Atletico Madrid 0-3 Real Madrid : l’analyse tactique

Avant le week-end dernier, le Real Madrid était en tête de la Liga mais n’avait pas affronté un seul de ses rivaux en championnat (Barça, Atletico, Séville). Le court déplacement au Vicente-Calderon faisait donc figure de test pour une formation merengue encore à la recherche d’un vrai match-référence cette saison. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Zidane et ses joueurs ont réussi leur coup.

Les compos : 

C’est pourtant un Real décimé qui a fait le déplacement : Pepe, Casemiro, Kroos, et Morata n’étaient même pas dans le groupe, alors que Ramos et Benzema sont restés sur le banc de touche au coup d’envoi. Résultat, une équipe remaniée et un système de jeu adapté aux titulaires : le Real a débuté la partie en 4-4-1-1 avec Isco en soutien de Ronaldo, Lucas Vasquez et Bale sur les côtés, Modric et Kovacic dans l’axe.

En face en revanche, pas d’adaptation pour Diego Simeone. Incertain avant la rencontre, Griezmann était bien titulaire au coup d’envoi aux côtés de Torres, préféré à Gameiro. Derrière les deux hommes, c’était du grand classique avec les deux lignes de quatre titulaires depuis le début de la saison.

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Le match n’est peut-être pas resté dans les mémoires, mais la finale de la Ligue des Champions 2015-16 avait été le théâtre d’une belle leçon de la part du Real Madrid de Zidane. Pour la première fois dans un grand match, une équipe avait su trouver de solutions aux problèmes posés par l’Atletico. Loin de prendre le dessus dans le jeu, le Real avait surtout répondu à son rival en contrant ses points forts. Il a reproduit le même schéma samedi soir.

Présence sur le jeu direct : 

S’il est en progression dans ce secteur cette saison, l’Atletico est encore loin des meilleures équipes du moment sur attaque placée. Pour le faire déjouer, il s’agit donc de contrôler toutes les phases de jeu qui lui permettent d’attaquer rapidement le but adverse.

Première étape, être en mesure de répondre au jeu long d’Oblak en étant présents dans les airs et sur les deuxièmes ballons. Dans ce secteur, le Real a été très bon en première mi-temps. Le jeu long de l’Atletico (Oblak, Godin, Savic) a été bien contrôlé grâce la cohésion entre les deux lignes défensives madrilènes.

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La mobilité d’Isco (voir par ailleurs) dans le dos des milieux adverses en faisait ensuite un relais naturel pour déjouer la pression madrilène une fois le ballon remis au sol. La première mi-temps a au final vu l’Atletico s’entêter dans un jeu long peu efficace en raison de la présence madrilène à la retombée.

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S’il a mis plus d’intensité après la pause et que les lignes se sont étirées côté madrilène, le 2e but du Real a bien illustré l’impuissance des Colchoneros sur ces phases de jeu : l’action se terminant sur la faute de Savic sur Ronaldo (71e) est en effet partie d’une tête de Varane à la retombée d’un dégagement d’Oblak.

L’anti-jeu de position : 

Deuxième clé face à l’Atletico : éviter son pressing. Comme de la dernière finale de Ligue des Champions, le Real s’est appuyé sur sa qualité technique pour se défaire du pressing haut des Colchoneros. Dans ses 30m, il s’est reposé sur Marcelo et Bale afin de fixer l’Atletico côté gauche avant de chercher l’opposée. Autre élément important : Isco. Electron-libre dans la zone de Gabi et Koke, l’Espagnol s’est révélé insaisissable dans les 20 premières minutes (3 fautes obtenues) et a permis au Real de ressortir de son camp.

Une fois arrivé au milieu, le Real se retrouvait face au 4-4-2 classique de l’Atletico en phase défensive. Désormais, le danger était de se retrouver piégé dans les « traps » posés par le système défensif des Colchoneros. Le Barça et le Bayern Munich, pourtant maîtres dans l’art du jeu de position, s’y sont cassés les dents. Alors puisque le jeu de position ne fonctionne pas, pourquoi ne pas faire le contraire ?

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Contre l’Atletico, progresser « ligne par ligne » vers le but adverse, c’est avoir quasiment la garantie de se retrouver face à une équipe regroupée dans ses 30 mètres et presque imprenable défensivement. Le Real a choisi l’option contraire. Si l’action n’aboutissait pas, il valait mieux ressortir le ballon pour le conserver au milieu de terrain, où Isco, Bale, Lucas Vasquez n’hésitaient pas à décrocher pour multiplier les solutions.

