Naples 2-4 Manchester City : l’analyse tactique

Le match aller n’avait pas déçu, le retour a lui aussi été à la hauteur des attentes. Retour en détails sur le deuxième affrontement entre le Naples de Sarri et le Manchester City de Guardiola.

Les compos : 

Quelques changements étaient à signaler de part et d’autre par rapport à la première confrontation. Côté Man City, Pep Guardiola avait décidé de modifier un joueur par ligne. En défense, Danilo débutait à la place de Walker. Au milieu, Gundogan était préféré à Silva. Devant, Aguero occupait la pointe de l’attaque au détriment de Gabriel Jesus. Dans l’autre camp, Maurizio Sarri avait lui choisi d’aligner son équipe-type, après avoir modifié son milieu à l’aller en titularisant Diawara et Zielinski.

Préambule : 

583 passes pour le Napoli. 606 pour Manchester City. A l’issue des 90 minutes de jeu au San Paolo, la possession de balle, très équilibrée (49% pour Naples, 51% pour City), ne disait pas forcément tout sur le scénario de la rencontre.

Car dans les faits, cette deuxième rencontre entre les équipes de Sarri et Guardiola n’a pas été une série de « à toi – à moi » pour la possession du ballon. Elle s’est plutôt divisée en 4 temps forts assez longs et également réparti entre les deux formations.

  • 0 -> 23e : 62% de possession pour Naples, 38 de possession pour Manchester City. L’équipe de Guardiola subit le pressing et le jeu de passes de Naples qui penche côté gauche. Insigne ouvre le score (21e)… mais Ghoulam se blesse.
  • 23e -> 45e : 64% de possession pour City, 3 pour Naples. La blessure de l’Algérien déstabilise le Napoli, City atteint plus facilement le milieu de terrain et utilise bien la largeur pour faire courir son adversaire. Otamendi égalise de la tête sur coup de pied arrêté.
  • 46e -> 69e : 60% de possession pour Naples, 40 pour City. Stones donne vite l’avantage à son équipe (48e), obligeant Naples à remettre un coup d’accélérateur pour revenir. Jorginho égalise sur penalty… mais son équipe se fait finalement punir sur un contre (Aguero, 69e) après avoir obtenu une balle de 3-2 (Callejon, 68e).
  • 69e -> 90e : 63% de possession pour City, 37 pour Naples. Les entrées successives de Silva (71e) et Bernardo (76e) redonnent un coup de fouet à la première ligne de Man City. Leur pressing est enfin payant face à un Napoli qui fatigue. L’équipe anglaise breake dans le final (Sterling, 91e).

Le pressing de Naples et la relance de City : 

A l’inverse du match aller, c’est donc bien le Napoli qui a réalisé la meilleure entame mercredi. Deux raisons à cet excellent départ : leur pressing pour maintenir City dans son camp… et leur capacité à déjouer celui de leurs adversaires pour s’y installer.

Commençons par le pressing. En alignant son équipe-type, Sarri a bien renforcé son entrejeu. L’activité d’Allan aux avants-postes et la lecture du jeu de Jorginho pour assurer la couverture ont beaucoup apporté. Naples a ainsi débuté ce match retour comme il avait terminé l’aller. City n’avait aucun joueur libre pour ressortir et la seule solution pour le club anglais était de faire circuler le ballon sur la largeur en espérant contourner le bloc napolitain.

Son jeu long, utilisé parfois à outrance en début de partie (Ederson, Otamendi), retombait presque tout le temps dans les pieds adverse, qui avaient aussi l’ascendant dans la bataille pour les deuxièmes ballons. La construction était dès lors restreinte aux couloirs, ce qui demandait un excellent niveau technique pour réussir à en sortir. La passmap ci-dessous résume la situation dans laquelle s’est retrouvée l’équipe de Guardiola. Très peu de solutions verticales pour relancer et une relance en U qui devait absolument trouver les ailiers pour pouvoir progresser.

Cela n’a toutefois pas empêché City de développer quelques séquences intéressantes. L’équipe a notamment répété plusieurs fois la même séquence partant de Stones ou Danilo pour trouver Sterling, qui remettait à De Bruyne ensuite. Un circuit qui explique la position assez excentrée du milieu de terrain belge sur la passmap ci-dessus.

A gauche, la solution est plus souvent venue des décrochages de Gundogan. Sané a eu du mal à se défaire de la pression de Hysaj puis Maggio sur ces séquences… mais à sa décharge, il n’avait pas non plus le même soutien à l’intérieur que Sterling à l’opposée (Gundogan plus bas et Aguero peu visible dans le jeu).

Le pressing de City et la relance de Naples : 

Deuxième étape pour le Napoli, l’utilisation du ballon. Dans ce domaine là aussi, l’équipe de Sarri a réalisé une très bonne entame en s’appuyant particulièrement sur le côté gauche qui fait sa force depuis le début de la saison.

Lorsque le jeu repartait de Reina, les Napolitains faisaient face à une équipe de City qui laissait volontairement la première passe arriver dans les pieds d’Albiol : Aguero bloquait Koulibaly, De Bruyne était sur Jorginho. Le pressing était alors déclenché par Gundogan qui sortait sur le défenseur espagnol. Derrière ce trio, Sané et Sterling se positionnaient à l’intérieur de manière à couvrir leurs partenaires (zone d’Allan pour le premier, Hamsik pour le second).

« Pendant 20 minutes, ils nous ont massacrés, ils nous ont complètement détruits. Surtout sur le côté gauche avec Insigne, Hamsik et Ghoulam. »  (Pep Guardiola)

En réponse à cette organisation, le Napoli a d’abord utilisé la largeur et exploité ses latéraux. Hysaj a reçu quelques ballons d’Albiol mais la vraie cible était Ghoulam à gauche. Surtout, un simple appui sur le latéral forçait Manchester City à s’ajuster. Sterling et Sané devaient aller fermer le côté, les milieux étaient contraints de redescendre d’un cran, ce qui ouvrait des espaces aux milieux adverses, notamment Jorginho.

Pour City, la difficulté a longtemps résidé dans la séquence de repli bloc haut > bloc médian. La plupart du temps, les sorties de balle de Naples allaient plus vite que le retour des deux hommes. Sterling a aussi fait preuve de naïveté sur certaines séquences où il était amené à défendre à l’intérieur.

Heureusement pour les Skyblues, ces limites au milieu de terrain ont été couvertes par une défense encore une fois de très haut niveau. Stones et Otamendi ont coupé plusieurs situations chaudes… avant d’être finalement forcés de s’incliner sur le une-deux entre Insigne et Mertens (1-0, 21e). Au passage, la balle de 3-2 en deuxième mi-temps (Callejon, 68e) est venue d’une action du même type, qui a vu Naples profiter de largesses adverses face à son côté gauche pour trouver Mertens, auteur à chaque fois de la passe-clé pour ses ailiers.

La blessure de Ghoulam et ses conséquences  

Les Napolitains n’ont pas eu le temps de savourer leur ouverture du score puisque quelques minutes plus tard, ils ont encaissé un vrai coup dur avec la sortie sur blessure de Faouzi Ghoulam. Sur le flanc gauche du Napoli, l’ancien Stéphanois reste un homme de l’ombre derrière Hamsik et Insigne mais son volume de courses est ô combien important pour la bonne animation du couloir. Ses montées permettent d’occuper la largeur et libèrent Insigne qui peut alors rentrer intérieur ou même permuter avec Hamsik.

Au moment de sa blessure (23e), Ghoulam était un rouage essentiel du bon début de match du Napoli. Comme d’habitude (voir ci-dessus), son équipe penchait largement de son côté et ses montées ont souvent permis la progression du jeu. Individuellement, il était le 2ème joueur à avoir touché le plus de ballons (35) à égalité avec Hamsik et juste derrière Jorginho (39). Sa sortie a a obligé le Napoli à trouver d’autres circuits.

Cela explique l’avant-après sortie de Ghoulam déjà évoqué dans notre préambule. Avant, Naples émargeait à 62% de possession de balle avec 47 passes dans le dernier tiers et menait aux tirs (7-2) en plus de mener au score. Après, la possession de l’équipe de Sarri a chuté en-dessous des 40% pour seulement 14 passes dans le dernier tiers. City en a profité pour renverser la tendance au niveau des tirs (0-8) et égaliser grâce à Otamendi (34e).

Les Skyblues ont aussi su profiter de la période de flottement liée à la blessure du latéral gauche pour sortir la tête de l’eau. Avec un joueur diminué sur le plan physique, Naples a eu du mal à maintenir la même intensité au pressing et l’équipe de Guardiola a enfin pu mettre le pied sur le ballon au milieu. Et comme à l’aller, elle a intelligemment utilisé la largeur offerte par Sané et Sterling pour répondre à la compacité de son adversaire dans l’axe. Leur réalisme du moment a ensuite payé puisque la tête d’Otamendi était leur premier tir cadré du match (34e).

Les coups de pied arrêtés pour passer devant 

On parle souvent des coups de pied arrêtés comme les détails qui font basculer les rencontres fermées. Avec deux équipes ambitieuses, avec et sans le ballon, l’opposition entre Naples et Manchester City ne rentrait pas dans cette catégorie au départ. Mais la bonne tenue des deux défenses a fait qu’ils ont eu leur importance, notamment en faveur des Skyblues.

Les deux premiers buts (Otamendi, 34e – Stones, 48e) sont en effet venus sur corner. On pourrait même évoquer le 3ème, développé en contre… à partir d’un corner du Napoli. Au total, les coups de pied arrêtés ont représenté 6 tirs sur les 17 de Man City dans ce match. Surtout, ils ont offert aux Skyblues leurs plus grosses occasions pendant la première heure de jeu, avant que des espaces ne se libèrent pour partir en contre-attaque.

Vu l’exécution des Mancuniens dans ce domaine, ces phases avaient été bien préparées. Sur les corners venant depuis la droite, les Skyblues ont toujours voulu jouer à deux (De Bruyne et Gundogan) avant de chercher Otamendi au 2ème poteau. L’équipe a même montré sa capacité à varier les combinaisons en fonction de la réponse apportée par l’adversaire.

