Barcelone 3-1 Milan AC, l’analyse tactique

A l’instar du Bayern Munich ou du Real Madrid, le FC Barcelone a validé dès hier soir son ticket pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Opposés au Milan AC, les Catalans l’ont emporté sans donner l’impression de forcer face, paradoxalement, à une équipe italienne qui n’a pas démérité et livré une prestation intéressante au Nou Camp.

Au coup d’envoi, aucune surprise n’était à signaler dans le onze de départ barcelonais : toutes les stars étaient présentes et Tata Martino avait fait le choix d’aligner son milieu « titulaire » avec Busquets, Xavi et Iniesta. Fabregas débutait donc sur le banc, alors que Messi était associé à Neymar et Alexis en attaque (Valdes – Alves, Piqué, Mascherano, Adriano – Busquets, Xavi, Iniesta – Neymar, Messi, Sanchez). Côté italien, Massimiliano Allegri présentait un milieu de terrain avec la présence de quatre « axiaux » de formation : Poli et Muntari encadraient en effet Montolivo et De Jong. Devant, Robinho était associé à Kaka (Abbiati – Abate, Zapata, Mexès, Emanuelson – Poli, Montolivo, De Jong, Muntari – Robinho, Kaka).

Milan dans le camp barcelonais : 

D’entrée de jeu, le Milan AC a envoyé le ballon dans le camp adverse afin de tenter de s’y installer. Son « plan de jeu » a rapidement été révélé. Derrière une première ligne formée par Kaka et Robinho, censée limiter les solutions de passes vers l’axe pour Piqué et Mascherano, les quatre milieux axiaux avaient pour mission « d’encadrer » le trio formé par Busquets, Xavi et Iniesta. Lorsque le bloc milanais était haut sur le terrain, Mexès se chargeait même de suivre les décrochages de Messi afin de l’empêcher de créer le surnombre au niveau de ses milieux.

La première touche du match illustre assez bien le plan milanais : derrière Kaka et Robinho, les quatre milieux doivent "encadrer" Busquets, Xavi et Iniesta. Derrière, Mexès suit les mouvements de Messi.

La première touche du match illustre assez bien le plan milanais : derrière Kaka et Robinho, les quatre milieux doivent « encadrer » Busquets, Xavi et Iniesta. Derrière, Mexès suit les mouvements de Messi.

A l’instar de son match face au Real Madrid, le Barça s’en est remis à ses couloirs pour remonter les ballons et franchir la ligne médiane. Des deux côtés du terrain, Adriano et Daniel Alves avaient en effet beaucoup de champ libre, en raison du travail résolument « axial » de Muntari et Poli. De la même façon, aucun joueur ne bloquait les lignes de passes entre Piqué-Mascherano et les ailiers (Neymar et Alexis).

Abate et Emanuelson avaient beau serrer le marquage sur les deux hommes, ces derniers étaient aussi des solutions efficaces pour franchir la ligne médiane avant de revenir dans l’axe. Neymar a d’ailleurs régulièrement été recherché dans ce registre en début de partie. Libre eux aussi de la pression adverse, Piqué et Mascherano pouvaient s’avancer balle au pied pour faire reculer le milieu adverse.

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Dans l’axe, les six premiers Milanais (attaquants et milieux) sont là pour couper la relation entre Piqué-Mascherano et leurs milieux de terrain. Kaka et Robinho doivent limiter les espaces entre les uns et les autres afin de faciliter le travail de pressing de leurs partenaires Si les deux attaquants ne sont pas positionnés dans l’axe, alors les milieux sont obligés de reculer… Lorsqu’ils sont présents, ils poussent Piqué et Mascherano à envoyer le jeu vers les couloirs où Adriano et Daniel Alves sont libres de tout marquage. Ici, Adriano est sur le point de servir Neymar, suivi de près par Abate.

