Barcelone 2-0 Paris SG, l’analyse tactique

Bien mal embarqué après sa défaite au match aller, le PSG n’a même pas su faire illusion sur la pelouse du Camp Nou. Le 4-4-2 en losange n’ayant eu aucun effet sur la qualité de leurs sorties de balle, les Blaugranas se sont promenés l’espace d’une mi-temps, non sans mettre de leur côté l’intensité nécessaire et digne d’un un quart de finale retour de Ligue des Champions.

Les compositions :

Malgré l’avantage acquis au match aller, Luis Enrique n’a pas fait dans l’excès de confiance au moment d’aborder cette seconde confrontation. Alves de retour, c’est l’équipe-type du Barça qui a fait face au PSG.

Côté parisien, l’équipe s’est aussi renforcée grâce aux retours de suspension d’Ibrahimovic et Verratti. Par rapport au onze favori de Laurent Blanc, Thiago Motta et Thiago Silva manquaient toujours à l’appel.

 

L’approche parisienne :

Sur le papier, le onze de départ parisien était accompagné par l’annonce du système de jeu choisi par Laurent Blanc : le 4-4-2 en losange. Avec Pastore derrière Ibrahimovic et Cavani, le technicien français semblait se donner les moyens d’aller chercher le Barça dans sa propre moitié de terrain. A chaque fois que le Barça allait repasser par Ter Stegen, les trois offensifs se retrouveraient face à Piqué, Mascherano et Busquets, forçant le gardien de but allemand à jouer long pour ressortir le ballon.

On retrouve d'ailleurs cette forme après seulement 30 secondes de jeu.

On retrouve d’ailleurs cette forme après seulement 30 secondes de jeu. Le PSG parvient à repousser le Barça de sa moitié de terrain.

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Ter Stegen tente de ressortir par Mascherano. Mais les milieux parisiens dissuadent l’Argentin de jouer vers l’avant (Cabaye vs Alba, Verratti vs Iniesta). Il repasse donc par son gardien qui, naturellement, va jouer à l’opposée sur Daniel Alves.

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Un cas d’école : Matuidi doit laisser Rakitic pour bloquer la progression d’Alves. Pastore et Verratti sont toutefois trop loin pour récupérer le marquage. Le Croate se rend disponible, Alves le sert et les Parisiens sont pris.

Cette première séquence de pressing – et la facilité avec laquelle le Barça s’en est sorti – a-t-elle pesé dans les têtes parisiennes ? Toujours est-il que les hommes de Laurent Blanc ne sont quasiment plus sortis de la sorte durant le reste de la première mi-temps.

Face à Barcelone, l’efficacité d’un pressing haut se lit notamment par la distribution des passes du gardien de but. Or, Marc-André ter Stegen n’a pas eu besoin de s’employer pour relancer, à l’inverse de Claudio Bravo samedi dernier, souvent forcé de jouer long pour effacer le pressing valencien (lire : Valence, modèle à suivre pour le PSG ?).

Le jeu au pied de l’Allemand est certes meilleur, mais la distribution des passes (ci-dessous) montrent bien qu’il a eu plus de temps pour orienter le jeu. Assez pour prendre les bonnes décisions en recherchant des solutions sur les côtés, alors que Bravo était souvent forcé de dégager « le plus loin possible » en visant le rond central.

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Paris attend, le Barça se balade : 

A partir du moment où les efforts n’étaient pas faits pour mettre la relance du Barça sous pression, les Parisiens se sont alors heurtés aux limites de leur plan de jeu initial : le 4-4-2 en losange n’est clairement pas fait pour attendre le Barça. L’organisation parisienne s’est même déséquilibrée lors que le bloc se retrouvait en position médiane.

Derrière Ibrahimovic qui restait en pointe entre Piqué et Mascherano, Cavani évoluait dans le rond central dans le but – présumé – d’isoler Busquets. On peut d’ailleurs se demander pourquoi Cavani, pourtant plus capable de multiplier les courses afin de déclencher le pressing, s’est retrouvé dans ce rôle de « position ».

Mais le vrai déséquilibre concernait la fermeture des couloirs, autour du rond central. Car si Pastore a renforcé le flanc gauche parisien (Maxwell et Matuidi vs Alves, Rakitic et Messi), personne n’est venu en aide à Cabaye à l’opposée. Tout au long de la première mi-temps, Cabaye s’est retrouvé « coincé » entre Jordi Alba et Iniesta.

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Avec la présence de Pastore devant Maxwell et Matuidi, les Parisiens bloquent le couloir droit du Barça.

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En revanche côté gauche, Cabaye est totalement à découvert, entre Jordi Alba et Iniesta.

La relation Alba-Iniesta a été la première pierre de l’installation du PSG dans la moitié de terrain catalane. Pour preuve, en l’espace de 45 minutes (jusqu’à la sortie du capitaine du Barça), Alba a trouvé Iniesta à 22 reprises, soit la 3e relation la plus prolifique pour le Barça sur l’ensemble de la rencontre (derrière Dani Alves pour Messi et Jordi Alba pour Neymar, 27 passes).

A partir de ce premier deux-contre-un, les Catalans construisaient dans la moitié de terrain parisienne. Ibrahimovic ne déclenchant quasiment jamais le pressing sur Mascherano ou Piqué, ces derniers offraient des solutions en soutien pour renverser le jeu à l’opposée si Alba et Iniesta ne parvenaient pas à enchaîner dans le camp adverse.

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Sans solution pour progresser côté droit, Piqué renverse le jeu vers Alba à l’opposée. Cabaye anticipe et se dirige vers le latéral gauche, laissant Iniesta à ses partenaires (Verratti ou Pastore).

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Cabaye bloque Alba mais ce dernier trouve rapidement Iniesta, qui a eu l’intelligence de décrocher pour se rendre disponible. Verratti ne l’a pas suivi, Pastore a préféré redescendre et Ibrahimovic ne fait pas l’effort d’aider son milieu de terrain.

A lire aussi : l’analyse tactique du premier but du Barça

Sans ballon, le Barça impressionne 

Incapable de couper la circulation de balle du Barça, le PSG était dès lors contraint de « contenir » les assauts adverses dans sa moitié de terrain, espérant récupérer le ballon au moment où les espaces se réduiraient. Le problème, c’est qu’au moment de ressortir, il s’est heurté à une formation catalane tout simplement impressionnante.

Cela fait déjà quelque temps que le « pressing à la perte » a fait son retour dans le lexique tactique des Catalans mais hier, son application a tout simplement été impressionnante. Portés par le trio Busquets-Rakitic-Iniesta, les Blaugranas ont récupéré 14 ballons dans la moitié de terrain parisienne durant les 45 premières minutes de jeu. Soit quasiment autant que sur l’ensemble du match aller (15 ballons récupérés).

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Résultat des courses, le PSG a subi comme au match aller mais n’a même pas réussi à offrir le moindre frisson à ses supporters en contre-attaque. Les sorties de balle rapides par Verratti et Pastore ont quasiment à chaque fois été coupées à la source, souvent par un Busquets dans une forme exceptionnelle hier soir.

Et lorsque les Parisiens ont pu poser le jeu, ils se sont heurtés à un bloc catalan toujours bien positionné pour faire face deux créateurs parisiens qu’étaient Verratti et Pastore. Positionné en pointe, Suarez se chargeait déjà d’isoler l’Italien de ses partenaires lorsqu’il ne sortait pas au pressing sur David Luiz et Marquinhos (dans ce cas, l’un des milieux sortait pour s’occuper de Verratti).

Dans l’entrejeu, Busquets répondait aux décrochages de Pastore afin de limiter son champ d’action vers l’avant. En couverture, Piqué et surtout Mascherano se sont aussi montrés très efficaces dans leurs interventions sur les rares transmissions entre les lignes réussies par les Parisiens.

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Le bloc du Barça en position médiane : la présence de Messi et Neymar sur les côtés doit dissuader les créateurs parisiens (Pastore, Verratti) de jouer dans l’espace vers leurs latéraux. Cela permet aux défenseurs catalans de resserrer dans l’axe autour de leurs centraux, qui peuvent du coup sortir au duel (Mascherano vs Ibrahimovic notamment). A tour de rôle, Busquets, Iniesta et Rakitic sortent et maintiennent une pression sur le porteur lorsque celui-ci évolue dans le rond central. Suarez complète leur travail et déclenche le pressing en cas de passe en retrait vers les défenseurs centraux.

Deuxième mi-temps : 

Déjà dans la gestion de son groupe à la mi-temps de la rencontre, Luis Enrique a rapidement fait sortir deux de ses éléments moteurs (Iniesta pour Xavi, 46e puis Busquets pour Sergi Roberto, 56e). La sortie de Busquets a coïncidé avec le recul du Barça, qui laissé plus d’espaces aux Parisiens pour s’exprimer. Rien d’intéressant à signaler au-delà dans ce deuxième acte, qui a plus tenu du match amical que d’un quart de finale retour de Ligue des Champions.

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2 réponses

  1. Daniel Constance dit :

    Salut,
    Merci pour cette brillante analyse ! Perso, les Parisiens n’ont tout simplement pas été à la hauteur mentalement !

  2. Très belle analyse

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