Bayern Munich – AS Roma (7-1, 2-0) : l’analyse tactique

C’était sans doute l’une des plus belles affiches de cette première phase de Ligue des Champions mais elle a tourné court. En une demi-heure au Stadio Olimpico, le Bayern a fait exploser une Roma complètement dépassée. Deux semaines plus tard, dans un tout autre système, les hommes de Rudi Garcia ont mieux résisté mais ont dû encore une fois s’incliner. Voyons pourquoi.

Le match aller :

Au moment d’affronter l’épouvantail de ce groupe A pour la première fois, la Roma avait décidé de faire face avec ses armes. Rudi Garcia n’a pas touché à son 4-3-3 et a aligné une équipe-type avec Totti, Gervinho et Iturbe aux avants-postes et un trident De Rossi, Pjanic, Nainggolan dans l’entrejeu. Derrière, Yanga-Mbiwa et Manolas étaient encadrés par Torosidis et Holebas.

Côté bavarois en revanche, Pep Guardiola en avait surpris plus d’un en décidant d’opposer un 3-5-2 au système de jeu romain. Plusieurs joueurs se retrouvaient à des postes « inhabituels » (même si déjà vus depuis le début de saison) : Alaba en défense centrale, Lahm dans l’entrejeu avec Xabi Alonso et Götze, sans oublier Robben à un poste de latéral droit évidemment très offensif. Devant, Lewandowski et Muller se partageaient la pointe de l’attaque.

L’approche romaine : 

Guardiola savait-il à quoi s’attendre de la part du vice-champion d’Italie ? Difficile à dire, toujours est-il que son 3-5-2 a parfaitement su répondre à l’approche des Romains en début de rencontre. Ces derniers ont en effet tenté de gêner la relance bavaroise. Alors que Totti devait couper la relation dans l’axe entre Boateng et Xabi Alonso, Iturbe et Gervinho étaient chargés d’empêcher les montées des deux stoppeurs excentrés (Benatia et Alaba). Pjanic sortait en pointe haute dans l’entrejeu afin de suivre Xabi Alonso, tandis que Nainggolan mettait la pression sur Lahm lorsque ce dernier décrochait.

Cette approche ambitieuse se heurtait toutefois à un problème de taille : malgré la présence romaine dans sa moitié de terrain, le Bayern n’a jamais tremblé au moment de ressortir le ballon. Si le porteur manquait de solutions, il pouvait toujours s’appuyer sur un défenseur en retrait (Boateng), voire sur Neuer qui se chargeait ensuite de chercher ses joueurs de couloir (Bernat, Robben), qui bénéficiaient d’espaces sur les côtés (entre les ailiers concentrés sur Alaba et Benatia et les latéraux, alignés avec leur défense centrale).

Mais le véritable joueur-clé face au « pressing » romain se nommait Mario Götze. Relayeur gauche dans le système de Guardiola ce jour-là, l’unique buteur de la finale du Mondial 2014 se retrouvait sans adversaire direct lorsque Pjanic allait dans la zone de Xabi Alonso. Positionné devant la défense romaine, De Rossi ne compensait en effet pas la sortie de son coéquipier, afin d’éviter que sa défense ne se retrouve en situation de deux-contre-deux face à Lewandowski et Müller. Résultat, Götze a pu remonter plusieurs ballons de sa moitié de terrain jusque dans le dernier tiers adverse, s’appuyant sur Bernat à sa gauche ou sur Lewandowski et Müller dans l’axe.

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Non-suivi par De Rossi, alors que Pjanic quitte sa zone pour prendre Xabi Alonso, Götze se retrouve souvent libre de tout marquage au milieu de terrain et peut remonter le ballon sans opposition.

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Face aux remontées de balle adverses, le repli romain est désordonné… et Götze est le premier à en profiter : Iturbe oublie complètement le milieu allemand, qui va pouvoir rentrer tranquillement dans les 20 derniers mètres. Il va ensuite décaler Robben, qui obtiendra le premier corner de la partie. C’est suite à celui-ci que le Bayern ouvrira le score.

Götze et Xabi Alonso : 

Avec Götze pour ressortir les ballons, le Bayern a déjoué le plan de jeu initial des Romains… qui n’ont toutefois rien changé après le premier but encaissé. La formation de Guardiola a ainsi trouvé la solution pour aller dans le camp adverse ; derrière, son pressing lui a permis de s’y maintenir. Totti était introuvable, coincé entre Boateng et Xabi Alonso, et les deux ailiers (Gervinho et Iturbe) ont la plupart du temps subi la loi d’Alaba et Benatia dans les duels. Evidemment, tout ceci n’aurait pas été si facile pour le Bayern si Lahm, Götze ainsi que Lewandowski et Muller n’avaient pas fait les efforts nécessaires pour gêner les sorties de balle adverses.

