FC Barcelone 1-1 Atletico Madrid, l’analyse tactique

Invaincu face à Barcelone cette saison avant cette 5ème confrontation, l’Atletico devait réitérer la même performance samedi pour aller chercher le titre de champion d’Espagne. S’appuyant toujours sur les mêmes qualités, les Colchoneros ont atteint leur objectif. Car en face, malgré quelques changements notables dans le onze de départ, le Barça est retombé dans ses travers après avoir pourtant ouvert le score.

Son équipe étant obligée de l’emporter pour aller chercher le titre, Tata Martino a fait deux choix importants dans son onze de départ : Xavi et Neymar ont débuté sur le banc de touche, respectivement remplacés par Fabregas et Pedro. Ces deux choix découlaient certainement des enseignements tirés par le coach argentin à l’issue de la double confrontation en Ligue des Champions. A l’aller comme au retour, son équipe n’avait jamais su mettre la défense adverse en difficulté. Avec Pedro, plus attiré par l’axe que Neymar lorsqu’il évolue à gauche, et Fabregas capable de se muer en deuxième attaquant, Martino espérait sans doute offrir plus de solutions à ses créateurs dans la zone de vérité.

Côté Atletico Madrid, Diego Simeone a proposé un onze de départ sans surprise. Tiago et Gabi formaient l’entrejeu, encadrés par Koke et Arda Turan. Derrière, la défense ne bougeait pas. Devant, Villa retrouvait le Camp Nou aux côtés de Diego Costa.

Pedro et Sanchez pour accentuer la pression : 

En Ligue des Champions, à l’aller comme au retour, Tata Martino avait débuté la partie avec une équipe renforcée au milieu de terrain : Xavi et Fabregas étaient sur la pelouse avec Iniesta et Busquets. Le Barça ne s’appuyait donc que sur deux véritables attaquants : Neymar et Messi. Cela a entraîné plusieurs problèmes dans l’animation offensive de l’équipe, notamment sur les ailes. Aligné à droite en début de partie, Neymar se déplaçait très rapidement vers le flanc gauche ; il devenait alors le pendant d’Alves, en tant qu’unique solution « individuelle » sur l’aile (Alba en est une autre, mais a besoin d’être lancé pour être dangereux).

Aussi compact que mobile sur la largeur du terrain, le 4-4-2 de l’Atletico n’a eu aucun mal à bloquer ces deux hommes. Côté gauche, Koke pouvait de sortir au pressing sur Daniel Alves tout en profitant de la couverture de Filipe Luis, rarement gêné par un adversaire. A droite, Juanfran a rapidement pris l’avantage sur Neymar le long de la ligne de touche, laissant ses partenaires au milieu de terrain limiter l’influence d’Iniesta et Alba. Symbole de la sérénité de l’Atletico, Godin et Miranda étaient souvent sans opposition dans l’axe de la défense.

En titularisant Pedro et Sanchez, Tata Martino a tenté de remédier à ce problème. A l’inverse de Neymar, qui s’écartait généralement de l’axe afin de recevoir le ballon sur l’aile gauche, Pedro se déplaçait vers l’intérieur du terrain et le coeur de la défense madrilène. Il attirait ainsi à lui Juanfran, qui se rapprochait de Miranda – son défenseur central – afin d’encadrer au mieux le Barcelonais. Conséquence, beaucoup plus d’espaces pour Adriano dans le couloir. Le Brésilien a même pu se signaler en repiquant dans l’axe pour tenter une frappe à mi-distance en cours de première mi-temps.

La donne était la même côté gauche avec Daniel Alves et Sanchez. Le Chilien attirait Filipe Luis vers l’intérieur du terrain, ce qui créait une situation de un-contre-un entre Daniel Alves et Koke. En Ligue des Champions, l’Atletico était à l’inverse capable de déclencher un pressing depuis les couloirs : Koke devait coulisser pour bloquer le latéral brésilien, mais il pouvait ensuite sortir sur Alves grâce à la couverture de Filipe Luis. Cette fois, les Madrilènes ont beaucoup plus subi les débats dans leur camp à cause du poids de Pedro et Sanchez sur leur défense.

