Lazio Rome 3-2 AS Rome, l’analyse tactique

A la poursuite des places européennes, la Lazio et la Roma se sont retrouvées dimanche pour le premier derby romain de la saison. Au terme d’un match agréable, bien que perturbée par une pluie diluvienne, les Laziales ont remporté la première manche, non sans avoir souffert en début de partie.

Devant au classement avec ce premier derby de la saison, la Lazio n’en restait pas moins méfiante dans son approche. La formation de Petkovic s’est avancée sur la pelouse de l’Olimpico dans un 4-1-4-1 prudent, avec Ledesma positionné entre les lignes et Klose seul en pointe. Au coeur du jeu, Hernanes était positionné à hauteur de Gonzales, les deux hommes étant encadrés par Mauri (à gauche) et Candreva (à droite). Dans l’autre camp, c’est dans l’habituel (et véritable) 4-3-3 de Zeman que la Roma s’est présentée. Florenzi et Bradley étaient positionnés dans l’entrejeu aux côtés de De Rossi tandis que Totti et Lamela encadraient Osvaldo en attaque.

De par son approche offensive, la Roma s’est emparé naturellement de la possession de balle en début de partie, faisant face à un bloc laziale regroupé dans sa moitié de terrain et bien décidé à la quadriller de la meilleure des façons possibles. La première ligne des Biancocelesti (en bleu ciel ci-dessous) était focalisée sur le marquage des joueurs de transition de la Roma. Dans l’axe, Hernanes et Gonzales se déplaçaient au gré des mouvements verticaux de Bradley et Florenzi (en rouge), sortant à hauteur de Klose (lorsque ces derniers décrochaient pour soutenir De Rossi) ou reculant à hauteur de Ledesma (si leurs adversaires directs prenaient la profondeur). Sur les côtés, Mauri et Candreva devaient bloquer les couloirs face à Piris et Balzaretti. Seul devant, Klose n’effectuait quasiment aucun pressing, laissant De Rossi et les défenseurs centraux romains orchestrer les premiers mouvements (en jaune).

L’approche de la Lazio était assez simple en début de partie : laisser venir la Roma, la laisser déployer son bloc dans le camp adverse et la contrer. Un choix de jeu confirmé par les premiers mouvements offensifs des Laziales, qui ont le plus souvent cherché la profondeur le plus rapidement possible en passant par les couloirs. Les latéraux lançaient le jeu et les milieux de terrain (Candreva, Mauri, Gonzales) cherchaient à plonger dans le dos des défenseurs adverses. Ce jeu très direct permettait aussi aux hommes de Petkovic d’éviter l’axe, densifié par le milieu à trois de la Roma. Une zone où un ballon perdu pouvait coûter cher s’il ressortait rapidement sur le trio offensif formé par Totti, Lamela et Osvaldo.

L’axe étant bien bloqué par la Lazio, la Roma est passée par les couloirs pour approcher les buts de Marchetti. Lorsqu’ils décrochaient devant la première ligne laziale, Totti et Lamela se défaisaient du marquage de leurs adversaires directs (Konko et Lulic) et se rendaient donc disponibles pour les relances (en rouge ci-dessous). Autour d’eux, les deux créateurs de la Roma voyaient milieux et latéraux prendre la profondeur à tour de rôle afin de permettre le franchissement du premier rideau adverse. Côté gauche, Totti a ainsi lancé Balzaretti et Florenzi (en orange), qui venaient tous les deux sur l’extérieur pour dédoubler et déborder. A droite, Bradley en faisait de même. En partant sur les ailes, les deux milieux romains se défaisaient du marquage de Gonzales et Hernanes qui restaient dans l’axe pour soutenir Ledesma et protéger leur défense centrale.

La Roma a particulièrement insisté côté gauche avec le trio Totti-Florenzi-Balzaretti (en jaune ci-dessus) et c’est sur un corner obtenu dans cette zone qu’elle a ouvert le score (tête de Lamela, 9e). Les Romains ont poursuivi sur leur lancée en utilisant aussi Osvaldo dans l’axe. Comme Totti et Lamela, l’avant-centre n’était pas suivi lorsqu’il décrochait pour soutenir ses milieux de terrain. Il offrait du coup un point de fixation plus haut dans le camp laziale, permettant aux Giallorossi de partir de moins loin. La Lazio a répondu à ce problème en faisant monter Ledesma d’un cran, afin que ce dernier ne se fasse plus devancer par l’attaquant de la Roma. Celle-ci a alors tenté de jouer plus long, sautant une première ligne de cinq Laziales pour chercher ses attaquants.

Au quart d’heure de jeu, la formation de Zeman semblait complètement maîtriser son sujet. Mais les conditions climatiques ont pesé lourd sur la demi-heure qui a suivi. Le déluge qui s’est abattu sur le Stadio Olimpico a considérablement ralenti les transmissions et l’efficacité du jeu court qui permettait à la Roma de faire des différences sur les ailes. Sans plan B, les hommes de Zeman ont commencé à balbutier leur football et à ne plus savoir se montrer efficace dans le camp adverse. Et comme c’est souvent le cas dans les grands matchs, l’équipe qui a le ballon mais ne sait plus quoi en faire finit toujours par le payer.

