Lazio Rome 2-1 Juventus Turin, l’analyse tactique

Après un match aller particulièrement intéressant, la Lazio a réussi le tour de force d’écarter la Juventus en demi-finale de la Coupe d’Italie. Abordant le match de la même manière que le précédent à Turin (lire : Juventus Turin 1-1 Lazio Rome, l’analyse tactique), les Romains ont trouvé la bonne formule pour prendre l’avantage avant une fin de partie folle, qui les a vus arracher la qualification quelques secondes après avoir encaissé un but égalisateur.

Pressing, pressing, pressing :

Malgré l’avantage du but à l’extérieur au coup d’envoi, la Lazio est entrée très fort dans son match en allant chercher la Juve le plus haut possible. Derrière un Klose qui ne rechignait jamais à aller mettre la pression sur les défenseurs turinois, Hernanes et Mauri encadraient Marrone et se rabattaient ensuite sur les côtés en fonction du couloir choisi par la Juve pour remonter les ballons. Derrière ce trio, Gonzales, Ledesma (dans l’axe), Radu et Konko (dans les couloirs) serraient les marquages sur Vidal, Padoin, Isla et Giaccherini. Enfin, comme lors du match aller, la défense à trois de la Lazio gérait les décrochages des attaquants turinois (Giovinco et Vucinic). Encadrant André Dias, Biava et Ciani sortaient de la ligne de défense dès que leurs adversaires tentaient d’offrir des relais à leurs milieux de terrain.

Le pressing laziale : en rouge, les marquages des joueurs dits de transition de la Juve ; en bleu ciel, les deux premières lignes de la Lazio dans l'axe ; en jaune, la sortie de Ciani en réponse au décrochage de Vucinic ; les points représentent les joueurs hors-champ, ici les trois défenseurs de la Juventus et les deux centraux de la Lazio (André Dias et Biava).

Côté turinois aussi, le bloc-équipe a aussi tenté de gêner les sorties de balle adverses. Derrière Vucinic et Giovinco, Padoin et Giaccherini travaillaient face à Ledesma et Gonzales, accompagnés comme d’habitude par leurs latéraux qui retrouvaient leurs homologues romains. Depuis sa position d’avant-centre, Klose décrochait pour jouer les points d’appui dans son propre camp, afin de mettre Hernanes ou Mauri face au jeu. Mais la plupart du temps, l’Allemand était pris par Marrone s’il n’était pas déjà suivi par un défenseur adverse. Une situation qui a gêné la Lazio dans ses sorties de balle en début de partie, permettant à Bonucci et ses partenaires en défense de récupérer facilement le ballon dans leur moitié de terrain.

La Juve n’impose pas son rythme :

Ces deux organisations se sont neutralisés pendant une grande partie de la première mi-temps, les défenseurs prenant le dessus dans les duels. En cas de remontées de balle rapides, tout se jouait dans les zones de transition (entre latéraux et milieux axiaux). En fin de première mi-temps, il a suffi de deux duels remportés dans l’entrejeu par la Juventus pour créer des décalages et aboutir sur deux occasions : une première frappe de Vucinic repoussée par Marchetti (45e), puis une tentative de Giovinco lancé par le Monténégrin suite à un ballon rapidement sorti du côté gauche par Padoin (46e). En revanche, dès que la Lazio parvenait à ralentir les attaques turinoises, les espaces se resserraient à cause du repli défensif efficace de Hernanes et Mauri, qui redescendaient perturber la circulation de balle adverse dans leur propre camp.

Le double rideau défensif de la Lazio : occupant l'axe, il empêche la Juve de s'installer dans la première moitié du camp adverse, limitant de fait les possibilités d'attaques placées.

