Borussia Dortmund 2-2 Real Madrid : l’analyse tactique

Mardi soir, le Borussia Dortmund et le Real Madrid se sont retrouvés au Signal Iduna Park pour le premier choc de la saison en Ligue des Champions. Un match qui s’est révélé à la hauteur des attentes en terme de spectacle.

Dominateurs en première mi-temps, les Allemands ont tout de même été contraints de courir après le score après avoir encaissé un but suite à un contre parfaitement mené par le Real. Après la pause, les joueurs de Zidane ont été plus entreprenants, exposant les faiblesses défensives de Dortmund. Leur incapacité à tuer le match après avoir repris l’avantage les a toutefois laissés sous la menace d’un retour du Borussia, finalement intervenu en toute fin de partie.

Les compos :

Si Dortmund n’a rien changé à ses habitudes au coup d’envoi, le Real a de son côté tenté un coup. Au lieu de se présenter en 4-3-3, les Madrilènes ont débuté la partie en 4-4-2 avec un James très haut afin de suivre à la trace Weigl, le maître à jouer de l’équipe de Tuchel.

Le choix de l’individuelle sur Weigl et ses conséquences :

Ce choix tactique et ce rôle très spécifique du Colombien ont beaucoup pesé sur la première mi-temps. Car le marquage individuel de James n’était pas accompagné par un regain d’activité de la part de ses partenaires sur le plan du pressing. Et pour cause : lorsque le Real a tenté d’aller chercher Dortmund en début de partie, le milieu Kroos-Modric s’est vite retrouvé exposé et dépassé par la vivacité des Allemands avec un excellent Guerreiro dans un rôle de faux-ailier gauche (cf. vidéo ci-dessous).

https://twitter.com/flotoniutti/status/781146467260071937

Certes, Weigl a eu moins l’occasion de toucher le ballon et de se mettre face au jeu… mais Dortmund a vite trouvé une autre rampe de lancement. En l’occurrence, c’est Ginter (remplaçant de Bartra en défense centrale) qui a pris la responsabilité de la relance pour son équipe. Remontant le ballon dans le half-space gauche sans opposition (Benzema pas concerné + James focalisé sur Weigl), il a pu avancer jusqu’à la ligne médiane avec le ballon.

Deuxième étape pour Dortmund : lui offrir des solutions entre les lignes madrilènes pour permettre la progression. Guerreiro, Götze et Aubameyang ont beaucoup bougé sur la moitié gauche du terrain afin de multiplier les possibilités. Cette abondance de solutions devant Ginter a poussé le Real à densifier cette zone défensivement : Varane est souvent sorti de l’alignement défensif pour suivre Aubameyang et, surtout, Kroos s’est rapproché de Modric.

Ce déplacement du milieu de terrain allemand côté ballon a agrandi la distance qui le séparait de son milieu gauche (Ronaldo). Complètement déconnecté de l’action, le Portugais n’a jamais suivi ses partenaires, ce qui a crée une brèche plein axe. Concentré sur Weigl, James ne s’est jamais positionné pour fermer cette ligne de passe. Un intervalle que les milieux de Dortmund ont exploité à de nombreuses reprises (Castro, Götze, mais aussi Guerreiro), amenant à leurs meilleures actions de la mi-temps (Dembélé, 24e).

Conséquence pour le Real de ces difficultés au milieu de terrain, une défense centrale particulièrement exposée. Plusieurs fois, Sergio Ramos et Raphaël Varane ont sauvé l’édifice madrilène grâce à leur sens de l’anticipation et leurs interventions.

Avec la balle, un Real minimaliste en première mi-temps :

Face au pressing adverse, le Real a d’abord tenté de répondre par un jeu très direct en début de partie. Déjà très haut sur les phases sans ballon, James a aussi débuté dans un rôle de deuxième attaquant lorsque les Madrilènes avaient la possession. L’objectif était clairement de sauter le milieu, où Dortmund met le plus de pression, afin de prendre la défense dans son dos.

L’autre option pour le Real Madrid était d’opérer en contre après avoir récupéré le ballon dans son camp. Problème : le contre-pressing du Borussia a bien fonctionné en début de match, créant même le danger sur les buts de Navas… jusqu’à la sortie du premier quart d’heure et une ouverture lumineuse de Modric pour lancer le mouvement se terminant sur le but de Ronaldo (16e).

https://twitter.com/flotoniutti/status/781159476191719425

En tête au tableau d’affichage, les Madrilènes ont eu des situations pour breaker en contre-attaque (25e, 27e, 31e) sans toutefois parvenir à les convertir.

Au fil des minutes, James a quitté son rôle de deuxième attaquant pour venir aider ses milieux de terrain. Ces déplacements ont fait du bien au Real, qui s’est donné de l’air et a pu développer de plus longues séquences de jeu en fin de première mi-temps. Il s’en est fallu d’ailleurs de peu pour qu’il double la mise juste avant d’encaisser l’égalisation (Benzema sur un centre de Bale, 41e).

