Manchester City 3-1 FC Barcelone : l’analyse tactique

Il y a deux semaines, le 4-0 infligé par le Barça à Manchester City avait masqué de manière assez cruelle les 54 bonnes premières minutes des Skyblues à 11 contre 11 (lire : FC Barcelone 4-0 Manchester City : l’analyse tactique). A l’Etihad Stadium, les Mancuniens ont pris leur revanche…après avoir été mis en grande difficulté pendant 38 minutes. La magie du football en somme. Analyse.

Les compos :

Sa non-titularisation avait beaucoup fait parler il y a deux semaines : cette fois, Sergio Aguero fait bien partie du onze-titulaire de Manchester City. Son retour dans l’équipe entraîne un changement de poste pour De Bruyne, repositionné sur l’aile gauche au coup d’envoi.

Côté Barcelone, l’équipe souffre des blessures depuis le match aller. Après Alba, touché durant la première confrontation entre les deux équipes, Iniesta et Piqué ont rejoint l’infirmerie. Digne, Umtiti et Andre Gomes profitent de ces absences pour débuter la rencontre, alors que Sergi Roberto fait son retour sur le flanc droit de la défense.

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Une entame barcelonaise :

Les premières minutes confirment que le plan de jeu de City n’a pas changé par rapport au match aller. Les Skyblues ont toujours l’ambition d’aller perturber les sorties de balle adverses. Mais malgré les absences d’Alba ou Iniesta, précieux dans ce processus, le Barça reste appliqué et prend vite l’ascendant.

Par rapport au match aller, il s’installe même plus rapidement dans le camp adverse en raison de la liberté offerte à Busquets. Aguero ne redescend pas forcément aider ses partenaires, préférant rester aux avants-postes afin d’être un point de fixation pour les sorties de balle et les contres. Résultat, le Barça se repose sur son maître à jouer au milieu : souvent trouvé par ses partenaires, il permet au Barça d’aérer le jeu et de tenir le ballon plus haut qu’à l’aller.

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En l’espace de quelques minutes, les Catalans ont plusieurs opportunités dans les 30 derniers mètres. Cela passe souvent par des appels en profondeur (Andre Gomes, Suarez). Néanmoins, la défense de City est concentrée et écarte ces premières approches.

Pour accompagner cette domination territoriale, les Catalans reprennent aussi le pressing effectué à l’aller. Une activité qui va poser de gros problèmes à une équipe de City moins forte qu’ily a deux semaines pour ressortir. Derrière la MSN, les milieux répondent présents et mettent notamment la pression dans la zone de Fernandinho.

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City en difficulté pour construire :

Comme à l’aller, City espérait sans doute inviter la pression barcelonaise, faire sortir les milieux et attaquer dans leur dos ensuite (voir vidéo ci-dessous). Problème, l’absence de Bravo les a privés d’un pied supplémentaire pour atteindre Gundogan, Silva ou De Bruyne dans les zones-clés. Résultat, City a rendu plusieurs ballons dangereux qui ont poussé Guardiola à demander un jeu plus direct à ses joueurs.

Le technicien en a d’ailleurs longuement parlé en conférence de presse à l’issue de la rencontre : « quand l’équipe ne se sent pas bien dans ce genre de matchs, nous essayons de jouer plus direct parce qu’on sait que Rakitic et Busquets vont presser haut sur le terrain. Quand ils perdent le 2e ballon, nous pouvons procéder en contre-attaque. »

A défaut de pouvoir construire, les Skyblues se montrent d’ailleurs dangereux une première fois par l’intermédiaire d’Aguero en contre-attaque. Seul contre deux (Mascherano et Digne), l’Argentin fait la différence et mène une action qui se termine par un accrochage entre Sterling et Umtiti dans la surface (11e). Une attaque sur une transition qui en appellera beaucoup d’autres dans cette partie.

Barcelone n’a pas su tuer le match

Après plusieurs situations avortées par des mauvais choix ou des contrôles approximatifs, les joueurs de Luis Enrique ouvrent le score sur leur premier tir (comme au match aller). Au départ de l’action, c’est City qui est à l’attaque, obtenant un coup de pied arrêté dans les 40m du Barça. Tous les joueurs vont dans le camp adverse… et sont dépassés sur le long une-deux entre Messi et Neymar (1-0, 21e).

Ce but valide la domination barcelonaise au tableau d’affichage mais les Blaugranas ne s’arrêtent pas là. Leur pressing haut continue à faire des dégâts mais les mauvais choix (Neymar, 27e – 34e) les privent du break. Leurs sorties de balle sont aussi de plus en plus efficaces malgré le pressing adverse. André Gomes et Suarez ont deux occasions de marquer coup sur coup (35e), sans toutefois y parvenir.

38ème minute : l’erreur de Sergi Roberto

Vient alors le moment-clé de cette rencontre : la 38ème minute. City dégage une nouvelle fois le ballon de sa surface et le Barça repart de ter Stegen. Pep Guardiola profite de ce laps de temps pour demander à Silva et De Bruyne de permuter : le Belge va dans l’axe, l’Espagnol prend le couloir. Un détail pour ce qui suit mais qui aura son importance un peu plus tard. La séquence de pressing suivante est enfin payante pour City : Sergi Roberto met une passe dans le vide plein axe qui profite à Aguero. L’Argentin lance Sterling, qui trouve Gundogan au 2e poteau (1-1).

Offert sur un plateau par le Barça, ce but récompense les efforts des Skyblues, qui n’ont jamais abandonné l’idée de gêner le Barça, et ce malgré la période très difficile qu’ils viennent de traverser. Plus qu’un changement tactique, c’est le déclic qu’apporte cette égalisation dans les têtes mancuniennes qui renverse le cours de la rencontre.

Jusqu’à la pause, les joueurs de Guardiola ne laissent pas le Barça respirer. La capacité de De Bruyne à multiplier les courses dans l’axe en fait un joueur plus efficace que Silva pour épauler Aguero. Et cela continue après le repos. Les Skyblues reprennent le match là où ils l’ont laissé.

Il leur faut moins d’une minute pour se créer une première occasion suite à un ballon gratté par Fernandinho dans les pieds de Busquets. Sterling ne parvient pas à conclure (47e) mais le calvaire du n°5 du Barça ne fait que commencer. Il multiplie les fautes (3 en 15 minutes) dont une sur Silva à l’entrée de sa propre surface. De Bruyne en profite pour donner l’avantage à son équipe (2-1, 51e).

City en contre-attaque :

Il faut attendre l’heure de jeu pour voir le Barça répondre tactiquement aux problèmes posés par City : Busquets décroche entre ses défenseurs et crée (enfin) le surnombre face à De Bruyne et Aguero. Un classique lorsque la formation de Luis Enrique est en difficulté pour sortir le ballon. En passant en 3-4-3 pour relancer, le Barça s’assure des sorties de balle plus faciles. En revanche, il perd en contrôle au milieu de terrain du fait du recul de Busquets.

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Désormais devant au tableau d’affichage, City joue plus bas mais reste actif à la récupération. Et pour cause, les relayeurs catalans se retrouvent plus rapidement sous pression dans le coeur du jeu de par l’absence d’un 3e homme. L’équipe anglaise en profite : elle gratte beaucoup plus de ballons au milieu et procède en contre (63e, 66e, 67e), profitant des limites du Barça au niveau des transitions défensives.

Dépassé collectivement, le Barça s’en remet depuis plusieurs minutes aux tentatives individuelles de la MSN, mais sans grand succès. Le match aurait toutefois pu basculer de nouveau en sa faveur sur une énorme erreur de Stones, auteur d’une ouverture en profondeur parfaite pour Suarez. Heureusement pour le jeune Anglais, André Gomes ne parvient pas à trouver autre chose que la barre transversale pour conclure l’action (64e).

Le suspense prend fin à l’entrée du dernier quart d’heure (74e) lorsque, sur un nouveau coup de pied arrêté en faveur du Barça, Aguero lance un contre côté gauche. L’action se termine à l’opposée avec De Bruyne qui lance Navas dans l’espace. L’Espagnol centre, Aguero dévie et Gundogan fait trembler les filets pour la deuxième fois de sa soirée (74e).

Au passage, notons que 3 des 4 buts inscrits dans ce match sont venus de contres partant depuis des coups de pied arrêtés en faveur de l’adversaire : l’ouverture du score de Messi, la faute amenant au coup-franc de De Bruyne et donc ce dernier but de Gundogan.

Conclusion :

Pour City, la victoire est belle mais elle doit être nuancée. D’ailleurs, Pep Guardiola en a fait l’élément-clé de son discours en conférence de presse à l’issue de la rencontre : à onze contre onze à Barcelone, son équipe avait été bien meilleure que sur les 38 premières minutes de ce match retour. Il a même reconnu que le Barça aurait pu (dû) plier la rencontre avant même le cadeau de Sergi Roberto.

Certains ont mis en avant la faible possession de Manchester City lors de ce match retour pour expliquer la victoire : Guardiola serait enfin allé à l’encontre de ses idées pour venir à bout du Barça. En vérité, si son équipe n’a pas eu autant le ballon qu’à l’aller, c’est parce qu’elle n’en avait pas les capacités (du fait de l’absence de Bravo, du pressing du Barça, du niveau de Stones…).

Cette victoire de City, c’est en vérité la défaite d’un Barça qui s’est effondré au premier vent contraire. L’équipe a certes dominé une bonne partie de la première mi-temps, elle a très peu profité des ballons gagnés dans le camp adverse et a souvent fait les mauvais choix (Neymar). Elle n’a ensuite rien pu faire face à la révolte de City, coulant sur les côtés (Sergi Roberto, Digne) et surtout dans l’axe avec un Sergi Busquets méconnaissable.

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4 réponses

  1. Benm dit :

    Il n’y a pas d’équipe capable de battre Barcelone à son propre jeu, en tout cas je n’est pas souvenir d’équipe prendre le dessus dans la possession … ta seule chance c’est de presser haut et espérer que tes joueurs soient plus réalistes et commettent moins d’erreurs que ceux du Barça, Man city a mieux joué à l’aller pourtant il a perdu … en fait quand tu joue contre le Barça tu as parfois la chance de gagner un match qui aurais perdu neuf fois sur 10… c’est la magie du foot… parfois une erreur en Défense ou une maladresse en attaque te fait perdre un match que tu contrôle de bout en bout.

  2. barca dit :

    Je comptais commenter ton article après le match de city, mais j’ai préféré attendre le match de Seville.
    Je vais développer plusieurs points qui expliquent ce barca qui n’est plus souverain à l’extérieur, et il ressemble au barca dernière saison de Rijkaard.

    Le barca paie plusieurs mercato ratés:
    Lucas Digne n’a pas le niveau du barca, il n’arrive pas au niveau de l’ancien remplaçant d’alba, l’ami Adriano.

    Arda, en milieu n’est pas en l’aise, il est vraiment bon en ailier à la place de Neymar.

    Alex vidal, n’a jamais retrouver son niveau d’Almeiria et Seville.

    Umtiti, n’arrive pas à me convaincre, Bartra avait une meilleure relance, un meilleur placement, il pêchait juste au niveau de l’impact physique.

    Montoya avait le niveau pour occuper le poste de latéral, ok il est limité offensivement, mais défensivement il assure.

    Vermalen, l’homme de verre, il est preté donc aucune chance de récupérer des billes.

    Mathieu, c’est un peu le Rod Fanni du Barca, Carton Rouge, but contre son camp, boulette, et en plus des gros ratés en phase d’attaque.

    Alcacer, Munir est supérieur à lui.

    Laisser partir Hallilovic qui est un bon petit joueur, qui a confirmé durant qu’il avait des dispositions techniques au dessus de la moyenne, Delefeu et Traoré aurait pu etre les ailiers qui remplacent notre ami Neymar. Je n’étais pas fan de dani Alves, mais il faut reconnaitre, qu’il manque par son apport offensif. Preter Samper alors qu’il est le remplaçant de Busquet il fallait le faire.
    André Gomes, est une .nculerie monumentale. ( 60 millions WTF)

    Luis Enrique n’a toujours pas renforcé le barca, qui aurait pu etre une machine de guerre avec un bon recrutement. Sa déclaration d’avant saison, m’a bien fait marrer, moi le coach du dimanche.
    En gros il manque 2 latéraux, un ailier, un attaquant, un milieu créateur, un défenseur central, et un vrai gardien.

    Les points faibles du Barca:

    Blessure du maestro Iniesta.
    Niveau de sergi Roberto en latéral, Luis Enrique me fait penser au pére qui force son fils à réaliser son reve. Luis Enrique en joueur était un vrai couteau suisse, pas Sergi.
    Lucas Digne apport offensif nul et défensivement dangereux.
    Pique, Masherano, Umtiti, Mathieu, trop d’erreurs défensives qui coutent des défaites ou des nuls.
    Exemple: défaite à vigo, nul contre Atletico
    Gardien trop faiblard car plus de concurrence, se contente juste des relances, il a oublié son boulot de sauver des buts.
    Vélocité inexistante chez les défenseurs, j’ai l’impression de voir des charrettes.
    Suarez Denis, Rafi, Andre Gomez, ça ne remplacera jamais Iniesta.
    Sergio Bus, qui est en dedans depuis le début de saison.
    Neymar, depuis la victoire en C1, il ne progresse plus, il régresse, il ne sert à rien, rate des pénos, des grosses occasions, veut toujours dribler, joue pour sa poire, et fait souvent déjouer Alba et Iniesta.

    En gros, Heureusement que Messi, Suarez , Rakitic sont là, sinon le barca serait en position de relégable, tellement la qualité de jeu est devenue dégueulasse.
    A l’extérieur le barca se fait bouger depuis 2 saisons, et à domicile, cela devient difficile.
    Xavi manque cruellement, Machina n’a toujours pas d’héritier.

    En affichant un tel niveau, je ne vois pas le barca gagner un titre cette année, à moins que Messi se transforme en Super Sayajin Blue.

    Contre seville, c’est la victoire de Messi et non du collectif qui a été défaillant, 2 matchs de suite.

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