Soutien direct d’Alves et Sanchez côté droit, Fabregas bénéficiait d’une certaine liberté lorsque les ballons ressortaient du couloir. Il s’est d’ailleurs retrouvé à l’origine de l’ouverture du score barcelonaise en lançant Messi dans la profondeur (34e) et a changé le jeu à plusieurs reprises depuis cette zone de jeu. A l’inverse, côté gauche, le repli de Villa a limité les ballons pour Iniesta dans cette même position.

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Après avoir entraîné Koke sur l’aile droite, Daniel Alves ressort le ballon sur Fabregas. Le temps que l’attaquant de l’Atletico revenu défendre sorte à sa rencontre, le milieu a le temps de réorienter le jeu. S’il y a de la place côté gauche, il va lancer Messi dans le dos de la défense. Un amorti de l’Argentin plus tard, Sanchez expédie une frappe énorme dans les filets de Courtois.

Par rapport à la double confrontation de Ligue des Champions, Barcelone a ainsi donné l’impression de maîtriser un peu plus son sujet lorsqu’il était en possession du ballon dans le camp madrilène – ou en tout cas de moins subir la pression adverse -. Cela a permis au Barça de ressortir plus facilement des couloirs afin de réorienter le jeu. Il a ainsi multiplié les approches sur la largeur (de la gauche vers la droite, et inversement) : les ballons remontaient sur un côté, ressortaient du couloir, allaient de l’autre côté jusqu’à ce que le bloc de l’Atletico soit le plus bas possible. Intervenaient alors Iniesta ou Messi – qui décrochait de sa position d’attaquant de pointe – pour tenter d’accélérer le jeu dans l’axe en fixant les milieux adverses.

Les Catalans se sont toutefois heurtés la majeure partie du temps à la solidité du bloc rojiblanco : les milieux madrilènes n’ont perdu que très peu de duels. Surtout, le Barça s’est montré incapable de trouver des relais dans le coeur du jeu, entre des lignes adverses évidemment très resserrées. Messi et Iniesta ont ainsi généralement dû se contenter d’écarter le jeu vers les côtés, où Adriano et Alves se chargeaient ensuite de faire les derniers gestes vers la surface de réparation adverse. L’Atletico est toutefois resté maître dans ses 18 mètres, malgré quelques centres qui ont atterri sur des têtes barcelonaises (sans toutefois inquiéter Courtois).

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Une fois installé dans le camp adverse, le Barça s’appuie sur les décrochages de Messi et les déplacements d’Iniesta dans l’entrejeu pour fixer les milieux madrilènes. A défaut de trouver des relais dans la profondeur, les deux hommes orientent le jeu vers les côtés. Ici, Messi envoie le jeu vers Daniel Alves qui se retrouve face à Filipe Luis, d’abord rentré à l’intérieur pour suivre Sanchez.

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En plus de soutenir la paire Daniel Alves-Sanchez côté droit, dans un rôle rappelant celui de Xavi, Fabregas est aussi chargé d’occuper la pointe de l’attaque lorsque Messi redescend pour toucher le ballon et placer ses accélérations.

L’Atletico, malgré les blessures :

Au-delà de ce retour à une animation offensive plus équilibrée – bien que loin d’être totalement efficace… -, le Barça a profité du retour de Pedro et Sanchez dans le onze de départ pour aller chercher les relances de Godin et Miranda. A plusieurs reprises, les deux ailiers sont ainsi sortis à hauteur de Messi pour forcer le jeu long des défenseurs de l’Atletico Madrid. Mais comme souvent avec le Barça ces dernières années, les problèmes commençaient à la retombée de ces longs ballons. En début de partie, Diego Costa a vite pris la mesure de ses adversaires directs, n’hésitant pas à aller dans la zone des adversaires les plus faibles dans le jeu aérien (Mascherano, Adriano…).