Milan dans sa moitié de terrain :

Une fois la ligne médiane franchie ou sur le point de l’être par le Barça, le Milan AC changeait d’approche et se mettait à reculer pour tenter de contenir les assauts adverses dans ses 30 mètres. Symbole de ce recul, Mexès laissait désormais Messi décrocher. Ainsi, lorsque le Barça parvenait à remonter le ballon par un côté (via Daniel Alves par exemple), Messi décrochait et s’ajoutait aux solutions proposées par Xavi et Iniesta devant les milieux de terrain milanais. Il compensait ainsi « l’absence » de Busquets, qui était « coupé » du reste de la construction par le positionnement de Kaka et Robinho.

Le décrochage de Messi au milieu de terrain suffisait pour forcer les quatre milieux milanais à reculer, surtout que les menaces Neymar-Sanchez nécessitaient parfois des prises à deux sur les ailes… et que les latéraux du Barça pouvaient aussi participer aux mouvements dans les 25 derniers mètres. Très vite, le Barça a pu s’installer dans le camp milanais afin de faire circuler le ballon sur la largeur, usant des relais de Messi, Xavi et Iniesta dans l’axe, des fixations de Neymar et Alexis ou des montées de Adriano et Daniel Alves sur les côtés.

En phase défensive, le Milan abandonne les couloirs pour densifier l'axe.

En phase défensive, le Milan abandonne les couloirs pour densifier l’axe. A défaut de presser, Kaka et Robinho coupent la relation en retrait vers Busquets. Messi compense son « absence » dans la circulation de balle en revenant au milieu de terrain lorsque cela est nécessaire. Cela ajoute une solution supplémentaire à Xavi et Iniesta dans l’axe, et force les milieux milanais à contenir le porteur de balle au lieu de réellement sortir au pressing. Conclusion : Barcelone peut conserver le ballon facilement.

Kaka et Robinho n’apportant aucune « activité défensive » pour presser le porteur de balle, les Milanais se sont retrouvés à subir de longues phases de possession barcelonaise dans leur moitié de terrain. Très solidaires, les milieux sont toutefois parvenus à contenir les tentatives de percées plein axe du Barça, se jetant sur toutes les combinaisons entre Messi, Xavi, Iniesta et Neymar ou Sanchez. Barcelone est alors retombé dans ses habitudes de « handball », faisant circuler le ballon d’une aile à l’autre sans réel danger pour la défense adverse. Il a fallu attendre la 83e minute et la justesse de passes de Fabregas pour que les Catalans parviennent à percer en plein coeur le bloc milanais (3-1, 83e).

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A défaut de bénéficier de points de fixation devant, les Barcelonais utilisent la largeur du terrain pour faire courir le bloc milanais en attendant la faille.

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Après avoir récupéré le ballon, Daniel Alves le remet à Xavi qui, par son décrochage, s’est défait de la présence de Muntari (sorti sur le Brésilien). Kaka ayant quitté sa position, Xavi est libre de réorienter le jeu côté gauche vers Adriano, ou de chercher les relais de Messi ou Iniesta dans l’axe. 

Seul Neymar sur son côté gauche semblait en mesure de faire des différences en un-contre-un face à Abate. De l’autre côté, les centres de Sanchez et Daniel Alves ont été tranquillement repoussés par la défense milanaise. Dernière arme, les ballons par-dessus la défense de Xavi ou Iniesta trouvaient rarement preneurs en raison du bloc bas du Milan AC. Et pourtant, c’est bien sur une transmission de ce genre d’Iniesta que Neymar a poussé Abate à la faute par son appel (penalty transformé par Messi, 1-0 (30e). Neymar était encore dans le coup sur le second but, puisqu’il a obtenu le coup-franc tiré par Xavi et propulsé dans les filets par Busquets (2-0, 39e).

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Par rapport à la capture 2 : Alors que les milieux milanais s’occupent de Busquets, Xavi et Iniesta dans le camp adverse, ils doivent contenir Messi, Xavi et Iniesta dans leur moitié de terrain… en comptant sur le bon positionnement de Kaka et Robinho pour limiter l’influence de Busquets.

De l’importance de remonter le ballon correctement : 

La présence de Kaka et Robinho aux avants-postes interdisait le jeu long, sous peine de voir le ballon rapidement perdu… et revenir vite dans leur moitié de terrain pour une nouvelle attaque. Pour espérer remonter leur bloc dans le camp adverse et à nouveau « tenir » face à la relance, les Milanais étaient condamnés à passer par du jeu au sol pour trouver leurs deux attaquants dans les meilleures conditions possibles. Ces derniers devaient ensuite amener l’action le plus loin possible, afin de permettre, au pire, aux Rossoneri de revenir dans le camp barcelonais.

Au-delà des ballons récupérés dans leurs 30 mètres, et qu’il fallait ressortir sous une énorme pression (duels à remporter pour Kaka et Robinho face à Mascherano, Busquets ou Piqué), les Milanais s’appliquaient donc à repartir « court » sur les renvois aux 6 mètres d’Abbiati. Une aubaine pour les Barcelonais qui ont pu aller chercher la relance adverse.

Le pressing "à l'ancienne" du Barça en place dans le camp adverse : Sanchez et Neymar sur les défenseurs centraux, Messi pour dissuader d'une passe dans l'axe devant Xavi et Iniesta pour coulisser sur la largeur. En couverture, Busquets (hors-champ) suit aussi la circulation de balle adverse, et notamment en cas de transmission directe vers les latéraux afin de couvrir ses deux milieux de terrain.

Le pressing « à l’ancienne » du Barça en place dans le camp adverse : Sanchez et Neymar sur les défenseurs centraux, Messi pour dissuader d’une passe dans l’axe devant Xavi et Iniesta pour coulisser sur la largeur. En couverture, Busquets (hors-champ) suit aussi la circulation de balle adverse, et notamment en cas de transmission directe vers les latéraux afin de couvrir ses deux milieux de terrain.

Ce pressing s’est toutefois relâché au fil des minutes, et les ballons ont pu arriver jusqu’à Kaka et Robinho aux avants-postes. Généralement, l’un des deux travaillait en pivot (Robinho vs Mascherano) tandis que l’autre prenait les espaces sur les ailes (Kaka) afin de forcer les axiaux du Barça (Piqué, Mascherano, Busquets) à quitter leurs zones de prédilection.

Lorsque le Milan parvenait à attaquer, ses mouvements forçaient le Barça à adapter son repli défensif. Busquets parti sur un côté, Xavi et Iniesta devaient redescendre plus bas qu’à l’accoutumée afin de protéger la défense centrale. Messi ne revenant pas défendre, cela offrait des espaces aux milieux milanais pour orienter le jeu depuis le rond central (De Jong, Montolivo). Encore fallait-il, évidemment, parvenir à ressortir du couloir. A l’inverse de son match face au Real Madrid, le Barça a semblé peiner à défendre en avançant dans sa moitié de terrain.

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De Jong récupère une balle venant de la gauche et profite de l’espace offert par le repli de Xavi-Iniesta pour compenser le déplacement de Busquets pour la conserver le temps de prendre une décision. Une situation qui n’aurait pas été possible en cas de repli défensif de Messi (à l’instar de ce qu’accomplissait Fabregas face au Real Madrid).

Robinho décevant par rapport au rendement de Kaka, à l’origine du but avant la mi-temps (46e), Allegri a décidé de lancer Balotelli dès le retour des vestiaires. Le jeu du Milan s’est alors mis à pencher très largement côté droit, l’avant-centre italien pesant beaucoup plus dans les duels. Menés 2-1, les Milanais prenaient aussi plus de risques : Muntari et Montolivo n’hésitaient plus à se projeter pour accompagner leurs attaquants. Le changement a presque été gagnant puisque Balotelli est à l’origine de la plus grosse occasion du début de deuxième mi-temps (centre pour Kaka, 65e).

La rencontre était évidemment plus rythmée. Face à un Milan plus offensif, Barcelone a ajouté la contre-attaque à ses atouts pour profiter des espaces abandonnés par les milieux adverses. Mais ce sont ses individualités qui se sont surtout mises en valeur : Neymar puis Sanchez se sont crées deux occasions de faire le break coup sur coup après des exploits individuels (75e, 76e). Les minutes passaient et le rythme de la rencontre retombait alors que Milan ne parvenait plus à se créer le danger (la baisse de rythme de Kaka n’y a pas été étrangère).

Finalement, le Barça a remis le pied sur le ballon au cours des dernières minutes pour retrouver une configuration se rapprochant de la première mi-temps. Est alors venue l’entrée en jeu de Fabregas et son une-deux d’école avec Messi pour mettre fin au suspense de cette rencontre.

Conclusion : 

Si l’essentiel est évidemment là pour le Barça avec cette victoire, la manière a parfois pu rappeler les prestations « moyennes » de la saison dernière, lorsque le succès était au rendez-vous mais que l’équilibre de l’ensemble paraissait fragile. La passivité des Catalans dans leur moitié de terrain détonait totalement par rapport à leur prestation face au Real Madrid lors du dernier Clasico. Mais « l’application » n’était sans doute pas la même. Côté milanais, pour une équipe 11ème de Serie A, la prestation est plus qu’honorable. Mexès est sorti du lot derrière et l’équipe a fait preuve de beaucoup de solidarité. Devant, Kaka retrouve ses jambes et pourrait former un duo très intéressant avec Balotelli dans les semaines à venir.

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2 réponses

  1. Gizmo dit :

    Merci pour l’analyse!!

    C’est vrai qu’on a un peu retrouvé le Barça de l’année dernière. Heureusement que Neymar était là…

    Je vois 3 raisons qui peuvent l’expliquer:

    1. Pas de danger créé dans les ailes à part Neymar, car pas de dédoublement, ceci est pour moi dû au fait que ceux qui écartent le jeu se retrouvent seuls et ne peuvent pas faire la différence en 1vs1 car ce sont en général les latéraux.
    2. Pas d’attaquant axial de fixation pour varier le jeu, fixer la défense et recevoir des centres.
    3. Pressing insuffisant dans l’axe.

    Messi en est responsable en grande partie:

    * Il ne s’implique pas défensivement donc désorganise le pressing et le positionnement de l’équipe en phase défensive et laisse du champs libre dans l’axe (ici DeJong ou Montolivo).
    * Ne faisant pas de travail défensif, il ne peut pas jouer ailier ou milieu, donc impossible de faire jouer un attaquant de fixation.
    * Par ses décrochages, il oblige les ailiers à rentrer dans l’axe, ce qui empêche de créer le surnombre dans les ailes (écartement par les ailiers + dédoublement du latéral), ces ailiers une fois dans l’axe, sont rarement productifs et ne servent qu’à un point de fixation pour une-deux avec Messi en plein axe.

    Bref, ce n’est pas la seule raison, mais je crois profondément que Messi dans l’axe face aux équipes défendant bas, dans ce genre de schéma, c’est fini.

  2. Yama dit :

    Je pense que le fait de nommer Messi est la bonne chose, et j’irais encore plus loin, Martino devra choisir à un moment, faire tourner le jeu autour de Messi (c’est à dire choisir de le mettre en conditions offensives) ou le remettre à droite et stabiliser/équilibrer au mieux son équipe.

    Mentalement ça risque de ne pas plaire à MEssi, en tout cas peu importe le choix qu’il fera, ça prendra du temps pour que l’équipe ingère au très haut niveau toutes ces différences.

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