Barcelone 1-2 Real Madrid, l’analyse tactique

Zinedine Zidane tient donc son premier succès de prestige en tant qu’entraîneur. Alors que la partie semblait bien mal embarquée suite à l’ouverture du score de Piqué (56e), son Real a réussi à renverser la tendance dans la dernière demi-heure. Accrocheurs tout au long de la partie, les Madrilènes ont profité du relâchement d’un Barça bien trop gestionnaire pour aller chercher la victoire.

Les compos : 

Aucune surprise à signaler, que ce soit d’un côté ou de l’autre. Tous les titulaires sont là, notamment Iniesta qui fait son retour côté Barcelonais. Tactiquement, les deux coachs restent aussi dans leurs habitudes avec deux 4-3-3 qui s’opposent au coup d’envoi.

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Real Madrid : des limites pour presser haut…

A défaut de pouvoir rivaliser avec le Barça, Zinedine Zidane a préparé son équipe pour défendre. Comme pour beaucoup de formation qui croisent la route du Barça, le plan de jeu met l’accent sur deux séquences : d’abord les sorties de balle du Barça (depuis Bravo), puis sur la phase défensive face à la construction catalane (depuis Piqué ou Mascherano).

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Il faut attendre la 9e minute de jeu pour voir les Madrilènes exécuter la première partie de leur plan. Il s’agit de priver Bravo de solutions courtes (Piqué, Mascherano, Busquets) et de pousser le Barça à passer par ses latéraux pour ressortir de sa moitié de terrain (comme Villarreal l’avait fait avant la trêve).

Le problème, c’est que cette séquence se termine sur un long ballon qui voit Suarez fausser compagnie à Ramos. L’Uruguayen s’échappe avec Neymar. Le Brésilien lui rend un caviar mais il rate l’immanquable (10e).

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Lorsque Bravo relance, le Real tente de rester haut dans le camp barcelonais.

Tout au long de la partie, les Madrilènes vont tenter de perturber le Barça dans sa moitié de terrain. Sans réussite toutefois. Pour preuve, ils ne gagnent que 3 ballons au-delà de la ligne médiane durant les 90 minutes de jeu et concentrent leurs actions défensives dans leur moitié de terrain.

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Même lorsqu’il tente de jouer plus haut en fin de match, le Real est en retard (Modric vs Busquets) et se met en danger (liberté pour Iniesta).

… mais un plan défensif bien respecté : 

Durant la première minute de jeu, le plan du Real se lit aisément : alors que Benzema prend Busquets, Ronaldo et Bale coupent les lignes de passes allant de Piqué et Mascherano vers les côtés. L’objectif est clairement d’attirer le Barça dans le coeur du jeu où il existe un surnombre grâce à la présence de Casemiro.

Derrière le milieu de terrain, la défense se montre aussi très agressive et jaillit très vite pour combler la moindre brèche (quitte à faire faute). On constate aussi une grande vigilance de la part de Marcelo et Carvajal pour réduire les espaces autour de Pepe et Ramos. Il faut empêcher le Barça de trouver ces intervalles pour lancer Neymar ou Suarez dans la profondeur (diagonales ou jeu court).

Lorsqu'un Catalan a du champ dans le coeur du jeu, les Madrilènes veillent à bloquer la profondeur.

Lorsqu’un Catalan a du champ dans le coeur du jeu, les Madrilènes veillent à bloquer la profondeur. Marcelo resserre dans l’axe et couvre face à Rakitic, quitte à laisser le champ libre à Daniel Alves sur le côté.

Le Barça s’ajuste très vite : 

En face, l’animation du Barça surprend, mais offre très vite des solutions. Jordi Alba quitte sa position de latéral et se retrouve en position de 3ème axial lorsque son équipe à la possession. A l’opposée, Daniel Alves évolue plus haut et occupe le couloir droit. Le Brésilien se retrouve dans le rôle du pendant de Neymar à l’opposée.

Messi profite de cette position avancée de son latéral droit pour aller dans l’axe et ainsi annuler le surnombre offert sur le papier par Casemiro. Hommage ou pas, les Blaugranas se retrouvent du coup dans un système « cruyffien » avec un losange dans l’entrejeu composé de Busquets, Rakitic, Iniesta et Messi.

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Le 3-4-3 du Barça est visible en orange. En rouge, on distingue les fonctions des milieux et attaquants madrilènes. En jaune, les espaces exploitables par les Catalans chargés de la relance.

Le Barça se retrouve avec trois rampes de lancement (Piqué, Mascherano, Alba) dont deux libres (Piqué, Alba). Dans l’entrejeu, Kroos et Modric peuvent se faire embarquer par les courses de Rakitic ou Iniesta (défense orientée sur l’homme côté Madrid). Résultat, de la création d’espaces entre pour les incursions des défenseurs barcelonais dans l’axe, ces derniers pouvant alors toucher Busquets ou Messi entre Benzema et Casemiro.

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Iniesta embarque Modric en allant vers le côté, créant ainsi l’espace pour la montée de Mascherano.

Le fait de jouer avec une base de trois joueurs permet à Busquets d’évoluer plus haut sur le terrain (dans le dos de Benzema au lieu d’être face à lui) et donc de devenir un relais pour Messi, Rakitic ou Iniesta. La preuve tient dans le nombre de passes échangées entre l’Argentin et son milieu de terrain (34 au total, sans doute un record dans la saison ?).

Si la première passe arrive souvent à destination, le Barça peine à enchaîner. Les milieux du Real Madrid s’accrochent et cassent les actions si nécessaire. Les espaces sont réduits et les Catalans ne parviennent pas à s’en créer via des tentatives individuelles (dribbles etc…).

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Si Piqué a le champ libre pour monter, le Real Madrid le prive de solutions grâce à un bloc très compact.

Le Real Madrid d’abord étouffé, puis plus menaçant : 

L’incapacité du Real Madrid à presser haut le Barça le contraint aussi à subir le pressing adverse dans son camp. Les premières minutes de jeu sont ainsi largement à l’avantage des Blaugranas. S’ils manquent de justesse avec la balle, ils sont toujours aussi réactifs à la perte grâce au travail de Busquets ou Rakitic.

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Le pressing du Barça à l’oeuvre en première mi-temps : aucune solution courte pour le porteur et une défense prête à répondre au jeu long.

Résultat, leurs adversaires n’ont pas d’autre choix que de jouer long à destination d’un Benzema souvent trop bas pour aller chercher ces ballons. Même les séquences plus construites se terminent par du jeu long qui ne profite à aucun joueur en blanc. Plus gênant, le Barça déclenche aussi du jeu rapide sur des récupérations de balle hautes (19e). Heureusement pour le Real, Casemiro veille et coupe plusieurs attaques de ce type, aidé aussi par un Ramos à la limite du deuxième carton jaune (24e).

A ce moment de la partie, les Madrilènes ont beaucoup de mal à approcher les buts de Bravo. Pour cela, ils doivent s’en remettre à des phases arrêtés (coup-franc rapidement joué par Modric, 16e). Comme l’Atletico de Simeone, Zidane fait aussi appel à ses défenseurs centraux pour tenter de profiter des touches obtenues à proximité de la surface (Bale sur la remise en jeu, Ramos dans les 16m avec Ronaldo et Benzema).

Il faut une bonne demi-heure au Real pour mettre l’intégralité de son plan à exécution sur une première séquence. A savoir, une récupération de balle dans son camp et le développement d’un contre sur le côté droit grâce au démarrage de Bale.

Juste avant la pause, Benzema se crée un premier tir en position dangereuse (plein axe) suite à un mauvais dégagement. A la mi-temps, les deux équipes se séparent sur un score de parité, au tableau d’affichage (0-0) mais aussi au niveau des nombres de tirs (5-5) et de tirs cadrés (1 arrêt chacun pour Bravo et Navas).

Le Barça contrôle la partie mais il manque de justesse et de vitesse pour réellement mettre son adversaire en réelle difficulté. Messi et Neymar sont éteints et ne font pas de différences (2 dribbles réussis sur 8 tentés en première mi-temps) et l’équipe souffre du manque de largeur de son jeu (causée par l’animation surprise). Si Iniesta compense le recul d’Alba côté gauche, Daniel Alves est particulièrement seul lorsqu’il reçoit le ballon dans son couloir droit.

Messi sort de sa boîte : 

Cela change vite à la reprise. Toujours dans son rôle plein axe, Messi touche beaucoup plus de ballons et fait enfin des différences dans le coeur du jeu. Entre la 46e et la 56e minute (but de Piqué), il touche 14 ballons (sur 99) mais réalise surtout 8 passes dans le dernier tiers (contre 12 en première mi-temps et… seulement 10 après le but de Piqué !).

En face, le Real ressort mieux les ballons (Benzema face à Piqué, 50e) mais c’est bien le Barça qui a l’ascendant en ressortant via un côté gauche renforcé par les montées de Jordi Alba. Quelques secondes avant le but de Piqué, la MSN se trouve enfin sur une attaque rapide et Messi force Navas à se détendre (54e). Trois corners plus tard, le Barça mène 1-0 grâce à la reprise de la tête de son défenseur central (56e).

Le Barça se met à la faute : 

Avec ce but marqué, la tâche se complique pour le Real. Malgré l’envie de certains joueurs de faire remonter le bloc (Kroos), l’équipe ne parvient toujours pas à défendre hors de sa moitié de terrain. Les Catalans ont le pied sur le ballon et n’envisagent plus de le lâcher.

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Après le but, Barcelone prend son temps et occupe bien l’espace au milieu de terrain afin de conserver le ballon.

