Barcelone 2-1 Bayer Leverkusen, l’analyse tactique

Une semaine après une soirée cauchemardesque à Balaidos face au Celta Vigo, Barcelone retrouvait mardi soir le Bayer Leverkusen. Connu pour son pressing et sa capacité à faire déjouer ses adversaires, le club allemand s’est déplacé au Nou Camp sans complexe. Et il ne lui a pas manqué grand chose pour faire l’exploit.

Composition et disposition tactique 

Il s’agit du premier match du Barça sans Lionel Messi, blessé ce week-end face à Las Palmas et absent pour huit semaines. Pour le remplacer sur l’aile droite, Luis Enrique a fait appel à Sandro Ramirez. Excepté ce changement, rien de neuf au sein de la formation catalane. Jordi Alba encore un peu court, Mathieu débute la partie côté gauche de la défense.

Côté Bayer Leverkusen, Roger Schmidt ne touche pas à son traditionnel schéma de jeu en 4-4-2/4-2-3-1. Il met toutefois l’accent sur la vitesse aux avants-postes avec la titularisation de Chicharito, accompagné par Bellarabi. Habituellement positionné dans l’axe, Calhanoglu se retrouve côté gauche, encadrant avec Kampl un axe composé de Bender et Kramer.

Bayer Leverkusen vs FC Barcelone - Football tactics and formations

Comme plusieurs équipes depuis le début de la saison, et notamment l’Athletic Bilbao, c’est en 4-4-2 que Leverkusen débute face à la relance du Barça. Au programme, deux attaquants pour isoler Busquets de ses défenseurs, une ligne de quatre compacte dans l’axe pour bloquer Iniesta et Rakitic et un pressing déclenché sur les côtés par les ailiers (Kampl, Calhanoglu) lorsque Piqué et Mascherano n’ont pas d’autre solution que de se rabattre sur leurs latéraux.

Le Barça cherche la solution : 

Le début de la rencontre concentre en l’espace de quelques minutes l’affrontement tactique attendu depuis que le tirage au sort a mis ces deux équipes dans la même poule. Dès les premières secondes de la partie, Iniesta se distingue en recherchant les espaces dans le bloc du Bayer. Comme Vidal ou Thiago avec le Bayern, il s’intercale entre l’ailier et le latéral adverse afin de mettre Neymar en un-contre-un face Jonathan Tah (lire : Bayern Munich 3-0 Bayer Leverkusen : l’analyse tactique).

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Alors que Kampl sort au pressing sur Mathieu, Iniesta se déplace côté afin de demander le ballon dans l’espace séparant l’ailier du Bayer et Donati son latéral.

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Le milieu de terrain du Barça trouve rapidement Neymar dans le dos de Donati, lui offrant un duel à jouer avec Jonathan Tah.

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Le Brésilien est finalement repris par le retour de Kramer, venu à l’aide de son stoppeur. Le Bayer peut repartir, mais le Barça est déjà prêt à effectuer le pressing avec Iniesta et Busquets.

Durant ses premières minutes de jeu, le n°8 du Barça se retrouve au coeur de la plupart des initiatives de son équipe. C’est une de ses accélérations qui permet à Neymar de trouver Rakitic dans la surface (tête stoppée par Leno, 5e). Il est notamment secondé par Suarez, dont les remises à l’entrée de la surface de réparation offrent de bonnes positions à ses partenaires, notamment Sandro qui trouve encore une fois Leno sur sa route (10e).

Le Bayer prend le dessus

En face, le Bayer n’est pas en reste et s’offre plusieurs situations de marquer durant les 20 premières minutes de jeu. D’entrée, une bonne séquence de pression dans le camp du Barça permet à Bellarabi de servir Chicharito depuis l’aile droite. La reprise du Mexicain est repoussée par ter Stegen (1e). En 22 minutes de jeu, le Bayer frappe 5 fois contre seulement 2 tirs pour les Catalans. A la mi-temps, ils seront même toujours devant sur cette statistique (8 tirs contre 4).

Le plan de jeu de Roger Schmidt fonctionne en effet à la perfection face à un Barça qui peine à trouver des solutions pour enchaîner au milieu de terrain. Si tout commence par des séquences hautes afin de bloquer la relance de ter Stegen, le Bayer concentre la majeure partie de son activité défensive dans l’entrejeu. Le 4-4-2 quadrille parfaitement la zone et met Busquets en grande difficulté (3 ballons perdus en 20 minutes). Le milieu espagnol est pris en tenaille entre l’attaque et la pression de l’axe Bender-Kramer au milieu.

