Celta Vigo 1-3 Real Madrid, l’analyse tactique

Samedi après-midi, le Celta Vigo recevait sur sa pelouse le Real Madrid pour un match au sommet de la Liga. Après avoir fait exploser le Barça (4-1) il y a quelques semaines, la formation d’Eduardo Berizzo a poussé l’autre mastodonte du championnat espagnol dans ses derniers retranchements. Le Real s’en est sorti grâce à un réalisme froid et un Keylor Navas de très haut niveau en première mi-temps. Même leur supériorité numérique durant la dernière demi-heure n’a pas réussi à calmer les ardeurs d’un outsider tombé avec les honneurs.

Individuelle du Celta, préparation du Real :

Face au Barça, le Celta avait prouvé qu’il était capable de les battre les meilleures équipes en développant son propre jeu. Le marquage individuel fait partie de ses principes-clés et annonce une belle bataille face au Real Madrid, notamment dans l’entrejeu : Augusto Fernandez et Wass d’un côté, Modric et Kroos de l’autre.

Celta Vigo vs Real Madrid - Football tactics and formations

L’opposition tactique en début de match.

En face, la formation de Rafa Benitez s’organise afin de bloquer la relance courte de son adversaire. Le Celta s’appuie en effet sur la qualité des échanges dans sa moitié de terrain afin de créer des points de fixation pour resserrer le bloc adverse… avant d’ouvrir pour Nolito ou Orellana sur les ailes. Le jeu s’organise ensuite autour des deux ailiers dans les 30 derniers mètres.

Derrière Ronaldo, positionné entre entre Cabral et Gomez, Jesé, Kroos, Modric et Lucas Vasquez forment une première ligne qui met la pression sur les solutions courtes qui se présentent aux deux défenseurs (Mallo, Wass, Augusto Fernandez, Jonny). Même chose au niveau des défensifs avec Casemiro sur Pablo Hernandez, Marcelo sur Orellana, Danilo avec Nolito. Derrière, Varane et Ramos se partage le marquage de Iago Aspas.

L’objectif du Real est d’empêcher le Celta de progresser au sol. Lorsque les locaux reviennent en retrait, le bloc madrilène avance (Modric, Kroos ou Ronaldo) et essaie de forcer la passe jusqu’au gardien pour déclencher le jeu long de ce dernier.

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L’individuelle du Celta Vigo.

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L’organisation du Real Madrid face à la relance adverse.

L’individuelle du Celta d’un côté et la présence du Real Madrid dans la moitié de terrain adverse de l’autre offrent un début de match à très haute intensité. Rares sont les longues phases de possession : l’affrontement se résume à un enchaînement de transitions, non pas à cause du déchet technique (le ballon reste en jeu) mais en raison des approche tactiques choisies par les deux formations, qui créent énormément de duels et de « zones de combat » où le ballon est disputé.

Face à l’individuelle, le « dézonage » : 

Dans un tel contexte, deux facteurs permettent généralement à une formation de prendre le dessus sur son adversaire : la qualité individuelle (duels) et la mobilité des joueurs (occupation de l’espace). En l’occurrence, c’est le Real Madrid qui se montre à son avantage en début de partie (58% de possession).

Resté sur le banc face au PSG, Luka Modric fait souvent la différence dans ces premières minutes. Au lieu de rester dans l’axe où il facilite la tâche de son adversaire direct (Augusto Fernandez), le Croate dézone et va dans les espaces abandonnés par le marquage individuel du Celta. Il prend souvent la profondeur sur l’aile droite afin d’offrir une solution dans le dos de Jonny, au marquage de Lucas Vasquez.

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Bloqué côté droit, le Real repasse en retrait par Sergio Ramos.

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Avec un temps d’avance sur Augusto Fernandez, Modric attaque l’espace dans le dos de Jonny et permet au Real de gagner du terrain.

S’il ne vient pas de Modric, le premier but du Real Madrid (Ronaldo, 9e) vient lui aussi d’un changement de zone bien senti de la part de Lucas Vasquez. Au départ, la circulation madrilène au milieu a réussi à ouvrir une brèche pour trouver Ronaldo derrière les milieux de terrain galiciens. L’appel croisé de Vasquez a ensuite permis de faire la différence.

