Chelsea 1-2 Paris SG : l’analyse tactique

Pour la 4ème fois en autant de saisons, le PSG est en quarts de finale de Ligue des Champions. En ballotage favorable après sa victoire à l’aller, le club de la capitale est allé chercher sa qualification en s’imposant à Stamford Bridge (2-1). Un résultat de patron qui peut induire en erreur sur la maîtrise de l’équipe. Car après avoir ouvert le score, les Parisiens ont été bousculés par une formation de Chelsea qui a joué son va-tout avant de plonger physiquement.

Les compositions : 

Malgré le retour de Matic dans le groupe, Guus Hiddink décide de refaire confiance à la paire Mikel-Fabregas pour tenir son milieu de terrain. Par rapport à l’aller, le technicien néerlandais ne fait qu’un seul changement : le jeune Brésilien Kenedy commence au poste de latéral gauche à la place de Baba Rahman.

Côté parisien, Laurent Blanc doit faire sans Verratti qui n’est même pas sur le banc de touche. Alors que Pastore apparaissait dans la plupart des compos probables, c’est Rabiot qui débute dans l’entrejeu aux côtés de Thiago Motta et Matuidi. Devant, malgré le but salvateur de Cavani à l’aller, Laurent Blanc relance le trio formé par Lucas, Di Maria et Ibrahimovic.

Chelsea vs PSG - Football tactics and formations

0-0 : Paris maîtrise, Chelsea attend 

Au coup d’envoi, le PSG a beau être qualifié, Chelsea n’a besoin que d’un but pour passer. Et les Blues ne semblent pas presser pour le mettre tant leur comportement en début de partie rappelle le match aller.

Certes, Hazard, Willian et Diego Costa font les efforts pour perturber la relance parisienne lorsque celle-ci doit repartir de sa surface de réparation. Les attaquants des Blues poussent même Rabiot à la faute d’entrée de jeu, permettant à Diego Costa de déclencher son premier tir de la partie (2e). Mais ce pressing se relâche très rapidement lorsque le PSG parvient à faire la liaison avec ses attaquants.

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Chelsea tente de rester haut lorsque le jeu est dans le tiers défensif du PSG.

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Sur les relances de Trapp, les Londoniens veulent priver le gardien de solutions courtes… le problème, c’est que Hazard, Diego Costa et Willian ne sont pas accompagnés par le reste du bloc. Trapp trouve facilement Marquinhos qui peut mettre le ballon à terre et permettre à Paris de prendre le contrôle au milieu.

Justement, le trio d’attaque du PSG redescend très vite dans l’entrejeu afin de venir en aide à ses milieux de terrain. Pour compenser l’absence de Verratti, Di Maria et Ibrahimovic décrochent beaucoup, surtout l’Argentin qui reprend la zone laissée vacante par l’Italien. Ils multiplient ainsi les solutions de passes et permettent au ballon de circuler.

Aux abords du rond central, Chelsea ne cherche déjà plus le pressing et retrouve sa structure défensive du match aller. Willian, Mikel, Fabregas, parfois aidés de Diego Costa, doivent contenir les Parisiens dans l’axe. Difficile pour eux de récupérer le ballon dans leur camp vu le surnombre en faveur de leurs adversaires. Sur les ailes, Hazard et Pedro bloquent les couloirs. Kenedy et Azpilicueta défendent à l’intérieur, réduisant les espaces autour de la paire Ivanovic-Cahill.

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Pour conserver le ballon, Paris s’appuie sur le surnombre crée par les décrochages d’Ibrahimovic, Di Maria ou Lucas dans l’entrejeu.

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Chelsea retrouve son système défensif du match aller, ressemblant parfois à un 6-3-1 avec Pedro et Hazard pour bloquer les couloir. Dans le coeur du jeu, Willian, Fabregas et Mikel sont « condamnés » à courir dans le vide à cause du surnombre parisien.

Face à un adversaire organisé ainsi, le PSG s’appuie sur deux armes pour mettre la défense en difficulté. Lucas est le premier à se mettre en valeur sur une séquence où il prend le dessus les milieux londoniens, qui ont les mêmes problèmes de mobilité qu’à l’aller (Mikel, Fabregas…). Le Brésilien parvient à décaler Di Maria dans la surface mais le tir de ce dernier est repoussé sur sa ligne par Ivanovic.

On retrouve l’Argentin quelques minutes plus tard à l’origine de l’ouverture du score parisienne. Comme à l’aller, c’est en exploitant les half-spaces autour de la paire Mikel-Fabregas qu’il trouve la faille. Cette fois, c’est Ibrahimovic qui profite de son service et se transforme en passeur décisif pour Rabiot (16e).

Plus de détails : Chelsea 1-2 Paris SG, l’analyse du but de Rabiot

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A l’origine de la première occasion parisienne, Lucas prend de vitesse le duo Mikel-Fabregas.

