi-temps, contre 9 en première). Courtois est lui aussi bien plus sollicité (5 arrêts contre 1) : Ibrahimovic se crée ainsi une première occasion côté droit (53e) mais la meilleure occasion vient d’un centre de Di Maria depuis l’aile gauche (Matuidi et Ibrahimovic, 63e).

Chelsea dépassé par le rythme : 

Chelsea ne pense plus qu’à se dégager et cela permet au PSG de remettre facilement le pied sur le ballon, qui reste dans le jeu. Le rythme de la partie s’élève et les Blues ont moins d’occasions de le réduire en contrôlant le jeu. De 56%/43% en première mi-temps, la possession de balle passe à plus de 70% en faveur des Parisiens après la pause.

Chelsea apparaît aussi dépassé physiquement. Willian est moins disponible, tout comme Fabregas. Loin de son niveau de la saison dernière, Hazard est remplacé par Oscar à 20 minutes de la fin (71e). Le Brésilien est d’ailleurs tout près de tromper Trapp sur un coup-franc, mais le portier allemand sauve encore les siens (4 arrêts au total…).

Le match bascule finalement avec l’entrée d’Edinson Cavani (74e). L’avant-centre réalise la séquence parfaite et qui manquait au PSG depuis le coup d’envoi : récupération de balle dans son propre camp, appel en profondeur et finition parfaite face à Courtois.

Plus de détails : Paris SG 2-1 Chelsea, l’analyse du but de Cavani

Conclusion : 

Le PSG tente d’aller chercher un 3ème but, en vain. Il devra se contenter de ce petit avantage pour aller à Stamford Bridge. Au vu de sa performance en deuxième mi-temps, il a largement les capacités pour marquer là-bas et s’assurer une qualification pour les quarts de finale.

Néanmoins, il n’a pas non plus affiché une maîtrise de tous les instants, face à un adversaire encore convalescent malgré ses qualités. Sa passivité défensive, dès lors que son pressing est déjoué, pourrait notamment lui jouer des tours dans un futur proche, que ce soit dès le match retour ou en quarts de finale.

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3 réponses

  1. dorcia dit :

    clés du match retour :
    – le banc parisien vs le banc anglais…
    – capacité des parisiens à ne pas perdre le ballon trop rapidement ou le dégager n’importe comment à la récupération des phases offensives de Chelsea.
    – contenir la pression anglaise
    – éviter les fautes et les cartons.

  2. Lost in T dit :

    Merci Florian!
    Très heureux pour toi que tu te sois fait recruter par canal. Félicitations !

    Il y a un bon article sur le jeu du PSG relayé par les cahiers du foot qui évoque la relance parisienne depuis Silva et Luiz depuis les half space. C’est interessant de voir que c’est le positionnement naturel de Lucas et Di Maria également.

  3. favro laurent dit :

    Toujours aussi agréable à lire …dans votre conclusion vous pointez la passivité défensive du Psg….Peut-on la personnaliser par les carences de Motta…….Il est incapable de jouer son rôle de poutre/protection //sur les phases de transitions défensives ni libero/récupérateur des 2 autres milieux: ni 3iem stoppeur intercalé quand les centraux doivent s’excentrer…. // sur les phases de défense de position il n’est pour le moins pas dominant…..Pour moi,par son jeu ou ses absences de jeu il impacte tout le système défensif du Psg. Certes c’est un 1er relanceur remarquable….. ce qui justifie que BLANC va conserver son système et les « équilibres » mis en place. Pour l’année prochaine BLANC s’il est encore là…..devra trouver un joueur plus complet……BUSQUETS est intouchable mais un joueur du style de GUNDOGAN ……

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