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Ronaldo récupère la balle dans le dos des milieux adverses. Gomez sort de la défense pour le bloquer. Lucas Vasquez fait un appel croisé dans le dos de ce dernier. Cabral et Jonny sont embarqués.

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Le jeune ailier du Real Madrid parvient à remettre le ballon dans une zone sans adversaire. Jonny est pris par la passe, et ne peut empêcher Ronaldo de reprendre le ballon au 2e poteau.

Le Celta Vigo ne baisse pas les bras : 

Cette ouverture du score ne déstabilise pour autant pas les locaux, qui continuent de tenter de développer leur jeu au milieu de terrain. A raison puisqu’ils sortent enfin la tête de l’eau, alors que les Madrilènes relâchent légèrement la pression dans le camp adverse.

Les Galiciens contribuent aussi au recul de leurs adversaires. Si Modric est un élément-clé du Real grâce à ses changements de zone, Orellana fait le même genre de travail pour le Celta, quittant son aile droite pour offrir une solution de plus dans l’axe. Cela permet à Pablo Hernandez de sortir de la zone de Casemiro et ainsi de devenir un appui supplémentaire pour accompagner la relance.

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A l’inverse du Celta, le Real n’est pas dans une individuelle totale : Marcelo ne suit pas Orellana dans l’axe et reste dans sa zone. Cela crée du coup un décalage au milieu de terrain (Casemiro récupère le Chilien mais ne suit plus Pablo), et crée de l’espace pour le Celta. Avec Lucas Vasquez dans la zone de Pablo, Augusto Fernandez peut ouvrir le jeu sur l’aile gauche.

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L’Argentin sert ainsi Nolito, non sans s’être fait une frayeur quelques secondes plus tôt en voyant Casemiro prendre le dessus sur Orellana. Heureusement, le Celta empêche la transition grâce à sa réactivité à la perte du ballon.

Dans le camp du Real, la formation d’Eduardo Berizzo profite d’une des faiblesses du 4-1-4-1 madrilène dès lors qu’il doit défendre dans ses 40 mètres. Profitant du non-travail de Ronaldo sur ces séquences, ils exploitent les espaces autour de Casemiro, positionné entre les lignes madrilènes, afin de trouver les relais de Pablo Hernandez ou Orellana près de la surface de réparation.

Invisible jusque-là (seulement deux ballons touchés avant l’ouverture du score de Ronaldo), Nolito fait enfin son apparition sur l’aile gauche. Iago Aspas apporte lui la profondeur par ses appels dans la défense madrilène.

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Le 4-1-4-1 du Real Madrid est en difficulté dans sa moitié de terrain. Le Celta ne manque pas de bons premiers passeurs (Wass, Augusto Fernandez, Cabral…) pour casser le milieu madrilène. Orellana et Pablo Hernandez se chargent ensuite de bien occuper l’espace autour de Casemiro pour fixer la défense madrilène, avant d’envoyer le jeu à gauche (Nolito) ou de rechercher la passe en profondeur pour Iago Aspas.

Ce recul du Real Madrid permet aussi au Celta Vigo de mettre en place à son tour le pressing dans la moitié de terrain adverse. Qu’il soit à la perte du ballon ou structuré grâce au marquage individuel, il pose des problèmes aux Merengues. Au quart d’heure de jeu, Varane est à deux doigts de vivre la même situation que Piqué lors du dernier Celta-Barça (lire : Celta Vigo 4-1 Barcelone, le 1er but de Iago Aspas). 

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Enfermé côté par le pressing du Celta et de Iago Aspas, Sergio Ramos renverse le jeu sur Varane.

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Le Français se retrouve sous la pression de Nolito, qui quitte la zone de Danilo pour lui mettre la pression. La passe longue de Ramos au départ de l’action lui laisse assez de temps pour arriver sur Varane. Ce dernier s’en sortira de justesse.

Domination Celta, break Real : 

Les Celestes prennent clairement l’ascendant dans le jeu au fil des minutes. Après l’ouverture du score, on assiste presque à un match à sens unique. Plusieurs fois,  le Real doit s’en remettre à des arrêts de Keylor Navas pour conserver son avantage.

