Nantes 1-1 Monaco, l’analyse tactique

A défaut de choc en Ligue 1, la Ligue 2 offrait une belle affiche ce week-end avec le déplacement de Monaco (1er) à Nantes (2e). Une rencontre agréable à suivre, dans un stade de La Beaujoire plein, et qui a permis d’assister à une opposition entre deux 4-4-2 très similaires. Idéal pour voir ou revoir quelques-unes des articulations de ce système de jeu.

Des systèmes de jeu identiques :

Dès le coup d’envoi, les deux entraîneurs ont donc présenté des formations ambitieuses et joueuses, principalement basées sur la bonne utilisation des couloirs. Côté nantais, Lucas Deaux était replacé en défense centrale aux côtés de Djilobodji, laissant la paire Veretout-Touré dans l’entrejeu. Devant, Gakpé et Djordjevic étaient encadrés par Eudeline et Trebel (Riou – Cissokho, Deaux, Djilobodji, Veigneau – Trebel, Veretout, Touré, Eudeline – Gakpé, Djordjevic). Côté monégasque, Germain et Rivière étaient en première ligne. Ocampos et Ferreira Carrasco occupaient les ailes ; Obbadi était associé à Mendy au milieu de terrain (Subasic – Kagelmacher, Medjani, Raggi, Tzavellas – Ocampos, Mendy, Obbadi, Ferreira Carrasco – Germain, Rivière).

Le traditionnel round d’observation du début de partie a permis de constater que Nantais et Monégasques se replaçaient de la même manière. Sur la même ligne, les deux attaquants revenaient dans l’entrejeu, à hauteur de la paire de milieux adverses (Germain et Rivière contre Veretout et Touré pour Monaco, Djordjevic et Gapké contre Obbadi et Mendy pour Nantes). Non-pressés, les défenseurs centraux n’avaient du coup pas d’autre choix que d’utiliser leurs latéraux pour tenter de franchir la ligne médiane. C’est une fois cette zone atteinte que l’équipe en phase défensive déclenchait son pressing. A Nantes comme à Monaco, les milieux excentrés sortaient de la première ligne de quatre pour faire opposition au porteur de balle adverse (Ocampos vs Veigneau, Ferreira Carrasco vs Cissokho – Eudeline vs Kagelmacher, Trebel vs Tzavellas).

Dans l'axe, Germain et Rivière sont sur les deux milieux nantais, forçant ainsi la relance à passer par les côtés. Ocampos sort alors du milieu de terrain pour s'opposer à la prise de balle de Veigneau côté gauche et le forcer à reculer. Seuls les défenseurs nantais sont laissés libres par l'organisation monégasque.

L'organisation défensive nantaise : Djordjevic et Gakpe coupent les transmissions vers les milieux monégasques. Pour poser le jeu, Raggi et Medjani doivent passer par leurs latéraux sur les côtés. Nantes déclenche alors son pressing : 1) Eudeline sort sur Kagelmacher et le force à revenir en arrière, 2) Gakpé et Djordjevic sortent à leur tour sur les défenseurs centraux monégasques, 3) suivis par Touré et Veretout qui remontent pour aller occuper les zones de Mendy et Obbadi.

Face au pressing : la solution du 9 et 1/2

Plus agressif au cours des cinq premières minutes de jeu, les attaquants nantais ont bien accompagné le travail de leurs milieux de terrain en sortant sur les défenseurs adverses si le ballon revenait sur eux. Gakpé pouvait ainsi sortir au pressing sur Medjani si ce dernier récupérait une passe en retrait de Kagelmacher, lui-même bloqué par Eudeline (voir ci-dessus). Dans ce cas, c’est tout le bloc nantais qui avançait et le duo Touré-Veretout se retrouvait à hauteur des milieux monégasques (Obbadi-Mendy), laissant la charnière centrale (Deaux-Djilobodji) gérer les courses des attaquants. L’ASM a alors pu s’appuyer sur les déplacements de Germain pour se défaire de la pression jaune et verte. Véritable attaquant de soutien derrière Rivière, il a profité du fait que les Nantais ne suivait pas ses décrochages pour offrir des solutions dans l’entrejeu.

Ses déplacements permettaient ainsi aux Monégasques de trouver un relais au sol, évitant ainsi de balancer destination d’un Rivière souvent en difficulté à la réception. Germain devenant un problème pour les milieux de terrain nantais, des espaces se sont ouverts sur les ailes pour Ferreira Carrasco et Ocampos. Obligés de reculer pour contrôler Germain, les milieux nantais laissaient naturellement des espaces à Obbadi et Mendy. Ces derniers recherchaient alors les intervalles dans les couloirs, entre les milieux excentrés et les latéraux nantais, pour alimenter Ocampos et Ferreira Carrasco en ballons. Les deux hommes se sont chargés de semer la panique dans le bloc nantais, provoquant beaucoup balle au pied pour obtenir plusieurs coups-francs dangereux (arrêt de Riou sur tête de Medjani, 5e).

Le circuit long

Repoussé dans sa moitié de terrain par les dribbles monégasques, Nantes a à son tour dû trouver la solution pour ramener le danger dans le camp adverse. Côté droit, Ocampos travaillait bien face à Veigneau, ralentissant la relance afin de permettre à Kagelmacher et au milieu le plus proche (Mendy) d’enfermer Eudeline sur l’aile. Toujours bloqué dans l’axe, Nantes a alors adopté un jeu plus direct. Deaux, Djilobodji et même Veigneau ont tenté d’alerter leurs deux attaquants, Djordjevic et Gakpé, qui devaient ensuite aller au duel avec les arrières-centraux adverses (Raggi et Medjani). Ces derniers prenaient souvent le dessus dans les airs mais leurs renvois étaient bien suivis par les milieux de terrain nantais.

Laissant la relance à leurs défenseurs, Touré et Veretout suivaient les longs ballons vers l’avant de manière à mettre la pression sur les seconds ballons, qui pouvaient retomber dans les pieds des milieux monégasques. Dominateur à l’impact face à Obbadi ou Mendy, Touré a particulièrement brillé dans cet exercice, en récupérant le ballon mais surtout en se montrant capable d’enchaîner rapidement dans la profondeur pour chercher Gakpé ou Djordjevic. Il s’est retrouvé de cette manière à l’origine de deux occasions nantaises (12e et 19e). Trebel et Eudeline s’ajoutaient aussi à ce travail de pression sur les seconds ballons. C’est d’ailleurs de cette manière que le premier s’est retrouvé en position de tir juste avant la mi-temps, sa frappe finissant au fond des filets de Subasic (43e).

Le jeu direct des Nantais, à destination de Gakpé et Djordjevic, s'accompagne par la montée des milieux de terrain. Trebel et Eudeline resserrent dans l'axe pour enfermer Obbadi et Mendy, Touré et Veretout en profitent pour aller au duel face à ces derniers et gratter les ballons. Ici, Veretout vient de transmettre le ballon à Touré qui va se mettre dans le sens du jeu et servir parfaitement Gakpé dans la profondeur.

Retouches

Le score en leur faveur, les Nantais ont fait le choix de laisser venir leurs adversaires afin, notamment, de mieux se protéger des percussions de Ferreira Carrasco et Ocampos, qui pouvaient créer le danger en repiquant dans l’axe. Si Eudeline restait positionné assez haut sur le terrain, Trebel se rapprochait de ses milieux axiaux, de manière à les compléter lorsque ces derniers étaient amenés à coulisser vers le duel Veigneau-Ocampos. Face à ce système, les Monégasques ont d’abord tenté d’adopter eux aussi un jeu plus direct, en recherchant notamment Rivière. Mais à l’inverse des Nantais, leurs milieux de terrain étaient moins présents sur les seconds ballons, rendant de fait cette solution peu efficace.

Au retour des vestiaires, les joueurs de Claudio Ranieri ont changé de côté pour approcher les buts nantais : le côté d’Ocampos étant bloqué, ils ont insisté côté gauche. Le comportement plus défensif de Trebel par rapport à Eudeline offrait assez d’espaces à Tzavellas (latéral gauche) pour envoyer le jeu dans le camp nantais. A deux reprises, le Grec a recherché Germain en tout début de deuxième mi-temps. Les marquages serrés des latéraux nantais sur Ocampos et Ferreira Carrasco offraient des zones à cibler dans leur dos. Rivière allait y offrir des solutions, offrant ainsi un appui qui permettait à Monaco de s’installer dans le camp nantais. Obbadi et Mendy montaient ensuite dans le camp adverse afin de faire circuler le ballon, profitant de l’absence de repli de Gakpé ou Djordjevic.

Le jeu direct monégasque : Rivière fait l'appel sur l'aile gauche, obligeant Cissokho à reculer et Deaux à se décaler. Milieu droit du FCN, Trebel doit revenir rapidement pour récupérer le marquage de Ferreira Carrasco. A la passe, Tzavellas se retrouve dès lors sans adversaire direct et peut offrir un soutien supplémentaire pour ressortir le ballon du couloir.

Monaco ressort le ballon du côté droit et passe par Mendy et Obbadi pour renverser côté gauche. Fixé d'un côté du terrain, le bloc nantais essaie de remonter afin de fermer les espaces à Obbadi dans l'axe (sortie de Veretout), mais l'ancien Troyen parvient à ajuster sa passe dans l'espace pour Ferreira Carrasco. Le milieu gauche de l'ASM filera ensuite au duel avec Cissokho pour lancer le mouvement qui finira, avec de la réussite, par l'égalisation de son équipe (tir d'Ocampos, dévié dans ses buts par Riou, 61e).

Neutralisation

La dernière demi-heure de la rencontre a été moins disputée. Très important dans la chasse des seconds ballons en première mi-temps, Touré a pris du recul pour finir devant sa défense et éteindre Germain. Le jeu nantais se développait alors sur les ailes, autour des latéraux, des excentrés et des attaquants, mais la défense monégasque est restée dominatrice dans sa surface. Les changements poste pour poste de Claudio Ranieri ont permis à Monaco de gérer la fin de partie et d’assurer le nul, maintenant ainsi le rival nantais à distance dans la course au titre.

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2 réponses

  1. Christian dit :

    Je viens de découvrir ton site, il est vraiment intéressant.
    Je me demandais comment tu envisages la rencontre du PSG face à Barcelone ? Quelle sera la tactique envisagée par Carlo Ancelotti ? Gardera t-il le 4-4-2 ??

  2. Unibet dit :

    Oui, ce serait hyper intéressant de savoir ce que Mourinho a (ou aurait) pu dire à Ancelotti sur la stratégie du FC Barcelone… Il doit bien avoir analysé leur jeu pour gagner tous les clasicos!

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