Barcelone 2-1 Atletico Madrid, l’analyse tactique

Samedi dernier, la Liga présentait un choc au sommet entre le Barça et l’Atletico Madrid. Ayant un match en retard depuis le mois de décembre et sa participation au Mondial des Clubs, Barcelone accueillait une formation madrilène qui la talonnait en tête du classement (48 points chacun). Bousculés d’entrée de jeu, les Catalans ont eu besoin d’une vingtaine de minutes pour se mettre au niveau. Assez réalistes pour renverser le score avant la mi-temps, ils ont ensuite profité des expulsions de Filipe Luis et Godin pour conserver cette avance.

Les compositions :

Aucune surprise à signaler dans le onze de départ du Barça pour ce match : tous les titulaires sont là. Côté Atletico, Diego Simeone étonne un peu plus en titularisant Ferreira-Carrasco dans l’axe aux côtés de Griezmann. Mais à part ça, l’Argentin fait lui aussi dans le classique.

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L’Atletico enfonce le Barça : 

Et ce sont les Colchoneros qui réalisent d’assez loin la meilleure entame. A l’instar de ce qu’avait produit l’Athletic Bilbao en début de saison, les joueurs de Simeone choisissent d’aller chercher le Barça très haut. En première ligne, Griezmann et Ferreira-Carrasco se partagent le travail sur Mascherano, Piqué et Busquets (quand l’un sort sur un défenseur, l’autre prend Busquets et vice-versa).

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Griezmann, sort sur Mascherano, Ferreira-Carrasco suit le déplacement de Busquets et délaisse Piqué.

Le deuxième rideau suit les attaquants lorsqu’ils doivent aller chercher le Barça jusque dans ses 20 mètres. Lorsque le duo est sorti, c’est au tour de Gabi ou Augusto de reprendre la zone occupée par Busquets pour accompagner le pressing. Réactifs, les autres milieux bloquent les solutions courtes (latéraux, relayeurs). En dernier recours, les latéraux répondent aussi aux décrochages de Messi ou Neymar, lorsque ces derniers tentent de se rendre disponibles sur les côtés.

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Ferreira-Carrasco met la pression sur Piqué, Koke s’apprête à suivre l’effort en sortant sur Daniel Alves. Dans l’axe, Gabi suit Busquets tandis qu’Augusto couvre le milieu excentré côté ballon.

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L’Atletico referme son organisation : certains sont sur les lignes de passes (tracé plein), d’autres prêts à mettre la pression (pointillés). Dans l’axe, Gabi occupe l’espace et peut venir en aide à Filipe Luis (Messi) ou accentuer la pression sur Busquets.

Preuve de l’efficacité du pressing madrilène, le Barça ne parvient à entrer dans la moitié de terrain adverse qu’à partir de la 5ème minute de jeu (!). Entre temps, l’Atletico a déjà eu le temps de se montrer dangereux (Saul, 2e). S’il se projette vite vers l’avant lorsqu’il faut remonter le terrain, les joueurs de Simeone se montrent aussi très à l’aise dans les petits espaces sur les côtés à l’approche et dans les 30 derniers mètres des Blaugranas.

Souvent à contretemps sur ces séquences – et cela durera jusqu’au bout de la rencontre -, les joueurs de Luis Enrique ont du mal à remettre le pied sur le ballon et n’ont donc pas de ballons de contre à jouer. Sur une remise en jeu, Saul fait la différence face à Jordi Alba. Lancé en profondeur, il centre au deuxième poteau pour Koke qui reprend de volée et ouvre le score (10e). L’Atletico vient de faire la différence sur sa deuxième opportunité de la partie. Et il ne veut pas s’arrêter en si bon chemin.

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Les remises en jeu sont de vrais ballons d’attaque pour l’Atletico, qui s’appuient alors sur la qualité de ses milieux et ses attaquants (technicité et mobilité) pour travailler dans les intervalles laissés par le bloc adverse.

Barcelone, poussé à l’exploit technique : 

Cette ouverture du score réveille toutefois les champions d’Espagne et d’Europe en titre. Face au pressing adverse, Neymar est le premier à élever son niveau de jeu : les prises de balle et accélérations du Brésilien provoquent les premières brèches dans le bloc rouge et blanc (10e). Quelques minutes plus tard, c’est Iniesta qui le libère dans le coeur du jeu et lui permet de trouver Messi… mais Godin écarte le danger.

En position basse, l’Atletico se replie dans ses 40 mètres : attaquants et milieux de terrain cadrent le porteur et travaillent pour le repousser vers les côtés. En cas de passe à l’intérieur du bloc, les défenseurs sont présents à l’impact et rapidement aidés par le retour des joueurs éliminés. Face à un tel quadrillage, les joueurs du Barça sont forcés de réaliser de vraies prouesses techniques pour approcher les buts d’Oblak (Rakitic, Iniesta, Neymar, Suarez…).

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Tout le bloc travaille à orienter le porteur de balle et le jeu vers les côtés.

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La moindre passe intérieure provoque une réaction immédiate : marquage serré des défenseurs, repli des milieux et une prise à deux ou trois sur l’attaquant ciblé.

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Sur cette séquence, Suarez se retrouve pris entre Godin, Filipe Luis et Augusto Fernandez.

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Cette fois, c’est Rakitic qui est recherché par Daniel Alves.

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Pour créer le décalage, le Croate a dû éliminer deux joueurs tout en étant servi dos au jeu. Il faudra une faute de Godin pour stopper l’action (premier carton jaune de l’Uruguayen dans ce match).

Ayant peu de champ lorsqu’il se positionne entre les lignes, Messi tente de varier le jeu en se rendant disponible à l’extérieur du bloc adverse. Il y trouve un peu d’espace et cherche à l’exploiter en alertant ses latéraux via des diagonales (Jordi Alba, Daniel Alves) afin de passer par-dessus la défense… sans succès toutefois même si le latéral brésilien réalise tout de même la première frappe du match pour les Blaugranas (contrée, 16e).

Busquets transforme la relance, l’Atletico recule : 

Toujours gêné par l’Atletico lorsqu’il évolue dans son camp, le Barça modifie sa relance en milieu de première mi-temps. Busquets décroche entre ses deux centraux (Mascherano et Piqué), ce qui permet à ces derniers de s’excentrer. Désormais, ils peuvent contourner la première ligne formée par Griezmann et Ferreira-Carrasco et remonter le ballon jusqu’aux abords de la ligne médiane.

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Le passage en 3-4-3 à la relance permet à Mascherano et Piqué de gagner du terrain en portant le ballon dans les espaces sur les côtés.

Le recul de Busquets est aussi intéressant dans le sens où il offre une solution supplémentaire au Barça sur laquelle s’appuyer lorsque la pression adverse se fait trop forte. Il est aussi un relais utile entre Piqué et Mascherano (14 passes entre les deux dans la première demi-heure, seulement 2 jusqu’à la mi-temps) car l’Atletico profitait des passes latérales entre les deux centraux adverses pour remonter son bloc (grâce à Griezmann). Avec un intermédiaire de plus, susceptible de changer la direction du jeu, il est beaucoup plus difficile de ressortir pour l’Atletico.

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La passe latérale est impossible pour Piqué car trop dangereuse sur cette séquence (trop de distance entre Piqué et Mascherano).

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Le décrochage de Busquets réduit la distance entre Piqué et son premier soutien, rendant le pressing plus difficile pour les Madrilènes.

Cette réorganisation du Barça s’accompagne d’une agressivité en hausse côté madrilène (relation de cause à effet ?). Moins au contact, moins efficace dans les prises à deux ou trois, les Colchoneros multiplient les fautes et permettent au Barça de s’installer progressivement dans leur moitié de terrain (10 fautes, 3 cartons jaunes et 1 carton rouge entre la 20ème et la 45ème minute contre une seule faute durant les 20 premières minutes).

Enfin dans son match, le Barça fait preuve de réalisme en marquant sur sa première grosse occasion, consécutive à un ballon récupéré haut par Mascherano et ramené dans la zone de vérité alors que l’Atletico n’avait pas eu le temps de se repositionner (Messi, 30e). Quelques minutes plus tard, Piqué remonte un ballon à Daniel Alves côté droit : le latéral profite du champ libre qui lui est laissé par Koke pour lancer Suarez dans la profondeur. L’Uruguayen prend le dessus sur Gimenez et trompe Oblak (2-1, 38e).