Le PSG prend ainsi l’avantage sur sa deuxième occasion de la partie. Sur le premier quart d’heure, les Parisiens ont largement dominé leurs adversaires (6 tirs à 1). Les Blues espéraient sans doute résister aussi longtemps qu’à l’aller et compter sur un relâchement du pressing parisien au fil des minutes afin de commencer à attaquer.

Avec désormais 2 buts à remonter pour aller chercher les prolongations, ils ne peuvent plus se permettre d’attendre. C’est désormais collectivement qu’ils doivent aller chercher le ballon dans les pieds parisiens et ne plus se contenter les contenir lorsque ces derniers arrivent dans leur moitié de terrain.

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Qui plus est, Paris a en plus montré quelques signes de suffisance avec le ballon.

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Sur cette séquence, il suffit d’un petit pressing de Willian (individuel) sur Thiago Motta pour mettre l’Italien en difficulté.

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Dans la foulée, c’est toute la défense parisienne qui est exposée mais Chelsea n’en profite pas.

0-1 : le va-tout des Blues

Pour Chelsea, la première des choses est de réussir à maintenir le pressing lorsque Paris sort de son tiers défensif. Cela passe d’abord par un positionnement plus avancé de la part des deux milieux de terrain (Mikel et Fabregas), désormais plus proches du quatuor offensif.

Alors que les milieux se calquent les uns sur les autres (Motta-Willian ; Mikel-Rabiot ; Matuidi-Fabregas) sur le tableau noir, le danger pour les Blues peut venir des décrochages de Di Maria, Ibrahimovic ou Lucas. Chelsea répond avec ses latéraux, qui chassent désormais les attaquants parisiens jusque dans leur camp. Kenedy se retrouve ainsi à soutenir les efforts de ses milieux en suivant les déplacements de Di Maria.

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Première pierre pour aller chercher Paris plus haut : le positionnement de Mikel et Fabregas.

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Deuxième élément, les sorties de Kenedy pour accompagner les décrochages de Di Maria. Rabiot voit sa passe interceptée par Hazard qui file au but (mais ne convertit pas la situation en occasion).

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Kenedy peut même aller chercher Di Maria lorsque Paris est déployé dans sa moitié de terrain.

Cette pression plus intense met en difficulté les milieux de terrain parisiens, qui ressentent enfin l’absence de Verratti. Déjà surpris par Willian en début de partie, Thiago Motta perd le ballon de l’égalisation (27e) face à Fabregas. L’Espagnol lance Willian qui sert Diego Costa, auteur d’une belle finition face à Thiago Silva. Aux côtés de Thiago Motta, Rabiot manque aussi des passes qui mettent le PSG en danger (voir ci-dessus). 

Accompagner le pressing haut des attaquants est un premier progrès pour les Blues, mais ces derniers doivent aussi être en mesure de maintenir la pression une fois Paris installé au milieu de terrain. Et ela passe encore une fois par le regain d’agressivité des joueurs de couloir, voire des défenseurs.

Selon les situations, Kenedy, Azpilicueta (la plupart du temps), Pedro ou Hazard (parfois) rentrent dans le coeur du jeu afin de défendre dans les half-spaces où les Parisiens trouvaient jusqu’ici de l’espace pour faire tourner le ballon. L’idée est de repousser Paris jusque dans le rond central où Willian, Diego Costa et les milieux de terrain tentent de couper les trajectoires et font surtout les courses pour maintenir la pression sur le porteur de balle.

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Azpilicueta a chassé Lucas au-delà de la ligne médiane et maintient ensuite la pression sur Thiago Motta.

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Chelsea tente d’enfermer les milieux parisiens dans le rond central.

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Parfois, les axiaux reçoivent l’aide des joueurs de couloir. Ici, Pedro jaillit pour chiper le ballon à Lucas.

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Derrière, Chelsea se lance dans une nouvelle attaque rapide mais Paris revient bien.

Ayant enfin du répondant face à la possession parisienne, Chelsea a plus de situations à son avantage grâce à ces ballons récupérés dans l’entrejeu. Le problème, c’est que l’équipe manque de justesse et de vitesse sur les phases de transition. Si Willian et Diego Costa sont au niveau requis par un tel match, ce n’est pas le cas de Hazard et Pedro. Le Catalan est méconnaissable et multiplie les mauvais choix à l’approche de la surface.

PSG : d’une possession stérile à dangereuse

Cette activité accrue des Blues met tout de même le PSG en grande difficulté et fait rejaillir sa principale faiblesse lorsqu’il est en possession du ballon : son incapacité à développer du jeu rapide. Entre la 18ème minute et l’heure de jeu, les Parisiens ne tirent qu’une seule fois au but (Ibrahimovic, 33e). Au départ, c’est Di Maria qui se défait de la pression de Kenedy et alerte Lucas dans l’espace. Le Brésilien centre pour Ibra dont la reprise de la tête finit dans les bras de Courtois.