Autour de Messi dans le coeur du jeu, les joueurs s’attachent à garder la balle le plus longtemps possible. Une possession défensive qui les pousse à ne pas jouer certains coups et gérer leurs efforts, sans doute en vue du match face à l’Atletico. Les joueurs se projettent moins vers l’avant (moins de une-deux, jeux en triangle…), ce qui facilite la tâche du Real en défense.

Les deux buts madrilènes vont venir de très mauvais choix de Jordi Alba avec le ballon. A chaque fois, le latéral barcelonais va tenter une passe plus risquée qu’intéressante au lieu de donner la priorité à la conservation. Ces pertes de balle profitent aux latéraux madrilènes (via des remontées de Marcelo et Carvajal) qui n’attendaient vraiment plus que ça pour créer le danger.

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Premier but : Jordi Alba choisit la passe dans le vide entre Casemiro et Neymar au lieu de remettre à Iniesta et prolonger la séquence de conservation.

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Deuxième but, Alba recherche de nouveau Neymar, surveillé par Carvajal, au lieu d’attendre qu’Iniesta se rende disponible ou de revenir en retrait sur Mascherano.

De Rakitic à Arda : une pressing moins efficace 

L’autre clé de la fin de match réside dans la sortie de Rakitic au profit d’Arda Turan (74e). Averti avant l’heure de jeu, le Croate montrait quelques signes de fatigue jusque-là. L’entrée de l’ancien de l’Atletico était censé redynamiser le milieu du Barça pour les dernières minutes… mais il n’a pas eu le rendement escompté.

Surtout, il ne semble pas encore avoir intégré les principes de jeu barcelonais, notamment au niveau du plan du pressing. Sur l’action menant au but refusé de Bale (80e) puis sur celle se finissant par un tir sur la barre de Ronaldo (82e), Arda est à chaque fois mal positionné.

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Au lieu de se concentrer sur la position de Kroos plein axe, Arda s’oriente par rapport à Marcelo et laisse une énorme brèche qui va profiter à l’Allemand.

Côté madrilène, l’équipe a en revanche été renforcée par l’entrée de Jesé à la place de Benzema (78e). La vitesse de jeune Espagnol a fait beaucoup de mal à la défense barcelonaise, notamment sur des attaques rapides où il pouvait prendre de l’avance sur Busquets et les autres milieux blaugranas.

Conclusion : 

Alors, Zidane a-t-il réussi son examen d’entrée chez les « grands » ? N’exagérons rien. Si la victoire est belle (c’est la première fois que le Real Madrid gagne un match après avoir été mené au Camp Nou depuis 51 ans), elle doit aussi beaucoup à la gestion catastrophique de la dernière demi-heure par le Barça… et peut-être aussi au travail physique effectué par les joueurs madrilènes durant les semaines qui ont suivi la prise de fonction du dernier Ballon d’Or français.

Au-delà du plan de jeu, loin d’être révolutionnaire face au Barça, il faut surtout retenir l’adhésion des joueurs à celui-ci. On est très loin du premier Clasico de la saison, qui avait vu les stars du Real Madrid abandonner un Benitez qui s’était plié à l’opinion en sacrifiant Casemiro… Le Brésilien a d’ailleurs brillé face au Barça samedi, signant 12 tacles sur les 30 de son équipes (8 réussis) et 3 interceptions.

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Même Ronaldo a défendu dans ce match : sur cette séquence, il vient fermer l’espace dans le dos de Carvajal alors que Messi recherche Jordi Alba.

Côté Barcelonais, Luis Enrique retiendra certainement la dernière demi-heure catastrophique de ses hommes, qui ont été sanctionnés pour s’être contentés du minimum. L’animation de départ (Jordi Alba, Mascherano, Piqué) n’est toutefois pas à jeter. Si elle a affaibli le jeu de position de l’équipe (notamment sur les côtés), elle aurait pu avoir un impact tout autre si la MSN avait eu le rendement escompté (seulement 5 dribbles réussis sur 18). A revoir en Ligue des Champions ?

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1 réponse

  1. aziz dit :

    Bonjour Florent,
    On ne doit pas oublier un élément essentiel de cette rencontre: la MSN (+ Bousquet) était cramée physiquement. C’est ce qui explique en bonne partie la demi heure catastrophique (je ne pense pas qu’ils aient intentionnellement levé le pied pour le match de mardi). L’équipe était coupée en deux avec aucun effort défensif de la part du trio. C’est inquiétant pour ce soir contre l’athlético car je ne suis pas sûr qu’ils vont récupérer.
    De plus, j’ai remarqué que les latéraux barcelonais sont de moins en moins performants dans les classicos car ils ont des adversaires de taille à surveiller. Ceci diminuent énormément la force de frappe de l’équipe (centres en retrait, débordements…).
    De manière générale, les barcelonnais n’improvisent jamais rien tactiquement, ils font juste des ajustements. Trop confiants en leurs talents et en leur philosophie de jeu.

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