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Lorsque ter Stegen a le ballon, les Allemands vont le priver de ses solutions courtes habituelles.

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Le 4-4-2 du Bayer face à la relance de la paire Piqué-Mascherano. Les attaquants coulissent côté ballon et resserrent l’espace qui les sépare de leurs milieux au fil de la remontée de balle, fermant la passe intérieure. Dans l’axe Bender et Kramer mettent la pression dans le rond central.

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Busquets, pris entre le repli de Bellarabi et le pressing de Bender.

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Ces problèmes, la « sentinelle » du Barça les avait déjà rencontrés cette saison : face à l’Athletic Bilbao le mois dernier. Après deux contre-performances en Supercoupe face aux Basques, les Blaugranas avaient pris leur revanche en championnat. Ce jour-là, Busquets avait quitté sa position préférentielle pour se retrouver à hauteur de Piqué et Mascherano. Le Barça passait ainsi de deux à trois solutions pour effectuer la première passe vers l’avant (lire : Comment le Barça a solutionné le problème Bilbao).

Face au Bayer, les Catalans reprennent cette formule au sortir du quart d’heure de jeu. Busquets décroche entre Piqué et Mascherano, créant le surnombre face à la paire Bellarabi-Chicharito. Les deux joueurs excentrés ont désormais la charge de la relance. Problème, les solutions ne sont pas évidentes puisque le 4-4-2 du Bayer coulisse bien et couvre les quatre solutions de transition proposées par Alves, Rakitic, Iniesta et Mathieu.

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Le 3-4-3 du Barça face au 4-4-2 du Bayer Leverkusen. Le passage à trois permet de contourner le première ligne du Bayer… mais les solutions ne sont pas plus évidentes à trouver.

Avec des milieux mis sous pression par les deux premières lignes allemandes, les meilleures passes à accomplir pour Piqué et Mascherano sont celles entre les lignes à destination de leurs attaquants. Mais sur ces séquences, les défenseurs adverses sont réactifs et prennent souvent l’avantage sur leurs adversaires directs (Suarez en difficulté face à Papadopoulos et Jonathan Tah). Les milieux lisent aussi très bien les trajectoires et interceptent plusieurs ballons qui deviennent ensuite des ballons de contre-attaque.

A défaut de trouver la bonne passe, les défenseurs catalans n’ont d’autre choix que de prendre des initiatives balle au pied pour se rapprocher de leurs partenaires. Mascherano se retrouve ainsi à l’origine d’une action se terminant sur une double occasion du Barça en fin de première mi-temps (tir de Neymar sur le poteau, reprise de Sandro contrée par Papadopoulos, 38e). Entre temps, le Bayer a été récompensé de ses efforts en ouvrant le score grâce à Papadopoulos (22e).

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Piqué recherche Sandro dans le dos de Calhanoglu et Kramer. Mais le milieu gauche du Bayer lit parfaitement la passe de l’Espagnol et l’intercepte. Dans la foulée, Kramer élimine Rakitic alors que ses quatre joueurs à vocation offensive se projettent vers les buts de ter Stegen. L’action s’achèvera sur un tir non-cadré de Kampl.

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Les passes de Mascherano et Piqué face au Bayer Leverkusen : en blanc, la zone qu’ils recherchaient pour effacer en une passe les premières deux lignes adverses. Où l’on voit que Mascherano a eu plus de déchet… mais a aussi beaucoup plus tenté que Piqué.

Leverkusen tout près d’assommer le Barça : 

A la mi-temps, le score de 1-0 en faveur des visiteurs est logique. Barcelone a beaucoup de mal à porter le jeu dans les 40 mètres de Leverkusen. Les prises de risque de Mascherano ou Piqué avec le ballon sont à double tranchant puisque leurs pertes de balle peuvent vite être sanctionnées par les appels de Bellarabi et Chicharito dans leur dos. Le premier a d’ailleurs une balle de 2-0 avant la mi-temps (36e) : sa vitesse lui permet de prendre le dessus sur Piqué mais il ne parvient pas à tromper ter Stegen.

Au retour des vestiaires, la formation de Roger Schmidt manque une deuxième grosse opportunité de break par Chicharito (50e). A la base, un ballon gagné et ressorti de leur flanc droit suite à une action initiée par Mascherano. Le Mexicain sort quelques minutes plus tard, remplacé par Kiessling. Un changement de profil qui pèse dans le rendement offensif de l’équipe puisque les Allemands ne se créent plus la moindre occasion de but après ça (moins de vitesse devant).

