FC Séville 1-2 FC Barcelone : l’analyse tactique

Après avoir croisé la route de l’Atletico Madrid, le FC Séville et le FC Barcelone se sont retrouvés dimanche pour un nouveau choc au sommet en Liga. Battu par Manchester City en milieu de semaine (lire : Manchester City 3-1 FC Barcelone, l’analyse tactique), le Barça a une nouvelle fois été mis en difficulté par un adversaire qui a su l’empêcher de jouer.

S’il s’en est sorti avec les 3 points, il le doit même plus à l’équipe de Sampaoli qu’à lui-même. A 1-0, Séville a manqué plusieurs occasions de faire le break. L’égalisation de Messi juste avant la pause a été un véritable tournant : les Palanganas n’ont pas trouvé de second souffle après la pause pour repartir à l’assaut. Le Barça a ensuite pris l’avantage en profitant d’une erreur individuelle (Carriço) avant de contrôler la dernière demi-heure.

Les compos :

On le sait depuis plusieurs semaines maintenant, l’équipe de Luis Enrique traverse une période compliquée en terme de blessures. Pour ce déplacement en Andalousie, Piqué, Alba et Iniesta étaient toujours out, respectivement remplacés par Umtiti, Digne et Denis Suarez. Côté sévillan, Sampaoli a eu moins de problèmes pour faire son équipe, même s’il a dû composer sans Mercado en défense.

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Séville comme City

De ce match, il faut d’abord retenir la superbe première mi-temps du FC Séville. Les chiffres sont là pour le confirmer : l’équipe de Sampaoli a tiré deux fois plus au but que le Barça (9 tirs à 4) et s’est crée beaucoup plus de situations favorables.

Leur premier atout sur ce match a évidemment été leur pressing, qui a empêché le Barça de développer son jeu. Comme Guardiola quelques jours plus tôt, Sampaoli avait préparé son équipe pour gêner les sorties de balle du Barça dès la première transmission de ter Stegen. Et son organisation n’était d’ailleurs pas sans rappeler celle de City.

En première ligne, Vietto était accompagné par Vitolo afin de sortir sur Umtiti et Mascherano. La position haute de Vitolo était compensée par celle d’Escudero, plus haut que le reste de sa défense afin d’être présent dans la zone de Sergi Roberto en cas de jeu direct de ter Stegen vers son latéral. Si la première passe donnée par l’Allemand allait vers le côté opposé, le latéral reprenait sa place en défense.

Numéro 10 sur le papier, Vazquez occupait la zone de Busquets. Autour de lui, c’était du classique avec Sarabia sur Digne, Nasri et Nzonzi sur Rakitic et Denis Suarez. Derrière, la défense héritait logiquement de la MSN, se positionnant juste derrière la ligne médiane.

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Très vite, on a vu l’ajustement habituel du Barça lorsqu’il a du mal à sortir le ballon : le décrochage de Busquets entre ses défenseurs afin de créer un surnombre (3 contre 2) dans le but de faciliter la sortie de balle. Cela n’a pas complètement fonctionné car Vazquez a suivi son vis-à-vis et s’est retrouvé en première ligne aux côtés de Vietto. Actifs, les deux Argentins se sont partagés le travail de cadrage sur les relanceurs catalans.

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Le problème de cette deuxième configuration se situait surtout au milieu puisque le Barça n’a pas eu le contrôle souhaité dans cette zone en raison de l’absence de Busquets. Sa position habituelle, entre l’attaque et le milieu adverse, en fait un soutien idéal pour ses partenaires qui reçoivent souvent le ballon dos au jeu au milieu. Sans lui, Rakitic et Denis Suarez se sont retrouvés pris entre deux lignes (Vazquez-Vietto et les milieux de terrain), sur le même principe que face à Manchester City (voir le rappel ci-dessous).

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Signe des difficultés de Barcelone, c’est Lionel Messi qui a dû décrocher dans cette zone pour toucher le ballon et faire respirer son équipe, un peu à la manière de ce que fait Nasri avec Séville d’ailleurs.

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Au final, Barcelone n’avait qu’une seule vraie réponse à offrir à l’intensité sévillane : des transitions. Il y en a eu 3 en première mi-temps, deux « longues » en contre-attaque, d’abord pour un tir de Suarez (2e) suite à un corner en faveur de Séville… puis avec Messi pour l’égalisation juste avant la pause (43e). La transition courte est elle venue d’une récupération haute d’Umtiti, qui a permis à Denis Suarez de se retrouver dans la surface (20e).

Les yeux dans les yeux :

Car en plus du pressing, les Sevillans ont fait jeu égal sur le plan technique. Après l’ouverture du score, ils ont plus laissé venir le Barça mais n’ont jamais paniqué lorsqu’ils se retrouvaient sous pression. Que ce soit au moment de le perdre ou en général, les Catalans ont beaucoup plus couru après le ballon que d’habitude. La possession à la pause était d’ailleurs là pour le confirmer (52% en faveur de Séville).

Certes, ce n’était pas le plus grand Barça en face, mais les enchaînements en une touche des joueurs de Sampaoli ont eu vite fait de déjouer le pressing adverse. Et la vitesse de Mariano, Vitolo, Escudero ou Vietto était un fort bel atout pour profiter du décalage crée après s’être extirpé de la pression du Barça.

