FC Barcelone 1-1 Atletico Madrid : l’analyse tactique

Déjà à la poursuite du Real Madrid, le Barça et l’Atletico Madrid se sont neutralisés mercredi au Camp Nou (1-1). Auteurs d’une très grosse première mi-temps, les Blaugranas se sont faits rejoindre à l’heure de jeu, après avoir perdu Busquets et Messi. Et ils peuvent avoir beaucoup de regrets tant ils ont semblé au-dessus sur le plan collectif.

Les compos :

S’il y a quelque chose qui ne change pas en Liga depuis quelques saisons, ce sont bien les affrontements entre le Barça et l’Atletico de Diego Simeone. D’un côté comme de l’autre, les projets de jeu sont plantés, l’opposition de style évidente et ce ne sont pas les choix des deux coachs pour ce premier duel de la saison qui ont apporté de la nouveauté.

Au coup d’envoi, le Barça s’appuie sur son équipe-type. De son côté, Simeone fait confiance à Koke pour tenir le milieu aux côtés de Gabi. Ce choix lui permet d’aligner Carrasco côté gauche, derrière la paire française Griezmann-Gameiro.

FC Barcelone vs Atletico Madrid - Football tactics and formations

Le Barça prend le meilleur départ :

La saison dernière, l’Atletico Madrid avait pris l’habitude de démarrer très fort ces matchs face au Barça. Portés par leur pressing qui les amenaient très haut dans le camp catalan, les Colchoneros avaient avant ce match ouvert le score lors de leurs cinq dernières confrontations face aux Catalans.

On se souvient notamment de leur premier quart d’heure au Calderon, il y a tout juste un an (12 septembre 2015), et du but inscrit par Koke au bout de 10 minutes de jeu. L’Atletico avait perdu ce match, mais il avait marqué les esprits. Et avait confirmé en répétant le même type d’entame par la suite (contre le Barça mais aussi face au Bayern de Guardiola).

Cette fois, le scénario a été tout autre. C’est le Barça qui est le mieux entré dans la partie en réussissant ce qu’il n’était pas forcément parvenu à faire la saison dernière : ressortir proprement le ballon de sa moitié de terrain. Dès la première minute, il réalise une première bonne séquence en partant de ter Stegen face à laquelle l’Atletico ne peut rien.

D’autres suivent tout au long de la première mi-temps et les Colchoneros sont vite contraints de reculer. Le Barça remporte alors une première victoire : celle qui lui permet de rentrer dans la moitié de terrain de son rival. Désormais, il s’agit de trouver la faille face à un bloc madrilène en place… avec un grand danger qui les guette : tomber dans les traps adverses et perdre l’équilibre face à leurs transitions offensives.

L’Atletico, condamné à défendre :

Mais là encore, Barcelone réalise une grande première mi-temps. Techniquement, tout est quasiment parfait et le ballon circule vite entre les joueurs, si bien que l’Atletico n’a pas le temps de refermer les nasses qu’il pose habituellement dans le coeur du jeu. Le Barça fixe d’un côté, passant souvent par Iniesta à gauche, et finit sur Sergi Roberto à l’opposée. En face, l’Atletico est contraint de patienter en défendant son but du mieux possible.

Passes reçues, données, dans le dernier tiers d'Iniesta face à l'Atletico.

Passes reçues, données, dans le dernier tiers d’Iniesta face à l’Atletico. A noter, le nombre d’ouvertures vers le côté droit.

Or défendre, l’équipe de Simeone sait le faire. Si le Barça domine, il n’a pas non plus une multitude d’occasions. Les centres de Sergi Roberto ou Jordi Alba sont la plupart du temps bien renvoyés par la défense. Dans le cas contraire, les tentatives catalanes sont contrées par un pied ou une jambe madrilène (Messi, 3e – Suarez, 32e).

Si le Barça utilise autant la largeur, c’est aussi parce qu’il peine à trouver des solutions dans l’axe pour percer le coffre rouge et blanc. Exceptés Iniesta (3/4 dribbles en 1ère mi-temps) et Sergi Roberto (2/2), les Blaugranas susceptibles de faire des différences balle au pied, sont à la peine. La MSN ne complète qu’un seul dribble sur cinq en première mi-temps. Et la tendance ne s’inversera pas après la pause (1/10 au total pour le trio Messi-Neymar-Suarez).

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Les 10 dribbles tentés par la MSN : 9 manqués, 1 réussi (Messi).

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Le bloc de l’Atletico Madrid, concentré dans l’axe.

Sans ces changements de rythme et ces accélérations, le Barça peut difficilement trouver des solutions dans l’axe face au bloc extrêmement compact de Simeone… sauf à combiner dans de très petits espaces (Iniesta, 33e). Cette absence de pénétration dans l’axe se voit dans les stats (aucune passe dans la Danger Zone) et est bien illustrée par le schéma ci-dessous.

