Bayern Munich 1-2 Real Madrid : l’analyse tactique

L’élève a-t-il dépassé le maître (sur un match tout du moins) ? Adjoint de Carlo Ancelotti lors de la Decima du Real Madrid en 2014, Zinedine Zidane a connu mercredi sa première victoire en tant que coach sur son ancien n°1. Les choses avaient pourtant mal commencé pour les Madrilènes, dominés au milieu, menés au score et quasi-miraculés après un penalty manqué par Vidal juste avant le repos.

Mais comme souvent, les joueurs de Zidane ont su réagir. Le but égalisateur, inscrit en tout début de deuxième mi-temps, les a complètement remis dans le match. Moins sûr de lui, le Bayern s’est retrouvé à la merci des contres menés par Ronaldo et Benzema. L’expulsion rapide de Javi Martinez (61e) a ensuite permis au Real de mettre enfin (et définitivement) le pied sur le ballon. Il ne lui en fallait pas plus pour mettre à mal une défense allemande très fébrile.

Les compos : 

Pas de surprises sur le plan tactique au coup d’envoi, mais des absents importants des deux côtés. Le Bayern doit faire sans Hummels et Lewandowski, forfait de dernière minute. Dans l’autre camp, le Real compose sa défense sans Pepe ni Varane, tous les deux blessés et dont les forfaits sont déjà entérinés pour le match retour.

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Bayern Munich : une progression facile

Les premières minutes de la partie sont largement en faveur du Bayern. D’entrée, les Bavarois trouvent des solutions pour progresser jusque dans les 30 derniers mètres du Real. Vidal et Alonso offrent des solutions courtes à leurs défenseurs, devant la ligne de pression du Real Madrid (Kroos-Modric) ;Thiago et Ribéry se trouvent eux entre les lignes. Le jeu passe ainsi souvent par le milieu espagnol, qui occupe le half-space droit et porte ainsi le jeu jusqu’à Robben sur l’aile.

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Cette progression dans le camp du Real Madrid permet dans un second temps au Bayern de rester très haut et de bloquer les sorties de balle adverses. Les Madrilènes ont ainsi besoin de 5 bonnes minutes de jeu pour réussir à s’extirper de ce premier pressing et avoir une première séquence de jeu placée.

Un Real qui contient les assauts adverses : 

Subir autant n’était sans doute pas dans le plan du Real Madrid, mais le fait de laisser venir le Bayern lui permet aussi d’être présents en nombre en phase défensive. Les Madrilènes parviennent très vite à contenir les assauts des Bavarois sur les côtés. Ribéry et Robben n’ont pas vraiment d’occasions de créer le danger. Leurs adversaires directs sont très vite aidés par un ou deux partenaires, particulièrement lorsqu’il faut empêcher le Néerlandais, en grande forme contre Dortmund, de repiquer dans l’axe…

A défaut de récupérer le ballon, les Madrilènes réussissent l’essentiel : ils privent le Bayern de bonnes positions de tir. Preuve de leur réussite, Robben a tenté, après plusieurs essais infructueux à l’intérieur, de surprendre la défense en passant à l’extérieur. Heureusement pour le Real, Nacho et Ramos sont restés maîtres de leur surface sur ces centres, bien aidés à ce niveau par l’absence de Lewandowski.

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Au final, le Bayern doit se contenter de coups de pied arrêtés pour se montrer dangereux. Le fait d’attaquer sur les côtés lui amène beaucoup de corners en début de partie (6 en 25 minutes) ; le 6ème est le bon avec une tête de Vidal pour ouvrir le score (25e). Autre option, mais bien plus rare, le jeu de transition. Les Bavarois se sont crées une seule occasion dans ce domaine, conclue à nouveau par Vidal (tête non-cadrée, 41e). Mais le match bascule sans doute sur le penalty manqué par ce dernier juste avant la pause (44e).

Le Real avec le ballon : 

Le Bayern a beau dominer les débats et le milieu de terrain, il est loin d’être serein lorsque le Real Madrid parvient à conserver le ballon. Comme souvent, les Madrilènes se montrent très intelligents pour éviter la pression adverse. Kroos et Modric quittent volontairement les zones gardées par Vidal et Xabi Alonso, leurs adversaires directs.

Ce positionnement plutôt bas, parfois excentré, parfois à proximité de Casemiro et des défenseurs, a un bémol : il les éloigne de la BBC et rend celle-ci plus difficiles à atteindre. Mais avec des passeurs aussi précis, la mission n’est pas impossible… Qui plus est, cela permet à Marcelo et Carvajal de se projeter à loisir pour faire défendre Ribéry ou Robben. A chaque perte de balle, les Madrilènes ont presque à chaque fois 5 joueurs derrière le ballon, rendant la contre-attaque très difficile pour l’adversaire.

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De par ce positionnement des milieux, la progression du jeu du Bayern dépend surtout de la qualité des attaquants. Et à ce niveau, Karim Benzema confirme la forme entrevue face à l’Atletico le week-end précédent. Le Français profite souvent du marquage serré des latéraux adverses sur leurs vis-à-vis (Bale, Ronaldo) pour aller demander le ballon dans leur dos (voir les maps ci-dessous). Souvent en avance sur son adversaire direct, il libère ensuite rapidement la balle pour un partenaire.

