Arsenal 2-0 Bayern Munich, l’analyse tactique

Après deux défaites face au Dinamo Zagreb et à l’Olympiakos, l’enfer était promis aux Gunners au moment d’accueillir à Londres un Bayern encore invaincu cette saison. Revenus aux bases qui leur avaient permis de se relancer début 2015 (lire : Manchester City 0-2 Arsenal, l’analyse tactique), les joueurs d’Arsène Wenger ont construit leur succès sur une défense solide, profitant d’un coup de pouce de Manuel Neuer à l’entrée du dernier quart d’heure pour prendre l’avantage.

Les compositions :

Pas de grande surprise d’un côté comme de l’autre au vu des groupes annoncés avant le match. Côté londonien, Arsène Wenger est dans la continuité de ces dernières semaines en préférant Bellerin et Walcott à Debuchy et Giroud. Dans l’autre camp, Pep Guardiola doit toujours faire avec les blessures de Robben et Götze. Homme à tout faire en attaque, Müller se retrouve en position d’ailier droit au coup d’envoi.

Arsenal vs Bayern Munich - Football tactics and formations

La disposition tactique d’Arsenal face à la relance du Bayern.

Le Bayern s’installe vite dans le camp adverse :

Même s’ils ne sont que visiteurs à l’Emirates Stadium, les Bavarois prennent (sans grande surprise) rapidement possession du ballon. En face, Arsenal accepte la domination de son adversaire, malgré quelques tentatives de pressing haut. Ses rares séquences sont facilement déjouées par le Bayern.

De chaque côté du terrain, l’équipe exploite pleinement les espaces laissés sur les côtés, dans le dos de Sanchez et Ramsey qui pressent vers l’intérieur du terrain (ex : Sanchez sur Boateng, Ramsey sur Alaba). En couverture, Bellerin et Monreal ne les suivent pas et laissent donc les couloirs libres. La raison est toute simple : ils préfèrent jouer la sécurité afin de ne pas laisser Douglas Costa ou Muller dans leur dos, en un-contre-un avec Koscielny et Mertesacker.

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Les limites du pressing haut d’Arsenal se situaient sur les côtés : l’accompagnaient pas le bloc, offrant des espaces à Bernat, Lahm, Thiago ou Vidal.

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Lewandowski pouvait même décrocher dans ces zones pour toucher la balle sans être inquiété.

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Le but des Gunners était de protéger à la profondeur face aux appels de Müller ou Douglas Costa, quitte à laisser le Bayern s’installer dans leur camp.

Arsenal évolue donc dans un système prudent avec une première ligne positionnée à hauteur de Xabi Alonso, laissant Boateng et Alaba sans pression. Les milieux de terrain se concentrent dans l’axe afin de bloquer la transition via Thiago ou Vidal. L’objectif est de forcer les Bavarois à passer par les côtés pour les y enfermer par la suite.

Ce choix « d’attendre » permet aux Gunners de contrôler Douglas Costa et Muller. Sans profondeur, les deux hommes se retrouvent face à deux ou trois adversaires autour d’eux et ne sont plus que de simples appuis pour leurs partenaires (sauf sur les dribbles du Brésilien). L’inconvénient pour les Londoniens, c’est que le Bayern s’installe facilement dans leur camp et y fait bien circuler le ballon en début de partie.

De l’impatience à la transition :

En début de match, les joueurs de Pep Guardiola multiplient les approches d’un côté pour finir de l’autre. En soutien, Xabi Alonso, Boateng et Alaba se chargent des réorientations du jeu. A gauche, Douglas Costa est mis plusieurs fois en situation de un-contre-un sur des transversales. Mais la plus grosse occasion pour le Bayern vient d’un ballon sorti de son côté via Xabi Alonso. L’Espagnol sert Thiago qui combine avec Muller et se retrouve en bonne position dans la surface… mais il voit son tir repoussé par Cech (11e).

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A défaut d’attaques rapides en raison de la prudence des latéraux d’Arsenal, le Bayern revoit ses gammes sur attaque placée et utilise un maximum la largeur. Ses défenseurs centraux participent à la manoeuvre autour de Xabi Alonso.

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Fixer d’un côté pour exploiter les espaces de l’autre…

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Un classique du football qui offre au Bayern sa plus belle occasion du premier quart d’heure.

En face, Arsenal n’est dangereux qu’une seule fois en début de match, mettant au passage en exergue quelques failles dans le pressing bavarois. En couverture, Xabi Alonso est en effet en difficulté face à la vivacité d’Alexis ou Walcott. Dès que ses partenaires sont à contre-temps, il peut être pris de vitesse. Sanchez met ainsi Özil en bonne position dans la surface mais Neuer s’interpose (6e).

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Thiago sort sur Coquelin qui remet à Koscielny. Müller presse à son tour…

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… mais n’empêche pas la transmission du défenseur français qui élimine Xabi Alonso…

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… En retard au départ de l’action, le milieu de terrain ne parviendra jamais à rattraper Sanchez, dernier passeur avant le tir d’Özil.

Les joueurs de Wenger auront besoin d’une bonne quinzaine de minutes avant de se rapprocher de nouveau des buts du portier allemand. Pendant cette période, ils restent solides dans l’axe et concèdent peu de situations franches. Le Bayern a du mal à mettre du rythme dans le dernier tiers et les centres de Lahm ou Douglas Costa se heurtent à la forte présence londonienne à la retombée. La formation de Pep Guardiola commence à s’impatienter et réduit son terrain à l’axe pour trouver d’autres solutions.