De l’autre côté, leur seule opportunité du match a été l’occasion de proposer un remake du but inscrit par Sergio Ramos la saison dernière dans le même stade. Avec Leroy Sané dans le rôle du tireur et John Stones pour mettre la tête au milieu d’une forêt de Napolitains.

https://twitter.com/ChronicTactic/status/926232280057737217

Cette répétition est l’occasion de rappeler que si la défense du Napoli est très difficile à prendre en défaut cette saison, elle reste vulnérable sur ces phases arrêtées. En championnat, elle a pour le moment concédé plus de situations sur coups de pied arrêtés (3,64xGc, dont un penalty) que dans le jeu (2,01xGc). Bien que cela reste les chiffres d’une défense d’exception, c’est très parlant : pour espérer marquer contre Naples, il ne faut surtout pas négliger ces séquences.

Naples s’accroche mais City s’en tire en contre : 

Inscrit au tout début de la deuxième mi-temps, le second but de City (48e) a forcé Naples à reprendre l’initiative. Pour rentrer dans la moitié de terrain de City, l’équipe italienne s’est appuyée sur de nouveaux circuits. Terminée l’orientation côté gauche comme en première mi-temps, la relance d’Albiol a été plus verticale, cherchant les remises de Callejon ou Mertens pour Jorginho ou Hamsik. A gauche, Insigne retrouvait un rôle plus classique d’ailier faux pied, chargé de percuter en repiquant à l’intérieur.

A cela, Naples a ajouté un regain d’activité dans la moitié de terrain adverse à la perte de balle, indispensable face à une équipe anglaise qui défendait globalement mieux depuis la reprise. Et les occasions ont suivi : Insigne a touché la barre sur une frappe de l’entrée de la surface (55e) suite à un ballon récupéré haut, puis Jorginho a égalisé sur penalty (62e) avant que Callejon obtienne une balle de 3-2 (68e).

C’est précisément pendant cette minute que la rencontre a basculé. Sur le corner suivant l’occasion de Callejon, Hamsik a perdu la balle dans la surface et permis à Manchester City de sortir en contre. Fernandinho a lancé Sané qui s’est chargé de faire la différence en déposant deux adversaires avant de buter avec Hysaj, dernier rempart avant Reina. Aguero a récupéré le ballon et fini le travail (69e).

C’était le but de trop pour l’équipe de Sarri qui n’avait plus la force (ni le banc de touche) pour réagir. En face, Guardiola lui a en plus compliqué la tâche en injectant du sang frais avec les entrées de Silva (71e) et Bernardo (76e). Les deux hommes ont redynamisé la première ligne de Manchester City, rendant son pressing plus efficace. Privé du ballon, Naples n’a plus approché les buts d’Ederson (1 tir, 14 passes dans le dernier tiers).

Conclusion : 

Manchester City « massacré » (pour reprendre les propos de Guardiola après la rencontre) mais vainqueur. Comme à l’aller, l’équipe anglaise a parfois souffert au milieu de terrain face à la circulation de balle du Napoli mais elle n’a jamais sombré. Sa défense a rattrapé plusieurs coups dans des situations numériques qui ne lui étaient pas forcément favorables face à un adversaire aussi talentueux offensivement.

Et que dire de l’attaque ? Certes, le pressing de Naples lui a posé des soucis et limité le nombre d’offensives dans le match. Mais la capacité de l’équipe à mener la plupart de ces actions à terme une fois le pressing déjoué fait qu’elle n’en a pas besoin d’un très grand nombre pour être dangereuse. Et quand on ajoute à cela des coups de pied arrêtés bien travaillés, cela nous donne une équipe qui n’a pas véritablement besoin d’un temps fort pour se montrer dangereuse et marquer. Une vraie progression par rapport à la saison dernière…

Pour Naples, ce nouveau revers met évidemment l’équipe dos au mur en vue de la qualification pour les huitièmes de finale. Elle va devoir battre le Shakhtar et espérer un coup de pouce de Manchester City lors du dernier match face aux Ukrainiens pour espérer arracher la 2ème place.

Au-delà de cet aspect purement comptable, on peut se demander si le fond de jeu de l’équipe peut lui suffire dans les grands matchs. Face à Manchester City comme face au Real Madrid la saison dernière, le Napoli est certes sorti la tête haute mais battu à chaque fois. En cause souvent, quelques détails dont ces fameux coups de pied arrêtés qui ont fait basculer les deux matchs retour. Il sera intéressant de suivre les prochains grands matchs de l’équipe de Sarri en Serie A, surtout avec une course au Scudetto qui risque de se jouer sur ces confrontations directes…

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1 réponse

  1. Sergito dit :

    bonjour, toujours un plaisir de vous lire.

    Par contre une petite erreur de lien c’est glissé dans vos vidéos, les 2 première vidéos offrant le même résumé celui qui à pour titre  » Quand la relance de Naples prends le dessus 1ére MT »

    Cordialement

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