Real Madrid : le 4-4-2, vainqueur de la Coupe du Roi

Privé de Ronaldo, le Real Madrid a livré sa meilleure prestation collective de la saison face au FC Barcelone la semaine dernière, en finale de la Coupe du Roi. Organisés en 4-4-2 derrière Bale et Benzema, les hommes de Carlo Ancelotti ont fait preuve d’une réelle maîtrise tactique sur la majeure partie de la rencontre. Défensivement, leur organisation a forcément rappelé celle de leurs rivaux de l’Atletico Madrid quelques jours plus tôt.

Cantonné au banc des remplaçants après un bon début de saison, c’est Isco qui a profité de l’absence de Cristiano Ronaldo pour s’installer dans le onze de départ. Sans round d’observation, l’organisation madrilène s’est clairement dessinée : Isco à gauche et Di Maria à droite, qui encadrent Xabi Alonso et Modric, derrière Bale et Benzema. En défense, le forfait de Marcelo permettait à Coentrao de débuter côté gauche, tandis que Carvajal tenait son flanc droit. Dans l’axe, la charnière Pepe-Ramos était reconduite afin de protéger Casillas, dernier rempart habituel en Coupe du Roi.

Face à la relance : 

Comme d’habitude dans les affrontements entre les deux formations, c’est le Barça qui a mis le pied sur le ballon dans les premières minutes de jeu, permettant ainsi de voir en détails l’organisation madrilène. Pas de surprise en première ligne avec la présence de Bale et Benzema, qui se positionnaient dans la zone de Busquets afin de gérer à la fois le n°16 et les décrochages de Xavi depuis le milieu de terrain. Derrière, les deux lignes de quatre restaient bien compactes dans l’axe du terrain. Il s’agissait de couper la relation directe (et au sol) entre la défense (Bartra-Mascherano, pas forcément attaquée) et les attaquants (Messi dans l’axe, Neymar et Iniesta sur les ailes, Fabregas quand il est en position avancée).

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A l’instar du précédent Clasico en championnat, qui avait vu le Real agresser la relance adverse grâce à Di Maria et Modric, les Madrilènes se sont aussi permis des séquences de pressing dans le premier tiers du terrain barcelonais. A l’inverse de l’Atletico, qui avait pris le risque de faire sortir Gabi et Tiago sur Busquets et Xavi sur ces phases, le pressing du Real se déclenchait d’abord sur les côtés grâce aux sorties conjointes de Di Maria-Carvajal et Isco-Coentrao.

En clair, Bale et Benzema bloquaient l’axe et forçaient naturellement la relance du Barça à écarter vers Jordi Alba ou Daniel Alves. Dès lors, les milieux excentrés du Real sortaient sur les latéraux barcelonais, entraînant avec le reste des deux lignes de quatre. Iniesta et Neymar étaient alors marqués de près par Carvajal et Coentrao. Dans l’axe, Bale et Benzema bloquaient la zone de Busquets et pouvaient sortir au pressing en cas de passe en retrait. En deuxième rideau, les trois milieux restants se déplaçaient côté ballon afin d’encadrer les relayeurs barcelonais. Enfin, en couverture, Pepe et Sergio Ramos se retrouvaient face à Messi.

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Avec le ballon dans les pieds de Jordi Alba, Di Maria déclenche le pressing. Il est suivi par Carvajal qui doit mettre la pression sur Iniesta. A hauteur d’Alba, Busquets est bloqué par Bale. En deuxième rideau, Fabregas est pris par Modric, tandis que Xavi (et même Messi sur cette phase) sont pris entre Isco et Xabi Alonso (comme l’Atletico qui utilisait le milieu opposé à l’action pour refermer son emprise sur le milieu à trois du Barça).

Le pressing madrilène n’étant pas « total », les Barcelonais ont quand même pu se tirer de la plupart de ces séquences en s’appuyant sur leurs défenseurs centraux. Bartra et Mascherano étaient en effet laissés libres. A force de faire courir le ballon sur la largeur (d’un latéral à l’autre), les Catalans parvenaient donc à franchir la ligne médiane pour installer leur jeu au milieu de terrain. Les Madrilènes relâchaient alors le pressing et laissaient venir leurs adversaires, toujours en bloquant l’axe quitte à concéder des espaces sur les extérieurs.

 Défense : 

A l’instar de l’Atletico Madrid encore une fois, les Madrilènes répondaient à la construction du Barça et aux spécificités de ses deux côtés. A gauche, l’aile était animée par Iniesta, Jordi Alba et Fabregas. En début de partie, Carvajal et Di Maria ont tenté de maintenir le plus possible la pression sur le duo Iniesta-Jordi Alba… jusqu’à ce qu’une action lancée par Fabregas ne mette l’ensemble hors de position, forçant Carvajal à un sauvetage en catastrophe dans sa surface alors que Jordi Alba était parti dans son dos.

