Barcelone 3-1 Atletico Madrid, l’analyse tactique

Cela faisait six matchs que le Barça n’avait pas réussi pareille performance face à l’Atletico. Dimanche dernier, le FC Barcelone a passé plus d’un but aux Colchoneros de Diego Simeone. La dernière fois, les Catalans fêtaient leur dernier titre de champion en mai 2013 (victoire 2-1 à Vicente-Calderon). Cette fois, emmenés par leur trio SNM, ils ont répondu sur le terrain aux soupçons de crise qui pèsent encore sur le club blaugrana.

Les compositions :

Pas d’absence de taille à déplorer et ce, d’un côté comme de l’autre. Le Barça et l’Atletico se sont présentés sur la pelouse du Nou Camp au grand complet. Pas de surprise non plus concernant les systèmes de jeu employés par les deux entraîneurs : 4-3-3 pour Luis Enrique et 4-4-2 pour Diego Simeone.

Jusqu’à l’ouverture du score :

Même si l’Atletico a été la première équipe à approcher la surface adverse, et ce dès le coup d’envoi, c’est bien le Barça qui a eu la main durant le premier quart d’heure de jeu. Les Catalans ont bien été aidés par l’approche de leurs adversaires puisque Diego Simeone avait décidé de regrouper son bloc dans sa propre moitié de terrain.

Griezmann et Mandzukic évoluaient très bas et avaient pour rôle d’encadrer Busquets. Piqué et Mascherano étaient donc laissés libres d’orienter le jeu à leur guise. L’Atletico déclenchait son pressing au niveau de ses milieux de terrain, Gabi sortant parfois sur Iniesta. Le flanc droit (Arda-Juanfran) serrait de très près ses adversaires directs (Alba-Neymar) afin de les empêcher de se lancer. A droite, Messi se retrouvait enfermé par deux joueurs dès ses prises de balle (Koke, Jesus Gamez).

Messi et Rakitic :

Malgré tout, c’est en utilisant la largeur que le Barça a trouvé la solution face au 4-4-2 madrilène. En même temps, les solutions manquaient dans l’axe en raison du peu d’espaces entre Griezmann-Mandzukic et leurs milieux de terrain pour permettre à Iniesta, Busquets ou Rakitic de s’exprimer. Les premières minutes de jeu ont donc vu le Barça faire circuler la balle d’un couloir à l’autre, en repassant par Piqué et Mascherano et en attendant qu’un joueur (Messi, Neymar) parvienne à faire une différence individuelle.

Au fil des minutes, et à forcer de faire courir le bloc-équipe de l’Atletico sur la largeur, Neymar et Messi ont trouvé des espaces et des partenaires avec lesquels combiner. A gauche, le Brésilien pouvait s’appuyer sur Suarez et était soutenu par Iniesta, sans oublier la possibilité de voir Alba prendre le couloir. A droite, Messi pouvait compter lui aussi sur Daniel Alves mais c’est une montée de Rakitic qui a semé la pagaille dans la défense madrilène sur l’ouverture du score (1-0, 12e).

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Messi est servi côté droit par Daniel Alves. Koke et Jesus Gamez se dirigent vers lui afin de l’enfermer. Depuis la zone de Tiago, Rakitic se déplace vers l’aile afin d’occuper l’espace dans le dos du latéral gauche.

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Servi par Messi, le Croate attire Godin et Koke dans sa course. Il conserve le ballon et sert Messi, qui n’a plus qu’un seul joueur face à lui (Tiago). L’Argentin trouvera ensuite Daniel Alves, qui faussera compagnie à Griezmann dans l’axe, pour lancer l’action du 1-0.

L’Atletico, obligé de réagir :

Désormais mené au score, l’Atletico n’avait pas d’autre choix que celui de prendre plus de risques en allant chercher le Barça plus haut. Les lignes très resserrées jusqu’ici faisaient en effet de Griezmann et Mandzukic des cibles faciles pour le pressing des Catalans. Secondé par Iniesta ou Rakitic, Busquets orchestrait la récupération et l’Atletico n’a pas eu le moindre ballon de contre à négocier jusqu’à l’ouverture du score barcelonaise.