La domination du Celta est telle qu’elle pousse Rafa Benitez à changer de système défensif afin d’être plus solide dans les 30 derniers mètres. L’équipe passe en 4-4-2 avec Kroos en soutien de Ronaldo et une paire Modric-Casemiro dans l’axe. Le but : l’Allemand cadre le premier passeur (ce que ne faisait pas Ronaldo) et Modric densifie le coeur du jeu pour mieux contenir Orellana et Pablo Hernandez. Inconvénient : le bloc recule et laisse des espaces sur les côtés, qui profitent évidemment à Nolito sur son aile.

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Le Real passe en 4-4-2. Kroos doit compenser le manque d’activité défensive de Ronaldo, tandis que Modric densifie l’axe aux côtés de Casemiro.

Entre la 9ème et la 23ème minute, le Celta tente sa chance à six reprises dans la surface madrilène (plus que le PSG et ses 4 tirs dans la surface en 90 minutes mercredi dernier). Il bute à deux reprises sur un Keylor Navas qui sauve une défense souvent dépassée par la qualité des enchaînements adverses (Orellana, 17e).

Et pourtant, c’est bien le Real Madrid qui va faire la différence sur une attaque parfaitement menée, profitant de nouveau des faiblesses de la défense individuelle. Comme sur le premier but, Lucas Vasquez ouvre l’aile droite en revenant axe pour embarquer Jonny. Cette fois, c’est Danilo, complètement oublié par Nolito, qui déboule dans l’espace pour profiter de l’offrande de Jesé (2-0, 23e).

La fin de l'action avec le décalage de Danilo (23e).

La fin de l’action avec le décalage de Danilo (23e). La défense du Celta a été complètement désorganisée par les mouvements de Ronaldo (hors-champ), Lucas Vasquez et Jesé. Oublié par Nolito qui aurait dû couvrir sa montée, le latéral droit madrilène en profite.

Nolito, point de départ – Navas à l’arrivée : 

Ce deuxième but aurait pu assommer le Celta, il n’en est rien. Les Ciel et Blanc tiennent le bon bout dans le jeu et reprennent la partie avec le même allant. Le match entre alors dans une nouvelle phase avec un Real Madrid qui accepte la domination de son adversaire et fait front dans sa moitié de terrain, ne laissant que Ronaldo en pointe pour mener les contres.

Pour Vigo, la solution passe par l’utilisation des ailes face à ce bloc resserré. Nolito est évidemment au centre de tout. Orellana abandonne volontairement le côté droit pour offrir des solutions supplémentaires, afin de favoriser le jeu court qui part depuis son partenaire. L’ailier gauche devient une sorte de meneur excentré par lequel tous les ballons passent dans les 30 derniers mètres (37 passes sur 57 dans le dernier tiers, 5 passes-clés et trois tirs au final).

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Sur certaines séquences, Iago Aspas a contribué à la création d’espaces pour Nolito. En allant dans sa zone et en attaquant la profondeur, il embarquait Danilo avec lui, donnant ainsi du temps à son partenaire pour contrôler le ballon.

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Les points de départ des passes de Nolito et Orellana dans ce match. Cela confirme le rôle axial d’Orellana pour offrir plus de solutions courtes autour de Nolito.

Navas est encore mis à contribution avant la pause. Après Orellana, c’est au tour de Jonny (26e), Wass (cpa, 33e), Aspas (39e) et Pablo (43e) de faire briller le portier madrilène qui termine la mi-temps avec 5 arrêts, préservant les deux buts d’avance de son équipe.

Après la pause, l’affrontement repart sur les mêmes bases, malgré quelques séquences du Real Madrid dans le camp adverse. Sous l’impulsion de Kroos ou Modric, les Merengues essaient de retrouver leur organisation du début de match, mais ce sont bien les joueurs de Berizzo qui gardent le pied sur le ballon. Ils « construisent » leurs attaques alors que le Real évolue plus en contre et sur du jeu rapide. Lucas Vasquez manque une première balle de 3-0 face à Alvarez (48e). Orellana réplique mais ne convertit pas une offrande de Nolito (56e).

