Celta Vigo 4-1 Barcelone : les clés du succès du Celta

C’était un choc au sommet de la Liga, mais il n’a pas tourné dans le sens attendu. Mercredi soir, le Celta Vigo a fait exploser le Barça dans son stade de Balaidos. Nolito, Iago Aspas et Guidetti ont été les buteurs, mais c’est bien la performance collective de la formation d’Eduardo Berrizo qui est à retenir. En plus d’être agressif comme l’Athletic, qui avait bousculé le Barça en tout début de saison, les Galiciens ont ajouté à leur arsenal une dimension technique qui leur a permis de regarder les Blaugranas « les yeux dans les yeux » avant de prendre le dessus.

Celta Vigo : le système défensif 

A l’instar des Bilbainos en début de saison, le Celta Vigo – fort de son quasi sans-faute en championnat – a donc bien débuté la partie avec l’envie d’aller chercher le Barça dans sa propre moitié de terrain. Pour y parvenir, Eduardo Berrizo avait mis un place un marquage individuel afin de suivre de près les milieux et les attaquants catalans.

Celta Vigo vs FC Barcelone - Football tactics and formations

Seul joueur entre-deux en pointe, Iago Aspas travaillait entre Piqué et Mascherano. Lorsque l’un des deux défenseurs catalans tentait de dépasser sa fonction pour créer le surnombre dans l’entrejeu, il était stoppé par Wass qui lâchait le marquage de Busquets. C’était alors à l’avant-centre de revenir sur ce dernier afin de le récupérer.

Dans la moitié de terrain adverse, les Galiciens maintenaient aussi les marquages sur les relances de ter Stegen. Ils se sont ainsi parfois retrouvés à 8 joueurs dans le camp barcelonais. L’idée était évidemment de priver le portier allemand de solutions courtes.

Alors que les trois milieux suivaient leurs vis-à-vis, Aspas était accompagné par l’un de ses ailiers afin de bloquer le second central adverse. En cas de jeu long sur le latéral libre, c’était à Jonny ou Mallo de sortir pour s’opposer à lui, voire d’aller disputer le duel à la retombée, en attendant que le reste du bloc coulisse côté ballon (voir ci-dessous).

Souvent décisif la saison dernière dans ces situations, le jeu au pied de ter Stegen n’a pas été aussi probant mercredi. Le gardien allemand n’est pas au mieux en ce moment et cela s’est notamment ressenti dans ses transmissions.

indiv-celta-haut

Le marquage du Celta Vigo dans le camp adverse. A noter les positions de Jonny, entre Daniel Alves et Messi, et Mallo qui suit Neymar.

Ce marquage, le Celta l’a surtout utilisé dans l’entrejeu lorsque Piqué ou Mascherano étaient en possession du ballon. Wass, Radonja et Augusto Fernandez restaient sur Busquets, Sergi Roberto et Iniesta.

En couverture, Jonny suivait les déplacements de Messi, même lorsque ce dernier revenait dans l’axe. Idem pour Mallo selon les mouvements de Neymar. Souvent recherché en début de partie, Luis Suarez n’a quasiment jamais réussi à se défaire du marquage de Cabral et Gomez, qui sortaient à tour de rôle sur ses décrochages.

But de la manoeuvre : empêcher toute création de surnombre en faveur du Barça, qui lui permettrait de « s’installer » au milieu de terrain. Lorsque Jonny, Mallo ou Cabral suivaient Messi, Neymar ou Suarez dans l’axe, ils permettaient à Wass, Radonja ou Augusto Fernandez de maintenir la pression sur Busquets, Sergi Roberto ou Iniesta. Cela a offert au Celta plusieurs ballons de récupération intéressants au milieu.

jonny-suit-messi

Le marquage du Celta au milieu : tous les Barcelonais sont pris, même Messi qui est suivi par Jonny dans l’axe. Cabral assure le surnombre.

suivi-zone

Latéral gauche, Jonny se retrouve au milieu après avoir accompagné Messi. Radoja a lui suivi Sergi Roberto et se retrouve latéral gauche. Dans l’axe, Cabral marque Neymar sur son décrochage, laissant Mallo sans adversaire en couverture.

entonnoir-celta

Les actions défensives du Celta sur les 90 minutes de match.