Après cette alerte, le latéral droit madrilène a adopté un comportement plus défensif face aux décrochages d’Iniesta. Avec l’ouverture du score rapide de Di Maria (1-0, 10e), le milieu du Barça a de toute façon dézoné pour aller travailler dans l’axe. Il était alors suivi par Di Maria, qui laissait son latéral en un-contre-un face à Jordi Alba (rappel : Raul Garcia en faisait de même à Vicente-Calderon). D’un côté comme de l’autre, les milieux excentrés revenaient dans l’axe lorsque les Barcelonais essayaient d’y créer le surnombre (montée de Busquets ou Xavi, déplacements d’Iniesta ou Messi…).

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Côté droit, le partage des tâches est clair : Modric face à Fabregas, Di Maria et Carvajal sur Jordi Alba et Iniesta. Comme toujours, Bale et Benzema coupent la solution latérale vers le rond central (ici, Benzema sur Busquets).

Dans le coeur du jeu, pas de surprise : Bale et Benzema revenaient afin de faire face à Busquets et Xavi, ajoutant ainsi une ligne entre les milieux barcelonais et Messi. Si ce dernier décrochait à hauteur de ses partenaires, il était accompagné par le miilieu madrilène le plus proche de sa zone. Les Merengues répondaient de la même façon aux déplacements de Fabregas, Iniesta ou même Neymar.

Côté gauche, les hommes de Carlo Ancelotti géraient Neymar et Daniel Alves de la même manière : Coentrao et Isco sortaient sur ces derniers lorsqu’ils étaient en possession du ballon. La donne changeait dans l’axe puisqu’il fallait désormais bloquer Xavi tout en contenant Messi dans sa zone préférentielle. Bale est donc redescendu plus bas que Benzema. Xavi s’est retrouvé bloqué entre l’Anglais et Xabi Alonso, alors que Messi se retrouvait lui encerclé par quatre adversaires (Ramos, Pepe, Modric, Xabi Alonso).

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A l’inverse du côté droit, les Madrilènes doivent surveiller Messi, positionné entre les lignes. Xabi Alonso ne peut donc pas sortir sur Xavi comme Modric peut le faire sur Fabregas. Résultat, Bale redescend et c’est à Benzema de suivre le mouvement pour reprendre le marquage de Busquets lorsque celui-ci est disponible (pas le cas sur la capture).

Comme l’Atletico, les Madrilènes ont très souvent laissé venir leurs adversaires, resserrant l’espace séparant la défense et le milieu de terrain jusqu’à ce que le Barça ne puisse plus progresser (en trouvant ces fameux relais entre les lignes qui permettent à Iniesta ou Messi de se projeter lorsqu’ils démarrent du milieu de terrain). Evidemment, ce choix défensif laissait des espaces sur les ailes, mais les Merengues n’ont concédé que très peu de situations dangereuses sur ces phases de jeu. Les centres étaient renvoyés ou mal négociés par les attaquants adverses (plusieurs têtes ou reprises – difficiles – mal ajustées…).

Les ballons gagnés avant la finition se transformaient eux en situations de contre. Isco et Di Maria étaient évidemment les relais privilégiés sur les côtés, Bale et Benzema exploitaient eux les espaces autour du trio formé par Busquets, Mascherano et Bartra. Les deux buts madrilènes ont été des modèles du genre : Isco à la récupération sur le premier, relais de Bale (dans le dos de Busquets) et Benzema (qui excentre Bartra) pour finition de Di Maria – puis sur le second, une sortie de balle Isco-Coentrao côté gauche pour lancer Bale qui a fait la différence face à Bartra.

Construction : 

Au-delà de ce jeu direct, les Madrilènes ont aussi eu une approche efficace en phase offensive afin d’éviter l’axe, forcément densifié par le milieu à trois catalan. Logiquement, la relance s’effectuait autour du quatuor composé de Ramos, Pepe, Modric et Xabi Alonso. Au moment de remonter le terrain, les quatre hommes ont profité du manque d’activité défensive de Messi. Le Barça ne déclenchait en effet son pressing qu’au niveau de Xabi Alonso et Modric. Généralement, c’est Fabregas qui s’en chargeait.

Avec Pepe et Ramos toujours libres, les Madrilènes envoyaient ensuite le jeu vers les côtés. A droite, Di Maria et Carvajal recevaient le soutien de Benzema, que l’on retrouvait aussi à gauche pour combiner avec Isco et Bale (qui alternaient tous les deux entre positions intérieure et extérieure). Coentrao était lui moins porté vers l’avant, sans doute l’objectif de bloquer Neymar en cas de perte de balle.

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Le pressing du Barça, porté par Fabregas et Xavi, s’arrête au niveau de Modric et Xabi Alonso. Les Madrilènes en profitent pour faire circuler le ballon sur la largeur afin de créer des situations de trois-contre-trois sur les côtés (ici Benzema, Di Maria, Carvajal / sinon Isco, Bale, Benzema).

En phase d’attaque, les Madrilènes s’appuyaient en fait sur les deux faiblesses du Barça pour contrôler le ballon. D’abord le remonter en profitant du manque d’activité de Messi, puis ensuite éviter la zone la plus dense du Barça (le coeur du milieu de terrain) pour mettre le plus rapidement possible la défense centrale à découvert (Bartra-Mascherano).

