Comment le Barça a solutionné « le problème Bilbao » ?

Dimanche en fin d’après-midi, le FC Barcelone retrouvait l’Athletic Bilbao pour la 3e fois en l’espace d’une dizaine de jours. La Supercoupe d’Espagne leur a échappé, mais les Blaugranas ont pris une petite revanche en ramenant les trois points de San Mamès (1-0), où ils avaient sombré la semaine précédente. Rien n’a été facile néanmoins : sûr de son plan de jeu après deux matchs « maîtrisés » face au Catalans, l’Athletic a une fois encore posé beaucoup de problèmes au champion d’Europe. Ce dernier s’en est sorti grâce à un ajustement tactique bienvenu, qui lui a offert plus de solutions pour se défaire du pressing adverse.

L’Athletic répète les mêmes gammes :

La formule ayant déjà fonctionné deux fois, l’Athletic Bilbao n’avait aucune raison de modifier son plan de jeu. Conservant le 4-4-2 qui avait éteint l’animation du Barça lors de la Supercoupe d’Espagne, la formation d’Ernesto Valverde a de nouveau réussi une entame de match très intense devant son public. L’équipe était pourtant amoindrie par de nouveaux forfaits : Etxeita et San José étaient en effet absents pour ce troisième match (tout comme Muniain, Iturraspe, Inaki Williams). Elustondo et Mikel Rico en profitaient pour débuter le match.

Quelques têtes ont changé mais le système défensif est resté le même : laissant la possession aux défenseurs catalans (Mascherano et Vermaelen pas toujours attaqués), les Basques déclenchaient le pressing au milieu de terrain. Eraso et Aduriz orientaient la relance sur les côtés. Les ailiers déclenchaient le pressing sur les latéraux, les milieux coulissaient côté ballon, et les latéraux serraient le marquage sur les ailiers adverses. Les Basques stoppaient ainsi la progression du Barça dans les couloirs et le repli des attaquants vers le ballon leur permettait de prendre en tenaille les Barcelonais.

Le travail de Aduriz et Eraso en première ligne :

Le travail de Aduriz et Eraso en première ligne : un joueur dans la zone de Busquets, l’autre qui sort au pressing… et inversement lorsque le ballon va dans les pieds de l’autre défenseur central du Barça.

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L’Athletic oriente la première passe des défenseurs (Mascherano-Vermaelen) vers les côtés où il déclenche ensuite son pressing. Susaeta et Benat sont en un-contre-un pour repousser leurs adversaires, tandis que Eraso fait l’effort de repli pour leur fermer la porte de sortie en retrait.

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Même système à l’opposée. La relance a été orientée côté vers Jordi Alba. De Marcos et Mikel Rico ont suivi leurs adversaires directs (Iniesta le long de la ligne, et Rafinha qui se rend disponible dans l’intervalle). Eraso et Benat coulissent pour bloquer la sortie de balle vers le côté opposé.

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Les statistiques du plan de jeu de l’Athletic en 1ère mi-temps : une majorité d’actions défensives sur les côtés, aux abords de la ligne médiane (tacles et interceptions en orange, fautes en bleu). L’Athletic a défendu plus bas à droite (Messi) qu’à gauche (Rafinha).

Face à l’agressivité basque, le Barça ne s’est pas autant désuni que lors de son précédent déplacement à San Mamès : à la mi-temps, les « titulaires » affichaient en effet deux fois moins de ballons perdus que l’équipe-bis alignée lors du match aller de la Supercoupe. Moins de situations de contre offertes aux Bilbainos donc, mais toujours les mêmes difficultés pour s’installer dans la moitié de terrain adverse. Sur les 45 premières minutes, les Blaugranas n’ont réalisé que deux passes de plus dans le tiers défensif des Basques (60 contre 58 en supercoupe) : cela ne représentait que 16% de leurs passes, eux qui réalisent normalement plus d’une passe sur trois dans cette zone (Liga 2014-15)

Les rares incursions catalanes sont venues de ballons sortis du côté droit par Messi (exploits individuels), qui utilisait ensuite son pied gauche pour chercher des partenaires en profondeur, à l’opposée. Les défenseurs ont aussi beaucoup plus sollicité Luis Suarez par du jeu long. C’est d’ailleurs de cette manière que le Barça est entré pour la première fois dans la surface basque (12e). C’est aussi sur une remise de l’Uruguayen qu’Iniesta a pu placer la première frappe des Catalans dans ce match (20e). Enfin, le penalty obtenu par Suarez (30e) est lui aussi venu d’un long ballon de Jordi Alba, mal négocié par Elustondo.