Les Madrilènes s’appuient ensuite sur les montées de Carvajal et Marcelo pour apporter des solutions et combiner avec les attaquants. Comme d’habitude avec le Real, la finition passe par des centres. Kroos offre ainsi à Benzema la première occasion des Merengues (arrêt de Neuer, 18e) après un long temps de jeu dans le camp du Bayern.

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Quand le Bayern perd pied : 

Cette occasion est le seul tir dans le jeu du Real à l’intérieur de la surface du Bayern en première mi-temps (auquel il faut ajouter une tentative de Kroos, consécutive à un corner, 42e). Menés au score à la pause, les Madrilènes reviennent dans le match en égalisant dès le retour des vestiaires par l’intermédiaire de Ronaldo (47e). Un but qui enclenche le basculement de la rencontre.

Car dans la foulée, le Bayern commence à perdre plus de ballons. Peut-être est-il trop pressé après ce but encaissé ? Ces nouveaux ballons récupérés, le Real les utilise pour ressortir et contre-attaquer grâce à Benzema et Ronaldo. Et comme les milieux du Bayern finissent généralement les actions bien plus haut que leurs homologues madrilènes, la défense bavaroise se retrouve vite dans des situations difficiles à gérer. Surtout lorsque les adversaires se nomment Ronaldo, Bale ou Benzema.

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Les deux avertissements reçus par Javi Martinez en l’espace de 4 minutes résument assez bien ce très mauvais quart d’heure du Bayern. Sur le premier, l’Espagnol est contraint de faire une faute tactique pour éviter un contre madrilène après un ballon qu’il a lui-même perdu sur une montée mal négociée. Sur le second, il se jette face à Ronaldo alors qu’un deux-contre-deux se dessine entre l’attaque du Real et la défense du Bayern (voir ci-dessus).

Après l’expulsion, une demi-heure à sens unique : 

Ce carton rouge récolté par Javi Martinez a évidemment de lourdes conséquences sur la suite de la rencontre (61e). Carlo Ancelotti doit d’abord pallier à cette sortie prématurée de son défenseur central : Xabi Alonso cède sa place au profit de Juan Bernat (64e) et Alaba passe en défense centrale aux côtés de Boateng. Thiago doit lui reculer d’un cran pour compléter le milieu aux côtés de Vidal.

Cette supériorité numérique permet naturellement au Real de jouer plus haut. Cela se ressent ressenti sur le positionnement moyen des milieux. Kroos réalise les 2/3 de ses passes dans les 30 derniers mètres dans la dernière demi-heure (14/15). Modric voit lui son volume de jeu exploser dans cette zone avec 24 passes tentées et réussies alors qu’il n’en avait tenté que 8 sur l’heure précédente.

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La possession bascule en faveur du Real Madrid (67% dans la dernière demi-heure, contre 42% sur la première heure) et les occasions se multiplient rapidement : 13 tirs à 2 en 30 minutes, dont le second but de Ronaldo sur un centre d’Asensio (77e). Difficile de faire mieux. Cela aurait même pu être pire pour le Bayern puisque Benzema (82e) et Ramos (90e) font aussi trembler les filets mais les buts sont annulés pour des positions de hors-jeu.

Qui plus est, le Real joue plus haut, mais reste équilibré et ne laisse pas au Bayern l’occasion d’espérer sur des contres. Il faut dire qu’avec un Müller complètement à l’envers aux avants-postes, difficile de s’appuyer sur qui que ce soit pour faire remonter le bloc. Les Bavarois deviennent du coup dépendants d’exploits individuels de Robben, Coman ou Douglas Costa (tous les deux entrés en jeu). Avec de tels joueurs, c’est toujours possible mais c’est forcément compliqué lorsque les exploits doivent s’étendre sur 60-70 mètres.

Le retour de Lewandowski, clé du match retour ? 

L’analyse ne serait pas complète sans dire deux mots (et plus) sur le grand absent de ce match aller. Forfait quelques heures avant le coup d’envoi, Robert Lewandowski a énormément manqué au Bayern. Déjà parce que son remplaçant, Thomas Muller, est complètement passé à côté de ce rendez-vous. L’attaquant allemand a tout manqué lorsqu’il a fallu évoluer en tant qu’avant-centre pur… Il est d’ailleurs le joueur du Bayern qui a perdu le plus de ballons dans ce match (6), la majorité sur des approximations techniques (4).

Muller n’a pas su peser sur une charnière centrale madrilène qui était pourtant très affaibli par les absences de Pepe et Varane. Surtout, c’était aussi une défense qui était aussi plus exposée qu’à l’accoutumée. On l’a dit plus haut : le Real a mis beaucoup de densité sur les côtés pour contrôler au mieux les menaces Ribéry et Robben. Résultat, si le Bayern parvenait à ressortir dans l’axe, l’accès à l’avant-centre était souvent possible.

On ne peut dès lors que se demander ce qu’il serait advenu si Carlo Ancelotti avait pu compter sur son avant-centre titulaire. La rencontre retour de ce mardi nous donnera sans doute une partie de la réponse, le technicien italien étant à l’heure actuelle optimisme au sujet de la présence de Lewandowski. Le Bayern aura de toute façon besoin de tous ses atouts offensifs pour espérer renverser la tendance.

Car vu de la capacité du Real à ne pas faire d’erreurs avec le ballon (en plus de réduire à leur minimum les risques de déséquilibre), la différence côté Bayern ne pourra venir que de la qualité de son jeu placé… ou des coups de pied arrêtés qui en découleront.

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