Malaga 0-0 Barcelone, l’analyse tactique

A moins d’une semaine de son premier gros test de la saison face au PSG, le Barça de Luis Enrique avait pour objectif de décrocher un cinquième succès de rang en championnat sur la pelouse de Malaga. Mais à la Rosaleda, les Blaugranas se sont heurtés à une équipe parfaitement organisée. Bloqués collectivement et peu inspirés individuellement, les Catalans sont sortis de ce match sans avoir cadré un seul tir. De quoi rassurer le PSG ?

Les compositions : 

Beaucoup de choses ont changé à Malaga depuis la quart de finale de Ligue des Champions d’il y a deux saisons, perdu en toute fin de partie face au Borussia Dortmund, futur finaliste. De cette période dorée, il ne reste plus que quelques rescapés, dont la charnière Sanchez-Weligton en défense, Camacho dans l’entrejeu et Duda à la création.

Côté Barcelone, après la large victoire obtenue sur la pelouse de Levante dimanche, Luis Enrique aligne une équipe qui ressemble grandement à une formation de titulaires, en tout cas au milieu de terrain et en attaque. Derrière, les absences de Mathieu et Daniel Alves propulsent Bartra et le jeune Douglas (pour son premier match avec les Blaugranas) dans le onze de départ.

Le plan de jeu de Malaga : 

Malgré quelques séquences dans le camp barcelonais, notamment en deuxième mi-temps, Malaga a généralement laissé son adversaire prendre l’initiative et fait le choix de l’attendre dans sa moitié de terrain. Les Andalous ont laissé beaucoup de liberté à Piqué et Bartra, positionnant leur première ligne à hauteur de Busquets. En l’occurrence, c’est le Portugais Duda qui se chargeait de bloquer la première rampe de lancement du jeu barcelonais.

Positionnés à sa gauche et à sa droite, Amrabat et Castillejo devaient eux suivre les déplacements de Rakitic et Iniesta. Naturellement plus haut que son nouveau partenaire croate, ce dernier a forcé Castillejo a joué plus bas qu’Amrabat, laissant parfois croire que Malaga était organisé en 4-4-2. Avec un tel positionnement de ses « ailiers », Malaga a volontairement laissé des espaces aux latéraux adverses, Jordi Alba et Douglas, qui ont eu beaucoup de libertés au milieu de terrain et se sont retrouvés à effectuer les lancements de jeu.

Lorsque le Barça relance, Malaga laisse volontairement des espaces sur les côtés pour

Lorsque le Barça relance, Malaga laisse volontairement des espaces sur les côtés. Pas attaqué, Piqué et Bartra sont libres d’orienter le jeu vers Douglas ou Jordi Alba. Ils ne peuvent toutefois pas jouer avec leurs milieux de terrain, suivis de près par les joueurs formant la première ligne de Malaga : Amrabat, Duda et Castillejo.

Lorsque le Barça écartait le jeu, la défense et les milieux de Malaga coulissaient sur la largeur afin de fermer le couloir. En plus de Castillejo et Amrabat, toujours sur Iniesta et Rakitic, les latéraux de Malaga (Miguel Torres et Rosales) recevaient le soutien des deux « intérieurs » (Darder et Juanpi) ainsi que du reste de la défense. Premières solutions « vers l’avant » pour les latéraux barcelonais, Neymar et Pedro ont ainsi manqué d’espaces pour s’exprimer. Et dans l’axe, Messi était extrêmement difficile à trouver, pris entre les lignes adverses et dans la zone de Camacho.

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Une fois le jeu écarté, le bloc de Malaga se dirige côté ballon. Ici, Darder va sortir sur Jordi Alba, comptant sur Castillejo pour bloquer Iniesta et suivre ses déplacements. En couverture, Rosales et Sanchez se chargent de Neymar.

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Jordi Alba tente de trouver Neymar mais celui-ci est suivi de très près par Rosales. Si les Barcelonais conservent la balle et créent une situation de deux-contre-deux sur l’aile (en noir), alors Malaga s’adapte : Castillejo revient aider ses partenaires, et laisse Duda reprendre le marquage d’Iniesta.