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Plus que sur de longues phases de jeu construites, c’est vraiment sur les transitions que le FC Séville s’est montré les plus dangereux, en première comme en deuxième mi-temps. Le but de Vitolo (15e) est ainsi parti d’un dégagement d’Escudero devant sa surface. Comme contre City, le Barça a souffert sur les deux côtés de sa défense, Digne et Sergi Roberto étant souvent dépassés. Un 2e duel perdu par le latéral droit aurait même dû permettre à Sarabia de doubler la mise (28e).

Sur les phases de jeu plus construites, les Andalous se sont reposés sur leurs deux Français, Nzonzi et Nasri. A défaut de trouver des failles sur les attaques placées en elles-mêmes, c’est à la perte que les Sévillans ont souvent fait la différence. Actifs et agressifs, leurs récupérations de balle rapides ont à la fois privé le Barça de munitions en contre-attaque et permis d’exploiter des brèches dans la défense adverse. Mais là encore, le réalisme n’a pas été au rendez-vous (Vietto, 32e).

Une équipe de Séville vite fatiguée :

Avec le recul sur le scénario du match, cette dernière action ressemble d’ailleurs à une dernière occasion manquée. Déjà moins fringants en fin de première mi-temps, les joueurs de Jorge Sampaoli sont revenus des vestiaires avec moins d’ambitions… ou du moins un pressing moins intense.

Le deuxième acte n’avait pourtant pas trop mal démarré puisque les Andalous ont eu de nouvelles situations de jeu rapide à exploiter. Nasri s’est retrouvé à l’origine et à la conclusion d’un contre, son tir finissant dans les bras de ter Stegen (48e). Cette transition a été la dernière avant une période de disette offensive qui a profité aux visiteurs.

En terme de tirs tentés, les Catalans ont pris l’ascendant (6 tirs à 2 entre les 45e et 61e minutes). Avec plus de champ libre, Umtiti et Mascherano ont eu plus de temps pour relancer ; l’Argentin a été à l’origine d’un premier beau mouvement entre Suarez et Messi, lançant son avant-centre dans le dos de la défense sévillane (54e).

Un Barça plus fort :

Autre preuve de la baisse de régime de l’équipe de Sampaoli, son pressing était plus facilement déjoué par le Barça. Dans l’entrejeu, Denis Suarez est monté en puissance, transformant une sortie de balle de son équipe en une attaque rapide qui aurait mérité meilleur sort (52e).

Au-delà de la fatigue de Séville, la meilleure reprise du Barça peut aussi s’expliquer tactiquement. On l’a vu un peu plus haut : en première mi-temps, les décrochages de Busquets ont permis à Barcelone de sortir de ses 30 mètres, mais l’équipe était ensuite en difficulté pour progresser au milieu. A côté de ça, le Barça n’utilisait quasiment pas le flanc droit pour attaquer (Sergi Roberto).

Luis Enrique a du coup décidé d’ajuster son organisation. Lorsque ter Stegen avait le ballon, Sergi Roberto intégrait la ligne de trois derrière (avec Mascherano dans l’axe et Umtiti plus haut). Le Barça conservait le surnombre face à Vitolo et Vietto tout en ayant toujours la présence de Busquets au milieu. Résultat, plus de solutions pour le relanceur dans l’entrejeu et une équipe barcelonaise enfin capable d’avancer vers le but adverse.

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Pour ne rien arranger aux affaires du FC Séville, Barcelone a aussi repris le match avec l’envie de jouer plus haut. Messi et Suarez ont beaucoup plus travaillé aux avants-postes, et ont été bien accompagnés par le reste du bloc. Signe de cette progression, Mascherano et Umtiti ont multiplié les interventions aux abords de la ligne médiane, voire dans le camp adverse, eux qui défendaient le plus souvent vers le but en première mi-temps.

Ce pressing des Catalans aurait pu pousser les Sévillans à la faute sur la durée. Mais ces derniers ont véritablement offert le 2ème but sur une erreur de Carriço, qui a permis à Messi de filer vers la surface avant de décaler Suarez (2-1, 61e).

Conclusion :

Malgré un sursaut sévillan dans la foulée et une tête de Nzonzi sur corner un peu plus tard (73e), la dernière demi-heure a été largement à l’avantage du Barça. Suarez a eu deux grosses occasions supplémentaires pour aggraver la marque (71e, 74e) sans y parvenir. Ces deux big chances pèsent d’ailleurs lourd au moment de faire le bilan des Expected Goals de ce choc.

L’évolution du graphe ci-dessus explique d’ailleurs parfaitement le résultat final. Le FC Séville a été largement supérieur en première mi-temps mais s’est montré incapable de convertir ses opportunités à l’exception de sa seule très grosse occasion. A l’inverse, le Barça a su revenir dans la partie avec pas grand chose – deux « petites occasions » – en s’en remettant au talent de Messi et Suarez.

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2 réponses

  1. 14 novembre 2016

    […] FC Séville-Barcelone, l’analyse tactique […]

  2. 8 avril 2017

    […] FC Séville-Barcelone, l’analyse tactique […]

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