Le Real prend l’ascendant…

A la pause, les chiffres donnaient largement l’avantage à Dortmund « aux points » malgré le score nul au tableau d’affichage : 10 tirs à 3 et 62% de possession de balle contre 38% pour le Real. Sans compter les deux choix de Dembélé qui ont plombé autant d’actions dans la surface madrilène. Mais ces données ont basculé en faveur des joueurs de Zidane après le repos. Jusqu’au but de Varane (68e), la possession s’est rééquilibrée (52/48 pour le Real) et les tirs ont été en faveur des visiteurs (7-2).

Pourquoi ? D’abord parce que les Madrilènes ont mis plus d’intensité au pressing et à la récupération du ballon. Que ce soit Kroos à gauche ou Carvajal à droite (par exemple), ils ont fait beaucoup plus d’efforts pour gêner les sorties de balle adverses. Zidane a aussi réglé en partie le problème de l’individuelle sur Weigl en demandant à James et Benzema de se partager le travail. Quand l’un était dans la zone de Weigl, l’autre sortait pour cadrer le défenseur en possession du ballon (ex : Ginter) et vice-versa.

En récupérant le ballon plus haut, les Merengues ont évidemment moins subi et ont pu construire plus aisément. Ils ont aussi profité des largesses dans le bloc du Borussia. L’équipe de Tuchel est très orienté sur l’homme dans sa manière de défendre, et cela se ressent surtout au milieu de terrain avec Castro et Götze sur Kroos et Modric et les ailiers sur les latéraux (Dembélé-Danilo et Guerreiro-Carvajal). Pour eux, les problèmes commencent lorsqu’un 5e joueur vient s’insérer dans cette affrontement entre deux lignes de quatre.


Que ce soit avec les décrochages de James ou les montées de Ramos, le Real a trouvé des solutions pour créer le surnombre face au milieu de Dortmund et exploiter les grands espaces autour de Weigl. A l’inverse du but de Ronaldo au quart d’heure de jeu, celui inscrit par Varane est venu récompenser un Real qui a réussi à faire basculer le match en sa faveur après la pause (68e).

… mais il recule dangereusement :

Sitôt ce second but inscrit, Zidane a fait son premier changement en faisant entrer Kovacic à la place de James (69e). Son équipe a alors basculé en 4-5-1, laissant le seul Benzema pour s’occuper de Weigl en phase défensive. Mais ce système a de nouveau ouvert la porte à Ginter pour porter le ballon jusque dans la moitié de terrain adverse. En l’espace de quelques minutes, le jeune Allemand s’est retrouvé à l’origine de deux situations (cf. vidéo précédente avec le tir de Guerreiro).

Le Real a réglé en partie ces problèmes en remontant son bloc : trop focalisé sur les déplacements de Guerreiro dans son dos, Modric a joué plus haut afin de bloquer la progression du défenseur. La fin de partie a finalement été une redite de la première mi-temps, avec un Dortmund dominateur (71% de possession) et un Real attendant la transition pour faire le break.

Le tenant du titre a d’ailleurs eu des situations pour faire le break, sans toutefois parvenir à conclure. En face, Dortmund a poussé : Tuchel a injecté du sang neuf avec les entrées de Pulisic (Dembélé, 73e) puis Mor (78e). Le déséquilibre n’était pas loin (fautes tactiques pour Weigl et Guerreiro) mais cela a finalement payé sur une action lancée par l’Américain sur l’aile droite. Le joueur a fait la différence face à Danilo avant d’envoyer un centre mal renvoyé par Carvajal, qui a profité à Schürrle au second poteau (84e).

Conclusion :

Pour Dortmund comme pour le Real, ce match était un premier test grandeur nature dans un début de saison sans grand rendez-vous. D’un côté comme de l’autre, les collectifs ont séduit en affichant toutefois de gros points faibles. Avec le ballon, Dortmund s’en est très bien sorti, exploitant parfaitement les failles dans le plan de jeu madrilène. S’ils ne mettent qu’un seul but en première mi-temps, c’est surtout en raison de mauvais choix de finition (Dembélé x2). En revanche, cela s’est corsé par la suite, lorsque le Real a réglé ses problèmes tactiques.

Le rééquilibrage de la possession a permis à l’équipe de Zidane de prendre l’ascendant, profitant à son tour des largesses de Dortmund (beaucoup trop d’espaces à exploiter autour de Weigl). Des problèmes au milieu auxquels il fallait ajouter des soucis en défense : à l’inverse de Ramos et Varane, Sokratis et Ginter n’ont pas le niveau requis pour rattraper le coup lorsque leurs milieux sont dépassés en Ligue des Champions. Un constat qui risque de peser lourd dans les grands matchs pour le Borussia.

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3 réponses

  1. onecoinfr.fr dit :

    le premier but du BvB ya pas faute le coup franc gratuit.

  2. Serge dit :

    Alors, Zidane a progressé ou pas? Parce que tenir tête à Tuchel à Dortmund… il faut le faire hein.

  1. 14 décembre 2016

    […] de Thierry Henry (51 buts). Pour rappel, malgré ces deux buts du français, le Real Madrid a fait match nul contre la formation […]

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