Le marquage individuel du Celta, toujours au programme après la pause.

Le marquage individuel du Celta, toujours au programme après la pause.

Le Real travaille lui en attaque rapide, notamment grâce au

Le Real travaille lui en attaque rapide, notamment grâce aux montées de Danilo et Marcelo pour déjouer le pressing galicien dans l’axe.

Le Celta à 10, un Real trop relâché ? 

La balle de 2-1 manquée par Orellana va prendre des proportions bien plus importantes quelques secondes plus tard. Averti une première fois pour une faute, Cabral est expulsé pour contestation (57e). A 10, difficile d’imaginer le marquage individuel du Celta tenir bien longtemps face à la qualité des transitions madrilènes. Et pourtant…

Les Galiciens ne relâchent pas leur pressing. Avec un joueur de moins, ils le concentrent désormais sur le coeur du jeu. Avec toujours quatre joueurs en couverture, le Celta met la pression sur l’axe du Real Madrid, quitte à laisser de l’espace à Danilo ou Marcelo sur les ailes. Lorsque ces derniers sont servis, les milieux redoublent d’efforts pour se replier.

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Le Celta travaille désormais avec 5 joueurs dans l’entrejeu : un bloc qui peut coulisser sur toute la largeur.

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Pour le Real, Marcelo et Danilo deviennent des solutions pour se défaire de la pression dans l’axe.

Ce choix tactique n’est pas sans risque : en plus des espaces concédés à Danilo ou Marcelo dans l’entrejeu, il augmente les espaces entre la défense et le reste du bloc. Benitez veut essayer d’en profiter le plus rapidement possible : il sort Lucas Vasquez pour faire entrer Isco (62e), milieu droit au départ mais qui repique très vite dans l’axe en phase offensive.

L’international espagnol ne perd pas de temps pour s’illustrer : sur les 5 tirs du Real qui suivent (en 10 minutes), il en signe deux et donne deux dernières passes. Problème pour les Madrilènes, le score ne bouge pas. Après Navas, c’est Alvarez qui brille en 2e mi-temps. Dans l’autre camp, l’expulsion de Cabral n’a pas perturbé les circuits offensifs du Celta. Nolito continue d’être trouvé et de mettre le feu côté gauche : Marcelo doit sauver un ballon sur sa ligne (74e).

Le dernier sursaut du Celta : 

L’affrontement tactique continue sans changement jusque dans les dernières minutes de jeu. Après plusieurs tentatives infructueuses, Nolito débloque le score du Celta en envoyant un missile sous la barre de Navas (84e). Dans la minute qui suit, c’est Guidetti qui est tout près d’égaliser après un ballon récupéré très haut par le pressing celeste.

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Le pressing du Celta Vigo est fructueux sur cette séquence (Casemiro pris par Radoja). A noter la position trop avancée de Marcelo, qui ne parviendra pas à revenir avant la fin de l’action (tir non-cadré de Guidetti).

 

Fin du match et conclusion : 

Cette dernière occasion marque la fin des espoirs du Celta. Le Real contrôle la fin de match et Marcelo se permet de clôturer la marque au bout des arrêts de jeu (1-3, 93e). Ce succès confirme les bonnes dispositions actuelles des Madrilènes. En l’absence de plusieurs éléments offensifs, c’est le collectif qui a haussé le ton. Certes, la défense a souvent tremblé et Navas a brillé mais le Real a finalement toujours mené dans ce match.

Et les difficultés étaient aussi dues à la qualité de leurs adversaires du jour. Malgré la défaite, le Celta a confirmé qu’il avait tout pour être la bonne surprise de la Liga cette saison. L’avenir de l’équipe est certainement liée à celui de Nolito, que certains envoient au Barça dès le mois de janvier. S’il doit partir en cours de saison, Berrizo aura fort à faire pour remanier son animation offensive. Dans le cas contraire, le Celta pourrait profiter du début de saison moyenne de Séville ou Valence et batailler jusqu’au bout pour la 4ème place.

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2 réponses

  1. arid dit :

    Analyse bien détaillée bravo

  2. DT21 dit :

    Tout simplement excellent!

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