Les quatre faces du Barça

Après avoir envoyé un message au football européen le week-end dernier en dominant le Real Madrid au Santiago Bernabeu, le FC Barcelone aura l’occasion dimanche matin d’asseoir sa suprématie sur le football mondial en affrontant le Santos FC, vainqueur de la dernière Copa Libertadores en finale du Mondial des Clubs (dimanche matin, 11h30 heure française). Comme il y a une semaine face à Madrid, Pep Guardiola pourra notamment s’appuyer sur la polyvalence de ses joueurs. Car face au Real, s’il y a bien une chose qui a fait la différence, c’est bien cela : sans changer un seul de ses onze titulaires, l’entraîneur catalan a fait chavirer une rencontre bien mal embarquée en changeant à quatre reprises d’organisation tactique. Retour sur ces évolutions et sur le contexte qui les a entraînées.

Le classique :

Une fois n’est pas coutume, Guardiola n’a pratiquement surpris personne dans son onze de départ. Devant Valdes, c’est la défense titulaire qui est alignée : de droite à gauche, Alves, Puyol, Piqué et Abidal. Souvent en défense depuis le début de la saison, Busquets retrouve son rôle habituel dans l’entrejeu derrière un duo formé par Xavi et Fabregas. Villa fait les frais de la titularisation de l’ancien d’Arsenal puisque Iniesta glisse dans le couloir gauche. Messi débute lui légèrement excentré côté droit et Sanchez est aligné en pointe pour apporter sa mobilité et de la profondeur.

Outre l’ouverture du score rapide, le Real répond sans problème à ce schéma du Barça qu’il connaît bien. Aligné avec Ronaldo et Di Maria qui ferment les côtés, Özil met la pression sur Busquets. Obligé de redescendre pour offrir une deuxième solution de relance dans l’axe, Xavi est pris par Xabi Alonso qui suit ses décrochages. Côté droit, Messi se retrouve pris entre Marcelo, Sergio Ramos qui sort de la défense et Diarra qui couvre la zone lorsque Xabi Alonso en sort. Dans l’axe, Fabregas peine à trouver sa place et à gauche, Iniesta est introuvable. Offensivement, le Real trouve des solutions sur son aile gauche : les déplacements de Benzema dans le dos de Daniel Alves (au marquage de Ronaldo) offrent un appui intéressant au Portugais. Appuis notamment à l’origine de la balle de 2-0 gâchée ensuite par le Ballon d’Or 2008.

A l’approche du quart d’heure de jeu, Guardiola a déjà réagi aux problèmes posés par les Madrilènes sur le plan tactique. Et en une seule réorganisation, il va faire d’une pierre deux coups.

Le 4-4-1-1 inédit :

Du 4-3-3, Guardiola décide de passer au 4-2-3-1, ou 4-4-1-1 en phase défensive. Afin de répondre aux Madrilènes qui insistent sur le flanc droit de sa défense, il change complètement son couloir. Daniel Alves monte d’un cran pour passer au milieu de terrain et Puyol glisse dans le couloir droit. Busquets descend d’un cran pour passer en défense centrale aux côtés de Piqué, Fabregas se retrouve sur la même ligne que Xavi (devant la défense) et Messi passe du flanc droit à l’axe pour se retrouver en soutien d’Alexis Sanchez, à la manière d’un meneur de jeu traditionnel. Au-delà de l’égalisation, résultant d’une relation directe entre le nouveau meneur et son avant-centre, Sanchez, resté en pointe pour prendre la profondeur, ce changement met le Real en difficulté.

La présence de deux rampes de lancement (Xavi et Fabregas) désormais sur la même ligne que Özil perturbe le pressing madrilène. Le temps que Xabi Alonso ou Diarra monte d’une ligne pour se joindre au pressing de l’Allemand, un troisième Barcelonais (Iniesta ou Messi) s’est déjà joint au duo pour créer une situation de surnombre. Par ailleurs, le Real est beaucoup plus en difficulté sur son aile gauche : plus conservateur, Puyol ne se laisse pas prendre dans son dos par Benzema et les courses de Ronaldo à l’intérieur sont désormais suivies par Xavi (le milieu axial) ou Daniel Alves (le milieu droit). Et au cas où Marcelo se joignent à ses offensives, le joueur qui n’a pas suivi Ronaldo peut là aussi se charger du marquage.

Retour au 4-3-3, mais même couloir droit :

Ayant trouvé la bonne formule pour fermer le couloir droit à double tour, Alves cassant entre autres la relation entre Marcelo et Ronaldo tout en profitant des énormes espaces laissés par le Real entre les deux hommes, Guardiola retrouve un 4-3-3 plus traditionnel. La défense ne bougeant plus, c’est Xavi qui reprend le rôle de la sentinelle en se plaçant devant la défense. Devant lui, Fabregas se retrouve à jouer les relayeurs aux côtés de Iniesta qui commence à monter sagement en régime. Messi reprend de son côté son rôle de faux numéro 9 tout en continuant d’évoluer assez bas sur le terrain. Sur les côtés, Alves (à droite donc) et Sanchez (à gauche) étirent au maximum la défense madrilène pour ouvrir le plus de champ possible aux incursions et aux combinaisons entre le quatuor juste derrière eux.

Le 3-4-3 nirvana :

Après avoir repris possession du milieu de terrain avec son 4-4-1-1 et augmenté sensiblement sa possession de balle en 4-3-3 grâce aux combinaisons du trio Xavi-Fabregas-Iniesta, Guardiola porte le coup fatal en début de deuxième mi-temps. « Le milieu ? Ca y est. Le ballon ? Ca y est. » Ne reste plus qu’une chose au Barça : enfermer son adversaire dans sa moitié de terrain. Pour cela, il utilise toute l’intelligence de Busquets, qui évolue à la fois en tant que second stoppeur mais aussi en tant que libéro devant la défense lorsque le Barça est en possession du ballon dans le camp adverse.

Ainsi, dès lors que le Barça mène une offensive, le numéro 16 du Barça sort de la ligne de défense pour venir dans la zone de Özil. Un choix évidemment loin d’être fait au hasard puisque, de part sa position de meneur de jeu, l’Allemand apparaît comme le premier relais du Real en cas de contre rapide venu de ses 30 derniers mètres. Plus prompt, plus efficace, Busquets gagne ses duels et l’Allemand disparaît définitivement. Mieux, il offre aussi une solution supplémentaire de soutien au cas où ses partenaires à l’avant auraient besoin de ressortir des 30 mètres madrilènes pour relancer une nouvelle attaque. Derrière lui, Piqué, Abidal et Puyol jouent les couvertures de la même manière que peuvent le faire habituellement Busquets en sentinelle et les deux stoppeurs du Barça. Avec Alves d’un côté et Sanchez de l’autre aux avants-postes, le Barça n’a pas besoin de l’apport des latéraux dans les couloirs pour créer des décalages.

Conclusion :

Samedi dernier, le FC Barcelone a peut-être remporté sa victoire la plus probante sur le plan tactique. Guardiola a tout simplement usé de presque toutes les facettes des joueurs présents sur le terrain au coup d’envoi pour renverser une tendance bien mal embarquée. En faisant les choses dans le bon sens : d’abord fermer les brèches et reprendre possession de l’entrejeu, puis monter en régime et sur le terrain avant d’asphyxier l’adversaire dans son propre camp. Mais tout cela n’aurait pas été possible sans la présence de joueurs polyvalents dans l’effectif catalan : Daniel Alves, Puyol, Xavi, Fabregas, Iniesta, Messi, Sanchez, Busquets. Ce ne sont pas moins de huit joueurs qui ont changé de registre au moins une fois durant cette rencontre. Côté madrilène, rien n’a bougé jusqu’à ce que Mourinho fasse ses premiers remplacements. C’est peut-être là aussi qu’est la différence entre le Barça et le reste du monde aujourd’hui. Et c’est certainement là que se trouve le génie de Pep Guardiola.

Article écrit pour Eurosport.

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1 réponse

  1. erick dit :

    excellente analyse, je trouve quand il a mis puyol a droite et alves plus haut ça a fait très mal au coté gauche madrilène

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