Bayern Munich 5-1 Arsenal : la meilleure attaque d’Europe ?

Il y a deux semaines, Arsenal s’était relancé dans la course aux huitièmes de finale de Ligue des Champions en s’imposant sur sa pelouse face au Bayern Munich (lire : Arsenal 2-0 Bayern Munich, l’analyse tactique). En déplacement à l’Allianz Arena mercredi, les Gunners n’ont pas réussi à confirmer leur résultat. Pire, ils ont vécu la même expérience que le Shakhtar Donetsk ou le FC Porto la saison dernière : après avoir réussi à poser des problèmes à la formation bavaroise à l’aller, ils ont volé en éclats au retour. Pas étonnant face à l’attaque la plus complète d’Europe.

Rappel : les compositions 

Petite surprise au coup d’envoi du côté des locaux : Arjen Robben n’était pas dans le onze de départ. C’est Kingsley Coman, fraîchement convoqué en équipe de France, qui l’a remplacé dans une formation annoncée en 4-1-4-1. En difficulté à l’aller face à la vivacité des attaquants gunners, Xabi Alonso retrouvait quand même son poste devant une défense centrale composée de Javi Martinez et Boateng. Dans l’entrejeu, il était épaulé par Thiago et Douglas Costa, qui laissait son aile gauche à l’ancien Parisien. Comme à l’aller, Müller débutait couloir droit et Lewandowski était en pointe.

Côté gunners, Arsène Wenger devait faire face à plusieurs absences importantes. En défense, Bellerin et Koscielny manquaient à l’appel et étaient remplacés par Debuchy et Gabriel. Aux avants-postes, Ramsey et Walcott étaient eux aussi blessés et absents du groupe. Campbell et Giroud débutaient à leurs postes (sur l’aile droite et en pointe).

Bayern Munich vs Away team - Football tactics and formations

La mise en place du 2-3-5 : 

A l’Emirates, le Bayern s’était certes heurté à une équipe d’Arsenal en place défensivement, mais il avait aussi réalisé un match assez moyen sur le plan offensif. Tactiquement, les Gunners avaient su limiter leur jeu rapide en bloquant la profondeur qui s’offre habituellement aux ailiers (Douglas Costa, Müller). En phase défensive, les Londoniens avaient ensuite profité d’une certaine impatience de leurs adversaires pour récupérer des ballons et être dangereux en contre-attaque.

Depuis ce match, le Bayern avait profité de plusieurs sorties en championnat pour revoir sa formule du moment sur attaque placée. Contre Cologne, le 4-1-4-1 aligné par l’ancien coach du Barça s’était ainsi rapidement mué en 2-3-5 dans la moitié de terrain adverse, face à une formation organisée en 5-4-1 (lire : Bayern Munich 4-0 Cologne, l’attaque placée par Pep Guardiola). Devant les deux défenseurs présents en couverture, on retrouvait trois joueurs chargés de maintenir la possession dans le camp adverse, deux ailiers collés à la ligne de touches et deux « relais » entre les lignes adverses pour alimenter un avant-centre.

Cette formule offensive, le Bayern l’a reprise contre Arsenal mercredi soir. A chaque relance ou après chaque ballon récupéré, l’objectif était d’aller le plus rapidement possible de l’avant afin de faire reculer le bloc adverse. A l’aller, les Gunners avaient su contenir les remontées de balle (éviter le jeu rapide) sans réellement chercher à les stopper (pas de pressing haut mais un bloc bas dans le but de jouer les contres ensuite). Cela n’a pas changé en deux semaines : le Bayern a donc rapidement pu ramener le jeu dans le camp adverse à chaque ballon récupéré…

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Arsenal « dirige » la remontée de balle du Bayern (axe densifié, dirige côté) mais ne la stoppe pas.

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En phase défensive, les Gunners espéraient s’appuyer sur l’activité de Giroud et Sanchez pour aller gêner les Bavarois garants de la possession haute (Xabi Alonso, Thiago).

Bayern Munich vs Away team - Football tactics and formations

Le 2-3-5 du Bayern déployé dans la moitié de terrain d’Arsenal.

Comme le montre les images ci-dessus, le Bayern a rapidement retrouvé son 2-3-5 dans la moitié de terrain adverse. Devant Boateng et Javi Martinez, Xabi Alonso et Thiago étaient les deux milieux inamovibles dans l’entrejeu. L’ancien joueur du Barça était chargé de soutenir et couvrir le flanc gauche, animé par Coman et Alaba.

Le Français a été très souvent servi sur l’aile par des transversales effectuées par Lahm, Xabi Alonso ou Boateng. Face à Debuchy ou Campbell, il était accompagné par Alaba qui se projetait dans les espaces (à l’intérieur), l’ensemble étant couvert par Thiago. L’Espagnol se tenait plus en retrait et faisait parler sa qualité de passes pour trouver des solutions dans le dos de la défense… ou renvoyer le jeu de l’autre côté (cf. 1er but de Lewandowski).

