Real Madrid 0-1 Atletico Madrid, l’analyse tactique

Après avoir connu des débuts difficiles mais victorieux en Ligue des Champions, Zinedine Zidane a vécu ce week-end son premier derby madrilène en tant qu’entraîneur du Real. Si elle n’a pas démérité, son équipe s’est inclinée face à un Atletico Madrid qui s’est « contenté » d’être collectivement supérieur.

Les compositions : 

En plus de Bale et Pepe, absents depuis plusieurs rencontres, Zidane doit se passer des services de Marcelo pour ce match. Latéral droit de formation, Danilo prend le poste laissé vacant par son compatriote sur la gauche de la défense. En face, Diego Simeone fait trois changements par rapport à l’équipe qui est allé faire un nul (0-0) sur la pelouse du PSV Eindhoven en Ligue des Champions : Gimenez, Augusto Fernandez et Torres remplacent respectivement Savic, Oliver Torres et Vietto.

Real Madrid vs Atletico Madrid - Football tactics and formations

L’Atletico bloque Kroos-Modric, le Real Madrid joue direct : 

Pas de surprise en début de rencontre : le Real Madrid prend possession du ballon depuis sa moitié de terrain et se retrouve face au 4-4-2 de l’Atletico. La structure des Colchoneros cible Kroos et Modric, qui se retrouvent encerclés par la cage formée par les milieux et le duo Griezmann-Torres devant. Ce système prive la défense madrilène de ces deux relais courts, l’enfermant dans une circulation de balle latérale peu propice à la construction.

Durant les premières minutes de jeu, le Real recherche beaucoup le jeu direct à destination de Benzema ou Ronaldo. Ses transmissions permettent d’éviter le coeur du jeu où les pertes de balle peuvent être vite sanctionnées par l’adversaire. Les joueurs de la Maison Blanche essaient d’ailleurs de profiter de la moindre opportunité pour aller vite vers l’avant, dont les touches rapidement jouées (par deux fois, elles déstabilisent la défense de l’Atletico, forçant Godin à prendre un carton jaune à la demi-heure de jeu).

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Dépositaires du jeu madrilène, Kroos et Modric sont encerclés par les milieux et les attaquants de l’Atletico.

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Première solution pour le Real Madrid, se faire de l’espace pour avoir assez de temps afin de rechercher les attaquants dans la profondeur (Benzema, Ronaldo).

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Autre solution, profiter des décrochages d’Isco pour remonter le ballon. Mais le milieu espagnol manque souvent de solutions lorsqu’il se retrouve dans le sens du jeu.

Le Real s’installe dans le camp adverse : 

Entre le jeu direct du Real Madrid et les ballons rendus par l’Atletico, le début de match est l’occasion de voir une vraie bataille rangée dans l’entrejeu. Les deux équipes sont agressives et il faut attendre une dizaine de minutes pour voir les joueurs de Zinedine Zidane plus haut, enfin installés dans la moitié de terrain de leurs rivaux.

On retrouve alors le deuxième schéma attendu dans ce match, avec un Real déployé dans le camp de l’Atletico face à un bloc défensif rouge et blanc bien en place. L’équipe de Simeone domine le coeur du jeu, ne laissant que les côtés aux Madrilènes. Ces derniers s’en remettent à Kroos pour exploiter cette largeur.

Le problème, c’est que Danilo et Carvajal peinent à trouver des relais en attaque. Sur ce point, l’absence de Marcelo – capable de créer à partir de rien – se fait ressentir. Ronaldo a peu d’espaces et James n’est que l’ombre de lui-même en position d’excentré droit. Par ailleurs, les incursions d’Isco et Modric sont rares et la plupart du temps bien contrôlées par les trois lignes défensives de l’Atletico.

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Face au bloc resserré de l’Atletico, le Real a de la place pour jouer sur la largeur mais peine à pénétrer ensuite dans les 20 derniers mètres.

Au-delà des dysfonctionnements sur les côtés, le véritable problème du Real Madrid est finalement le même que celui qu’il connaissait sous le court mandat de Rafa Benitez. Sur ces séquences dans la moitié de terrain adverse, l’équipe peine à trouver les attaquants, souvent cachés derrière les milieux, voire derrière deux rideaux défensifs adverses. Sans point de fixation dans le coeur du jeu, difficile de déstabiliser le bloc adverse qui doit simplement bien coulisser afin de contrôler les attaques.

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Le « syndrome Benitez » n’a pas disparu : les attaquants sont complètement esseulés dans le bloc adverse, très loin de leurs partenaires.

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Il était possible de retrouver le même problème au milieu de terrain lorsque le Real Madrid repartait de son camp.

Tout n’est pas forcément négatif pour le Real Madrid durant cette première mi-temps. Très décevante sur ce point face à la Roma, l’équipe est particulièrement vigilante et active sur les sorties de balle de l’Atletico. Même si Griezmann brille et a peu de déchet, les Colchoneros ont du mal à ressortir de leur moitié de terrain à cause du bon travail de couverture de la défense adverse. Néanmoins, même si le Real parvient ainsi à gratter des ballons plus haut que d’habitude, ces derniers ne se transforment pas en attaques rapides.

Plus de détails : Barcelone 2-1 Atletico Madrid : l’analyse des 3 buts

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Modric, Kroos, Danilo… Les Madrilènes réagissent vite pour empêcher les sorties de balle adverses. En couverture, Ramos et Varane récupèrent « les miettes ».

Au final, la première mi-temps est très pauvre en terme de spectacle dans les deux surfaces. Les Madrilènes ont tiré 7 fois au but, mais seulement 2 tentatives sont venues de la surface de réparation… aucune n’étant dans le jeu. C’est Varane qui a eu la plus belle occasion du Real en ne trouvant pas le cadre de la tête sur un coup de pied arrêté (17e).

En face, l’Atletico a aussi du mal à exister offensivement. Privés des ballons de transition dont ils raffolent, les Colchoneros se distinguent quand même en fin de première mi-temps, sur l’une de leurs rares séquences construites. Lorsque Augusto ou Gabi parviennent à trouver leurs partenaires du milieu, leurs homologues blancs se retrouvent en grande difficulté : Griezmann est inspiré dans ses remises et s’appuie sur la mobilité de Koke ou Saul pour tourner autour de la paire Kroos-Modric.

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Dès que l’Atletico parvient à trouver Griezmann dans l’entrejeu, on sent le milieu du Real en grande difficulté.

Deuxième mi-temps : l’Atletico marque, Zidane réagit 

Au retour des vestiaires, le Real perd Benzema sur blessure. Le Français est remplacé par le jeune Mayoral (46e). L’équipe démarre malgré tout bien la mi-temps puisque Ronaldo se crée la première grosse occasion du match. A la base, une touche vite jouée (encore !) et une montée de Modric (enfin !) avec le ballon qui trouve son attaquant entre trois joueurs de l’Atletico… Sauf que le Portugais croise trop sa frappe (48e). Des regrets qui vont s’accentuer lorsque, quelques minutes plus tard, Griezmann ouvre le score pour l’Atletico (53e).

Plus de détails : Real Madrid 0-1 Atletico Madrid, l’analyse du but de Griezmann 

Désormais mené, le Real Madrid doit réagir et surtout changer quelque chose sur le plan tactique. C’est ce que fait Zidane en faisant entrer Lucas Vasquez (57e) à la place de James Rodriguez. Plus vif que le Colombien, le jeune Espagnol pose de nouveaux problèmes dans la structure défensive de l’Atletico, notamment lorsque le bloc de Simeone s’oppose à la relance du Real Madrid.

L’attention accrue portée à Modric (par Augusto Fernandez) crée en effet depuis le début de la rencontre des espaces sur le flanc gauche de la défense de l’Atletico. Filipe Luis est parfois amené à sortir très loin de sa défense pour les combler et permettre à ses milieux de se concentrer sur leurs adversaires directs dans l’axe. Lucas Vasquez va justement se positionner dans ses intervalles et apporter la vitesse qui manquait jusqu’ici au Real Madrid pour enchaîner après la relance.

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L’Atletico maintient la pression sur Kroos et Modric après la pause.

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Lorsque Filipe Luis est amené à sortir pour aider ses milieux de terrain, cela crée des espaces à exploiter pour Lucas Vasquez.

Alors que le Real trouve enfin des liens entre la relance et son attaque, c’est l’Atletico qui manque une balle de break par l’intermédiaire de Saul Niguez (65e). La Maison Blanche réagit et Ronaldo passe tout près de l’égalisation sur un centre de Carvajal (68e). L’entrée de Jesé (70e) à la place d’Isco va un peu plus accentuer la mainmise du Real sur la fin de la rencontre.

A l’instar de Lucas Vasquez à droite, le second remplaçant apporte enfin vitesse et percussion sur le flanc gauche. Avec désormais deux véritables accélérateurs sur les côtés, les Merengues contraignent l’Atletico à reculer. Dans les dernières minutes, la formation de Diego Simeone abandonne l’idée de sortir gêner la relance, de peur d’être prise de vitesse par l’un des deux jeunes Espagnols. Elle se regroupe autour de sa surface de réparation et repousse les tentatives adverses. A raison puisqu’elle préserve son avantage jusqu’au coup de sifflet final, malgré des tentatives de Mayoral, Ronaldo et Danilo depuis l’intérieur de sa surface.

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Face à un Atletico présent en nombre dans l’axe, la solution vient des accélérations de Lucas Vasquez ou Jesé sur les côtés.

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Dominé dans la dernière demi-heure, l’Atletico se replie en défense pour résister aux assauts madrilènes.

Conclusion : 

Parfois présentée comme un cataclysme, cette première défaite du Real Madrid sous l’ère Zidane est loin d’être une surprise. Cette équipe est encore convalescente et loin – très loin – du niveau collectif de son adversaire du jour. La formation de Simeone est aujourd’hui la meilleure équipe de Madrid et fait certainement partie du top 4 européen avec le Barça, le Bayern et la Juventus.

Zidane peut même tirer du positif de cette défaite : défensivement, on a vu un Real en net progrès par rapport à sa performance face à la Roma. L’équipe a réussi à gratter des ballons plus haut, face à un adversaire pourtant plus dangereux. Offensivement, les bonnes entrées de Jesé et Lucas Vasquez vont peut-être donner d’autres idées au jeune entraîneur français afin de faire jouer la concurrence.

 

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5 réponses

  1. Batigoal dit :

    Ce milieu Kroos-Modric n’est juste pas possible à ce niveau, 2 joueurs exceptionnels mais ce n’est pas leur poste.. On voit bien sur le but qu’en une passe les 2 sont éliminés et laissent leur défense livrée à elle-même :(

  2. Valentin dit :

    Bonne analyse gloable mais il y a un point qui m’a quand meme titillé. Dans la conclusion, dire que l’Atletico est meilleure que l’AS Roma est juste. Sauf qu’offensivement, les espagnols sont beaucoup moins bon que les italiens. Seul Griezmann est la veritable cible dont toutes défenses doivent y jeter un oeil particulier, et C’est un peu toujours pareil, il décroche et déclenche les offensives. De plus, les espagnols jouent beaucoup plus bas, ce qui est donc « normal » pour l’adversaire d’etre capable de jouer haut, en tout cas plus haut que contre l’AS Roma qui a quand meme un jeu plus porté vers l’avant et plus difficile a prévoir offensivement.

  3. Edouard dit :

    Salut Florent merci pour toutes tes analyses c’est super intéressant et très bien fait !
    Une question par rapport à ce match, du coup après les entrées de Vasquez et Jesé le Real est passeé en 4-4-2 avec Ronaldo et Mayoral dans l’axe ?

  4. barnabé dit :

    Ce qu’il faut au Real Madrid c’est un vrai n 6 car Kroos et Modric ne sont pas de milieu défensif pure!!!!

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