En jaune, l'une des zones-clés que les défenseurs du Barça recherchaient... et que les joueurs du Bayer devaient boucler.

En jaune, l’une des zones-clés que les défenseurs du Barça recherchaient… et que les joueurs du Bayer devaient verrouiller.

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Mascherano monte avec le ballon mais est pris par Kampl et Bender.

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Derrière, le ballon ressort sur Kampl qui a deux solutions à lancer dans l’espace avec Chicharito et Bellarabi (deux contre deux).

La sortie de Bellarabi (pour Brandt, 66e) n’arrange pas les choses : en deux changements, le Bayer vient de perdre les joueurs qui lui offraient de la profondeur dès la récupération du ballon au milieu. Pas étonnant dès lors de voir une formation allemande moins inspirée dans ses contres après la pause. Très regrettable car le collectif est resté efficace à la récupération du ballon jusqu’aux alentours de la 70e minute de jeu.

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En haut, les interceptions du Bayer ; en bas les tirs. Où l’on voit qu’en première mi-temps, les temps forts « défensifs » du Bayer se sont concrétisés en tir, contrairement à la seconde.

Le Barça a le dernier mot : 

En grande difficulté, Barcelone s’en remet à Neymar pour « faire oublier » Messi en créant le surnombre face à la première ligne de quatre de Leverkusen. Le Brésilien sort de son aile gauche pour se retrouver en position de n°10 et créer de l’espace pour Iniesta et Rakiti. L’expérience n’est toutefois pas concluante : ses déplacements se font dans des zones où le ballon ne peut pas arriver en raison de la densité allemande dans l’axe.

En revanche, à défaut de toucher le ballon, il permet aux Catalans de s’appuyer sur leurs latéraux : la présence de Iniesta, Rakitic et Neymar dans l’axe resserre naturellement la ligne de quatre, créant des espaces sur la largeur pour Mathieu et Alves. Luis Enrique veut d’ailleurs mettre cela à profit en faisant entrer Jordi Alba. Problème, Iniesta se blesse et c’est lui qui cède sa place au latéral gauche, entraînant un changement de rôle pour plusieurs joueurs (60e).

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Neymar repique dans l’axe afin de desserrer l’étau autour de Rakitic et Iniesta.

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Le Barça se retrouve ainsi avec un surnombre sur ces deux premières lignes, qui doit normalement lui permettre de mieux construire.

Après la sortie d’Iniesta, Mathieu se retrouve donc en défense centrale aux côtés de Piqué. Mascherano passe devant ces derniers (et devient le relanceur axial lorsque le Barça a le ballon). Busquets monte lui aussi d’un cran et se positionne aux côtés de Rakitic dans l’entrejeu. Quelques minutes plus tard, le Croate est remplacé par Sergi Roberto (72e). Plus solide défensivement en cette fin de match (aidé aussi par le manque de vitesse de Leverkusen), le Barça recule moins sur les récupérations de balle adverses.

Et il fait finalement craquer son adversaire sur deux séquences assez symboliques de cette fin de match. Sur le premier but, c’est une récupération haute de Busquets dans les pieds de Calhanoglu qui permet à Sergi Roberto de lancer l’action de l’égalisation avant d’être à la finition (80e). Le deuxième but vient lui d’une passe réussie de Piqué pour Munir, auteur ensuite d’un superbe raid dans la défense allemande (82e).

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Sur le premier but, Busquets gagne son duel face à Calhanoglu et trouve rapidement Sergi Roberto, qui poursuivra le changement de jeu. Une récupération haute qui rappelle celle d’Alves sur Bernat lors du dernier Barça-Bayern.

En guise de rappel, la récupération d’Alves sur une passe de Bernat au printemps dernier, lors de Barça-Bayern.

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Sur le second but, Piqué réussit l’une des passes-clés, recherchées par les Catalans depuis leur passage en 3-4-3, pour Munir. Après un appui sur Alves, le jeune attaquant demande la balle dans le dos de Wendell et fait la différence face à trois joueurs avant de servir Suarez pour la finition.

Conclusion : 

Le Barça s’en est sorti mais peut déjà s’attendre à une rencontre musclée en décembre prochain. S’il n’a pas atteint la perfection du Celta la semaine dernière (lire : Celta Vigo 4-1 Barcelone : les clés du succès du Celta), notamment en terme de réalisme et de maîtrise technique, le Bayer a réalisé un match plein et n’aurait pas surpris beaucoup de spectateurs du Nou Camp s’il en était sorti avec les trois points de la victoire. Peu importe que Messi et Iniesta soient de retour d’ici là, le match retour promet déjà.

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