Arsenal 1-3 Monaco, l’analyse tactique

La chance sourit peut-être aux audacieux, mais la Ligue des Champions sourit aux plus solidaires. Les dernières éditions l’ont à chaque fois rappelé au moment des rencontres couperets. Quelque soit le plan de jeu initial, c’est l’équipe la plus compacte qui finit par triompher. Retombé dans ses travers, Arsenal a subi une douloureuse piqûre de rappel face à des Monégasques qui ont pris confiance au fil des minutes et fait preuve d’une grande justesse avec le ballon.

Les compositions : 

Arsenal s’était pourtant armé pour attaquer la défense de fer mise en place par Leonardo Jardim. Blessé face à Leicester il y a quelques jours, Ramsey était le seul absent de l’équipe-type sur l’année 2015. Bien décidé à aller de l’avant, Wenger avait décidé de remplacer le Gallois par Welbeck, ajoutant encore plus de poids à une équipe qui s’appuyait déjà sur Cazorla, Sanchez, Özil et Giroud comme atouts offensifs.

Côté monégasque, Jardim se retrouvait avec un casse-tête bien plus grand à résoudre avant ce match. Pas moins de cinq joueurs parmi les titulaires habituels manquaient à l’appel de son onze de départ (Kurzawa, Ferreira-Carrasco, Toulalan, Ricardo Carvalho, Raggi). Si les deux premiers étaient présents sur le banc, les trois autres forfaits n’auguraient rien de bon pour la défense de l’ASM, très rajeunie pour l’occasion (18 ans pour Touré, 20 pour Wallace aux côtés d’Abdennour et Echiejile).

 

Arsenal démarre fort… mais Monaco résiste : 

Les premières minutes confirmaient d’ailleurs les inquiétudes nées à la découverte de la composition d’équipe de Jardim. Comme prévu, Monaco positionnait son bloc bas, laissant Moutinho et Berbatov en première ligne dans l’axe, dans la zone occupée par Coquelin et Cazorla afin de bloquer les lancements de jeu adverses. Les deux hommes devaient aussi surveiller les montées de Koscielny ou Mertesacker afin d’éviter que les défenseurs d’Arsenal ne puisse jouer sans pression vers Sanchez, Özil ou Giroud.

Problème pour Monaco, Arsenal a mis du rythme dans ce début de match et la circulation de balle entre les quatre chargés de la relance (défenseurs centraux + milieux axiaux) était assez rapide pour dépasser Moutinho et Berbatov et trouver les attaquants dans de bonnes conditions. Que ce soit en passant par Welbeck (1e) ou via les relais de Giroud (3e, 4e), Arsenal a rapidement mis en difficulté la défense monégasque. Au sortir des 5 premières minutes de jeu, la domination des Gunners est telle que Monaco… n’a pas réussi la moindre passe.

Heureusement pour l’ASM, un homme est venu en aide à sa première ligne, qui ne ralentissait pas assez la relance des Gunners : Geoffrey Kondogbia. Le milieu monégasque est monté d’un cran pour suppléer Moutinho, qui tentait bien de faire reculer la première passe adverse mais était beaucoup trop seul pour y parvenir (moins de pressing de la part de Berbatov). Avec Kondogbia pour soutenir ses efforts, et aussi grâce à un milieu de terrain plus compact dans l’axe, Monaco a remonté son bloc d’une dizaine de mètres. Un gros grain de sable dans la machine londonienne.

Alors que Cazorla est en possession du ballon, Kondogbia sort du milieu de terrain pour l’empêcher de jouer vers l’avant. Accompagné par Moutinho, et par Dirar qui ferme l’intérieur côté droit, il permet de ralentir le jeu des Gunners.

Preuve en est le nombre de passes réalisées par les Gunners dans les 30 derniers mètres (12/18 sur les 5 premières minutes… mais seulement 12/15 sur les 15 minutes de jeu suivantes). Au-delà du gros travail de Kondogbia, Dirar avait aussi un rôle important à jouer côté droit puisqu’il devait contenir Sanchez lorsque ce dernier décrochait au milieu de terrain. Avec celles de Cazorla, les prises de balle du Chilien étaient les plus dangereuses pour la défense monégasque (33e) et Dirar n’était pas de trop pour le ralentir, en attendant le repli de Moutinho, Kondogbia ou la couverture de Fabinho.

Dans de telles conditions, l’homme-clé aurait pu se nommer Mesut Özil. Les sorties au pressing de Kondogbia le laissaient théoriquement en un-contre-un face à Fabinho entre les lignes monégasques. Mais encore fallait-il qu’il se rende disponible. Affichant 10 passes au compteur après 5 minutes, l’Allemand a vu ce total passer à seulement 22 sur les 40 suivantes (soit moins de 3 par tranches de 5 minutes). Une autre illustration de l’efficacité du bloc monégasque qui a su éteindre le jeu court habituel des Londoniens.