Au-delà du pressing adverse, la Roma devait aussi composer avec un autre problème dans son propre camp : la liberté concédée à Xabi Alonso. Pris par Pjanic lorsque les Romains jouaient haut, l’Espagnol était complètement abandonné lorsque ces derniers se repliaient dans leurs 30 derniers mètres. Dans un rôle similaire il y a quelques semaines, Pirlo s’était retrouvé marqué par Totti. Cette fois, l’ancien Madrilène a eu tout l’espace nécessaire pour réorienter le jeu lorsque cela était nécessaire. Il s’est ainsi retrouvé à l’origine du troisième but romain (passe pour Bernat qui centre pour Lewandowski, 0-3, 25e).

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Après avoir repoussé une première tentative du Bayern, le bloc romain (8 joueurs repliés) doit faire face à la récupération haute de Xabi Alonso. L’Espagnol n’est pas attaqué et a tout le temps de prendre la bonne décision en décalant Bernat sur l’aile gauche.

En plus de ces considérations tactiques, la Roma a aussi fait les frais du réalisme du Bayern. Alors que les premières minutes semblaient équilibrées, les Bavarois ont marqué un but sur leur première incursion dans les 30 derniers mètres. Comme lors du Brésil-Allemagne de la dernière Coupe du Monde, le second but a semblé mettre fin aux espoirs romains, ouvrant la porte au festival qui a suivi (4 buts inscrits en 12 minutes).

Le match retour : 

Après la claque reçue à l’aller, Rudi Garcia n’y était pas allé par quatre chemins en conférence de presse : « Le coupable aujourd’hui c’est moi, pas les joueurs. Je me suis trompé sur la stratégie, il fallait plus les attendre, jouer moins ouvert. » Et l’ancien coach du LOSC a joint ces paroles à des actes deux semaines plus tard en présentant une Roma beaucoup plus attentiste.

Côté plan de jeu, Garcia n’a pas eu à chercher très loin pour trouver l’inspiration. Le 4-4-2 qu’il a présenté à l’Allianz Arena rappelait ceux utilisés par le Real ou l’Atletico Madrid lorsqu’ils font face au FC Barcelone. En pointe, Destro et Iturbe se retrouvaient face à la relance bavaroise, tandis que Nainggolan et Florenzi encadraient la paire De Rossi-Keita dans l’entrejeu. Objectif de cette première ligne de quatre : fermer l’axe, quitte à laisser des espaces dans les couloirs au milieu de terrain.

Mais en face aussi, Pep Guardiola a changé sa formation. Fini le 3-5-2 vu au match aller, et qui avait fait exploser la pressing romain en début de partie, place à un 4-3-3 avec quelques surprises : Alaba et Lahm ont ainsi débuté dans l’entrejeu aux côtés de Xabi Alonso. Aux avants-postes, Götze et Ribéry évoluaient eux en soutien de Lewandowski. Un choix logique : inutile de reconduire le 3-5-2 pour assurer la sortie de balle face à un adversaire qui risque de ne pas refaire la même erreur qu’à l’aller. A noter toutefois que le Bayern aurait pu repasser en 3-5-2 à n’importe quel moment de la rencontre…

 

Sur le plan de l’opposition tactique, la Roma a donc attendu le Bayern beaucoup plus bas qu’à l’aller. Iturbe et Destro encadraient Xabi Alonso et avaient pour but de limiter les dépassements de fonction de Boateng ou Benatia. Au sein du deuxième rideau, les Romains devaient composer avec les nombreux mouvements de Alaba (vers l’avant) et Lahm (qui a plus souvent décroché à hauteur de Xabi Alonso pour évoluer en soutien), mais aussi de Ribéry et Götze qui n’hésitaient pas à se rendre disponible dans l’axe lorsque la relance dans cette zone était possible.

La densité proposée par la Roma a généralement forcé le Bayern à passer par les côtés pour approcher les buts de Skorupski. Avec Ribéry, Alaba et Bernat capables de jouer à l’intérieur comme à l’extérieur, le flanc gauche du Bayern a été le plus actif en début de partie. A droite, la présence de Rafinha, moins porté vers l’avant que ses partenaires, a limité les attaques à des tentatives individuelles de Götze ou des appels en profondeur de Lahm, qui était alors couvert par Xabi Alonso.