Car en face, la Lazio a su s’adapter. Récupérant plus de ballons qu’en début de partie, elle a su abandonner le jeu rapide pour se concentrer sur une tactique visant à conserver le ballon pour progressivement faire reculer la Roma dans son camp. Adoptant un tempo plus lent, elle a utilisé toute la largeur du terrain, et notamment les couloirs, pour s’installer dans la moitié de terrain des Giallorossi. La circulation de balle a privilégié le côté droit, et le triangle formé par Konko, Candreva et Gonzales (en bleu ciel ci-dessous). 4-3-3 oblige côté romain, Totti ne fermait pas le couloir face à Konko et il revenait du coup aux trois milieux romains de coulisser pour soutenir Balzaretti dans le couloir gauche.

En clair, Konko avait Florenzi pour adversaire direct, Candreva était face à Balzaretti et Gonzales tentait de perturber De Rossi par ses nombreux appels dans la largeur et la profondeur (en rouge ci-dessus). Avec deux milieux de terrain sur trois occupés côté droit, Hernanes a pu prendre en main le jeu de la Lazio. Les déplacements à l’intérieur du terrain de Mauri, lorsque le jeu se développait côté droit, perturbait aussi le positionnement de son adversaire direct (Bradley), ce qui a permis au Brésilien de bénéficier d’une certaine liberté pour mener les actions de la Lazio lorsqu’elles ressortaient des couloirs (en bleu foncé). Une situation qui a notamment obligé Lamela à revenir dans l’axe pour défendre sur lui, libérant aussi Lulic sur l’aile gauche.

Hernanes s’est ainsi retrouvé à l’origine des deux buts, obtenant le coup-franc marqué par Candreva (35e) et mettant le ballon dans la surface sur la réalisation de Klose (43e). Complètement revenue dans le match, la Lazio a ensuite bénéficié du coup de sang de De Rossi juste avant la mi-temps pour se retrouver en supériorité numérique. Deux minutes après la reprise, Piris offrait en plus le but du break à Mauri sur une remise de la tête malheureuse (46e). A 3-1 en sa faveur et à onze contre dix, il était difficile d’imaginer la Lazio laisser échapper ce derby . Face à une Roma réorganisée en 4-3-2 (sortie de Lamela, entrée de Tachtsidis à la mi-temps), cette dernière restait néanmoins prudente, laissant une nouvelle fois son adversaire dans son camp pour tenter de la prendre en contre.

Rien n’a véritablement bougé jusqu’à ce que Zeman dégaine sur son banc de touche en faisant entrer Marquinho à la place de Florenzi (64e) puis Pjanic à la place de Totti (69e). Jusque-là, la perte de Lamela avait fait perdre à la Roma sa capacité à créer des différences côté droit en utilisant les dédoublements de Bradley. L’entrée en jeu de Pjanic a permis aux Romains de reconstruire ce circuit de passes, Bradley recommençant à prendre l’espace et Pjanic jouant les rampes de lancement (en orange ci-dessous). Le jeu romain s’est principalement développé de ce côté, Piris s’ajoutant parfois aux mouvements. L’ancien Lyonnais apportait aussi sa capacité à percuter la première ligne adverse, ce qui manquait cruellement jusqu’ici.

A signaler – Cette image a été capturée avant l’entrée en jeu de Pjanic. Totti est ici à la passe et à la recherche de Marquinho et Osvaldo. Le capitaine de la Roma ne pesait que dans les 40 derniers mètres à ce moment de la partie. A l’inverse, la zone d’influence de Pjanic était beaucoup plus grande (en rouge), ce dernier décrochant à hauteur de Tachtsidis pour lancer les mouvements offensifs avec Bradley et Piris.

Les actions se développant à droite, Marquinho évoluait lui quasiment en position de deuxième attaquant aux côtés d’Osvaldo (en jaune ci-dessus). Côté gauche, les attaques reposaient uniquement sur la capacité de Balzaretti à s’offrir des positions de centre, ce qu’il n’a que trop peu réussi ce dimanche après-midi. Retrouvant de l’allant avec l’entrée de Pjanic, la Roma a réussi à recoller logiquement au score sur une belle inspiration de ce dernier sur coup-franc. Sur cette action, la Lazio s’est retrouvée réduite à dix après l’expulsion de Mauri pour un second carton jaune (86e). De quoi offrir un final palpitant.

Car la Lazio n’était plus en mesure d’inverser la tendance, Petkovic ayant effectué ses trois changements, à chaque fois poste pour poste : Radu à la place de Lulic, Brocchi à la place de Hernanes et Cana à la place de Candreva. Le second remplacement a d’ailleurs diminué le poids offensif de la Lazio en attaque, son jeu ne se résumant plus qu’à des ballons à destination de Klose ou Mauri. La dernière cartouche a finalement été pour la Roma et a une nouvelle fois symbolisé le rôle de milieu-attaquant de Marquinho, celui-ci se retrouvant dans les pieds d’Osvaldo à la retombée d’une belle ouverture de Bradley. Ni l’un ni l’autre n’ont réussi à mettre le ballon dans les filets.

Au final, la Lazio a laissé passer l’orage avant de profiter du déluge. Le but de Klose a véritablement mis un coup sur la tête des Giallorossi et l’expulsion de De Rossi quelques secondes plus tard a empêché la Roma de se relever. Groggy, elle a dû attendre l’entrée en jeu de Pjanic pour recommencer à y croire. Trop de temps perdu… Et les individualités avaient aussi choisi leur camp, Hernanes rayonnant aux côtés de Totti et Osvaldo, plus discrets.

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