 

Le pressing catalan de retour :

Le Barça a toutefois retrouvé un autre atout qu’il avait perdu (et en partie mené à sa perte) lors de sa dernière double confrontation avec l’Atletico en Ligue des Champions : son pressing. L’Atletico court beaucoup après le ballon et il doit en plus faire face à une équipe extrêmement réactive lorsqu’elle le perd. Résultat, peu de transitions offensives à exploiter pour les Rouge et Blanc…

… Et de vrais ballons d’attaque pour le Barça. Car ces récupérations de balle rapides permettent de remettre l’équipe dans le sens de la marche face à un adversaire qui n’est plus forcément en place. Les Catalans se créent ainsi quelques positions de tir intéressantes, de l’extérieur de la surface faute de mieux (Iniesta, 19e – Neymar, 36e).

La pression s’accentue particulièrement aux alentours de la demi-heure de jeu, moment choisi par Iniesta pour monter un peu plus en puissance, lui qui dictait déjà parfaitement le tempo au milieu. Le but de Rakitic (41e) vient récompenser assez logiquement cette large domination des Blaugranas.

La mi-temps fait du bien aux Colchoneros : 

L’Atletico se retrouve dos au mur et avec peu d’espoirs pour faire mieux. Ses transitions offensives ont pour la plupart été coupées (pressing adverse) ou mal exploitées (Gameiro) et son jeu long n’a pas fonctionné comme à l’accoutumée en raison de la pression mise par le Barça sur les premiers relanceurs (dont Oblak).

Seul Griezmann a réussi à se montrer durant la première mi-temps, d’abord en offrant un duel à jouer à Carrasco face à Sergi Roberto (tir renvoyé par ter Stegen, 17e), puis en chipant un ballon à Rakitic dans ses 40 mètres pour l’amener jusque dans la surface (tir de Filipe Luis au-dessus, 17e).

Le repos tombe à pic pour les hommes de Simeone qui se font une dernière frayeur sur une belle remontée de balle adverse ponctuée par un tir de Messi (44e). Après la pause, les Madrilènes reviennent dans le match avec l’intention de jouer plus haut pour perturber les sorties de balle catalanes. Une option à double tranchant car le Barça reste très serein dans sa moitié de terrain.

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En 5 minutes, il amène deux ballons partis de ter Stegen jusqu’aux abords de la surface de l’Atletico. En revanche, son pressing est beaucoup moins efficace, ce qui a le don d’emballer la partie (2 tirs de chaque côté entre la 45e et la 50e minute). Vient alors le premier écueil de la soirée pour les Catalans : la sortie sur blessure de Busquets, remplacé par André Gomes.

Déjà moins active, la section pressing du Barça doit encaisser un coup très dur avec cette sortie. Le calcul de Luis Enrique était peut-être de laisser sortir l’Atletico pour le contrer avec la MSN. D’ailleurs, Neymar aurait pu lui donner raison à la 50e sur un contre parti d’une récupération de sa part dans sa moitié de terrain mais Oblak en a décidé autrement.

La possession s’équilibre, passant de 72/28 en faveur du Barça à 55/45. Habituellement, les Blaugranas connaissent des difficultés en défense dans ces moments où ils tiennent moins le ballon. Pas cette fois : les joueurs répondent présents derrière et le repli défensif est fait sérieusement… jusqu’à cette 61e minute qui voit l’Atletico jouer rapidement un coup-franc aux abords de la ligne médiane. Tous les Catalans (ou presque) sont surpris, dont Mascherano qui glisse face à Correa. A peine entré en jeu, l’Argentin trompe ter Stegen (61e).

Retour à la case départ pour le Barça : 

Cette égalisation fait retomber le match sur son premier scénario : la possession bascule de nouveau largement en faveur du Barça (74/26 sur la dernière demi-heure), qui doit retrouver la faille face à des Madrilènes désormais regroupés. Simeone a injecté du sang neuf devant avec Torres et Correa (60e). Il renforce aussi son milieu quelques minutes plus tard avec Thomas (73e).

En face, le Barça reprend sa domination où il l’avait laissé en première mi-temps, mais sans mettre la même pression à la perte du ballon. L’Atletico a du coup des transitions intéressantes à jouer depuis sa moitié de terrain. Heureusement pour le Barça, sa défense veille et Piqué brille sur plusieurs interventions. L’une d’entre elles, boostée par Sergi Roberto, se termine sur la plus belle occasion de la deuxième mi-temps (Jordi Alba, 85e). Mais pas de but à l’horizon…

Conclusion : 

Pour ce premier « grand match » de la saison, le Barça n’a pas gagné mais il a clairement eu l’ascendant sur le plan collectif. Malgré un excellent Griezmann, l’Atletico n’a pas su se montrer vraiment dangereux en raison de l’activité défensive des Catalans (gros pressing en première, repli sérieux en deuxième mi-temps).

