Villarreal 1-1 FC Barcelone : l’analyse tactique

L’année 2017 ne démarre pas de la meilleure des façons pour le Barça. Battus par l’Athletic Bilbao en Coupe du Roi en milieu de semaine (1-2), les Catalans ont été accrochés dimanche soir par Villarreal (1-1).

Impuissants pendant plus d’une heure, ils s’en sont remis à un miracle de Lionel Messi en toute fin de partie pour repartir du Madrigal avec un point. Un résultat qui fait le bonheur du Real Madrid, qui s’envole en tête de la Liga après sa facile victoire sur Grenade samedi.

Les compositions :

Aucune surprise à signaler du côté du sous-marin jaune au coup d’envoi. Villarreal démarre la rencontre dans son habituel 4-4-2 avec les excellents Trigueros et Bruno dans l’entrejeu et la paire Pato-Sansone aux avants-postes.

Du côté du Barça, pas de surprise sur le plan du système de jeu mais un choix important de la part de Luis Enrique : Ivan Rakitic n’a pas fait le déplacement et est remplacé par Andre Gomes dans le onze de départ. A noter aussi la titularisation de Digne aux dépens de Jordi Alba, sur le banc au coup d’envoi.

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Villarreal : une passivité organisée ? 

4ème du championnat avant la 17ème journée, Villarreal s’appuie avant tout sur sa défense pour construire ses succès. Sur les 16 premières journées, le sous-marin jaune n’a encaissé que 11 buts, faisant mieux que l’Atletico, référence espagnole et européenne de ces dernières saisons (14 buts encaissés). L’équipe de Fran Escriba s’est même permise de donner une petite leçon aux Colchoneros avant la trêve (3-0) pour leur passer devant au classement.

Les premières minutes de la rencontre face au Barça pouvaient pourtant nous laisser perplexes quant à la capacité de Villarreal à résister aux assauts des Blaugranas. A l’inverse des équipes qui ont gêné les coéquipiers de Messi et Iniesta récemment, les Jaune et Bleu ne se sont pas appuyés sur un pressing haut pour gêner leurs sorties de balle et les cantonner dans leur moitié de terrain.

Certes, lorsque leur bloc était positionné haut, les joueurs d’Escriba faisaient tout pour y rester et empêcher le Barça de ressortir rapidement sur la MSN. De la même façon, ils déclenchaient le pressing lorsque la relance partait vers Digne ou Sergi Roberto, points faibles de la construction catalane. Mais plus souvent, une fois la ligne des 40m atteinte par le Barça, tout ce petit monde relâchait la pression et reformait le 4-4-2 derrière le ballon (Piqué-Mascherano).

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Il s’agissait de se regrouper et de cadrer l’adversaire, sans se faire éliminer. L’objectif principal était de verrouiller l’axe, les deux lignes de quatre pouvant même être aidées par les retours de Sansone et Pato. Le repli deux attaquants permettaient notamment de créer des prises à deux ou trois autour de Messi et Iniesta.

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Le Barça s’est du coup retrouvé face à un problème différent de ceux rencontrés dernièrement. Manchester City, Séville et même l’Athletic l’avaient empêché d’arriver dans les 30 derniers mètres. Contre Manchester City à l’aller, les joueurs de Luis Enrique avaient eu énormément de difficultés à ce niveau en première mi-temps. Résultat, seulement 17% de leurs passes avaient été effectués dans les 30 mètres adverses à la pause.

Face à Villarreal, ce fut l’inverse. Sur 681 passes tentées, le Barça en a réalisé 277 dans le dernier tiers, soit 41% (leur moyenne habituelle, la plus élevée d’Espagne, se situe autour des 34%). Même à 0-0 en première mi-temps, le pourcentage était plus élevé que d’habitude puisqu’il approchait déjà les 40% (39,3). Et le pourcentage de réussite était aussi au rendez-vous avec puisque les Catalans ont réussi plus de 80% de leurs passes dans les 30 derniers mètres de Villarreal.

Danger Zone : entrée (presque) interdite 

Derrière cette relative passivité se cachait en vérité une équipe jaune et bleue pour défendre LA zone la plus importante… Pour le Barça, la progression était facile jusqu’aux abords de la surface. Mais là, il se retrouvait face à un bloc de Villarreal parfaitement regroupé et des espaces très réduits. C’est dans cet espace que les pensionnaires du sous-marin jaune ont réalisé la plupart de leurs actions défensives.