L’attaquant de l’Atletico remettait ensuite le ballon dans l’axe, zone où ses milieux de terrain étaient comme d’habitude très actifs sur les seconds ballons. Durant les premières minutes de jeu, ce sont ainsi les Colchoneros qui ont pris les choses en main en conservant le ballon dans le camp barcelonais. Car sitôt la récupération effectuée, ils s’appuyaient sur leur conservation de balle habituelle, au milieu de terrain et dans les couloirs. Leur objectif était ensuite de trouver des solutions en profondeur, grâce à l’apport des latéraux et aux appels de Diego Costa dans le dos d’Adriano ou Daniel Alves.

Très important par son impact physique, la sortie du Brésilien aurait pu poser des problèmes. Son remplacement par Adrian (16e) ne s’est d’ailleurs pas fait sans mal puisque l’Atletico a traversé une période plus compliquée à ce moment de la rencontre. Mais paradoxalement, la blessure d’Arda Turan quelques minutes plus tard a permis à Simeone de retrouver un joueur capable de peser dans le jeu aérien. Entré en jeu à la place du Turc, Raul Garcia (23e) a récupéré le rôle d’impact-player dans les airs. Une tâche qu’il avait déjà parfaitement remplie lors du match retour de Ligue des Champions.

A gauche : les duels aériens joués et gagnés par l’Atletico Madrid ; à droite, ceux de Raul Garcia.

Dix minutes sous haute pression : 

Dos au mur après l’ouverture du score de Sanchez, l’Atletico a su repartir de l’avant juste avant la mi-temps. Avec toujours la même formule : mettre le ballon dans le camp du Barça et infliger une énorme pression sur la remontée de balle catalane. Après la pause, les Colchoneros sont revenus encore plus forts dans cet exercice, osant effectuer un « pressing total » en bloquant toutes les solutions barcelonaises.

Comme d’habitude, ce ce sont les milieux de terrain et les attaquants qui ont travaillé ensemble afin d’aller bloquer les rampes de lancement catalanes. Adrian et Villa étaient en première ligne, s’opposant à deux des trois premiers relanceurs du Barça (Busquets, Piqué, Mascherano). Au niveau des milieux de terrain, Tiago restait en couverture dans l’entrejeu, laissant le soin à Gabi, Koke et Arda Turan de bloquer le troisième homme de la relance (Busquets, Piqué ou Mascherano donc) ainsi que les deux relais du Barça dans l’axe (Fabregas, Iniesta). Les latéraux complétaient ce pressing, Filipe Luis pouvant par exemple sortir jusqu’au niveau de Daniel Alves dans son couloir.

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Le 4-4-2 de l’Atletico face à la relance du Barça : les attaquants bloquent les trois relanceurs adverses. A droite, Raul Garcia se positionne sur la ligne de passe entre Mascherano et Adriano, qui peut recevoir la pression de Juanfran, déjà dans le camp adverse. Dans l’axe, Gabi et Koke bloquent Iniesta et Fabregas. Tiago joue lui un cran plus bas, encadrant Messi avec Diego Godin (hors-champ). Seul joueur libre, Daniel Alves n’est accessible que grâce à une transversale, soit un long ballon qui offrirait assez de temps aux Madrilènes pour réagir et se replacer en conséquence.

L’Atletico a ainsi bâti son retour dans le match grâce à sa capacité à étouffer le Barça dans sa propre moitié de terrain. Le pressing n’était pas sans risque, puisqu’il obligeait la défense madrilène à évoluer très loin des buts de Courtois sur ces phases de jeu afin de laisser le minimum d’espaces à Messi. S’il avait réussi à faire exploser le pressing du Real Madrid lors du dernier Clasico, l’Argentin a cette fois été complètement éteint par Godin et Tiago, qui l’ont contrôlé sans grande difficulté. Le Barça s’est ainsi retrouvé piégé, sans solution pour ressortir « au sol » de sa moitié de terrain.

En possession, l’Atletico profitait aussi de l’inefficacité du pressing barcelonais depuis sa propre moitié de terrain pour faire circuler le ballon. Le but était simple : faire courir les Blaugranas en attendant les appels de Villa ou Adrian dans la profondeur. Si l’ancien Catalan a touché le montant dès la reprise, ces actions aboutissaient surtout sur des coups de pied arrêtés. Toujours supérieurs dans l’exercice, les Colchoneros sont ainsi revenus au score sur un corner grâce à la tête de Diego Godin (49e).