Elle tombe alors dans le piège tendu par Arsenal, qui confirme sa solidité sur ces séquences défensives. Les Londoniens laissent très peu d’espaces entre les lignes, sont présents à la récupération… et les ballons gagnés se transforment en ballons d’attaque. Car les récupérations plein axe des Londoniens sont plus difficiles à contrôler pour le Bayern (Xabi Alonso à découvert). Les Gunners ont enfin des solutions et se montrent inspirés dans le camp bavarois. Neuer doit faire un exploit devant Walcott pour préserver le score (32e).

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La cohésion d’Arsenal devant sa surface : le Bayern a très peu de solutions pour combiner dans l’axe.

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Chaque passe devient une prise de risque, surtout pour Xabi Alonso qui est censé être le premier homme en couverture en cas de balle perdue.

Deuxième mi-temps : un Bayern plus patient, des Gunners inoffensifs…

Le début de la deuxième mi-temps va dans le sens des conclusions de la première. Illustration immédiate : l’équipe de Pep Guardiola redémarre avec une longue séquence dans la moitié de terrain d’Arsenal, utilisant de nouveau la largeur en faisant participer ses joueurs à vocation défensive. Terminés aussi les redoublements de passes dans l’axe, qui ont offert des situations de contre aux Gunners. Désormais, l’équipe allemande cherche des solutions par-dessus la défense adverse, notamment avec des diagonales dans le dos des latéraux à l’opposée de l’action (Müller et Vidal, recherchés à plusieurs reprises dans le dos de Monreal).

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Le Bayern en 2e mi-temps : moins de petit jeu dans l’axe, plus de ballons par-dessus la défense…mais toujours du déchet.

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Les ballons perdus par le Bayern en 1ère mi-temps : les plus dangereux sont évidemment ceux perdus dans l’axe.

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Après la pause, le Bayern ne perd plus un ballon dans cette zone = Arsenal n’a plus d’opportunités en contre-attaque.

Malgré tout, Arsenal tient le coup défensivement. Mais les Londoniens n’ont quasiment plus le moindre ballon à exploiter en transition. Les Bavarois contrôlent beaucoup mieux les sorties de balle venant des côtés. Xabi Alonso joue aussi plus bas qu’en première mi-temps (jeu direct pour finir les actions, moins de combinaisons courtes dans l’axe) et est donc bien mieux positionné pour ralentir les contres. Il les repousse sur les côtés, zone où le Bayern enferme ensuite le porteur.

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Arsenal a une belle occasion de ressortir le ballon…

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… mais cette fois, Xabi Alonso est là pour ralentir la sortie de balle…

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… L’Espagnol attire son vis-à-vis vers le côté, en attendant les retours de Vidal et Douglas Costa.

Bilan de cet affrontement entre la 46e et la 70e minute : 6 tirs à 2 pour le Bayern… mais aucun dans la surface londonienne (solidité défensive des Rouge et Blanc oblige). La sortie de Xabi Alonso (70e) marque un premier changement dans l’opposition tactique : le Bayern perd son métronome au milieu de terrain, celui qui participait avec et sans ballon aux longues séquences de possession. Entré en jeu à sa place, Kimmich est vite ciblé par les Gunners, tandis que Lahm n’a pas la même influence dans l’entrejeu.

Wenger réplique en faisant entrer Giroud à la place de Walcott (74e). Le Français se retrouve sur le terrain pour batailler dans les airs avec la charnière adverse et permettre à son bloc de remonter sur des dégagements, puisqu’il ne peut plus ressortir « proprement ». Et l’ancien Montpelliérain atteint rapidement son objectif : il obtient un coup-franc à 40 mètres des cages adverses et se retrouve à la retombée pour pousser la balle au fond, après une sortie complètement manquée de Neuer (77e). 1-0 pour Arsenal. Un miracle vu la physionomie de la deuxième mi-temps… ou un juste retour des choses après l’exploit de Neuer devant Walcott durant la première (32e).

Peu importe le point de vue, cette ouverture du score renverse le rapport de force. Il est désormais très difficile d’imaginer le Bayern revenir, lui qui vient de perdre le joueur qui lui permettait de maintenir Arsenal dans son camp. Sans possession longue, l’équipe doit espérer une nouvelle attaque rapide (Lewandowski, 74e) mais son adversaire ne prend plus de risque avec le ballon maintenant que Giroud est disponible devant. Reste l’éclair solitaire mais là encore, les détails (Lewandowski, 91e) basculent en faveur d’Arsenal qui clôture la soirée en ajoutant un 2ème but par l’intermédiaire d’Özil (94e).

Arsenal a tenu, le Bayern a craqué :

Au pied du mur, les Gunners ont sorti un très grand match défensif. En privant le Bayern de profondeur (protection des couloirs par les latéraux), Arsène Wenger a ralenti le rythme du champion d’Allemagne, capable de faire très mal quand le rythme est élevé (lire : Bayern Munich 3-0 Bayer Leverkusen : reculer pour mieux sauter). Il s’est ensuite reposé sur l’assise défensive de son équipe, solide depuis le début de l’année 2015 et renforcée par l’arrivée de Cech dans les buts, pour contenir les assauts bavarois. Les Londoniens ont aussi su élever leur niveau en deuxième mi-temps, alors que le Bayern accentuait la pression.

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En difficulté sur les transitions adverses en première mi-temps, le Bayern n’aurait normalement pas dû laisser filer ce match après la pause : l’équipe avait fait les ajustements nécessaires pour rendre Arsenal inoffensif. Il a fallu cette erreur lunaire de Manuel Neuer pour que le match bascule en faveur des Gunners. Il sera très intéressant de voir la réaction des Bavarois dans deux semaines, eux qui ont pour habitude de ne pas reproduire les mêmes erreurs dans deux rencontres d’affilée (cf. Porto-Bayern, Bayern-Porto).

 

 

 

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