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Le premier but est un bon exemple de la complémentarité entre les trois joueurs : Coman provoque, Alaba offre une solution. Afin d’éviter le deux contre deux, Cazorla doit reculer puisque dans l’axe, Mertesacker, Gabriel et Monreal ont déjà trois adversaires à suivre.

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Le milieu espagnol se retrouve dès lors trop loin de Thiago, qui a tout le temps d’ajuster un ballon parfait pour Lewandowski. Sur cette séquence, le Bayern punit aussi le manque d’automatismes de la défense d’Arsenal, diminuée lors de ce match retour. (hors-jeu couvert par Gabriel).

A droite, l’animation était plus variée avec des permutations possibles entre Lahm, Müller et Douglas Costa. Le Brésilien alternait entre l’aile droite, la position entre les lignes adverses et une zone plus reculée depuis laquelle il pouvait se lancer. Le capitaine Lahm est resté la plupart du temps en soutien, même s’il a exploité les espaces qui s’offraient à lui lorsqu’il était possible de dédoubler. Enfin, Müller est resté en position avancée, proche de la surface adverse (aile droite ou entre les lignes).

Arsenal : le problème Sanchez 

Ce flanc droit a d’ailleurs largement profité de la faiblesse d’Arsenal lors de ce match retour : le repli défaillant de Sanchez et le positionnement trop axial d’Özil en phase défensive. Durant les premières minutes de jeu, l’attaquant chilien a évolué plus haut que ses partenaires du milieu de terrain, travaillant en tant que 2ème attaquant à hauteur de Giroud. L’idée était certainement de maintenir une pression dans la zone des milieux bavarois et offrir une solution de plus afin de partir en contre-attaque.

Mais très rapidement, le Bayern a profité des espaces dans le dos d’Alexis Sanchez pour mettre Monreal en difficulté. Vu qu’Arsenal ne parvenait pas à ralentir les sorties de balle adverses, les Bavarois ont dirigé leurs premières passes vers cette zone du terrain. Trouvant les relais de Lahm ou Douglas Costa, ils enfonçaient rapidement Arsenal dans son camp. Deux solutions dans le dernier tiers : finir sur le côté en dédoublant (comme sur le 2nd but) ou ressortir le ballon et renverser le jeu vers Coman à l’opposée.

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Sanchez ne se replace pas à hauteur de ses milieux. Sans pression, Thiago peut facilement renverser le jeu et servir Douglas Costa dans l’espace. A partir du moment où le Brésilien est servi, Lahm et Müller offrent des solutions en se projetant, mettant Monreal en difficulté car trop esseulé.

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Même souci en position défensive. Özil est dans l’axe, Sanchez trop avancé et le Bayern met un joueur dans l’espace libre sur l’aile (Douglas Costa).

Les passes du Bayern dans le dernier tiers, où l'on voit la très bonne utilisation de la largeur, notamment permise par le jeu long de la droite vers la gauche (Coman).

Les passes du Bayern dans le dernier 1/3 avec la bonne utilisation de la largeur, permise par le jeu long (de droite à gauche). Schématiquement, le Bayern profitait d’abord des espaces couloir droit (problème Sanchez) pour rentrer dans le camp des Gunners… puis ils se donnaient plusieurs possibilités dans le dernier tiers : combinaisons sur l’aile droite, retour dans l’axe via Thiago ou Xabi Alonso, renversements de jeu sur Coman.

2-3-5, un problème insoluble ? 

Au vu de sa performance face à Arsenal,  il possible de se demander si le Bayern ne détient pas aujourd’hui l’équipe la plus riche dans le domaine offensif. Le fait d’avoir cinq joueurs sur toute la largeur du terrain n’est pas en soi une arme redoutable. « Alignez cinq attaquants et l’adversaire défendra avec six joueurs : le résultat, ce sont de plus petits espaces et un avantage pour l’équipe qui défend » disait Bielsa.

Mais le véritable point fort de ce Bayern tient dans l’association de cette ligne de cinq avec des soutiens (milieux et défenseurs) capables de tous changer le jeu en une passe. Cette relation complique éminemment la tâche des défenses sur deux lignes de quatre, qui ne peuvent couvrir toute la largeur du terrain. Laisser deux « attaquants » pour jouer le 2 contre 2 face à la charnière bavaroise devient dès lors très difficile, voire impossible à tenir (en tout cas pour le moment). L’exemple Sanchez avec Arsenal l’a d’ailleurs parfaitement démontré.

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Même à 10 derrière, Arsenal n’a pu empêcher le Bayern de garder la maîtrise de la largeur.

La deuxième possibilité serait évidemment de tenter de stopper le Bayern plus haut sur le terrain, afin de l’empêcher de se mettre en place. Mais presser cette équipe, c’est aussi se mettre en danger. Le Bayer Leverkusen l’avait appris à ses dépens plus tôt dans la saison, voyant son pressing effacé par la qualité technique des milieux adverses et sa défense sanctionnée par la percussion de Douglas Costa côté gauche (lire : Bayern Munich 3-0 Bayer Leverkusen, l’analyse tactique). 