En infériorité numérique, l’Atletico s’accroche : 

L’expulsion de Filipe Luis juste avant la mi-temps (44e) fait basculer la rencontre. Au retour des vestiaires, l’Atletico se retrouve en 4-4-1 : Gabi a cédé sa place à Jesus Gamez, remplaçant de Filipe Luis à gauche ; Koke est passé dans l’axe et a laissé l’aile à Ferreira-Carrasco ; enfin, Griezmann est désormais seul à la pointe de l’attaque. Avec cette configuration, il est évidemment plus dur pour l’Atletico d’aller chercher le Barça dans sa moitié de terrain.

L’équipe de Diego Simeone fait toutefois front de manière efficace. Très compacte dans l’axe, la ligne des quatre milieux de terrain repousse le Barça sur les côtés où il est attendu : Jesus Gamez et Juanfran effectuent un marquage très serré sur le joueur excentré (Neymar, Messi ou Alves, Alba selon les situations) et le reste du bloc se déplace bien pour bloquer les relais intérieurs. Malgré la supériorité numérique, le Barça ne va pas tenter une seule fois sa chance en 20 minutes (jusqu’à la 65ème minute).

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Le 4-4-1 attend le Barça dans sa moitié de terrain. Les milieux accentuent leur travail de cadrage, notamment afin de protéger les espaces plus grands qui séparent les centraux et les latéraux. Lorsque c’est bien exécuté, les latéraux peuvent déclencher le pressing sur les côtés.

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Un danger pour l’Atletico : les incursions d’Iniesta (ou de Rakitic) entre le central et le latéral.

L’Atletico fait même mieux que défendre puisqu’il s’offre plusieurs séquences dans la moitié de terrain adverse. Griezmann en pointe et surtout Ferreira-Carrasco depuis son aile gauche mènent les sorties de balle face à des Blaugranas toujours en difficulté pour défendre. L’Atletico est à deux doigts (de pied de Bravo) du coup parfait à la 55ème, lorsque Ferreira-Carrasco dépose un centre sur la tête de Griezmann. Le Français bute sur son ancien coéquipier de la Real Sociedad. Un véritable tournant dans ce match, puisque l’Atletico n’aura plus d’occasions de revenir, malgré plusieurs opportunités sur coups de pied arrêtés.

L’expulsion de Godin pour un deuxième carton jaune (65e) met en effet fin aux derniers espoirs madrilènes. Les Colchoneros continuent de s’accrocher en défense mais sont obligés de reculer d’une quinzaine de mètres, passant à un bloc très bas. Désormais maître de l’orientation du jeu, le Barça fait tourner dans le camp adverse et a plusieurs opportunités pour aggraver la marque mais Arda Turan et Daniel Alves manquent le cadre (77e, 79e).

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Même à 9 contre 11, l’Atletico conserve les mêmes principes : orienter les lancements de jeu vers les côtés et serrer de près les relais intérieur. Problème, il quadrille évidemment beaucoup moins de terrain.

Conclusion : 

Depuis que Diego Simeone a repris l’Atletico, les confrontations avec le Barça ont rarement déçu et celle-ci n’a pas dérogé à la règle. L’Atletico a réalisé un grand match, confirmant qu’il serait un rival de poids tant sur la scène nationale que continentale. Au-delà de leur pressing du début de match et de leur solidité défensive, les Colchoneros ont montré de vraies capacités dans les petits espaces, qui se révèlent très utiles sur les remises en jeu et autres phases arrêtés. A ce niveau, la progression de Ferreira-Carrasco est à suivre, l’ancien Monégasque semblant marcher sur les traces de Griezmann.

Côté Barça, Luis Enrique devra justement retenir les difficultés de son équipe au moment de récupérer le ballon. Certes, le Barça a eu du mal mais il s’en est une nouvelle fois sorti en modifiant son circuit de jeu (décrochage de Busquets). Avec seulement 10 tirs au but dans le match, il a surtout été réaliste, ce qui lui a permis de s’imposer. Ce match doit tout de même servir de leçon alors que le retour de la Ligue des Champions approche : il semblerait que l’équipe n’ait pas encore retrouvé le rythme de la saison dernière… comme beaucoup d’autres candidats à la victoire finale de toute façon.

Lien : Les analyses sur l’Atletico Madrid 

Lien : Les analyses sur le FC Barcelone 

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