Le rôle silencieux de Bastos

Mardi soir, l’Olympique Lyonnais s’est contenté du strict minimum en s’imposant face à l’APOEL Nicosie lors de son huitième de finale aller de Ligue des Champions. Alexandre Lacazette a débloqué la situation à l’heure de jeu, concrétisant une domination sans partage des Gones depuis le coup d’envoi. Celle-ci s’est particulièrement intensifiée après la pause, lorsque Rémi Garde a décidé de faire permuter ses deux milieux excentrés, le futur buteur passant à gauche pour laisser le flanc droit à Michel Bastos. Le Brésilien a ainsi retrouvé une registre qu’il avait connu sous l’ère Puel, un replacement qui s’est avéré décisif pour les Lyonnais tant il a fait reculer le bloc chypriote jusqu’à l’ouverture du score de Lacazette. Explications.

Le problème posé par l’APOEL :

Durant le premier acte, l’APOEL Nicosie s’organise avant tout afin de bloquer les Lyonnais dans l’axe. Alors qu’ils sont attendus en 4-2-3-1, les Chypriotes évoluent avec un milieu de terrain qui est calqué sur celui de l’Olympique Lyonnais. En clair, Ederson retrouve un garde du corps attitré dans l’axe -Nuno Morais- et la paire Kallström-Gonalons voit venir face à elle les deux autres milieux axiaux de l’APOEL : Helder et Pinto. Ces derniers abattent un travail très important, empêchant les passes vers l’avant des deux rampes de lancement du jeu lyonnais. Ne pouvant véritablement allonger -en l’absence d’un point d’appui (Gomis) devant-, Kallström et Gonalons envoient alors le jeu sur les côtés où les paires ailier-latéral doivent créer des différences.

Mais dans les couloirs aussi, l’APOEL réplique par un marquage strict des Lyonnais. A gauche, les montées de Cissokho sont compensées par le repli de Charalambides ; idem à droite pour Reveillère avec Trickovski. Les deux milieux excentrés de l’OL sont eux logiquement marqués par Poursaetides -sur Bastos à gauche- et Boaventura -sur Lacazette à droite-. A deux contre deux, pas de décalage possible excepté sur des éclairs individuels. Bastos et Lacazette en réussissent quelques-uns, sans pour autant créer vraiment le danger. Par ailleurs, les deux paires manquent de solutions au moment de revenir dans l’axe, Lisandro et Ederson étant en infériorité numérique (3 contre 2) et les deux milieux de terrain limitant les prises de risque, de peur de laisser leurs défenseurs centraux sans protection en cas de contre.

Le collectif lyonnais peine à créer des décalages face à des Chypriotes très bien repliés dans leurs 40 mètres. Les milieux de l’APOEL évoluent assez haut pour couper la relation entre Gonalons-Kallström et Ederson. Seul petite éclaircie à ce niveau, les appels de balle de Bastos à l’intérieur du terrain depuis son aile gauche. Le Brésilien offre ainsi un relais aux deux milieux de terrain lyonnais. Mais en rentrant dans l’axe depuis le flanc gauche, il ne se retrouve sur son meilleur pied pour trouver immédiatement la profondeur et jouer vers l’avant.

Bastos à droite, une troisième solution de relance

Repositionné sur le flanc droit à la reprise, Bastos est alors dans les meilleures conditions possibles pour y parvenir. Lorsqu’il rentre à l’intérieur du terrain, les ballons de ses milieux arrivent sur son pied droit, ouvrant ainsi toute la profondeur du terrain à son pied gauche. Kallström et Gonalons évoluant au niveau de la ligne médiane, Bastos demande les ballons à une quarantaine des buts de l’APOEL, très loin de son adversaire direct -désormais le latéral gauche Boaventura- qui reste aligné avec ses défenseurs. Lyon dominant territorialement, Réveillère occupe le flanc droit et est surveillé par l’ailier gauche de la formation chypriote -Trickovski-. Conséquence, Bastos est libre de tout marquage lorsqu’il vient demander le ballon à l’intérieur du terrain.

Les résultats ne se font pas attendre : il ne lui faut que deux minutes pour trouver Ederson en profondeur. Parfaitement servi dans la course, le numéro 10 de l’OL est tout près d’ouvrir le score, sa tentative étant sauvée par un défenseur chypriote sur sa ligne de but. Par la suite, les deux hommes forment un triangle avec Réveillère : Bastos lance les actions depuis sa zone médiane, servant Ederson au coeur du jeu et celui-ci remettant sur l’aile pour Réveillère parti en débordement. Ce schéma survivra à la sortie d’Ederson, Gourcuff reprenant le rôle du ce dernier.