Pressing ou repli : une équipe hyperactive 

Bien attaquer est une chose, mais une telle animation dans la moitié de terrain adverse n’est évidemment pas sans risque. Contre les Gunners et comme d’habitude, le Bayern a abattu un gros travail à la perte du ballon pour gêner les sorties de balle adverse. On l’a vu ci-dessus : mettre cinq joueurs dans les 30 derniers mètres – quand ils ne sont pas 8 – force déjà l’adversaire à jouer bas et à penser d’abord à défendre. Résultat pour tenir derrière, un seul joueur reste devant.

Pour déclencher le pressing côté Bayern, le rôle des trois joueurs « en soutien » des attaques est primordial afin de mettre la pression sur les premières passes. Si la balle est récupérée dans le camp adverse, elle devient une nouvelle opportunité pour attaquer. Le 3ème but inscrit face à Arsenal était d’ailleurs le plus bel exemple possible puisque Alaba perd le ballon, le récupère et l’envoie en lucarne (44e).

Mais le plus impressionnant dans cette équipe du Bayern tient peut-être dans la capacité de l’équipe à se replier dès que son premier pressing est effacé par l’adversaire. A plusieurs reprises, Arsenal a réussi à enchaîner quelques passes pour franchir la ligne médiane. Mais le repli du Bayern était tel que les Gunners n’ont quasiment jamais eu de situations de surnombre à exploiter. Positionné dans la ligne de 5 aux avants-postes, Alaba a notamment réalisé plusieurs retours marquants pour rattraper Joel Campbell.

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Arsenal a ressorti le ballon de son camp via Sanchez. C’est un deux-contre-deux qui se joue avec Boateng et Javi Martinez.

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Les deux défenseurs ne se jettent pas, cadrent la course de leurs adversaires directs et le Bayern retrouve rapidement l’avantage du nombre. Neuf secondes plus tard, ils sont largement en surnombre côté ballon et s’apprêtent à se déployer pour quadriller leur moitié de terrain en phase défensive. Si Campbell est en avance sur Coman, Alaba a le temps d’anticiper son arrivée et couvrir sa zone au second poteau.

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Le Bayern en défense : dix joueurs repliés, proches des adversaires afin de déclencher le pressing lorsqu’ils n’avancent plus vers le but de Neuer.

Au coup de sifflet final, un chiffre résumait l’intensité mise par le Bayern dans ce match : malgré une possession presque deux fois supérieure à celle d’Arsenal (66% contre 34%), les Bavarois ont réalisé plus d’actions défensives que les Gunners (65 contre 60). Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, la majeure partie de ces actions ont eu lieu dans leur propre tiers défensif, prouvant l’efficacité de leur repli (à défaut de pouvoir empêcher les contres).

Les actions défensives du Bayern face à Arsenal : le bloc est resté dans le camp adverse la plupart du temps, mais ça ne l'a pas empêché de revenir et bien défendre dans ses 30 mètres.

Les actions défensives du Bayern face à Arsenal : le bloc est resté dans le camp adverse la plupart du temps, mais ça ne l’a pas empêché de revenir défendre dans ses 30 mètres.

Conclusion : 

Déjà été évoqué dans un paragraphe précédent, une autre citation de Marcelo Bielsa pourrait résumer le travail de Guardiola avec ce Bayern 2015-16. Cela ne surprendrait d’ailleurs personne si elle était attribuée au Catalan aujourd’hui : « je suis un obsédé de l’attaque. J’analyse des matchs pour attaquer, pas pour défendre. Vous connaissez ma méthode pour bien défendre ? Nous courons tous. Et puisque courir est une histoire de volonté, il est plus facile de défendre que de créer. Parce que pour créer, il faut du talent. » Et du talent, le Bayern en à revendre. Reste à savoir dans quel état il arrivera au printemps, lorsque les choses sérieuses commenceront en Ligue des Champions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 réponses

  1. Jérémy dit :

    J’ai trouvé Xabi Alonso totalement dépassé en phase de transition attaque -> défense. Alors qu’absolument tous les autres joueurs ont été bons, très bons voir excellents (Alaba/Thiago).

    Xabi Alonso est un grand atout en phase de possession mais il a beau déclencher un pressing à chaque perte de balle, il se fait passer si facilement à chaque fois … par une passe, par une feinte de corps, par une accélération …

    Et avec l’âge il pêche physiquement, parfois il ne revenait même plus … N’aurait-il pas intérêt à ne pas effectuer de pressing à chaque fois et préférer revenir rapidement en arrière, en essayant de contenir l’adversaire au lieu de se faire passer comme un amateur à chaque fois ?

    Face à un Arsenal avec des absents ça passera toujours. Face à d’autres équipes j’ai des doutes.

  2. HyghlyXO dit :

    Merci pour cette analyse.

  3. Cracked dit :

    Je suggère d’analyser l’influence de Lewandoski au sein de la meilleure attaque d’Europe.

  4. Marcelo B dit :

    Très fan de ce site. Est-il possible d’analyser des coups de pied arrêtés en particulier?

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