Dans l’autre moitié du terrain, il a manqué à ces derniers une MSN en étant de marche pour se créer plus d’occasions… ou mettre au fond les plus intéressantes après l’égalisation (Neymar : 64e, 74e, 78e, 92e). Excepté le but de Rakitic, très bon lieutenant d’un Iniesta rayonnant, le Barça a en effet eu du mal à approcher les buts d’Oblak et a dû se contenter de tirs lointains ou excentrés.

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4 réponses

  1. SOS Ouistiti dit :

    J’ai vu le match, et malheureusement j’ai eu la sensation que le Barça ne trouvait pas la solution, cela ressemblait à une domination stérile, boostée par des individualités en très grande forme comme Iniesta ou Rakitic. Ils n’ont même pas eu besoin de libérer un joueur en défense ou au milieu pour garder la balle, tellement les joueurs sont techniques.
    Ils se sont contentés comme tu dis de fixer d’un côté pour renverser de l’autre, avec quelques créativité pour Iniesta et Neymar (le second a eu plus de mal que le premier).

    Après fallait peut être espérer gagner des seconds ballons en tentant des centres mais la formation madrilène était tellement compacte que même dans ce domaine, c’était compliqué.

    Emery avait peut être trouvé la solution l’année dernière (malgré la défaite 3-0) en ajoutant un 3ème joueur derrière pour mieux progresser sur les ailes. Un des rares matchs, avec le retour à l’Allianz Arena, où Simeone avait vraiment souffert.

  2. djo dit :

    barcelona une « grande équipe » mais sans solution quand il face un un bloc en bas comme de l’atlético . quand on dit un bloc en bas on dit des espaces réduits entre les lignes et les joueurs , des grandes déplacements pour la couverture ect … tout sa dient que il faut casser ce bloc pas juste par des passes de gauche a l’adroite ou  » un renversement de jeu  » par fexation d’un coté pour joué a l’autre coté , mais il faut aussi des joueurs qui dribllent et qui faient des pénétrations entres ces lignes réduits ou on peut aussi trouver des solutions a cause des fautes de l’adversaire contre ces pénétrations ou aussi on trouve des joueurs comme messi et neymar qui marquent toujours des balles arréter dans les derniers 20 metres qui est entourés par ce bloc
    et par des combénaisons dans le dos de la ligne médiane entre aussi des joueurs comme suarez et messi qui court bien dans ces espaces et maitrise bien les passes (jeu en appui , soutien , appel , des déplacement entre les lignes , jeu direct en verticlité )

  3. C’est redondant dans le Barça de Luis Enrique. L’équipe ressemble souvent (surtout dans les grands rendez-vous) à celle de l’époque Guardiola d’entrée de jeu, avec le geggenpressing ultra haut et des récupérations dans les 30 mètres adverses, au bout de 2 passes de l’adversaire. Jusqu’à ce qu’elle mène.
    Par contre, Luis Enrique reste convaincu que le meilleur moyen d’expression pour la MSN est d’avoir plus d’espace, donc de jouer plus bas et de plus laisser l’initiative (donc, le ballon) à l’adversaire. Je ne suis pas un grand fan du principe, même si ça marche généralement. Face à l’Atletico, le Barça a reculé dès l’ouverture du score (évidemment, l’ATM a aussi changé d’attitude…), et globalement a eu moins de maîtrise mais n’a pas été trop mis en danger, c’est seulement un coup du sort (glissade) qui fait tourner le match. Mais c’est toujours le cas face à l’ATM, ils leur faut un quart d’occasion pour marquer. C’est dur de mener 1-0 contre eux, quand on y arrive il faut être sur-vigilant. Mais c’est idéal, car ils n’aiment rien de plus que se trouver dans la situation de défendre (l’an dernier en Champions, les 4 matches faceau Barça puis Bayern, ils ont maximisé leurs occases et ont été virtuellemnt qualifiés 80% du temps, ils n’avaient qu’à défendre, ce qu’ils font excellement). Je pense que le Barça aurait dû garder la même attitude avec un pressing haut dès la reprise, et éventuellement reculer d’un cran à 2-0…

  4. Même avis ici, même si l’envie de gérer les efforts de tout le monde à 1-0 peut se comprendre. La blessure de Busquets a aussi compliqué le contre-pressing. On ne le remplace pas facilement sur ces séquences de jeu.

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