L’ajout de Bastos parmi les joueurs capables de lancer le jeu de l’OL -avec Kallström et Gonalons- a des conséquences importantes sur l’organisation défensive de l’APOEL. Les trois milieux axiaux ne peuvent plus marquer les axiaux lyonnais comme en première mi-temps, sous peine de voir Bastos multiplier les offrandes depuis sa nouvelle position. L’ensemble du bloc chypriote décide alors de reculer pour tenter de couvrir les passes que pourraient effectuer le Brésilien. Les trois milieux axiaux s’alignent quasiment dans leurs 35 mètres. Seul devant, Ailton ne peut plus rien, seul face à quatre adversaires -Kallström, Gonalons, Cris et Koné-. Une situation qui encourage ces derniers à dépasser leurs fonctions de défensifs… C’est justement ce que fera Cris sur l’ouverture du score lyonnaise en portant le ballon jusque dans la surface adverse avant que Lacazette n’en hérite.

De l’ailier au milieu inversé ?

Habituellement, l’évocation de simple registre d’ailier inversé renvoie à certains des meilleurs dribbleurs de la planète : Lionel Messi à ses débuts, Arjen Robben ou Franck Ribéry, sans oublier Cristiano Ronaldo. Mardi soir, Michel Bastos a montré une autre facette de ce positionnement, plus discrète mais pas moins efficace sur le plan tactique : pour le coup, l’ailier inversé travaille plus en tant que milieu et devient alors une solution très intéressante pour aider des milieux axiaux face à un adversaire très bien regroupé dans sa moitié de terrain.

Côté inconvénient, ce type de joueur peut se retrouver en difficulté dans le cas où il serait forcé de défendre, son adversaire direct -le latéral adverse, jouant le plus souvent le débordement- attaquant sur son mauvais pied le long de la ligne de touche. Mais il s’agit là d’une toute autre configuration puisque ce n’était pas celle de la rencontre entre l’Olympique Lyonnais et l’APOEL Nicosie. Et pour donner un autre exemple assez parlant dans ce contexte de domination -voire d’attaque défense-, il est possible de se pencher -encore- sur Barcelone. Lorsque les Catalans sont au complet et que Xavi et Busquets sont bloqués dans l’axe, c’est souvent Iniesta qui, depuis le flanc gauche, réussit à trouver Messi ou Fabregas au coeur du camp adverse grâce à son pied droit.

Article publié sur Eurosport.

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. samirhenry dit :

    @ florent: bsr, j’ai lu votre chronique sur « le travail silencieux de Bastos » et franchement je n’arrive pas trop a me mettre de ton coté, lol.
    Moi au contraire je n’ai pas du tout aimé la permutation effectuée a la mi-temps entre Lcazette et Bastos, autant on a vu le premier cité rentré dans l’axe et enchainé (action du but par exemple). autant pour le brésilien je n’ai pas compris grand chose, vous dites qu’il peut constituer une solution de relance supplémentaire, moi je dis que face a un adversaire aussi médiocre, on n’avait pas besoin de ca, c’était plutôt a Gonalon ou Kim de prendre plus de risque et de monter d’un cran(et laissé les premières relances aux défenseurs centraux). De plus, il n’a jamais réussi a s’ouvrir l’axe du terrain et d’enchainé (soit par un tir ou une combinaison), bien au contraire je l’ai vu souvent s’embarquer sur le coté droit (donc son mauvais pied).
    Vous croyez pas qu’il aurait été plus judicieux de de ne pas permuter entre les deux ailiers, et de faire rentrer Bafé (a la place d’ederson, on passe a un 4-4-2) a la pointe de l’attaque afin de pouvoir profiter des centres millimétrés de Bastos? surtout qu’ils ont déjà réussit ce genre d’action cette saison pas mal de fois!!
    Autre chose, que pensez vous du changement de lacazette (Briand)? était t il un choix judicieux?

  2. Ce n’est que mon point de vue, mais l’OL sur ce match manquait d’une solution pour percer le bloc adverse dans l’axe, et c’est ce qu’à apporter Bastos. Ederson faisait un bon match entre les lignes, et il aurait d’ailleurs pu ouvrir le score sur un service en profondeur de Bastos (sauvé sur la ligne par un défenseur). L’ajout d’un attaquant aurait apporté du poids, mais si les ballons n’arrivaient pas… Au pire, faire le changement et permuter peut-être.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *