Atletico Madrid 0-1 Barcelone, l’analyse tactique : une répétition avant la Juve ?

Devenu le match du titre suite au but de Messi peu après l’heure de jeu, ce déplacement du Barça sur la pelouse de l’Atletico Madrid a aussi été l’occasion d’une petite répétition en vue de la finale de la Ligue des Champions. Car même si les Colchoneros possèdent moins d’atouts offensifs, ils ont quelques points communs intéressants avec la Juventus.

Les compositions : 

Pour ce choc de l’avant-dernière journée de la Liga, il ne manquait que deux acteurs principaux au coup d’envoi : Miranda pour l’Atletico Madrid – remplacé par Gimenez – et Suarez pour le Barça – remplacé par Pedro qui a bien débuté en pointe, Messi restant sur le côté droit au coup d’envoi afin d’évoluer le plus souvent en soutien de ce dernier -.

L’Atletico et la Juve : même combat ? 

Si ce match a pu servir de répétition grandeur nature pour le Barça, c’est d’abord parce que l’Atletico Madrid a adopté un comportement défensif qui fait partie de l’arsenal de la Juventus en Ligue des Champions, à savoir :

– dans le camp adverse : des séquences de pressing haut pour forcer la relance adverse en bloquant les solutions courtes.
– dans leur moitié de terrain : un bloc compact afin de réduire les espaces dans l’axe et limiter les offensives à des mouvements sur les côtés.

Lorsque le Barça repart de son camp,

Lorsque le Barça repart de son camp, Gabi sort en pointe du milieu madrilène afin de prendre Busquets et ainsi bloquer la 3e solution courte de relance pour Bravo (Griezmann et Torres face à Piqué et Mascherano). Si le jeu part sur les latéraux, Arda et Koke coulissent, et Gabi reprend sa place dans l’axe du milieu de terrain. Un schéma qui rappelle le losange turinois.

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En phase défensive, l’Atletico se replie dans un 4-4-2 très dense dans l’axe, qui repousse les offensives adverses sur les côtés.

Ce bloc haut et agressif, source d’occasions pour l’Atletico : 

Durant cette rencontre, l’Atletico a tenté sa chance à 7 reprises, pour 5 tirs dans la surface dont 2 sur coups de pied arrêtés. A chaque fois, ses actions sont intervenues suite à des séquences qui ont vu les Colchoneros bloquer la relance habituelle du Barça pour en profiter ensuite.

A défaut de récupérer le ballon haut, ils poussaient le Barça à la faute. Leur bloc restait haut en attendant que le ballon revienne par le biais de Godin ou Gimenez (là aussi via du jeu direct). Les milieux mettaient ensuite l’impact nécessaire sur les deuxièmes ballons afin d’aller le plus rapidement possible dans la zone de vérité.

S’il a occasionné beaucoup de déchet, ce jeu direct a empêché le Barça de mettre en place son pressing habituel, le milieu de terrain étant sauté dans la plupart des cas. Il créait aussi des situations de duels qui, si elles tournaient en faveur des attaquants, pouvaient déboucher sur des phases arrêtées que l’Atletico a appris à exploiter ces dernières saisons.

Même les touches sont devenus des armes offensives pour la formation de Simeone, qui demande notamment à Godin de monter pour être à la retombée des remises en jeu proches de la surface de réparation. Bilan, un Atletico qui n’a pas besoin de beaucoup de passes pour frapper au but (1 tir toutes les 24 passes, contre 1 tir toutes les 47 passes pour le Barça).

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L’Atletico n’a réussi que 106 passes sur l’ensemble de la rencontre, mais en a réussi 40% dans le tiers offensif du Barça.

Ce que peut en tirer la Juve : 

Lors de la demi-finale face au Real Madrid, la Juventus a largement profité de la passivité de la première ligne madrilène pour construire patiemment ses actions. Le 4-4-2 en losange a offert une multitude de solutions dans le coeur du jeu, aspirant les milieux madrilènes avant de les éliminer grâce aux bonnes relances de Chiellini, Bonucci ou Pirlo. Adepte du pressing haut, le Barça ne sera certainement pas aussi attentiste et Suarez – absent face à l’Atletico – risque d’être un poison pour les rampes de lancement turinoises.

Le jeu direct pourrait donc être une des clés de cette finale. Face au Real Madrid, lors du match retour, la Juventus s’était reposée sur Pogba et Morata après avoir égalisé. Dans les airs, les Turinois auront clairement l’avantage dans certaines zones (Pogba vs Alves, Morata vs Mascherano ou Alba), mais la bataille la plus importante sera évidemment celle des deuxièmes ballons. Un duel très important s’annonce entre Rakitic et Vidal, deux joueurs très en vue quand il s’agit d’aller ratisser à la retombée.

Un Atletico passif dans sa moitié de terrain : 

Dans ce match, l’Atletico s’est vite révélé ultra-dépendant de la hauteur de son bloc. Car dès que le Barça parvenait à franchir la ligne médiane, il pouvait se lancer dans de longues séquences de possession. L’Atletico faisait face en 4-4-2 mais se montrait incapable de ressortir. Conséquence, les Colchoneros n’ont pas eu le moindre ballon de contre à jouer.

Autre souci, l’incapacité de l’équipe à faire reculer la possession catalane. Lorsque le Barça était dans leur moitié de terrain, les Colchoneros se sont contentés de défendre. En pointe, Torres et Griezmann ne sont que très rarement sortis sur les passes en retrait de leurs adversaires, empêchant donc la remontée du bloc.

Résultat, dès que le Barça parvenait à sortir de sa moitié de terrain, il se garantissait (presque) une longue séquence de possession. Les Catalans ont donc alterné des « temps forts » très longs avec de courtes périodes de « temps faible » durant lesquelles ils étaient sous pression dans leur moitié de terrain.

Ce que peut en tirer la Juve : 

Quelque soit le système que choisira Allegri, Tevez et Morata auront un rôle primordial lorsque l’équipe devra défendre. Si la Juve s’en sort dans sa surface de réparation, ils seront en première ligne pour batailler sur les deuxièmes ballons et – au moins – gêner les Barcelonais toujours présents en soutien des actions (Busquets, Rakitic ou Iniesta). Très proches de leur bloc, ils risquent aussi de devoir aider leurs partenaires face aux prises de balle adverses (Messi, Iniesta).

Un côté gauche vulnérable : 

La saison dernière, l’Atletico acceptait aisément ses longues périodes de « disette offensive » en ne concédant aucune occasion franche. Son bloc était très regroupé mais restait imperméable face aux offensives adverses. Cela n’a pas été le cas dimanche, puisque le Barça s’est crée plusieurs opportunités sur attaque placée. En première mi-temps, il a surtout insisté côté droit grâce à l’activité de Rakitic et Daniel Alves, accompagnés par Messi et Pedro.

Après la pause, Messi a quelque peu rééquilibré l’attaque placée barcelonaise en revenant plus dans l’axe, notamment pour exploiter les ballons venus de la gauche. Le seul but du match, oeuvre de l’Argentin, est d’ailleurs parti d’une passe de Jordi Alba (65e), qui a trouvé son leader entre les lignes adverses. Quelques minutes plus tard, Messi était encore à la baguette dans cette zone pour servir Iniesta, passeur presque décisif pour Neymar (69e).

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Sur le but qu’il encaisse, le bloc défensif de l’Atletico est beaucoup trop redescendu dans sa surface, ouvrant l’espace à Messi à l’entrée de celle-ci.

Ce que peut en tirer la Juve : 

Défendre bas, la Juve sait faire. En 2015, son 3-5-2 n’a pas concédé la moindre frappe dans sa surface en Ligue des Champions… et le moindre but toutes compétitions confondues. Moins imperméable, le 4-4-2 reste tout de même très solide et fera face à une équipe moins adepte du jeu sur la largeur que pouvait l’être le Real Madrid lors de la demi-finale.

Le véritable objectif pour la Juve sera de priver le Barça de ses fameux appuis dans le bloc adverse (Neymar, Suarez voire Rakitic côté droit), qui permettent à Iniesta et Messi de se lancer. Il s’agira aussi de ne pas se laisser dépasser dans les uns-contre-uns au départ des actions. Mais la Juve a peut-être un avantage par rapport à d’autres équipes : ses joueurs se jettent très peu (23,9 tacles tentées par match en Ligue des Champions, soit le plus petit total de la compétition). Un chiffre qu’il faudra surveiller face à la meilleure armada de dribbleurs du continent.

Le facteur Messi : 

Au centre du jeu sur attaque placée (voir par ailleurs), Messi a aussi eu un énorme impact lorsque le Barça devait ressortir de sa moitié de terrain. Face au losange que formait l’Atletico sur ces séquences, il a décroché de manière à exploiter les espaces dans l’entrejeu laissés par ses adversaires. En l’occurrence, il s’est souvent positionné entre Siqueira (son adversaire direct) et Mario Suarez, qui couvrait dans le dos de Gabi, sorti aux avants-postes.

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Lorsque Daniel Alves parvient à avoir un temps d’avance sur son adversaire direct, le circuit court peut se mettre en place et Messi est plus facile à atteindre. Il lui suffit ensuite d’éliminer un joueur (Mario Suarez) pour que le terrain s’ouvre à lui. Les premiers tiers du Barça dans le jeu sont ainsi venus d’attaques emmenées par l’Argentin depuis sa moitié de terrain.

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Première mi-temps : Messi est dans son rôle d’ailier droit, mais il redescend dans sa moitié de terrain pour casser le pressing de l’Atletico. Ses prises de balle dans cette zone l’amènent côté opposé où il combine avec Neymar avant de tenter sa chance.

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Deuxième mi-temps : Messi évolue dans un rôle beaucoup plus axial lorsque le Barça est en possession du ballon. Avec son pied gauche, il recherche des partenaires en profondeur dans le dos de Juanfran (Neymar, Iniesta, Alba…).

Ce que peut en tirer la Juve : 

Rien qu’elle ne sache déjà. Sur les séquences de pressing haut, Messi sera le joueur capable de faire voler en éclats son plan de jeu. Mais il faut toutefois prendre en compte le fait que l’Argentin, si dangereux soit-il, n’intervient qu’après une série de passes courtes. Ces dernières pourraient donc faire office de signal pour la Juve… comme face au Real Madrid, où elle relâchait son pressing dès que les Madrilènes parvenaient à renverser le jeu (si l’on excepte la période où elle a dû courir après l’égalisation lors du match retour).

Mettre en place un pressing haut n’est donc pas mission impossible, mais celui-ci ne peut tenir que s’il force le Barça à du jeu long. Bloquer les trois axiaux est le plus simple (le Bayern l’a fait, l’Atletico aussi), le véritable problème se posant sur le jeu du gardien (ter Stegen) à destination des latéraux (Daniel Alves, Alba), ces derniers n’ayant généralement pas d’adversaire direct sur ces phases. Et évidemment, forcer le Barça à jouer long signifie aussi remporter les duels à la retombée, chose que le Bayern n’avait pas su faire lors de la demi-finale.

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