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Comme le montre la map ci-dessus, la majorité des actions se sont concentrées dans l’axe grâce notamment à l’activité des milieux (Bruno-Trigueros) qui se sont retrouvés face à Messi et Iniesta. Les deux hommes ont réalisé 16 tacles à eux deux (sur 34 au total pour Villarreal). Ils ont été bien secondés par Jonathan Dos Santos qui – en tant que milieu droit – se retrouvait dans la zone habituelle du capitaine du Barça (5 tacles).

Ce travail a été l’une des clés de la réussite défensive du sous-marin jaune, qui avait pour objectif d’empêcher les pénétrations du Barça dans sa surface, et plus précisément dans la Danger Zone (zone face au but à l’intérieur de la surface). Sans solution pour progresser plein axe, les Catalans ont dû faire appel à leurs latéraux pour trouver des solutions sur la largeur et atteindre cette fameuse zone en contournant le bloc adverse.

Mais la défense basse de Villarreal garantissait aussi un repli massif et un quadrillage efficace de la surface lorsque le Barça envoyait le jeu sur les côtés. Villarreal s’est toujours retrouvé en situation de surnombre dans ses 16 mètres, compliquant forcément la finition pour les joueurs de Luis Enrique.

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Certains chiffres confirment d’ailleurs ce système défensif de Villarreal. L’équipe est 2ème de Liga au niveau du pourcentage de tirs concédés bloqués par la défense (26% derrière l’Atletico Madrid). Face à Barcelone, les joueurs de Fran Escriba ont renvoyé 6 tentatives, dont 4 dans la surface et 2 partant de la Danger Zone (parfois même de la main, 71e).

Le sous-marin jaune est aussi en tête de la Liga au niveau du nombre de passes bloquées/match (6,6/match) et 3ème au niveau des dégagements (21,4/match). Si l’on ne s’arrête que sur les équipes de tête (top 6), il est même le leader dans cette dernière catégorie.

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Ce quadrillage efficace de la surface de réparation offre aussi un certain confort aux défenseurs lorsqu’il s’agit de renvoyer le ballon. A plusieurs reprises contre le Barça, les « dégagements » se sont en vérité transformés en relances pour Pato ou Sansone. Le bloc bas et regroupé se déployait ensuite en contre-attaque derrière les attaquants, soutenus par Soriano ou Dos Santos.

Face à une équipe barcelonaise en difficulté à la perte (Busquets a eu beaucoup de mal face à la vivacité de Pato) et manquant d’équilibre en raison des montées de Digne et Sergi Roberto, les Jaune et Bleu se sont crées plusieurs opportunités. Le but de Sansone (50e) est d’ailleurs directement venu d’une action de ce type, démarrant sur un mauvais choix et une passe manquée de Digne, interceptée par Trigueros.

Luis Enrique, entraîneur sans idée ? 

Dans un tout autre style que Manchester City ou le FC Séville, Villarreal a posé de réels problèmes au Barça. Cela a été l’occasion de constater le manque de répondant de Luis Enrique face à un adversaire qui, certes, défendait bien l’axe mais laissait aussi beaucoup de champ libre sur les côtés.

Dans une situation quasi-similaire contre Chelsea (axe verrouillé, espaces sur les côtés), Pep Guardiola avait demandé à ses joueurs les plus créatifs de s’excentrer pour lancer les actions (De Bruyne, Silva). Le résultat n’avait pas été au rendez-vous, mais c’était plus par manque de réalisme que d’occasions franches.

Le Barça a de son côté conservé le même système et la même animation pendant plus de 70 minutes. Une période bien trop longue durant laquelle les Catalans ont eu du mal à se montrer dangereux, peu aidés il est vrai par la discrétion de Luis Suarez et la maladresse de Neymar (6 ballons perdus et 14 passes manquées) aux avants-postes.

L’équipe a aussi souffert du manque d’impact de ses latéraux. Souvent décalés, Digne et Sergi Roberto n’ont pas eu de réussite dans leurs centres (0/7 à eux deux). Leurs seules passes-clés (3 au total) ont toutes été suivies de tirs partant de l’extérieur de la surface. La meilleure occasion du genre a été pour Luis Suarez sur un service de Digne juste avant la mi-temps (44e). A leur décharge, on l’a dit plus haut, Villarreal était toujours en surnombre et quadrillait bien sa surface.