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Les montées de Kondogbia laissaient des espaces qui auraient pu profiter à Özil dans le coeur du jeu. Mais l’Allemand n’a pas su se rendre disponible, n’intervenant généralement qu’après les accélérations de Sanchez ou Özil.

Berbatov et sa « première touche »

Pour les Monégasques, défendre était une chose mais il fallait aussi un plan pour mettre en difficulté la défense d’Arsenal. Comme évoqué un peu plus haut, celui-ci ne pouvait débuter qu’une fois la défense tranquillisée. La remontée du bloc a facilité la tâche des défenseurs, qui ont pris la mesure de Giroud ou Welbeck sur le jeu long. En possession du ballon, les hommes de Leonardo Jardim recherchaient en priorité leur point d’appui aux avants-postes en la personne de Dimitar Berbatov. Toujours intelligent dans ses déplacements, le Bulgare allait demander le ballon sur les côtés, dans le dos des latéraux généralement montés en attaque.

Son rôle était de résister à la pression de Koscielny ou Mertesacker, puis de remettre le ballon dans la course de ses premiers soutiens, Moutinho étant évidemment prioritaire (10 passes pour lui). Réussir cette première passe vers Berbatov était la clé pour l’ASM : lorsque le Bulgare enchaînait après sa première touche, cela déclenchait le repli du bloc d’Arsenal (défense et milieu Coquelin-Cazorla), ouvrant des espaces à la fois dans l’axe pour Fabinho-Dirar mais aussi sur la largeur pour aller chercher les ailiers à l’opposée.

Une fois Monaco dans le camp adverse, Berbatov poursuivait son rôle de fausse pointe en décrochant constamment afin d’offrir des solutions courtes à ses partenaires. Dans ce cas, il était soit suivi par un défenseur, ce qui perturbait l’alignement d’Arsenal (13e), soit il accaparait l’attention de l’un des milieux. C’est ce qu’il s’est passé sur l’ouverture monégasque signée Kondogbia (33e). Au départ de l’action, Berbatov était dans la zone de Coquelin, ce qui laissait Cazorla seul avec Moutinho… et a permis la montée de l’ancien Sévillan qui a pu tenter sa chance sans adversaire à proximité pour le gêner.

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Si la défense d’Arsenal est aussi loin sur ce changement de jeu de Touré vers Martial, c’est parce que Koscielny a été aspiré vers le milieu de terrain par Berbatov (3c3 dans la zone bleue). A noter le travail de Moutinho dans l’axe, qui devait finir dans la surface lorsque Berbatov dézonait sur les côtés pour être à la construction.

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Sur cette phase de jeu, la défense d’Arsenal est en place mais c’est Coquelin qui se retrouve dans la zone de Berbatov. Le Bulgare n’est pas servi mais cela crée le décalage au milieu de terrain : Cazorla ne peut intervenir face à Moutinho et Kondogbia peut arriver lancé pour tenter sa chance de loin.

Au-delà du jeu très simple de l’ASM, cette ouverture du score a mis en exergue la principale faiblesse d’Arsenal sur cette première mi-temps : le manque de rigueur de ses attaquants dans le repli défensif. Passé l’effort de pressing, et celui-ci tenait surtout à Sanchez, les Gunners ont laissé beaucoup trop d’espaces à leurs adversaires. Sur le but, Kondogbia a pu s’avancer sans qu’aucun Londonien l’ayant vu partir ne réagisse. Depuis City, Arsenal s’était relancé grâce à une grande solidarité défensive, hier soir l’équipe est retombée dans ses travers en se retrouvant à défendre à 6 sur les séquences de possession monégasques.

Jardim densifie l’axe, Arsenal oublie ses latéraux : 

Après la pause, les Londoniens ont tout de même donné une meilleure impression. Plus pressants, ils ont refait vivre à leurs adversaires des premières minutes très difficiles. Wenger a même décidé d’appuyer là où les Monégasques semblaient les plus fébriles en faisant passer Alexis côté droit, dans la zone d’Echiejile. Et il n’a fallu que quelques secondes au Chilien pour s’illustrer et obliger Wallace à un sauvetage difficile devant Giroud. Un cran plus bas, Özil était désormais le complément de Cazorla au milieu de terrain, chargé de donner le premier ballon vers Sanchez, Welbeck ou Giroud.

Face à cette équipe anglaise encore plus portée vers l’avant qu’en première mi-temps, Monaco n’a finalement eu besoin que d’un contre pour faire le break. A l’instar d’un Oscar dans le modèle de Mourinho, Moutinho revenait soutenir ses milieux sur les longues séquences de possession adverses. Sur le but, il est ainsi redescendu prêter main forte à Fabinho qui s’est chargé de la remontée de balle suivant la récupération. Un retour du Portugais qui a aussi permis à Martial d’avoir un coup d’avance au moment de ressortir sur la contre-attaque (2-0, 53e).

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Moutinho revient défendre côté ballon. A partir de ce moment, Martial n’est plus concerné par la séquence. Il devient une solution immédiate en cas de contre-attaque… qui arrivera grâce à la superbe remontée de balle de Fabinho.

Ce second but a évidemment pesé lourd dans la suite des débats, assommant Arsenal et confirmant Monaco dans ses certitudes. Tout aurait pourtant pu changer sur une accélération d’Özil conclue côté droit par Sanchez. Mais Subasic s’est interposé avant de voir Giroud expédier le ballon au-dessus de ses filets (57e). Cette alerte a eu le don de relancer l’activité du milieu monégasque et le travail de harcèlement de Dirar et Kondogbia sur le porteur de balle. Les lignes se sont très resserrées entre les milieux et Moutinho-Berbatov, si bien que les créateurs qu’étaient Özil ou Cazorla peinaient à trouver des situations favorables pour servir leurs attaquants.

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Alors que Fabinho reste en couverture, c’est Dirar qui abandonne son couloir pour aller au pressing sur le porteur de balle.

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Les minutes passent mais l’intensité reste la même dans l’entrejeu pour l’ASM. Cette fois, c’est Kondogbia qui est proche du porteur. Moutinho est lui aussi concerné par l’action, à l’inverse de Martial qui reste haut pour jouer le contre.

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Le pressing intense des Monégasques n’est toutefois pas sans conséquence puisque dès qu’Arsenal parvient à s’en sortir pour s’ouvrir un angle de passe, il crée le danger dans la zone d’Echiejile, clairement le point faible de la défense de l’ASM hier.

Après Sanchez et Giroud, Walcott et Welbeck se sont ainsi crées une double occasion (64e) en passant dans le dos du latéral monégasque. Monaco n’était toutefois pas en reste puisque Martial est lui passé tout près de tripler la mise quelques minutes plus tôt (61e) après une superbe action lancée par Berbatov et relayée par Dirar puis Moutinho. Si les différents changements (Giroud => Walcott, 61e ; Coquelin => Oxlade-Chamberlain, 68e ; Cazorla => Rosicky, 81e / Berbatov => Ferreira-Carrasco, 75e ; Dirar => Kurzawa, 82e ; Martial => Bernardo Silva, 84e) n’ont rien apporté à l’affrontement tactique, les remplaçants se sont signalés individuellement.

Oxlade-Chamberlain a apporté une énergie supplémentaire à l’entrejeu d’Arsenal pour répondre à l’impact athlétique de l’ASM sur les créateurs. Il a été récompensé par son but en fin de match ; Walcott aurait aussi pu être décisif grâce à ses bons déplacements dans le dos d’Echiejile. Côté Monaco, Kurzawa s’est mis au diapason du travailleur Dirar et a comblé des espaces, laissant à Bernardo Silva et Ferreira-Carrasco le soin de punir une dernière fois Arsenal en contre-attaque au bout des arrêts de jeu. Un 3e et dernier but qui met Monaco en position plus qu’idéale avant le match retour.

Conclusion : 

Avant la rencontre, et au vu des performances des deux équipes, la grande question était de savoir combien de temps Monaco allait tenir. Depuis sa renaissance de janvier, Arsenal avait toujours marqué avant la demi-heure de jeu à chacune de ses sorties. Et les 5 premières minutes de la partie sont allées dans ce sens… mais c’était sans doute le temps nécessaire pour les plus jeunes joueurs de l’ASM de se faire à l’environnement et à la pression d’un huitième de finale aller de Ligue des Champions.

Car dès que le niveau s’est homogénéisé, ils ont récité le plan de jeu des titulaires habituels. Signe sans doute le plus évident d’un groupe en très bonne santé. Désormais, ils ont plus que jamais les cartes en main puisque leurs adversaires devront réaliser ce que personne n’a encore fait cette saison : leur mettre 3 buts à Louis-II… tout en sachant que Monaco n’en a plus encaissé 2 dans le même match depuis fin novembre et une défaite sur la pelouse du Stade Rennais.

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2 réponses

  1. Carlitos__94 dit :

    J etais a l Emirates hier soir. Sur tous les longs ballons a destination de Berbatov, coquelin se placait toujours devant Berbatov et Kos/Mertezacker derriere lui. But evident: empecher les longs ballons pour Berbatov. Par contre, on s est tous etonne du role d Ozil sur le 1ere MT. Lui et Wellbeck etaient toujours a cote de Giroud, le jeu sur les cotes se limitant a Sanchez Gibbs sur la 1ere MT.
    Par contre, je me rappelle pas de la participation de Kondogbia. C etait souvent Berbatov-Moutinho contre Kos/Pet/Coquelin et Cazorla. Un apport vraiment constant en 1ere?

  2. aziz dit :

    Cette équipe d’arsenal est un mystère. Elle joue bien au ballon mais fait tout pour que son adversaire joue bien aussi!!
    Je suppose que Mourinho ne va pas changer d’avis sur Wenger.Hahahaha!

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