Athletic Bilbao 3-1 Naples, l’analyse tactique

En bonne position pour se qualifier après avoir ramené un 1-1 du San Paolo, l’Athletic Bilbao a réalisé une très belle performance sur sa pelouse pour valider son billet pour la phase de poules de Ligue des Champions. Dominateurs en première mi-temps, notamment grâce à leur pressing, les Leones ont ensuite su se remettre d’un but encaissé dès la reprise pour finalement s’imposer assez largement grâce à de grosses failles dans la défense italienne.

Les compositions : 

Beaucoup de choses se sont passées depuis la fin de l’ère Bielsa au pays basque. Après Llorente la saison dernière, c’est Ander Herrera qui a quitté le navire cet été pour rejoindre Manchester United. Il a laissé sa place de maître à jouer dans l’entrejeu à Benat, venu du Betis dès la saison dernière pour prendre sa succession. Ce dernier se retrouvait hier soir aux côtés de Mikel Rico et d’Iturraspe, toujours garant de l’équilibre de l’équipe.

Du côté du Napoli, Rafa Benitez n’a pas changé grand chose à la recette qui lui avait permis de finir sur le podium de la Serie A la saison dernière. Hamsik et Higuain sont toujours les leaders offensifs, soutenus par des ailiers percutants (Mertens, Callejon). La principale découverte de ce match concernait la défense centrale et la titularisation de Koulibaly. Passé par Metz puis Genk, le Franco-Sénégalais faisait ses premiers pas sur la grande scène européenne avec ces matchs de barrages.

L’Athletic actif : Benat et Mikel Rico

« Virtuellement qualifiés » au coup d’envoi, les Basques avaient le choix entre deux approches : laisser la balle au Napoli et l’attendre pour le contrer ou mettre le pied sur le ballon pour contrôler le rythme de la rencontre. Les premières minutes de la partie ont permis de comprendre qu’ils avaient opté pour la deuxième solution. Le match a en effet démarré de manière très intense en raison de la pression mise par Mikel Rico et Benat sur les milieux (Jorginho-Gargano) et la relance du Napoli.

Même lorsque l’un des milieux napolitains décrochait entre ses défenseurs pour se défaire de cette pression au milieu de terrain, il était suivi par les deux milieux basques. Ces derniers rejoignaient alors Aduriz en première ligne, afin de bloquer les trois rampes de lancement adverses (Albiol, Gargano ou Jorginho, Koulibaly). Sur les côtés, Susaeta et Muniain restaient à hauteur d’Iturraspe qui couvrait l’axe et venait en aide à ses défenseurs sur les relances longues, afin d’avoir l’avantage du nombre sur Hamsik et Higuain.

Benat et Mikel Rico sont les moteurs du pressing bilbaino.

Benat et Mikel Rico sont les moteurs du pressing bilbaino au milieu de terrain. En soutien d’Aduriz, l’ancien du  Betis est le premier à jaillir sur les milieux adverses. Mikel Rico l’accompagne si Naples ne parvient pas à avancer. Et c’est tout le bloc qui remonte en cas de passe en retrait.

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Le pressing de Bilbao au plus haut : Benat et Mikel Rico accompagnent Aduriz face à la relance à trois du Napoli, Iturraspe assure l’équilibre, se positionnant à équidistance de Gargano et Hamsik. Susaeta et Muniain sont à sa hauteur, prêts à répondre en cas de passes à destination de Maggio ou Ghoulam dans les couloirs.

Face à cette pression, le Napoli a vite été contraint de jouer long vers ses attaquants. Si Higuain et Hamsik souffraient dans l’axe, car en situation d’infériorité numérique face à Iturraspe, Gurpegi et Laporte, des solutions existaient sur les côtés, lorsque Mertens et Callejon parvenaient à devancer leurs adversaires directs pour contrôler le ballon. Mais rien n’était facile ensuite en raison du repli rapide de l’Athletic (Mikel Rico dans l’axe, Muniain et Susaeta sur les côtés) qui les repoussait la plupart du temps dans leurs couloirs.

L’autre problème du Napoli résidait dans son incapacité à maintenir le jeu dans le camp de Bilbao. Au cours des premières minutes de jeu, le positionnement intermédiaire de Mikel Rico (entre Iturraspe devant la défense et Benat en soutien d’Aduriz) n’était pas pris en compte par Jorginho ou Gargano. Le milieu basque pouvait donc facilement orienter le jeu vers les côtés, où les paires Muniain-Balenziaga et Susaeta-De Marcos se chargeaient ensuite d’accélérer.