A part ça, rien d’autre à signaler. Les décrochages de Di Maria enlèvent une solution qui permettrait d’attaquer la profondeur aux avants-postes et Ibrahimovic perd plusieurs ballons sous la pression de Cahill et Ivanovic.

Malgré une possession largement en sa faveur (60/40% environ), le PSG passe ainsi moins de temps dans le dernier tiers que Chelsea (85 passes pour Chelsea, 67 pour le PSG) entre son but et l’heure de jeu. Cet écart se ressent aussi sur les ballons touchés dans la surface adverse : 18 ballons touchés pour Chelsea contre seulement 6 pour le PSG.

Heureusement pour elle, la formation de Laurent Blanc fait bloc en défense. A défaut d’une organisation sans faille, qui a une nouvelle fois été déstabilisé par les changements de zone des attaquants adverses (création du surnombre dans l’axe), les Parisiens ont fait preuve de beaucoup de solidarité dans les moments les plus difficiles. Di Maria, Lucas et Ibrahimovic ont beaucoup plus participé défensivement afin de combler les espaces laissés par leurs milieux de terrain.

Plus de détails : PSG : des faiblesses dans la structure défensive ? 

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Alors que les milieux sont au pressing, les Parisiens sont pris par le déplacement de Hazard à l’intérieur, qui offre une solution à Willian.

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En phase défensive, les Parisiens se sont parfois retrouvés à 11 dans leurs 40 mètres.

Deuxième mi-temps : Chelsea s’essouffle, Ibra finit le travail 

Après la pause, Chelsea tente de maintenir le niveau d’intensité qui lui a permis de mettre Paris en difficulté. Mais les minutes défilent et son pressing perd en efficacité. Les attaquants font de moins en moins de courses et le PSG recommence à retrouver sa liberté du début de rencontre.

La blessure de Diego Costa (60e) est un coup dur pour les Blues qui perdent un élément-moteur, tant pour le pressing que sur les séquences offensives (relais pour sortir le ballon, courses pour embarquer les défenseurs parisiens). Chelsea n’a plus le même banc de touche qu’avant et Hiddink doit faire entrer le jeune Bertrand Traoré, qui se révèle vite beaucoup trop tendre pour une rencontre de ce niveau.

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Au fil des minutes, le pressing de Chelsea se relâche et Paris retrouve de la liberté au milieu de terrain.

Ses joueurs ont toutefois un dernier sursaut sur une longue séquence dans le camp parisien. Willian et Hazard obligent Trapp à une double parade pour préserver les Parisiens d’une prolongation (64e). Trois minutes plus tard, Ibrahimovic met fin au suspense et envoie le PSG en quarts de finale en reprenant un centre de Di Maria (67e).

Les dernières minutes sont anecdotiques : les Parisiens contrôlent face à une formation qui n’y croit plus vu qu’elle doit encore marquer trois fois pour se qualifier.

Plus de détails : Chelsea 1-2 Paris SG : l’analyse du but d’Ibrahimovic

Conclusion : 

Sur le papier, difficile de faire la fine bouche : le PSG a battu Chelsea à l’aller et au retour et ne doit sa qualification à personne. Mais la performance de son adversaire sur 180 minutes ne peut qu’inciter à la prudence quant aux prochaines échéances qui l’attendent.

Car au vu des deux matchs, Paris a affronté une équipe loin d’être au point sur le plan physique. A l’aller déjà, les Blues avaient faibli en deuxième mi-temps. Hier, leur façon d’aborder le match et leur réaction le but parisien laissent penser qu’ils n’avaient de toute façon pas les jambes pour survivre à ce niveau de compétition. Dans le cas contraire, pourquoi attendre en début de partie ?

Leur baisse de régime au fil de la deuxième mi-temps a été la suite logique des efforts consentis pour revenir au score et maintenir Paris sous pression. En attendant le tirage au sort des quarts de finale, Laurent Blanc et ses joueurs peuvent remercier Kevin Trapp, déterminant durant le temps faible parisien, et Angel Di Maria, qui s’est dédoublé pour combler (en partie) le vide laissé par l’absence de Verratti.

 

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1 réponse

  1. Erwan dit :

    Bonjour, merci beaucoup pour vis analyses qui sont toujours d’une grande qualité. J’ai une question qui n’est pas directement lié à ce match de Paris, mais qui concerne plutôt la saison prochaine, après le départ probable d’un certain nombre de cadres. Pensez-vous que le PSG pourrait en profiter pour changer de système de jeu et opter pour un 3-5-2 à la manière de la Juve, avec verratti dans le rôle de Pirlo? D’ailleurs le 3-5-2 peut-il être compétitif en Europe où est-il condamné à subir face au 4-3-3 actuellement à la mode?
    Merci d’avance pour votre réponse.

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