Forcément, la maîtrise technique du Barça ne rendait pas le plan infaillible et les Galiciens ont dû défendre bas à plusieurs reprises. Sur ces séquences, c’est l’ensemble du bloc (moins Iago Aspas) qui revenait afin de protéger l’axe et l’entrée de la surface de réparation d’Alvarez.

Alors que les défenseurs conservaient leur rôle sur Messi, Neymar ou Suarez (marquage strict afin de bloquer leurs relais ou prises de balle), les milieux de terrain et les ailiers se repliaient sur l’axe afin de réduire les espaces autour du porteur. Objectif : forcer sa prise de décision et le priver du temps nécessaire pour trouver et servir un partenaire démarqué (espaces sur les ailes).

S’il n’a pas privé le Barça d’opportunités (18 tirs, dont 14 dans la surface de réparation), le Celta a évité de concéder des tirs plein axe. La plupart des tentatives catalanes sont en effet venues de positions plus ou moins excentrées, facilitant en partie le travail du portier Alvarez, auteur d’un bon match dans ses cages. Intervenu à la 52e, le seul tir plein axe a été l’oeuvre de Messi et a terminé… sur son poteau.

celta-bas-surnombre-axe

Le Celta bas : un bloc dense et des défenseurs au contact de leurs adversaires sur les relais qui s’offre aux Catalans chargés de donner l’impulsion.

celta-defense-basse

Si un Barcelonais parvient à s’intercaler entre les lignes, il est pris entre la sortie d’un défenseur et le retour d’un offensif.

Si le score a été aussi large en faveur du Celta, c’est aussi en partie parce que le Barça a manqué de réalisme. A plusieurs reprises, les Catalans ont exploité les failles du marquage individuel pour porter le danger sur les buts d’Alvarez. Souvent, tout partait d’une accélération dans l’entrejeu : le Barcelonais (Iniesta) éliminait son vis-à-vis et se projetait, annulant de fait le +1 dont bénéficiait le Celta en couverture.

danger-indiv-iniesta-difference

Iniesta fait la différence en un-contre-un face à Augusto Fernandez. Il crée une situation de 6 contre 6 en faveur du Barça.

danger-indiv-collectif1

Après le décalage par le dribble, celui par la passe grâce à un bon jeu en triangle. A la base, Iniesta recherche Neymar, marqué par Mallo.

danger-collectif2

Le Brésilien décroche et remet à Iniesta qui s’est rendu disponible. Dans le même temps, Mathieu attaque l’espace dans le dos du latéral adverse.

danger-collectif3

C’est un trois contre trois qui se joue avec Mathieu, Suarez et Sergi Roberto. Mais les joueurs du Celta reviennent en nombre.

sanction-neymar

Le but du Barça (80e) est venu sanctionner un moment d’inattention sur un coup-franc joué rapidement. Messi profite du temps offert par Jonny pour prendre l’information et adresser un ballon parfait pour Neymar.

Même s’il a donc concédé des situations dans ce match, le Celta Vigo a réussi son pari défensif : l’intensité mise par les joueurs dans l’entrejeu a considérablement réduit la possession barcelonaise par rapport à ses standards depuis le début de la saison. Avec seulement 480 passes et 80% de réussite, les Catalans ont réalisé leur plus « mauvais score » de la saison.

celta-comparo

Le Celta a fait mieux que tous les autres adversaires du Barça depuis le début de la Liga.

En attaque : rivaliser en terme de possession 

Mais là où le Celta a fait la différence par rapport aux autres adversaires des Blaugranas jusqu’ici, c’est qu’il a aussi su garder le ballon (76% de passes réussies, contre 61% pour l’Athletic par exemple). Alors que les défenseurs de Bilbao balançaient sur Aduriz, les Galiciens ont su se défaire du pressing barcelonais. Même s’ils étaient sous pression, Cabral et Gomez n’ont quasiment pas rendu de ballons, se permettant même de dribbler face à Suarez.