Benatia et Boateng, les hommes-clés : 

Malgré des combinaisons variées, et ce dans toutes les zones du terrain, les Bavarois ne sont pas parvenus à inquiéter Skorupski durant la première demi-heure de jeu. Certes, des décalages ont été crées, notamment sur les côtés (ou d’une aile à l’autre), mais la Roma a su résister dans sa surface. Pour preuve, avant le but de Ribéry (38e), tous les tirs dans la surface de la Roma ont été contrés par un défenseur et seuls Lahm et Alaba – de l’extérieur des 16 mètres – ont mis le portier romain à contribution. Bref, la Roma défendait bas mais elle tenait le choc.

Face à un tel adversaire, la clé pour l’équipe qui domine les débats est de pouvoir maintenir la pression dans les 30 derniers mètres. Et pour ce faire, elle doit s’appuyer sur une arrière-garde irréprochable, capable de défendre haut tout en ayant la qualité technique pour remettre ses « créateurs » le plus rapidement possible en position d’attaque (avant que l’adversaire n’ait le temps de remettre son bloc en place). Avec Boateng et Benatia, Pep Guardiola pouvait compter mercredi soir sur deux défenseurs centraux évoluant sans doute à leur meilleur niveau.

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A gauche : les passes de la paire Boateng-Benatia face à la Roma. A droite, celles de Bartra-Mascherano face à l’Ajax. Les deux défenseurs du Bayern touchent plus de ballons dans le camp adverse et jouent plus vers l’avant que leurs homologues du Barça.

A défaut de marquer sur attaque placée, les Bavarois ont inscrit leurs deux buts suite à des ballons récupérés et idéalement relancés par Boateng. Sur le premier, le défenseur central bavarois récupère un long ballon et le remet immédiatement sur Ribéry. Le bloc adverse n’était pas replacé et s’est fait déborder sur sa droite par Alaba, qui a ensuite remis le ballon au Français dans la surface (1-0, 38e). En deuxième mi-temps, c’est Lewandowski qui a à son tour profité d’un ballon rapidement gagné par Boateng dans le camp adverse pour servir Götze (64e).

Conclusion : 

Avec un score cumulé de 9-1 sur les deux rencontres, le Bayern a évidemment survolé cette double confrontation face à la Roma. Mais paradoxalement, c’est peut-être plus le second match qui le place comme le plus grand défi de la saison pour les formations (Real Madrid, Atletico, Chelsea…) qui ont jusqu’ici su maîtriser les équipes adeptes de la possession de balle. La qualité de la défense centrale bavaroise paraît sans égal si on la compare aux autres qui doivent évoluer haut dans le camp adverse pour maintenir la pression (Barça, PSG…).

Ces deux matchs face à la Roma demandent évidemment confirmation face à une opposition plus expérimentée, mais entre son 3-5-2 pour déjouer le pressing adverse, et un 4-3-3 plus « barcelonais » mais soutenu par une défense centrale au niveau requis, le Bayern peut s’appuyer sur deux belles formations pour aller loin dans cette Ligue des Champions.

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3 réponses

  1. Krizi dit :

    Je vous remercie M.Florent pour cette séduisante analyse des tactiques des grands clubs européens (Bayern,Roma) , J’aimerais juste vous poser une petite question qui concerne en cas ou si le bayern a joué même le 3-5-2 au retour , est ce qu’il va encore creuser la Roma pour un large victoire parce que personnellement le 3-5-2 apparaît très utile face à un 4-4-2 car déjà ça va entraîner un décalage au niveau de la relance bavaroise : 3 relanceurs contre 2 buteurs ). Cordialement

  2. Romain dit :

    Bonjour Florent,
    Selon toi, qu’aurait du modifier Rudi Garcia pour contre le 3-5-2 du match allé ? Selon moi, il y a deux possibilités, une permettant d’être offensif en jouant aussi à 3 défenseurs et en ajoutant un milieu de terrain supplémentaire afin de pressé plus haut et empêcher la construction des actions du Bayern, ou joué en 5-4-1 comme le faisait le Chili à la coupe du monde cette année avec des défenseurs qui pressent haut et un milieu compact à l’entrée des 16 mètres pour obliger l’adversaire à passer par les côtés. Merci d’avance pour ta réponse.

  3. Je pense que cette victoire montre clairement que le Bayern Munich est à craindre dans cette Ligue des Champions. On n’a même pas eu l’impression que les joueurs bavarois ont forcé leur talent lors de ce match.

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