Coaching : 

Certainement touchés par cette égalisation, les Catalans n’ont pas trouvé les ressources pour se relever dans la dernière demi-heure. Tata Martino a pourtant bien tenté quelque chose en faisant entrer Neymar à la place de Pedro  (61e). A l’instar de l’Espagnol dans les minutes précédant sa sortie, le Brésilien a souvent repiqué dans l’axe afin d’aller perturber le duo Tiago-Godin, chargé jusqu’ici de bloquer Messi.

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Alors que Piqué est chargé de relancer, Pedro quitte son aile gauche pour offrir une solution entre Tiago et Godin. 

L’Atletico a toutefois su répondre à cet ajustement en évoluant plus bas dans la dernière demi-heure. Le score aidant, les Madrilènes n’avaient plus besoin de forcer la relance du Barça. Faisant bloc dans sa moitié de terrain, le 4-4-2 n’a laissé que très peu d’espaces aux Blaugranas, qui ont dû insister par la voie des airs pour approcher les buts de Courtois. Sans grande réussite évidemment, malgré un but refusé à Messi pour hors-jeu suite à une remise de la tête de Fabregas et un centre de Daniel Alves. Même les montées de Piqué dans le final n’ont pu inverser la tendance.

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5 réponses

  1. Duc Anh dit :

    Toutefois Martino a fait un bon travail dans sa situation. Atlético mérite le Champion. Le club a vraiment un bon effectif et c’est certainement le résultat d’un projet parfait.

  2. xavihernandez dit :

    Lorsque Busquets se blesse (malheureusement) j’aurais préféré voir rentré Xavi, et pas Song. Le choix de Tata Martino ici (faire du pseudo poste pour poste) prouve son manque de confiance et son manque d’ambition. A 1-1 il n’y a plus de de question à se poser. Il fallait un choix un peu plus offensif.
    Ensuite, j’ai trouvé qu’à chaque fois que Messi décrochait, il était beaucoup plus bénéfique à son équipe. Et Fabregas dans la surface peut être dangereux. Une alternance un peu plus poussée entre ces deux joueurs (physiquement éprouvant c’est vrai mais c’était ZE match, surtout pour Fabregas) aurait plus déstabilisé cette défense madrilène.
    C’est dommage on a vu un Pedro en difficulté (certainement dû à l’arrivée de Neymar) et très approximatif techniquement. On avait l’habitude de beaucoup mieux.

  3. Duc Anh dit :

    @xavihernandez – tu as peut-être raison. A mon avis, je préfère que Neymar joue dans l’axe et Messi revienne à l’aile droite comme auparavant.

  4. Brizio dit :

    Superbe analyse, comme d’hab !!
    Tu vas avoir du taf cet été, j’ai hate de te lire surtout apres les Espagne Chili, Allemagne Portugal, Uruguay Italie (c’est le match « chiant à voir » à première vue, mais un régal tactique à coup sur)…

    DUC : Messi à droite c’est plus possible, tant ce gars a pris de l’importance et du « pouvoir ». Et je parle même pas de l’aspect replacement defensif qu’il faudrait s’il rejouait à l’aile..
    Si on veut obtenir à la fois une efficacité offensive et avoir un rendement maximal de messi (sa qualité de passe est juste dingue), il faudrait un 4-2-3-1, dans lequel il évoluerait derrière l’attaquant. Une compo un peu comme l’espagne 2010. Mais en catalogne, pas touche au 4-3-3. Donc impasse claire et nette. J’evoque meme pas le 3-4-3 tant ce système est spécifique.

  5. the teacha dit :

    J’adore le barca avec ses idées et son style mais là, ca fait 2 ans qu’ils nous montrent leurs limites. Il est vraiment temps de reprendre un vrai joueur de surface comme Larsson, eto’o ou Zlatan il y a quelques années pour faire des différences dans les airs, en appui….etc…

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