Dès la reprise du jeu, les Colchoneros se sont montrés plus entreprenants afin d’aller couper les relances courtes du Barça. Comme souvent dans ces situations, le 4-4-2 à plat se transformait en losange afin de bloquer Piqué, Mascherano et Busquets. Très vite, le rythme de la rencontre a été beaucoup plus haché par les fautes commises par les hommes de Simeone… et beaucoup moins de passes réussies côté catalan.

Sitôt le but encaissé, l’Atletico n’a pas d’autres choix que de sortir plus haut pour aller chercher le Barça. Ici, Gabi sort en pointe du milieu de terrain afin de bloquer Busquets, complétant ainsi le travail de Mandzukic et Griezmann.

La distribution des passes du Barça entre les deux premiers quarts d'heure. A gauche,

La distribution des passes du Barça entre les deux premiers quarts d’heure. A gauche (0-15e), les Catalans dominent un bloc très regroupé de l’Atletico. A droite (15-30e), ils doivent faire face à une équipe plus agressive, qui les force à jouer plus long… Mais c’est bien dans cette situation que les Blaugranas se montrent les plus dangereux.

Le Barça opère en contre :

Les Blaugranas n’ont toutefois rien lâché puisqu’ils ont su faire front dans leur moitié de terrain. Messi, Neymar et Suarez sont tour à tour redescendus afin de prêter main forte à leurs partenaires. Busquets, Rakitic et Iniesta travaillaient sur toute la largeur afin d’aider à la fermeture des couloirs. Les deux relayeurs répondaient aussi présents dans l’axe afin de gêner la circulation de balle madrilène et de permettre la remontée du bloc-équipe.

Toujours au contact de leurs adversaires dans leurs 30 derniers mètres, les Catalans ont traversé ce premier temps fort madrilène en ne concédant aucune faute. Sans coup de pied arrêté en sa faveur, l’Atletico n’a pas réussi à créer le danger sur les buts de Bravo. Et rapidement, c’est le Barça qui s’est à nouveau montré offensivement. Cette fois en contre-attaque. En une dizaine de minutes (entre la 20e et la 30e), les Blaugranas se sont crées trois situations dangereuses en ressortant de leur moitié de terrain (23e, 29e, 30e) via leurs attaquants.

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Godin vient d’écarter le jeu sur Jesus Gamez mais la cohésion du Barça empêche toute progression de l’Atletico. Bloqué par Messi, le latéral gauche n’a pas la moindre solution vers l’avant. Koke s’apprête à lui offrir un soutien mais est déjà suivi par Busquets. Rakitic est lui prêt à ressortir en cas de passer en retrait.

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Le Barça a réussi à couper le jeu de passes de l’Atletico. Le bloc-équipe madrilène est complètement désolidarisé.

Résultat des courses, l'Atletico

Résultat, l’Atletico a terminé la première mi-temps avec seulement 65% de passes réussies.

L’Atletico change de formule :

En plus de sortir plus haut dans le camp barcelonais, l’Atletico a changé de formule défensive à l’approche de la demi-heure de jeu. Les Colchoneros sont en effet passés du 4-4-2 au 4-5-1. Griezmann s’est retrouvé côté droit, Arda Turan côté gauche et Koke dans l’axe aux côtés de Gabi et Tiago. Évidemment, ce système permettait de mieux contrôler la largeur, mais Simeone s’en est surtout servi afin que ces hommes puissent déclencher aussi le pressing depuis leur moitié de terrain.

Côté gauche, Koke – à l’intérieur – et Arda – à l’extérieur – sortaient dès que possible de leur ligne. Le premier épaulait Mandzukic dans la zone de Busquets, tandis que le deuxième allait mettre la pression sur Daniel Alves, principal relais des Catalans pour alimenter Messi. Une fois sortis, les Madrilènes cherchaient à forcer les passes en retrait barcelonaises afin de se réinstaller dans le camp adverse. Mais c’est justement à partir de l’une de ces tentatives que les Colchoneros ont été punis une deuxième fois (2-0, 35e).

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Le 4-5-1 de l’Atletico, en place dans sa moitié de terrain.

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Alors que le Barça est repassé par ses défenseurs pour changer le jeu, Arda Turan déclenche le pressing en sortant sur Daniel Alves avant que ce dernier n’ait le temps de se tourner vers Messi.