Leur maîtrise technique et de l’espace dans leur camp, grâce au soutien des milieux, leur a permis de tenir le ballon malgré la pression du Barça. A défaut de pouvoir eux-mêmes le ressortir, ils repassaient sur leur gardien Alvarez. Le fait de donner la relance à ce dernier permettait aux joueurs de champ d’être déjà en place pour disputer le deuxième ballon. C’est en partie là qu’ils ont fait la différence en se montrant plus efficaces que les Blaugranas dans cette zone de combat.

alvarez

Lorsqu’Alvarez dégage, le Celta est déjà en place et équilibré pour disputer le 2e ballon.

Arrivés au milieu de terrain, les joueurs de Berrizo envoyaient le jeu sur les côtés vers Nolito et Orellana. Objectif : sortir de l’axe, toujours dense côté Barça et aller dans les espaces entre Daniel Alves et Messi ou Mathieu et Neymar afin de tenir le ballon en attendant que le bloc puisse monter et s’installer dans le camp adverse. Là encore, Nolito et Orellana se sont montrés très bons dans la conservation

Le jeu se développait ensuite autour des prises de balle des deux ailiers. Le premier a noué une belle entente avec Aspas, son pied droit lui permettant de repiquer intérieur pour chercher l’avant-centre dans la profondeur. Les latéraux participaient aussi pleinement aux offensives, notamment Jonny à gauche qui a profité plusieurs fois de l’absence de repli de Messi.

Sereins techniquement, les joueurs du Celta ont pu s’offrir de longues séquences de possession dans le camp catalan. Toujours en soutien, Radoja et Augusto Fernandez se chargeaient de l’orientation du jeu (gauche-droite), profitant d’un Barça sans doute trop loin de sa meilleure forme pour pouvoir les repousser dans leur camp. Le premier but (Nolito, 26e) est un bel exemple puisqu’il termine une séquence de 50 secondes environ dans le camp du Barça, qui a vu les Celestes aller d’une aile à l’autre.

nolito-aspas

La relation Nolito-Aspas à l’oeuvre sur cette séquence : le premier rentre intérieur et le second plonge dans le dos du défenseur central adverse.

pressing-perte

Qui dit séquences de possession haute dit aussi pressing à la perte. Plusieurs fois, le Celta a réussi à maintenir le Barça dans son camp grâce à la lecture d’Augusto Fernandez au milieu (sur Iniesta) et surtout de Cabral et Gomez, auteurs d’un gros match en couverture.

Conclusion : 

Pour dominer le Barça comme il l’a fait, le Celta Vigo a « tout simplement » réuni deux facteurs.

1/ Une grande intensité dans le coeur du jeu, portée par le marquage individuel : si elle ne garantit pas la solidité défensive de l’édifice (qui s’en remet aux duels), elle empêche le Barça de contrôler le rythme de la rencontre.

2/ De la qualité technique sur chaque ligne : c’est là que les Galiciens font la différence, notamment par rapport à la performance (déjà notable) de l’Athletic Bilbao. Ils ont su garder le ballon et poser leur jeu, même dans leur moitié de terrain, faisant chuter de fait la possession catalane.

Pas forcément une surprise puisque parmi les quatre « axiaux défensifs », trois sont à plus de 90% de passes réussies depuis le début de la saison (Cabral, Augusto Fernandez et Radoja). Une fondation qui leur a offert de la maîtrise et leur a même permis de rivaliser en possession avec le Barça durant la première demi-heure (50.4% pour le Celta Vigo !), juste le temps de prendre deux buts d’avance.

Bref, contrairement aux autres équipes qui ont inquiété le Barça cette saison en utilisant « leurs armes », le Celta a bel et bien donné l’impression de jouer d’égal à égal avec les Blaugranas. Des Catalans qui n’étaient évidemment pas dans leur meilleure forme, mais qui ont dû se rendre à l’évidence : mercredi soir, c’est bien la meilleure équipe qui a remporté le match.

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. 27 septembre 2015

    […] Celta Vigo 4-1 Barcelone : les clés du succès du Celta (Florent Toniutti, Les Chroniques Tactiques, 26/09/2015) : si dès fois tu voudrais savoir comment gagner contre le Barça. Ça ne suffira pas toujours. […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *