Les anti-Tresh de Rennes et de Sochaux

Avant toute chose, désolé pour ce long silence. Nombreuses sont les péripéties qui m’ont empêché de me poser calmement devant un match ce week-end. Même le Marseille-Lyon m’a échappé, la faute à un train aussi décalé que les rencontres de Premier League du week-end. Bref, pour me rattraper j’ai décidé de vous proposer un petit zoom sur un sujet que je maîtrise bien : les Girondins de Bordeaux. Mais comme ils n’intéressent personne cette saison, je vais m’intéresser aux deux derniers adversaires des Girondins (Rennes et Sochaux) qui ont eu la bonne idée de s’occuper du cas de Benoît « Tresh » Trémoulinas. D’où le titre. Fort non ?

Préambule :

Effectif traumatisé de janvier à juin, talents amputés lors du dernier mercato, Jean Tigana a récupéré un Bordeaux exsangue au début de la saison. Entre les blessures et les départs, il n’avait plus qu’un seul vestige de l’animation bordelaise qui avait réussi à faire peur à l’Europe en 2009 : le couloir gauche et son duo Wendel-Trémoulinas, le premier étant le Bernardo* de l’autre. Alors que tout est à reconstruire, le nouveau coach girondin va donc s’appuyer sur le rendement offensif de latéral gauche.

Rapidement, Trémoulinas va se révéler comme étant le seul atout offensif viable des Girondins. Et pour cause, le côté droit change constamment : Chalmé n’est pas au niveau puis se blesse, Sané (Lamine) prend sa place avant de la céder au profit de son frère (Salif), installé depuis désormais deux rencontres. Stoppeur de formation, les deux hommes n’ont absolument pas les mêmes capacités que Trémoulinas dans le domaine offensif, notamment en ce qui concerne la qualité de leur jeu court. Du coup, Bordeaux s’essaye tant bien que mal au jeu direct par la droite… Mais quand il s’agit de construire, passer à gauche semble inéluctable.

Revenu en forme il y a quelques semaines (trois passes décisives en trois journées au mois de novembre), Trémoulinas se retrouve depuis quelques journées avec des adversaires beaucoup plus attentifs à ses déplacements. Il y a d’abord eu Lille avec son milieu renforcé (avec Debuchy dans sa zone pour libérer Hazard), puis Saint-Etienne avec ses ailiers travailleurs et Matuidi dans sa zone. Mais vu que c’est plus récent, j’ai décidé de me pencher sur les plans rennais et sochaliens.

*A découvrir sur Panenka dans quelques jours…

Face à Rennes :

Rien de bien compliqué, Antonetti a appliqué un classique de la défense moderne. Plutôt que d’installer un ailier face à Trémoulinas, il a préféré faire monter Danzé d’un cran et aligner Fanni derrière. Résultat, un vrai joueur à vocation défensive pour contrer Trémoulinas et, pourquoi pas, lui mettre la pression. Avec Fanni sur Ben Khalfallah et Doumbia sur Wendel, les Rennais assuraient l’égalité numérique dans le couloir.

Ce couloir gauche bien bloqué, Bordeaux s’est surtout signalé en partant de celui-ci pour renverser le jeu, passant d’abord par Diarra dans le rond central puis Plasil et Sané en espérant coulisser plus rapidement que le bloc rennais pour rentrer lancé dans les 30 derniers mètres. Dans l’axe, le manque de percussion de Wendel (et de Plasil) a empêché les Bordelais d’inquiéter le bloc rennais, là aussi supérieur sur le plan physique avec M’Vila et Dalmat en plus de Doumbia.

En faisant le choix de sacrifier une solution offensive supplémentaire, Antonetti a au moins eu raison sur le plan défensif : Trémoulinas ne s’est que très peu signalé sur cette rencontre.

Face à Sochaux :

Francis Gillot n’a pas retenu la même solution qu’Antonetti pour défendre sur Benoît Trémoulinas. Plutôt que de faire confiance à Boudebouz (et de le fatiguer ?) en lui demandant de défendre sur Trémoulinas sur toute la longueur du terrain, l’entraîneur doubiste a préféré décaler l’un de ses deux milieux axiaux pour venir gêner la progression du latéral bordelais. Une solution pas si bête en soi : le jeu bordelais part souvent de là et un ballon récupéré et relancé depuis cette zone (avec le soutien de Boudebouz) peut vite devenir dangereux pour la défense bordelaise.

Le souci pour Sochaux, c’est que ce choix ne prenait pas en compte la présence de Jussiê à la place de Wendel au sein du milieu bordelais. Alors que le second est principalement tourné vers Trémoulinas lorsqu’il s’agit de combiner, Jussiê possède un jeu beaucoup plus varié. Au lieu de constamment opérer vers la gauche ou en solo plein axe, il a souvent cherché directement Diabaté au sol ou Plasil qui prenait alors les intervalles laissés libres par le déplacement d’Anin… Quand ce n’était pas Jussiê lui-même qui s’en chargeait pas une percée balle au pied.

En mettant Anin sur le dos de Trémoulinas, Gillot a certes bloqué le latéral mais a permis aux Girondins de se découvrir un milieu de terrain très intéressant avec deux joueurs aux profils très complémentaires : Jussiê avec le ballon et Plasil dans les intervalles devant Diarra bien planté dans son rond central. Gillot ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisqu’il a rapidement rééquilibré son schéma en replaçant Anin dans l’axe. Un choix qui s’imposait puisque le rendement catastrophique de Ben Khalfallah, le partenaire de Trémoulinas dans le couloir, a mis à mal toutes les combinaisons tentées côté gauche.

Conclusion :

Sur ces deux rencontres, on a pu voir que les adversaires des Girondins avaient trouvé plusieurs solutions pour s’occuper de leur meilleur atout offensif jusqu’alors. Que ce soit défensivement en faisant travailler l’ailier (Rennes)  ou avec un peu plus d’ambition en adaptant son bloc défensif pour libérer celui-ci (Sochaux), les deux solutions ont fonctionné. Prenant un risque, la deuxième solution aurait pu le payer, les Bordelais ayant trouvé une formule très intéressante face à un axe dégarni. Reste maintenant à Tigana à trouver un ailier gauche viable capable de faire la différence avec Trémoulinas sans forcément le concours d’un troisième partenaire venu apporter la supériorité numérique. Mercredi peut-être ?

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