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Alves joue en retrait vers Piqué et Arda poursuit son effort sur le défenseur catalan. Il est ensuite rejoint par Mandzukic qui va mettre la pression sur Mascherano et le forcer à repasser par Bravo.

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L’Atletico remonte son bloc. Tiago suit ses attaquants afin d’empêcher Busquets d’offrir une solution courte à son gardien. Problème, les lignes des Colchoneros sont très écartées et Rakitic offre une solution « intermédiaire » dans l’axe. Godin est prêt à sortir sur le Croate mais doit partir de très loin.

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Au pied, Bravo a pu sauter le premier rideau de l’Atletico pour trouver son partenaire au milieu de terrain. Cela entraîne le repli des hommes de Simeone (Tiago, Koke, Gabi mais aussi Godin). Et c’est Busquets qui en profite pour se retrouver sans opposition dans le rond central. Il écarte immédiatement sur Messi, qui fera ensuite la différence sur son contrôle (de la main ?) face à Jesus Gamez.

Réduction du score : 

Après la pause, l’Atletico est revenu dans sa formation initiale, en 4-4-2 avec Griezmann et Mandzukic aux avants-postes. L’équipe est tout de même restée sur son plan de jeu visant à faire reculer la construction catalane. Les deux attaquants étaient évidemment les moteurs du pressing et de la remontée du bloc jusque dans les 40 mètres du Barça.

Leurs efforts ont payé puisque la réduction du score est arrivée avant l’heure de jeu. Sur une action débutée côté droit dans les 30 derniers mètres adverses, Griezmann est parvenu à renverser le jeu à l’opposée pour servir Jesus Gamez qui s’est retrouvé face à Messi. Dans sa surface de réparation, l’Argentin a été poussé à la faute par son adversaire direct, concédant ainsi un penalty que Mandzukic s’est chargé de transformer (56e).

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A l’origine du penalty, l’une des rares actions où l’Atletico a pu aller d’un côté à l’autre du terrain sans avoir à revenir en retrait.

Temps forts, temps faibles :

L’affrontement tactique n’a plus réellement évolué dans la dernière demi-heure. Les deux équipes ont tout fait pour maintenir le jeu dans la moitié de terrain adverse, le Barça pour y conserver le ballon et l’Atletico pour tenter d’y pousser son adversaire à la faute (coup de pied arrêté, erreur technique…). Les entrées en jeu de Torres (68e) puis de Raul Garcia (74e) ont offert à l’Atletico des solutions supplémentaires pour le jeu long.

Les Colchoneros ont eu deux grosses situations de but dans cette configuration : d’abord une contre-attaque menée par Mandzukic, suite à une glissade de Mascherano alors qu’il était en couverture dans le camp adverse (78e), puis un éclair de Arda Turan dans la défense catalane, suivi d’un centre de Torres qui n’a toutefois pas pris Bravo à défaut (80e). Les minutes défilant, les Blaugranas ont néanmoins pu remettre le pied sur le ballon avant que Messi n’inflige le coup de grâce (3-1).

Conclusion :

A l’instar de Tata Martino la saison dernière (face au Real Madrid), l’expérience « Messi à droite dans un grand match » s’est avérée être un franc succès pour Luis Enrique. En plus d’être impliqué sur les 3 buts, l’Argentin a participé à l’effort défensif dans son couloir et le Barça a su contrôler son adversaire dans l’axe grâce à l’activité de Suarez, bien secondé par Rakitic – auteur d’un gros match par ses courses offensives comme défensives – et Iniesta. Reste à savoir si Luis Enrique pourra renouveler l’expérience dans les prochains grands rendez-vous du Barça, ce que n’avait pas pu faire Martino. L’intégration de Luis Suarez à cette équation pousse à l’optimisme…

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3 réponses

  1. Raphael dit :

    Incroyable votre site ! Je ne suis pas fan de foot mais plus de science, finalement les deux marche bien ensemble !

  2. Je suis d’accord avec Raphaël.Je suis fan de football et j’ai adoré votre analyse tactique de ce match.Bravo.

  3. ali dit :

    je viens de decouvrir votre site vraiment chapeau pour les analyses apres match c du grand travail ca merite d’etre plus connus

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