Barcelone 4-0 Manchester City : l’analyse tactique

Après Manchester United (2-1) et Tottenham (0-2), le nouveau City de Pep Guardiola passait son 3ème gros test de la saison avec ce déplacement sur la pelouse du FC Barcelone.

S’ils sont repartis de Catalogne avec une valise bien remplie, les Skyblues n’ont toutefois pas à rougir de leur prestation. A onze contre onze, ils ont regardé le Barça dans les yeux pendant près d’une heure, l’empêchant de développer son jeu et trouvant en plus des solutions pour approcher les buts de ter Stegen.

Pour prendre le dessus, les Blaugranas se sont reposés sur le réalisme de Messi (4 tirs, 3 buts), buteur sur la première occasion de son équipe (15e), et ont haussé leur niveau de jeu en début de deuxième mi-temps. L’expulsion de Bravo (54e) leur a ensuite facilité la tâche, City ne pouvant réaliser à 10 ce qu’il accomplissait jusqu’ici à 11.

Les compos :

Plusieurs surprises étaient à signaler au coup d’envoi, et ce des deux côtés. A Barcelone, l’absence de Sergi Roberto et la mise au placard d’Aleix Vidal forcent Luis Enrique à bricoler au poste de latéral droit depuis plusieurs semaines. Pour ce 3e rendez-vous en Ligue des Champions, c’est Javier Mascherano qui s’y est collé. Un choix d’homme qui a libéré une place dans l’axe pour Samuel Umtiti.

Côté Manchester City, c’est aussi un choix de joueur qui a beaucoup fait parler avant le match puisque Pep Guardiola a une nouvelle fois choisi de se passer d’un véritable avant-centre. Exit Aguero, peu convaincant lors de ces dernières sorties, place à Kevin De Bruyne en pointe, soutenu par une ligne Nolito-Silva-Sterling.

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Défendre en avançant pour ne pas subir :

D’entrée de jeu, City s’est positionné très haut afin de gêner la remontée de balle du Barça. Lorsque l’équipe catalane repartait de ter Stegen, la formation de Guardiola se positionnait de manière à répondre à la première passe courte du gardien : vers Umtiti ou vers Piqué.

En pointe du pressing, on retrouvait Silva, De Bruyne et Gundogan, qui se partageaient le travail sur Umtiti, Piqué et Busquets. Sur les côtés, Sterling et Nolito répondaient aux latéraux (Alba puis Digne, ou Mascherano). Fernandinho se déplaçait côté ballon, fermant sur le relayeur le plus proche. Le Barça passant souvent côté gauche pour tenter de casser le pressing grâce à Iniesta et Neymar, le Brésilien s’est souvent retrouvé dans la zone du milieu espagnol.

En attendant « la première passe » courte de ter Stegen vers ses défenseurs, City a évité de se retrouver dans une situation d’individuelle tout terrain. Le bloc milieu-attaque coulissait ensemble sur la largeur, laissant le latéral libre à l’opposée pour se concentrer sur les solutions courtes côté ballon.

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Cette envie de ne pas laisser le Barça jouer, City l’a aussi eu dans sa moitié de terrain. L’équipe de Guardiola a toujours tenté de défendre en avançant, s’appuyant sur la capacité de certains de ses éléments à répéter les courses (Gundogan, De Bruyne, Sterling – ce que n’aurait certainement pas pu faire Aguero…) pour ressortir dès que le Barça était amené à jouer en retrait.

Cela a empêché l’équipe de Luis Enrique de s’installer dans la moitié de terrain adverse (à 11 contre 11 en tout cas). Un chiffre utile pour donner une idée du travail des Skyblues : l’équipe de Luis Enrique réalise normalement un tiers de ses passes (33%) dans les 30 derniers mètres adverses. Contre City, à la pause, les Blaugranas n’avaient accompli que 17% de leurs passes dans cette zone.

Plaque tournante de son équipe lorsqu’elle est installée dans la moitié de terrain adverse, Sergi Busquets a aussi été beaucoup moins influent que d’habitude. Au coup de sifflet final, son compteur n’affichait que 33 passes, soit moins que Samuel Umtiti (68) ou Marc-André ter Stegen (47). Le fait que le Barça se repose autant sur un défenseur et son gardien de but confirme d’ailleurs la capacité des Skyblues à faire reculer les Catalans.

Les limites de City :

Malgré ces chiffres intéressants, à mettre à côté des 4 tirs subis sur l’ensemble de la première mi-temps par ses joueurs, Guardiola n’a pas non plus eu réponse à tout. D’abord, il ne pouvait pas grand chose pour répondre aux dribbles d’Iniesta ou Neymar, véritables briseurs de pressing. Les deux ont obtenu des fautes qui ont permis au Barça de monter son bloc.

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L’autre problème était la capacité du Barça à allonger le jeu pour sauter la zone de pression des Skyblues. Suarez a été sollicité plusieurs fois par ter Stegen et l’Uruguayen a souvent pris le dessus face à une défense centrale de City assez empruntée.

Dernier point concernant le pressing de Manchester City. Celui-ci a finalement apporté peu de situations offensives. Les quelques ballons récupérés haut par les Skyblues n’ont pas été convertis en occasions, ou même en situations dangereuses pour la défense du Barça. Beaucoup d’efforts donc, mais peu de danger pour ter Stegen. City a certes empêché le Barça de jouer mais il n’a pas su le déséquilibrer sur ces phases de jeu.

L’envie de jouer : 

Pour être dangereux, l’équipe anglaise a donc dû construire. Et elle l’a plutôt bien fait en début de match. Comme d’habitude avec Guardiola, tout partait des défenseurs. L’arrière-garde à 4 se transformait en relance à 3 avec Otamendi à droite, Stones dans l’axe et Kolarov à gauche. Latéral droit sur le papier, Zabaleta devenait un deuxième milieu de terrain aux côtés de Fernandinho.

Les deux sud-américains se retrouvaient dans les zones gardées par Iniesta et Rakitic. L’objectif de City était de profiter de leur présence dans l’axe pour fixer l’attention des milieux adverses afin de rechercher Silva, Gundogan ou De Bruyne dans leur dos, soit grâce à la qualité de relance des défenseurs ou le jeu plus direct de Claudio Bravo. Autre circuit possible, renverser le jeu grâce aux transversales de Kolarov pour trouver Sterling.

Quelque soit le circuit choisi, le credo restait le même : il s’agissait de trouver les espaces libres laissés par les milieux catalans.

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Ce plan a plutôt bien fonctionné dans les premières minutes de jeu puisque l’équipe de Guardiola a su trouver ses joueurs-clés dans des zones intéressantes. Le problème était ensuite d’enchaîner en attaquant la défense dans la profondeur avec les appels de Nolito ou Sterling. Les deux hommes n’ont pas eu le rendement escompté de ce point de vue.

Un Barça plus agressif après la pause : 

Lorsque l’arbitre a renvoyé les deux équipes aux vestiaires, le score était à l’avantage du Barça mais les Blaugranas étaient loin d’avoir la maîtrise des débats (pour preuve la possession était relativement équilibrée). Ter Stegen avait dû s’employer à plusieurs reprises (Nolito 36e, Gundogan 37e) et les milieux de terrain ont parfois eu du mal à gérer les déplacements de Gundogan, Silva et De Bruyne.

Après le repos néanmoins, les hommes de Luis Enrique ont haussé leur niveau de jeu en mettant bien plus d’intensité face aux sorties de balle de Manchester City. C’est notamment passé par une agressivité accrue de la part de la MSN afin de laisser moins de temps à Otamendi, Stones ou Kolarov pour relancer. Même chose pour Bravo, qui se retrouvait désormais sous pression sur les passes en retrait de ses partenaires (cf. son carton rouge devant Suarez).

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Ce regain d’intensité, le Barça l’a confirmé après l’expulsion du portier adverse (54e). A 11 contre 10, son pressing n’en était que plus efficace, qui plus est face à des Citizens qui sont restés dans leur projet de construire depuis leurs défenseurs. Résultat, les deux autres buts catalans sont arrivés très vite sur des ballons récupérés haut, d’abord dans les pieds de De Bruyne (Messi, 61e) puis sur une mauvaise passe en retrait d’un Gundogan mis sous pression (Messi, 69e).

Conclusion : 

Neymar a ajouté un 4ème but dans les dernières minutes de la rencontre, mais ce dernier est plus anecdotique qu’autre chose. Moins bien armé individuellement que son adversaire, City a rivalisé avec un Barça au ralenti pendant une mi-temps. Le coup d’accélérateur des Blaugranas après la pause, combiné à l’expulsion de Bravo, a rendu le match beaucoup trop compliqué pour une équipe qui reste en apprentissage.

 

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4 réponses

  1. C’est Guardiola qui avait « créé » la relance du Barça en passant par Busquets, il est bien placé pour savoir que c’est lui le baromètre de l’équipe et qu’il est LE joueur à cibler au niveau du pressing (je comprends pas d’ailleurs qu’il n’y ait pas plus d’équipes qui le ciblent, c’est vraiment le rouage essentiel du jeu au Barça). Après, son faible rendement vient aussi du fait qu’actuellement il est en dessous de la ligne de flottaison, le Busquets à son meilleur niveau arrive toujours à casser le pressing par son dribble court et à enchaîner la première passe vers l’avant. C’est un véritable problème pour le Barça, actuellement il est down et la fluidité du jeu de l’équipe en souffre énormément.

  2. Simon dit :

    Cibler Busquets est pas la réponse à tout, s’il est marqué par un joueur le Barca trouvera forcément un autre homme libre pour sortir la balle, comme Alonso au Bayern souvent marqué mais pour quels effets ?@Ju de Blograna

  1. 1 novembre 2016

    […] a empêché l’équipe de Luis Enrique de s’installer dans la moitié de terrain adverse note Florent Toniutti dans sa Chronique tactique du match aller. Un chiffre utile pour donner une idée du travail des Skyblues : l’équipe de Luis Enrique […]

  2. 7 novembre 2016

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