Face à une telle animation défensive, les Catalans ont eu beaucoup de mal à se trouver aux abords de la surface de réparation et surtout à y rentrer : seulement 13 passes sont arrivées à destination dans les 16 mètres (contre 4 pour Malaga), et la plupart se sont cantonnés sur les côtés, dans des positions peu dangereuses pour la défense centrale. Autre preuve de ce manque de liant au sein de l’attaque barcelonaise, beaucoup plus parlante, Iniesta et Rakitic n’ont pas réussi une seule transmission dans la zone de vérité.

Efficaces défensivement, les Andalous ont toutefois peiné à se montrer dangereux en contre. Les Catalans n’ont jamais paru déséquilibré sur les attaques rapides adverses : en couverture, Bartra et Piqué ont réalisé un quasi sans-faute, malgré un Amrabat très actif sur les remontées de balle. Il a réellement fallu attendre le dernier quart de la rencontre pour voir la formation de Javi Gracia se faire plus pressante, se créant notamment deux occasions coup sur coup sur phase arrêté (d’abord Luis Alberto sur coup-franc, puis Samuel Sanchez sur le corner suivant, 71e).

Un Barça solide défensivement : 

Cela avait déjà été aperçu le temps d’une mi-temps, lors d’un match de préparation à Nice : Luis Enrique a bien modifié l’animation défensive de son Barça pour affronter Malaga. Un choix qui peut être ramené à un seul raisonnement, celui concernant le rendement défensif de Messi. Puisque l’Argentin ne pèse pas lorsque le Barça n’a plus la balle, l’ancien coach de la Roma a décidé de demander à ses ailiers (Pedro et Neymar hier) de défendre et presser dans l’axe au lieu de se replier dans les couloirs.

Conséquence de ce choix défensif, ce sont les milieux de terrain qui travaillent sur la largeur, et viennent en aide à leurs latéraux lorsque ces derniers se retrouvent en situation d’infériorité numérique dans le couloir. Dans l’axe, Busquets est le garant de cet équilibre : le milieu de terrain peut lui aussi se retrouver sur les côtés lorsque l’adversaire tente de créer un surnombre par le changement de zone d’un joueur (voir plus bas). Dans ce cas, c’est à Neymar ou Pedro de redescendre afin de conserver une présence dans l’axe aux côtés du troisième milieu de terrain.

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Face à la relance de Malaga, Pedro et Neymar sont en première ligne et s’opposent aux montées balle au pied de Samuel Sanchez ou Weligton dans l’axe. Messi se retrouve lui dans la zone de Camacho. Le deuxième rideau est chargé de coulisser sur la largeur lorsque l’adversaire décide d’écarter le jeu vers les latéraux.

Une transition défensive classique côté Barça :

Une transition défensive classique côté Barça : Iniesta s’oppose au latéral adverse, complétant le travail de Jordi Alba sur l’ailier. La « défense intérieure » de Neymar et Pedro permet au Barça de conserver un joueur dans la zone du soutien au porteur de balle. Les deux hommes peuvent ainsi déclencher un nouveau pressing dès que l’adversaire tente de jouer en retrait.

Ailier gauche sur le papier, Amrabat tente de créer le surnombre à droite

Sur cette phase de jeu, Amrabat (ailier gauche au départ) tente de faire la différence côté droit avec Duda et Castillejo. Un déplacement qui oblige Busquets à se joindre à Jordi Alba et Iniesta pour fermer le couloir. Conséquence, Neymar redescend très bas : il reste une solution rapide pour contre-attaquer en cas de ballon gagné par les Catalans sur l’aile.

La mission « défensive » de Neymar et Pedro a des répercussions en phase offensive puisqu’ils apportent immédiatement des solutions en contre-attaque. N’ayant plus pour mission de fermer les côtés, ils peuvent immédiatement se lancer vers le but et devenir un danger pour le repli adverse. Resté aux avants-postes, Messi fait alors office de relais aux abords du rond central ; s’il est servi, il peut ensuite mener l’action au gré des courses de ses partenaires.

Ce qu’il a manqué au Barça : 

Mais hier à Malaga, les Catalans se sont heurtés à une équipe très sérieuse dans le repli, et qui n’a surtout quasiment pas concédé de situations où cette verticalité nouvelle du Barça aurait pu s’exprimer. Résultat, ils ont dû la plupart du temps faire face à une équipe bien repliée dans sa moitié de terrain, organisée et accrocheuse dans les duels. Neymar, Pedro et surtout Iniesta ont ainsi eu rarement le dessus en un-contre-un, des situations qui auraient pourtant permis de créer des décalages dans le bloc adverse en cas de succès.

Si Neymar et Pedro étaient dans leur rôle avec ces prises de risque, celles des milieux de terrain étaient toutefois plus dangereuses. Car avec des latéraux très haut dans le camp adverse, ces derniers sont à la fois à la création des actions et les premiers à devoir réagir en cas de perte de balle. Côté Iniesta, Jordi Alba était très actif et offensif, forçant le milieu à des prises de risque minimes (et la plupart manquées). A terme, peut-être verra-t-on Busquets couvrir cette partie du terrain en s’appuyant sur la présence de Rakitic à ses côtés pour fermer l’axe.

Les attaques côté droit ont donné un autre indication quant à la stérilité du Barça : la seule véritable action construite par les Catalans est venue d’une accélération de Messi (43e), qui s’est retrouvé dans la position de créateur, initialement promise à Rakitic (voir ci-dessous). Complètement isolé dans l’axe, l’Argentin trouvait en effet des espaces dans cette zone pour faire la différence balle au pied. Avec Rakitic en couverture, il lui a toutefois manqué un latéral droit plus entreprenant afin de bénéficier d’une solution supplémentaire pour étirer la défense de Malaga.

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Sur cette situation, Douglas pourrait évoluer encore plus haut afin d’offrir une solution dans la profondeur à Messi. Avec Rakitic (hors-champ) pour assurer la couverture, le Barça resterait en effet équilibré en cas de perte de balle.

Régulièrement disponible côté droit, Messi n’a toutefois jamais tenté de réaliser la même chose à gauche, où Alba était pourtant plus actif offensivement. Ce rôle aurait logiquement dû revenir à Iniesta mais ce dernier n’était pas dans un bon soir et mettre ses partenaires dans de bonnes conditions. Le manque de disponibilité de Messi côté gauche était aussi visible lorsque le Barça tentait d’exploiter les espaces entre Darder (qui sortait sur Alba) et Camacho (qui restait devant la défense).

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Sans doute une situation que n’a pas assez tenté le Barça : à défaut de pouvoir s’appuyer sur Iniesta, bloqué par Castillejo, Jordi Alba recherchait Messi au coeur du bloc adverse, afin que ce dernier orchestre l’action dans le dernier tiers du terrain.

Avant le PSG : 

Alors retenir de ce match nul à une semaine du test face au PSG ? D’abord que côté Barça, il faudra évidemment être à un tout autre niveau de performances individuelles pour espérer prendre à défaut la défense parisienne. Le manque de réussite dans les uns-contre-uns a beaucoup pesé dans la stérilité offensive de l’équipe, tout comme le manque de mobilité de Messi et des milieux de terrain. Comme l’Argentin (sur la capture précédente), Iniesta et Rakitic auraient aussi pu tenter de s’infiltrer entre les milieux adverses afin d’offrir des solutions à leurs latéraux (notamment Alba, puisque Douglas était clairement en-deçà du niveau de performance attendu chez un joueur du Barça).

Côté PSG, Laurent Blanc pourrait peut-être s’inspirer de l’organisation andalouse pour faire face aux Catalans la semaine prochaine et ce, sans modifier son système de jeu. A défaut d’avoir les jambes pour aller disputer la possession de balle au Barça, ce système pourrait permettre aux Parisiens de bien résister dans leurs 40 mètres, d’autant que leur qualité défensive est sur le papier supérieure à celle de Malaga… Qui plus est, offensivement, un point d’appui tel qu’Ibrahimovic pourrait poser beaucoup plus de problèmes à la défense catalane, si toutefois il était bien soutenu par les démarrages de Moura, Lavezzi ou Cavani.

 

 

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1 réponse

  1. sinai dit :

    Laurent blanc alignera une equipe pour faire le jeu surtout à domicile. C’est dans son ADN et dans celui du Barca. Je pense que ca donnera un match ouvert avec une victoire du barca à la clè car Blanc n’a pas l’effectif du barca.
    Pour le reste analyse tres interressante sur le systeme Enrique

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