Même lorsque Bilbao défend dans sa moitié de terrain, Benat et Mikel Rico cherchent à ressortir sur le porteur de balle.

Même lorsque Bilbao défend dans sa moitié de terrain, Benat et Mikel Rico cherchent à ressortir sur le porteur de balle…

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Un choix parfois risqué puisque lorsque la passe part dans leur dos, ils sont ensuite trop loin pour venir en aide à leurs joueurs de couloir. Sur cette séquence, Mertens et Maggio prennent le dessus sur Balenziaga et Muniain. Il faudra un superbe retour de Laporte sur le latéral napolitain pour l’empêcher de tenter sa chance dans la surface basque.

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Les duels Mertens-De Marcos et Callejon-Balenziaga étaient clairement la clé de cette partie pour le Napoli. Le système de Bilbao a en effet besoin que ses latéraux prennent l’avantage sur leurs adversaires directs dès « l’impact » afin d’éviter les problèmes. Si Benat ne bloque pas la passe de Jorginho, De Marcos doit stopper Mertens le plus vite possible afin qu’il ne puisse pas créer une situation d’égalité numérique dans l’axe. La plupart du temps latéraux basques ont pris le dessus sur ces phases de jeu (sauf sur la situation précédente), permettant à Bilbao de tenir défensivement lorsque Benat et Mikel Rico avaient besoin de souffler.

Possession et domination basque : 

La capacité de Bilbao à défendre en avançant, grâce à l’activité de Benat et Mikel Rico, lui a permis de mettre le pied sur le ballon dès que l’intensité de la partie a commencé à baisser (après le début de match très rythmé). Face à la relance basque, le Napoli se repliait dans sa moitié de terrain, laissant Hamsik et Higuain en pointe à hauteur d’Iturraspe et la paire Gurpegi-Laporte sans pression. Les deux défenseurs centraux basques se chargeaient du coup des premières passes.

De sa position de sentinelle, Iturraspe revenait parfois à leur hauteur afin de leur permettre de rentrer balle au pied dans le camp adverse, afin de trouver plus facilement leurs attaquants. Dans d’autres cas, les deux stoppeurs n’hésitaient pas à jouer long, recherchant Aduriz en point d’appui. Même si l’attaquant ne gagnait pas forcément son duel, l’Athletic comptait sur la présence de Benat et Mikel Rico sur les deuxièmes ballons pour s’installer dans la moitié de terrain napolitaine.

Gurpegi et Laporte ne sont pas gênés par le Napoli.

Gurpegi et Laporte ne sont pas gênés par le Napoli. En possession du ballon, le Français peut écarter le jeu vers Balenziaga et Muniain, rechercher Benat dans l’axe ou jouer directement sur Aduriz, qui sera ensuite soutenu par le pressing de ses milieux.

Une fois installé dans le camp adverse, les Leones construisaient leurs attaques sur les côtés. A droite, De Marcos a lancé à plusieurs reprises Susaeta dans la profondeur, celui-ci posant des problèmes à Ghoulam par ses appels/contre-appels. A gauche, le jeu était plus varié : Muniain repiquait parfois dans l’axe afin de laisser son couloir à Balenziaga et rechercher les relais de Benat ou Aduriz.

A défaut de créer le danger sur des phases de jeu, les Basques en ont conservé la maîtrise. En cas de perte de balle, la pression arrivait vite sur le porteur (Mikel Rico toujours en première ligne), et Naples franchissait ce premier pressing, ils n’hésitaient pas à faire une « faute tactique » afin de couper toute possibilité de contre-attaque. Cette domination territoriale a offert plusieurs coups de pied arrêtés intéressants. Muniain et Laporte ont ainsi manqué de belles occasions d’ouvrir le score.

Deuxième mi-temps : 

A l’approche de la pause, les Bilbainos ont légèrement reculé, sans doute dans une logique de gestion des efforts effectués jusqu’ici. Susaeta et Muniain ont alors, le temps de quelques séquences, supplée Mikel Rico et Benat dans le rôle des harceleurs. En contrôle et qualifié à la pause, l’Athletic restait néanmoins sous la menace d’une accélération soudaine du Napoli. Et c’est justement ce qu’il s’est passé dès la reprise : la formation de Rafa Benitez a pris l’avantage grâce à une belle reprise de Hamsik (47e), consécutive à une mauvaise relance dans l’axe de Balenziaga.

D’autres auraient coulé après ce but encaissé, mais les hommes d’Ernesto Valverde sont vite revenus dans le match… en relançant leur pressing pour remettre le pied sur le ballon. Nouveauté, tout comme Benat depuis le début de la partie, Mikel Rico se projetait désormais beaucoup plus dans le bloc napolitain, entraînant le recul de celui-ci. Cela a permis de libérer Iturraspe, plus visible dans le camp adverse et qui s’est chargé d’orienter le jeu. Finalement, l’Athletic est revenu au score sur coup de pied arrêté, Aduriz réussissant là où ses partenaires avaient échoué durant le premier acte.

Mikel Rico prend la profondeur pour offrir des solutions à De Marcos et Susaeta.

Mikel Rico prend la profondeur pour offrir des solutions à De Marcos et Susaeta. En réaction, les milieux napolitains reculent (Jorginho-Gargano et Hamsik). Dans l’axe, Iturraspe se retrouve complètement seul.

Malgré le but encaissé, l'Athletic ne se désunit pas et conserve son organisation.

Sans le ballon et malgré le but encaissé, l’Athletic ne se désunit pas et conserve son organisation. Benat évolue entre la défense et le milieu adverse. Quand il sort à hauteur d’Aduriz, Mikel Rico l’accompagne afin de bloquer la ligne Jorginho ou Gargano, laissant Iturraspe. Une organisation « verticale » de l’entrejeu qui n’est pas sans rappeler certaines habitudes de Bielsa (pas forcément sur les mêmes phases de jeu).

Remis en selle par l’égalisation de leur buteur, les Basques ont continué sur leur lancée et ce malgré la sortie de Benat, remplacé par Ibai Gomez (57e). Ce changement a positionné Muniain dans l’axe, qui a repris le travail de sape de son prédécesseur. L’Athletic a été récompensé de sa belle prestation en prenant l’avantage suite à une grossière erreur de la défense du Napoli (mésentente Albiol-Rafael, qui permet à Aduriz d’aller inscrire un doublé, 69e).

Mais un but d’avance n’était certainement pas suffisant aux yeux de Valverde. Le coach espagnol a fait entrer Unai Lopez quelques minutes plus tard afin de conserver les deux moteurs du pressing, qui faisaient la force de son équipe depuis le début du match (Benat, puis Muniain, puis Unai Lopez, et Mikel Rico). Deux minutes après son arrivée sur la pelouse, l’entrant a mis Ibai Gomez sur orbite (74e) pour le but du break. A 3-1, Bilbao a pu gérer la fin de match sans trembler. L’entrée de Zapata à la place de Hamsik lui a offert le contrôle définitif du milieu de terrain et Iturraspe est venu en aide à ses défenseurs lorsqu’il fallait gérer Higuain et le joker napolitain.

Conclusion : 

Une performance très convaincante de l’Athletic donc, qui a maîtrisé les débats de la première à la dernière minute de jeu. Quelque soit la hauteur de leur bloc, les Basques ont toujours pu s’appuyer sur leurs milieux de terrain pour faire reculer leurs adversaires et les renvoyer dans leur camp (sauf lorsque Naples faisait la différence sur les côtés). Cette domination leur a naturellement offert des coups de pied arrêtés qui auraient pu (dû ?) leur permettre de prendre l’avantage plus tôt dans ce match, à défaut de grandes séquences offensives.

Le but encaissé sur la frappe de Hamsik a toutefois permis de constater la confiance des Leones dans leur projet. Beaucoup d’équipes se seraient effondrées dans une situation similaire, eux ont continué sur la même voie et ont finalement été récompensés par les largesses de la défense napolitaine. Incapables de répondre à leurs adversaires au niveau du pressing et de l’engagement, les hommes de Rafa Benitez n’ont jamais été en mesure d’agir pendant 90 minutes. Difficile dès lors de passer, surtout en étant virtuellement éliminés au coup d’envoi.

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2 réponses

  1. denis dit :

    Salut, il faudrait beaucoup d’efforts avant que qu’une autre équipe que le Real Madrid et le FC Barcelone puisse remporter la ligue espagnole. Ces deux clubs sont à la tête du football espagnol depuis un moment déjà…

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