 

Barça : changer d’animation pour éviter la pression

Même si la première mi-temps aurait pu basculer dans l’autre sens sur le pénalty de Messi, le 4-4-2 de Ernesto Valverde a gardé son avantage « structurel » sur le 4-3-3 de Luis Enrique : Barcelone était incapable de combiner et de progresser en conservant le ballon au sol. De plus, les Basques avaient (presque) toujours l’avantage dans les zones de pression où ils orientaient le Barça. A défaut de pouvoir prendre l’ascendant dans ces espaces-clés, les Catalans ont donc opté pour une autre solution : changer de système de relance afin de ne plus avoir à passer par ces zones du terrain.

En l’occurrence, c’est Busquets qui a changé de rôle en reculant d’un cran pour se joindre à la ligne défensive. Mais contrairement à ses habitudes sous Guardiola, le milieu ne s’est pas positionné entre les centraux. Axial sur les phases de possession dans le camp adverse et les séquences défensives, le n°5 du Barça dézonait derrière Jordi Alba lorsque le Barça devait remonter le ballon depuis Bravo. Une possible explication à cela : avec Busquets côté gauche et Mascherano côté droit, le Barça éloignait au maximum ses deux meilleurs relanceurs l’un de l’autre. Résultat, une longue distance à couvrir pour Aduriz et Eraso et un contrôle du porteur plus difficile.

Les ballons reçus par Busquets : dans les 20 premières minutes, puis dans les 70 restantes.

Les ballons reçus par Busquets : dans les 20 premières minutes, puis dans les 70 suivantes.

 

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Les joueurs-clés pour ressortir le ballon côté Barça : Busquets et Mascherano aux extrémités de la défense, Iniesta et Rakitic dans le coeur du jeu.

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Lorsque le Barça parvient à aller vite d’un côté à l’autre, cela ouvre de l’espace au relanceur pour effacer en une passe le milieu de l’Athletic. A noter la position entre-deux de Susaeta, pris entre la nécessité de presser Busquets et de rester sur Jordi Alba.

Ce passage à trois « relanceurs » a eu des conséquences sur le reste de l’animation du Barça. Iniesta et Rakitic ont joué plus bas, les latéraux faisant le chemin inverse. En terme de ballons joués, Sergi Roberto et Jordi Alba sont ainsi passés de 28 à 40% de « touches » dans le camp adverse d’une mi-temps à l’autre. L’augmentation la plus sensible à ce niveau a été pour Sergi Roberto qui est passé d’un 12/32 (ballons joués dans le camp adverse) en première mi-temps à 21/40 en seconde.

Passeur décisif sur le but de Suarez (54e), Jordi Alba a lui continué à toucher beaucoup de ballons dans son camp : une nécessité puisqu’il devait servir de relais à ses défenseurs le temps que Busquets puisse dézoner et rejoindre sa position d’axial gauche. Une fois ceci fait, il montait d’un cran pour aller dans le camp adverse. Autre élément-clé dans la réorganisation tactique de la relance du Barça, l’occupation des couloirs par les latéraux a permis à Messi de se recentrer. L’Argentin a ainsi touché beaucoup plus de ballons dans l’axe après le passage de la relance en 3-4-3.

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Le Barça est en phase défensive : Busquets est dans l’axe, Alba en position de latéral gauche.

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Dix secondes plus tard, après une série de passes courtes pour « sécuriser » la possession du ballon, les Catalans orientent à droite vers Mascherano. Busquets et Alba profitent de ce temps mort à gauche pour « permuter ».

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Le Barça a ainsi reformé son nouveau système de relance face au 4-4-2 de Bilbao. Un système qui étire la première ligne et permet de trouver des espaces à l’intérieur du jeu (où on retrouve Messi).

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Les maps de passes du Barça, première et deuxième mi-temps. On distingue un changement évident dans leur moitié de terrain, avec du jeu court dans des zones bien définies (Busquets à gauche, Mascherano à droite).

Bilbao a vite craqué : 

Barcelone a eu besoin de plusieurs minutes pour s’ajuster à cette nouvelle animation. Busquets a changé de zone à partir de la 20e minute, mais le reste de l’équipe a vraiment attendu la mi-temps pour embrasser complètement cet ajustement. Les conséquences n’ont pas manqué pour l’Athletic, qui a d’abord perdu les zones où son pressing était le plus efficace. Puisque les latéraux barcelonais n’étaient plus autant utilisés pour ressortir les ballons, les ailiers ne pouvaient plus déclencher le travail de récupération et entraîner le reste du bloc avec eux.

En pointe, Aduriz et Eraso ont logiquement eu plus de difficultés pour cadrer les relances de Busquets, Mascherano et Vermaelen. Conséquence dans l’entrejeu, Benat et Mikel Rico étaient plus souvent à découvert. En plus d’Iniesta et Rakitic, les deux milieux de terrain pouvaient aussi retrouver Messi dans leur zone. Ils ont donc souvent reculé, laissant ainsi des espaces à Iniesta et Rakitic. A défaut de pouvoir progresser via du jeu court vers le but, les Catalans ont profité de ces nouveaux espaces au milieu de terrain pour alerter leurs latéraux, qui plongeaient dans le dos de leurs adversaires directs. Vite intervenu en 2e mi-temps, le but de Luis Suarez a concrétisé cela au tableau d’affichage.

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Les actions défensives de Bilbao après la pause : un bloc plus bas et une défense centrale plus souvent sollicitée : 8 tacles pour Laporte-Elustondo après la pause, contre un seul dans le premier acte.

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Busquets récupère le ballon assez haut et le remet sur Vermaelen. Avant que la passe n’arrive, Iniesta décroche pour se rendre disponible.

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Habitués à défendre en avançant sur les séquences de pressing, les ailiers de Bilbao ont eu beaucoup plus de mal à suivre les appels de Sergi Roberto et Jordi Alba. Ici, Iniesta a déjà la possibilité de rechercher son latéral droit.

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Mais c’est finalement Rakitic qui est servi. A l’opposée, Jordi Alba a déclenché à son tour un appel dans le dos de Susaeta. A noter que dans le coeur du jeu, Laporte est sorti dans le dos de ses milieux pour rester à proximité de Messi.

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C’est cette sortie du jeune défenseur français qui permet à Suarez de se retrouver complètement seul dans la surface. Le centre d’Alba arrive trop vite pour permettre un retour de De Marcos depuis le second poteau. Suarez peut finir tranquillement face à Iraizoz.

Le Barça en gestion : 

Jamais en position de perdre lors de la Supercoupe, l’Athletic Bilbao n’a pas su proposer de plan B après avoir encaissé cette ouverture du score. Mieux en place que lors de ses dernières sorties, le Barça a tranquillement géré la dernière demi-heure. Abandonnant le ballon petit à petit à leurs adversaires, les Blaugranas ont su se rassurer défensivement en ne concédant pas la moindre occasion franche dans les dernières minutes. Avec le match nul du Real Madrid sur la pelouse de Gijon, ils commencent la saison de la meilleure des manières.

 

 

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6 réponses

  1. Xavier dit :

    Merci pour cette analyse !

  2. yas sed dit :

    Toujours égal à vous même.

  3. alain banana dit :

    la classe votre analyse.J’en redemande

  4. TWITB dit :

    Tu m’as régalé avec cette nalyse du changement tactique du Barça.

  5. Norte dit :

    Elle est superbe ton analyse , mais j’espère que vous analysez la nouvelle tactique de Rafael Benitez avec le Real Madrid, spécialement la problématique de Bale et son nouveau poste . Merci !

  6. John di dit :

    Super analyse du match sur le pressing de Bilbao, Bilbao a joué très haut ce qui a créé beaucoup de problème sur la construction du jeu du barça. Vous dites dans l’article  » laissant la possession aux défenseurs catalans (Mascherano et Vermaelen pas toujours attaqués), » au contraire, personnellement je pense que le pressing haut des attaquants sur les defenseurs comme Vermaelen, bien soutenu par le milieu comme vous montrez sur les images ont causé des soucis à Barcelone qui n’a pas su construire de derrière.

    Ca permet de mettre le point sur le cas Vermaelen qui n’a jamais réussi une passe tranchante vers les milieux de terrain ( Iniesta et Rakitic) qui auraient permis de casser les lignes. Il se contente de jouer sur Alba et Mascherano qui crée le problème des ailes comme vous avez expliqué dans l’article. C’est Busquet qui a du descendre d’un cran pour remonter le ballon proprement.
    Quand on regarde les combinaisons de passes de Vermaelen, c’est 21 passes vers Mascherano et Surtout 20 passes sur BRAVO, impossible de construire dans ces conditions. Des ballons vers Bravo qui a souvent dégagés, sont des ballons potentiellement perdus vu la taille de MEssi et Rafinha.
    Il n’a pas la fibre du Barça car on le voit trop souvent paniqué à dégager les ballons, je ne vois pas en lui le futur défenseur.
    Je pense que Bilbao a utilisé la bonne tactique en defendant vers l’avant comme on le voit sur vos images mais quand la 1er ligné est cassée, c’est dangereux comme le super but de Suarez.

    xpronostic.com

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