Après un premier remplacement poste pour poste, Luis Enrique est passé en 3-4-3 à 20 minutes de la fin (Arda pour Digne, 71e). Un changement tactique qui a eu le don de mettre Neymar dans une position de latéral gauche très offensif intéressante sur le papier puisqu’elle le positionnait dans une zone laissée libre par le bloc adverse. Cela n’a toutefois pas porté ses fruits, le Brésilien n’étant pas plus en réussite (1/4 centres).

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Face à la défense au sol très efficace de Villarreal, la solution se trouvait peut-être dans les airs. Le sous-marin jaune ayant terminé la rencontre en 4-5-1 (76e), on s’attendait même à voir Piqué terminer la rencontre en position de 2ème attaquant aux côtés de Luis Suarez (à défaut de compter sur l’entrée en jeu de Paco Alcacer, très décevant depuis son arrivée en Catalogne). Cela n’a pas été le cas alors que Villarreal semblait bien moins maître de son sujet dans les duels.

Au final, un seul joueur a changé le résultat : Lionel Messi. En plus de son coup-franc en toute fin de match (1-1, 90e), l’Argentin a eu un poids énorme sur le bilan offensif du Barça : au total, 6 tirs et 7 passes-clés, soit une implication directe sur 13 des 20 tirs de son équipe. Il aurait même pu marquer plus tôt, de la tête (tiens, tiens…) sur corner (42e), puis depuis la Danger Zone malgré la présence de trois adversaires autour de lui (poteau, 72e).

Un problème Rakitic ? 

Absent du groupe pour ce déplacement, annoncé sur le départ par certains médias, le cas d’Ivan Rakitic est un autre problème pour le Barça. Travailleur de l’ombre, le Croate et son volume de jeu ont permis aux Catalans d’équilibrer leur flanc droit ces dernières saisons, malgré l’implication limitée de Messi quand il faut défendre.

Or en début de partie, Villarreal a beaucoup insisté sur ce côté pour construire. Si Andre Gomes n’est pas aussi mobile que Rakitic et que Sergi Roberto n’est pas un latéral de formation, Sergi Busquets a aussi eu du mal à se situer dans un rôle qui se rapprochait plus du milieu axial dans un 4-4-2 que du véritable milieu défensif censé protéger sa défense. Plusieurs fois, il a ainsi été éliminé par les transmissions de Jaume Costa à destination de Pato, Sansone ou Soriano, laissant sa défense à découvert.

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Conclusion : Villarreal, une inspiration pour le PSG ? 

« Défendre bas, contrôler la surface et frapper en contre-attaque. » On croirait lire les récentes analyses au sujet des secteurs sur lesquels Unai Emery souhaiterait faire travailler le PSG. De ce point de vue, ce match de Villarreal face au Barça se rapproche d’un modèle à suivre.

Avec Krychowiak pour densifier le milieu face à Messi et Thiago Silva qui est un des meilleurs défenseurs dans sa surface, Paris a plus d’un atout à faire valoir s’il devait affronter ce Barça dès demain. Mais le match aura lieu dans un peu plus d’un mois. D’ici là, les Catalans auront peut-être retrouvé une MSN en état de marche.

Par ailleurs, les joueurs de la capitale sont encore bien loin des meilleures équipes du moment en ce qui concerne les transitions offensives. Aucun joueur parisien (en état de jouer) n’a par exemple les qualités pour réaliser ce que Pato a fait hier en soutien de Sansone. Là encore, reste à savoir si ce sera toujours le cas le soir du du huitième de finale aller.

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8 réponses

  1. Keita mohamed Lamine dit :

    C’est du n’importe quoi Barça méritait de gagner ce match là. Nuit été l’arbitrage n’oublier pas que la même équipe a ténu le real en échec à Madrid 1-1. Alors que pour vous le Real est l’équipe en forme.

  2. Marouane Chriss dit :

    @Keita mohamed Lamine – Je pense que tu rate l’essentiel. On parle ici d’analyse TACTIQUE. Le Barça a mal joué.

  3. Abd dit :

    Aucun joueur parisien (en état de jouer) n’a par exemple les qualités pour réaliser ce que Pato a fait hier en soutien de Sansone.
    T’es sur que Di Maria ou Lo Celso ( pas encore pret) ne peut pas le faire ?

  4. Aziz dit :

    De toute façon quand le trio d’attaque ne fait pas sa part de boulot défensif et de récupération, le Barça joue mal voire très mal. En effet, c’est à l’usure que le Barça vient à bout de ses adversaires. Mais pour user il faut commencer par presser, étouffer….

  5. Marouane Chriss dit :

    Je pense que le manque de créativité d’Enrique y est pour quelque chose.

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