Ce choix de reculer encourageait l’Atletico à ressortir. Cela mettait certes souvent le Real sous pression, mais ses joueurs étaient capables de la supporter grâce à leur supériorité technique. Et s’il fallait parfois revenir jusqu’à Keylor Navas, ce dernier avait une cible à viser pour augmenter les chances de conserver le ballon : Gareth Bale avait en effet un gros avantage dans le domaine aérien sur Juanfran.

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A l’issue de la rencontre, un chiffre a illustré cette envie du Real de ne pas s’installer face au bloc bas de l’Atletico : le nombre de passes réalisées au milieu de terrain. Habituellement, les Madrilènes passent 45% de leur temps dans cette zone. Contre l’Atletico, ce chiffre est monté jusqu’à 65%… c’était quasiment le même lors de la finale de la Ligue des Champions (64%).

Ce choix tactique avait toutefois un bémol : avec peu de solutions pour progresser vers le but adverse, le Real était forcément dépendant d’exploits individuels, de jeu direct ou de coups de pied arrêtés pour porter le danger sur les buts d’Oblak. C’est là que l’ouverture du score a pris toute son importance : en menant, il a pu rester dans ce projet de jeu minimaliste, alors que l’Atletico a dû se découvrir.

Qui plus est, en laissant à Bale, Ronaldo ou Isco la charge de mener les attaques, les Merengue n’avaient pas de problèmes d’équilibre à la perte du ballon. Cela leur a permis de presser l’Atletico afin de ralentir ou couper son jeu de transition à la source. C’est d’ailleurs sur des récupérations de balle rapides qu’ils se sont crées leurs premières situations de la rencontre (centre d’Isco pour Bale, 4e – tête de Ronaldo, 11e – tir de Modric, 20e).

Un Atletico mieux organisé après la pause : 

A l’issue de la rencontre, Diego Simeone a reconnu en conférence de presse la supériorité du Real… en première mi-temps. Privée de munitions par le jeu développé par le Real, son équipe s’est révélée incapable de construire jusqu’à la pause. Défensivement, les Madrilènes ont bloqué Koke, réduisant l’influence de la principale rampe de lancement de l’Atletico, qui n’a pas pu se reposer sur une autre solution (Savic, Godin ou Gabi).

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Pendant 45 minutes, l’Atletico a du coup eu toutes les peines du monde à avancer dans le camp madrilène. La plupart de ses attaques se sont développées sur le côté droit après avoir été préparées à gauche mais sans la moindre fixation. Résultat, la défense madrilène n’était pas battue en fin de mouvement et le Real restait maître de la situation dans sa surface de réparation.

Au retour des vestiaires en revanche, les choses ont changé grâce à la montée en régime de Filipe Luis. Discret en première période, le latéral gauche a pris beaucoup plus d’initiatives balle au pied. Avec Carrasco devant lui et Koke à ses côtés, il a été le principal animateur des attaques de l’Atletico, beaucoup plus passé par le flanc gauche.

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Ce temps fort de l’Atletico a été confirmé par les chiffres puisque l’équipe de Simeone a pris la possession (65%) et l’avantage aux nombre de tirs (4-2) dans le premier quart d’heure de la deuxième mi-temps. A cela, il faut ajouter sa plus belle opportunité avec un centre très fort de Griezmann devant le but que personne n’a su couper.

Mais les Colchoneros n’ont pas su profiter de ce temps fort pour revenir au score. Et les minutes passant, l’intensité de la rencontre est quelque peu retombée. Malgré son regain de forme, l’Atletico n’a pas semblé au mieux physiquement dans ce match. Griezmann a été moins disponible que d’habitude, tandis que Saul et Torres ont été fantomatiques devant. Les entrées de Correa et Gameiro (62e) ont ensuite manqué d’impact.  Le penalty généreux accordé à Ronaldo (71e) a ensuite scellé le sort de la rencontre.

Conclusion : 

Le 3-0 est très sévère pour l’Atletico, la différence s’étant faite sur un coup-franc dévié et un penalty généreusement accordé. Face à Zidane, Diego Simeone se retrouve néanmoins pour la première fois face à un coach qui lui pose des problèmes en lui répondant sur ses points forts. La solution n’est toutefois pas dans la remise en question de ces derniers. Elle est réellement dans l’amélioration des points faibles : si l’Atletico progresse sur attaque placée, il aura de quoi répondre au Real lors de leur prochaine confrontation.

Côté Real Madrid, ce succès se pose comme un véritable remake de la finale de la Ligue des Champions. Ce qui est intéressant, c’est que l’équipe n’est pas du tout la même, prouvant que le discours et les consignes de Zidane passent auprès de l’ensemble du groupe. Avec 4 points d’avance sur le Barça, le Real se permet en plus de mettre la pression sur les Blaugranas à 2 semaines du Clasico. Le coup parfait !

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