Valence 3-1 Monaco, l’analyse tactique

Que de regrets pour l’ASM après ce match aller ! Convaincants collectivement, les hommes de Leonardo Jardim ont été plombés par plusieurs erreurs individuelles, à chaque fois sanctionnées par une équipe espagnole hyper-réaliste (3 tirs cadrés, 3 buts). L’écart n’était pas énorme entre les deux équipes, mais les Espagnols ont su appuyer sur les points faibles monégasques.

Les compositions :

Pas de surprise d’un côté comme de l’autre à la découverte des deux équipes. Valence devait faire sans André Gomes et surtout Otamendi, en partance pour Manchester City. Côté monégasque, le match disputé à Lille vendredi dernier avait fait beaucoup de casse : Moutinho et Kurzawa n’ont pas fait le déplacement, tout comme Abdennour dont l’avenir est encore flou. Ils étaient remplacés par Pasalic, Echiejile et Wallace.

Monaco, un 4-4-2 toujours bien rôdé :

C’est avec ce système que les Monégasques étaient allés jusqu’en quart de finale la saison dernière. Malgré l’absence de Moutinho, Jardim ne l’a pas abandonné. Face à des Valenciens privilégiant le jeu court pour remonter le ballon, les Monégasques ont fait face avec Martial et Pasalic en première ligne. A deux, ils se déplaçaient entre Vezo, Mustafi et Enzo Perez, les trois premières passeurs de Valence.

Objectif évident, verrouiller l’axe et diriger la relance sur les côtés où le pressing était ensuite déclenché. Si Bernardo Silva a été vite averti (1e), Cavaleiro a abattu un très gros travail sur son flanc gauche, verrouillant presque parfaitement le couloir sur ces séquences de jeu. Sa capacité à accélérer sur 2-3 mètres au moment de sortir au pressing a failli surprendre Parejo dès les premières secondes du match. Il a aussi forcé Barragan à balancer des ballons difficiles à jouer pour ses attaquants.

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Pasalic et Martial orientent la relance vers les côtés. Cavaleiro déclenche le pressing sur Parejo (dans sa zone).

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Si les défenseurs valenciens tentent de porter le ballon, Pasalic et Martial augmentent la pression. A noter la position de Gaya ci-dessus, déjà dans le dos de Bernardo Silva afin d’être présent à la retombée en cas de jeu long. Une option (jeu long) très utilisée par Valence en début de match.

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Pasalic et Martial se déplacent ensemble afin de toujours cadrer le porteur et conserver une présence dans la zone d’Enzo Perez dans l’axe.

Encore plus intéressant que ces ballons rendus dans leur moitié de terrain, Monaco a su en gagner quelques-uns dans le camp espagnole. En première mi-temps, leur plus belle occasion a ainsi suivi un ballon récupéré par Martial dans les pieds de Parejo. Elle s’est achevée sur un tir de Bernardo Silva excentré côté droit, qui a forcé Ryan à se détendre. Une action qui a bien illustré la mise en place défensive des Monégasques et ce qu’elle était censée apporter offensivement (33e).

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Martial gagne le ballon dans les pieds de Parejo et crée immédiatement un 5 contre 3 à jouer face à la défense adverse. Une opportunité bien négociée mais mal terminée puisque le tir de Bernardo Silva a été dévié par Ryan sur son poteau.

Lorsque Valence parvenait à sortir de ce pressing, les Monégasques se repliaient ensuite ensuite côté ballon, en conservant leur 4-4-2. Toulalan et Fabinho coulissaient pour fermer intérieur – en attendant le retour de l’ailier -, accompagnés par Pasalic qui bloquait les soutiens. Défensivement, l’ASM n’a concédé que très peu de décalages pendant la première heure.

Seules les montées de Gaya ont posé des problèmes à l’ASM sur les actions « placées » des hommes de Nuno (à noter la relation très prolifique entre Vezo et le latéral gauche, 10 passes du premier vers le second). Le latéral passait dans le dos de Bernardo Silva et profitait des mouvements intérieurs de Rodrigo, qui attirait Raggi, pour attaquer l’espace.

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Raggi est attiré à l’intérieur par le déplacement de Rodrigo. Gaya passe dans le dos de Bernardo Silva. Si la passe peut partir du milieu de terrain, la défense peut vite se retrouver en difficulté.

Le deuxième poteau, point faible de l’ASM

En difficulté au moment pour créer de vrais décalages, les Espagnols s’en sont remis remettre à l’une des armes offensives les moins efficaces du football actuel : les centres. Mais pas n’importe lesquels. En appuyant leurs centres pour chercher le second poteau, ils ont mis en très grande difficulté l’arrière-garde rouge et blanche. Celle-ci était en effet très diminuée dans ces zones : Echiejile est loin du niveau de Kurzawa côté gauche, et Raggi « dépannait » à droite, lui le défenseur central de formation.

Les deux premiers buts encaissés par l’ASM ont ainsi vu les deux latéraux pris de court sur des centres au second poteau. Sur le premier, Echiejile est battu sur un centre venu de la gauche et finissant dans son dos : Feghouli en profite pour servir Rodrigo, qui termine dans le but vide (4e). Sur le second, Raggi est trop attiré par l’axe sur un centre venu de la droite (Barragan) : Piatti échappe à son marquage et remet dans l’axe pour Dani Parejo, qui termine l’action (59e). A chaque fois, les axiaux (Wallace-Carvalho puis Toulalan-Fabinho) n’ont pas su rattraper « la première erreur » commise par le latéral.

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Sur le premier but, Echiejile est trop loin de Feghouli pour pouvoir à la fois contrôler sa course et bien apprécier la trajectoire du centre (4e).

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Sur le second, Raggi suit Alcacer à l’intérieur et oublie Piatti, qui se déplace à l’opposée et remet le ballon sur Parejo. A noter que le milieu espagnol ralentit déjà sa course pour se démarquer par rapport à la défense… alors que Toulalan et Fabinho sont déjà spectateurs de l’action.

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Un peu plus tard dans le match, nouvelle séquence où Raggi est aspiré par le ballon alors que Piatti déboule seul au 2e poteau.

Intervenu sur coup de pied arrêté, le troisième but a lui fait suite à une mauvais renvoi de Wallace, à nouveau sur un centre au second poteau des Valenciens. Après un cafouillage devant les 6 mètres de Subasic, le ballon est revenu sur Feghouli qui a profité de la liberté qui lui était laissée à l’entrée de la surface pour clôturer le score (86e).

Monaco, joueur mais limité :

Valence a eu beau prendre rapidement l’avantage dans ce match (4e), les Monégasques ont toutefois développé un jeu d’attaque qui laissait penser qu’ils pouvaient revenir au score. Parfois en difficulté (moins agressifs) lorsque Valence les forçait à allonger, ils ont quand même su mettre le pied sur le ballon au fil des minutes pour s’installer dans le camp adverse. Si la possession était équivalente (51/49 au bout des 90 minutes de jeu), Monaco a bien plus tenu la balle dans le camp adverse en première mi-temps.

En phase offensive, le jeu d’attaque de l’ASM tournait autour de Bernardo Silva, qui se libérait de son aile droite dès qu’il le pouvait, et Pasalic. Depuis le milieu de terrain, Fabinho tentait des incursions, tandis que Raggi et Echiejile participaient aux échanges sur les côtés. Devant, Martial naviguait dans la défense et Cavaleiro tentait d’apporter de la profondeur et de la percussion sur son aile gauche.

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Une préparation classique de l’ASM côté droit : Bernardo Silva et Pasalic donnent le rythme dans les petits espaces, accompagnés par les incursions de Fabinho et les montées de Raggi. Martial et Cavaleiro occupent eux la surface adverse.

Les Monégasques ont malgré tout peiné dans les 30 derniers mètres valenciens, la faute à un bon repli adverse mais aussi à un manque de justesse dans les combinaisons : sur leur côté gauche, Cavaleiro et Echiejile ont fini la première mi-temps à moins de 40% de passes réussies. Difficile dès lors de construire quoi que ce soit. Dans ce couloir, l’absence de Kurzawa a pesé lourd sur le résultat final. A droite, l’équipe se heurtait aux limites de Raggi pour le poste de latéral (manque de profondeur, uniquement compensé par Martial…).

Au final, c’est Anthony Martial qui a fait les plus grosses différences dans la défense adverse. En puissance, l’attaquant français a fait de gros dégâts dès qu’il s’est excentré pour toucher le ballon. Son travail sur le but monégasque (Pasalic, 50e) a bien illustré cela. L’avant-centre aurait même pu bénéficier d’un penalty quelques minutes plus tard après un énorme raid, suite à un ballon qu’il avait lui-même récupéré au milieu de terrain (76e).

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Dès que Martial s’est excentré, il a profité des espaces dans le dos des latéraux valenciens (attirés par Bernardo Silva ou Cavaleiro) pour récupérer le ballon et se lancer vers les buts de Ryan.

Une fin de match hachée :

Très efficace en première mi-temps, le pressing de Monaco a perdu en intensité et efficacité au fil de la seconde. Afin de franchir le premier rideau qui posait tant de problèmes à son équipe, Enzo Perez a pris plus de responsabilités à la relance, tentant à plusieurs reprises de dépasser Pasalic balle au pied afin de s’ouvrir l’axe. Le Croate a été vite averti (59e) et a vu son impact défensif baisser dans la foulée.

Valence est alors bien mieux ressorti de sa moitié de terrain, le match s’équilibrant réellement. En difficulté en première mi-temps, Parejo a pris une autre envergure après la pause (de 72% à 90% de passes réussies entre les deux mi-temps) en ayant la possibilité d’orienter le jeu plus haut. L’entrée en jeu de Javi Fuego à la place de Paco Alcacer (66e) a aussi apporté plus de maîtrise aux Valenciens au milieu de terrain, au moment où les Monégasques commençaient à reculer à défaut de pouvoir bien orienter la relance adverse.

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En rouge, la domination territoriale de l’ASM durant le premier acte… puis en vert, un léger rééquilibrage après la pause en terme de présence dans le dernier tiers adverse.

Les entrées de Dirar (63e), Bahlouli (76e) et El-Shaarawy (78e) côté monégasque ont fait perdre à l’ASM la capacité qu’il avait à conserver le ballon haut en première mi-temps. Le gestion du rythme n’a plus été aussi bonne et le jeu est beaucoup plus allé d’un but à l’autre. Et comme l’ASM déclenchait plus vite ses attaques, celles-ci étaient aussi moins accompagnées (Fabinho moins présent autour de la surface, Raggi-Echiejile moins utilisés…). Cela n’a pas empêché Dirar d’offrir une balle de but à Pasalic (tête renvoyée par Ryan, 70e) sur un bon centre au deuxième poteau.

A 2-1, l’ASM s’en tirait avec un assez bon résultat en vue du match retour. Et c’est sans doute pour cela que Nuno a abattu sa dernière carte offensive en faisant entrer Negredo à la place d’Enzo Perez (76e). Un changement logique : Monaco avait reculé et Javi Fuego-Parejo avaient désormais plus d’espaces pour orienter le jeu au milieu. Sans avoir à pousser, les Valenciens ont bénéficié d’une dernière erreur de la défense de l’ASM pour inscrire un but qui risque de peser dans une semaine.

Conclusion :

Trois tirs cadrés et trois buts pour Valence. Le chiffre est cruel, mais il est bien là. Mais pour être complet, il doit être accompagnée d’un constat : à chaque fois, les tireurs valenciens étaient en très bonne position, la faute à une défense monégasque loin d’être maître de sa surface (ce qui était sa principale force la saison dernière). Les centres au deuxième poteau ont annihilé la bonne performance collective de l’ASM.

Car pendant une heure, les Monégasques ont eu la maîtrise du match. Certes, Valence était en tête au tableau d’affichage, mais l’ASM a montré de très bonnes choses en attaque : son jeu de possession semble s’être étoffé depuis la saison dernière et l’équipe peut s’appuyer sur des individualités capables de changer le rythme dans le dernier tiers. Malheureusement hier soir, Martial a été trop seul de ce point de vue.

Monaco est dos au mur après ce match aller mais les raisons de croire à un renversement de situation existent. Défensivement, les problèmes sont aisément identifiables (couverture du second poteau, présence dans la surface) pour être travaillés d’ici la semaine prochaine (et réglés ?). Offensivement, certains retours pourraient faire beaucoup de bien (Kurzawa à gauche ? Fabinho à droite ?), tout en espérant un meilleur match de la part de Bernardo Silva ou de Cavaleiro.

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