Le rôle de Benzema était central puisqu’il était chargé de peser sur Bartra et Mascherano en fonction du côté où se développait l’attaque. Isco et Di Maria étaient les relais habituels sur les côtés, le premier évoluant souvent à l’intérieur afin de laisser l’aile à Bale et ses débordements. Si l’attaque était impossible sur un côté, les Madrilènes ressortaient le ballon jusqu’à Pepe et Ramos, et profitaient alors de nouveau de l’absence de pressing sur ces derniers (jusqu’à l’entrée de Pedro), pour le conserver et – pourquoi pas – relancer une attaque.

En fonction de la position du ballon, Isco et Di Maria repiquaient aussi à l’intérieur pour s’intercaler entre les milieux adverses (notamment quand ces derniers devaient se repositionner après avoir encaissé une première attaque sur un côté par exemple). Ils relayaient alors les premières passes de leurs défenseurs ou milieux de terrain, lançant ensuite Bale et Benzema dans la profondeur.

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Les Madrilènes ne cherchaient pas à rentrer dans l’axe gardé par les milieux du Barça. L’objectif est d’utiliser les côtés pour mettre le plus rapidement possible la défense centrale adverse à contribution. Ici, Bale et Benzema font les appels mais Isco est bloqué par Xavi et Daniel Alves. Il va donc profiter du soutien de Coentrao pour ressortir le ballon. L’absence de pressing de la part de Messi, seul en pointe, permet au Real Madrid de repartir de Pepe et Ramos pour relancer un mouvement.

Face au Bayern ? 

Evidemment après une telle performance d’ensemble, il s’agit de se demander si les Merengues pourront s’en sortir de la même manière face au Bayern Munich. Sur le papier, les similitudes tactiques entre le Barça et le Bayern sont grandes, mais la plus importante tient sans doute dans la présence d’un véritable avant-centre côté allemand. Mandzukic (ou Müller si Guardiola le préfère) aura en effet un rôle-clé dans cette demi-finale, en attaque comme en défense.

Offensivement, il sera un poids supplémentaire sur la défense madrilène, et ce quelque soit le coté où attaquera le Bayern. A gauche, il occupera par exemple la zone entre Carvajal et Pepe, complètement abandonnée par le Barça depuis quelques mois maintenant. De ce côté du terrain, le Bayern pourra s’appuyer sur Ribéry, Alaba et Kroos pour reprendre – à peu près – les rôles  d’Iniesta, Jordi Alba et Fabregas (voir capture n°3, Mandzukic s’ajouterait dans la zone de Pepe, offrant un point de fixation supplémentaire). A droite, le Croate sera aussi un danger par sa présence aérienne entre Ramos et Pepe, alors que les Madrilènes devront déjà gérer les déplacements de Lahm (Daniel Alves), Robben (Neymar) et le milieu que choisira Guardiola (Götze ? Thiago ?).

Défensivement aussi, la présence de Mandzukic et notamment sa capacité à déclencher le pressing pour tout le reste de l’équipe sera un plus pour les Bavarois. Avec un tel joueur en pointe, ressortir le ballon des couloirs sera plus difficile pour les Madrilènes puisqu’ils se retrouveront sous sa pression.

Au-delà de l’activité de l’attaquant, voire de la « première ligne » entière du Bayern, les Merengues feront surtout face à une équipe aux individualités beaucoup plus efficaces cette saison. Robben et Ribéry nécessitent souvent des prises à deux auxquelles n’a pas eu droit Neymar (seul cité ici puisque seul véritable ailier sur ce match) sur son côté. Comment le Real va-t-il gérer les deux hommes sachant qu’ils sont aussi bien accompagnés : Lahm peut profiter de l’attention portée au Néerlandais pour délivrer des caviars en profondeur (Mandzukic toujours) et Alaba peut dédoubler avec le Français, repiquer à l’intérieur et surtout créer une action en étant arrêté au départ (à l’inverse de Jordi Alba)…

Enfin, la grande question concernera la réintégration de Ronaldo dans le onze de départ. A la veille du match, l’incertitude demeure encore. Si, sur le plan technique et offensif, sa présence ne pourra être qu’un plus, son travail défensif sera l’une des clés supplémentaires de cette rencontre. A chaque fois que le Real Madrid a dû s’incliner dans un grand match, c’est parce que l’adversaire avait su jouer sur le côté ou la zone gardée par le Portugais. Bref, en finale de la Coupe du Roi, les Madrilènes ont pu s’échauffer ; mais les choses sérieuses commencent vraiment demain…

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1 réponse

  1. the teacha dit :

    Offensivement, le real s’appuyait sur un 4-3-3 mais défensivement, la discipline et le replacement se concrétisait parfaitement sur un 4-4-2 trés compacte….Même gestion defensive avec le real qu’avec paris l’an passé pour mr Ancelotti

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