Les rares opportunités « placées » pour la Juve sont venus sur des changements d’aile. Ciani et Biava sortant de la ligne défensive pour prendre Vucinic et Giovinco, des espaces s’ouvraient dans leur dos pour les incursions des milieux ou des latéraux turinois. Sur des actions développées côté droit, on a ainsi pu voir Giaccherini ou Padoin prendre la profondeur côté gauche en plongeant dans le dos de Biava. Mais à chaque fois, les deux « gauchers » de la Juve se sont heurtés à la bonne couverture de Konko. Gênés dans leur jeu dos au but, Giovinco et Vucinic ont tenté de prendre la profondeur sur des longs ballons de leurs défenseurs, comme au match aller, mais ils se sont là encore heurtés au bon travail de couverture du trio défensif adverse.

La Lazio et les attaques placées :

Malgré un début de match compliqué par le pressing turinois, c’est finalement la Lazio qui est sorti du premier acte avec les meilleures sensations. Comme à l’aller, les Romains ont joué sur le surnombre autour des trois milieux de terrain adverses (Hernanes, Mauri, Ledesma, Gonzales vs Vidal, Marrone et Padoin/Giaccherini) pour empêcher la Juventus de mettre en place son pressing habituel, dans la première moitié de son camp. Sur les côtés, Konko et Radu se positionnaient haut afin de faire naturellement reculer les latéraux turinois, qui s’alignaient alors avec leur défense. Giovinco et Vucinic n’étant pas des plus efficaces dans leur repli défensif, l’axe s’ouvrait pour les remontées de balle orchestrées par Ledesma ou Gonzales.

La présence de trois joueurs dans l’axe (Hernanes, Mauri, Klose) obligeait le milieu de terrain turinois à reculer pour protéger leurs défenseurs centraux dans les 25 derniers mètres. Une fois arrivés dans cette zone, les Romains se retrouvaient pris dans un entonnoir : défenseurs centraux et milieux bianconeris fermaient les espaces, rendant Klose introuvable dans la surface de réparation. Sur les côtés, les replis de Isla et Padoin/Giaccherini empêchaient toute possibilité de décalage des latéraux. Au moment d’approcher la surface, la Lazio se heurtait donc aux limites du plan qui lui permettait de faire reculer la Juve : Hernanes, Mauri et Klose n’ont que très rarement quitté l’axe en première mi-temps, limitant les possibilités de combinaisons. Point positif, cela permettait aussi à la Lazio d’isoler Giovinco et Vucinic du reste du bloc-équipe turinois. Avec Ledesma en couverture devant le trio Biava-André Dias-Ciani, la Lazio avait l’avantage du nombre pour limiter les munitions offertes en contre-attaque.

La Juve obligée de reculer pour couper la relation entre les milieux romains et le trio Hernanes-Mauri-Klose : une situation qui ouvre l'axe à Ledesma et Gonzales.

Au retour des vestiaires, la Lazio a poussé son projet un peu plus loin en allant chercher l’ouverture du score après avoir justement fait reculer son adversaire. Sur ce premier but du match, Ledesma évoluait plus haut que durant le premier acte, permettant à Gonzales de rejoindre Mauri et Klose dans la surface turinoise. Avec Konko et Radu sur les côtés, c’était un cinq-contre-cinq qui se jouait dans la surface de Storari. Ledesma a su faire la différence sur sa passe, offrant l’ouverture du score à son partenaire. Après ce but, les coachs sont entrés en scène : Lulic a remplacé poste pour poste Hernanes, touché à la tête. Quelques minutes plus tard, Klose a laissé son poste d’attaquant à Floccari, titulaire au match aller.

Les tentatives bianconeris :

Côté turinois, Antonio Conte a lui aussi réalisé des changements poste pour poste avec les entrées de Pirlo et Marchisio à la place de Marrone et Padoin. Il a fallu attendre quelques minutes de plus pour voir la Juve passer en 4-3-3 après la sortie de Giaccherini, remplacé par Quagliarella (76e). Sans surprise, l’évolution de la partie a donné le ballon aux visiteurs face à des Romains qui attendaient désormais l’erreur adverse pour placer des contres. Pirlo a retrouvé son poste de regista, orientant le jeu d’une aile à l’autre et cherchant parfois la profondeur (toujours dans le dos des stoppeurs sortis au marquage des attaquants). Giovinco s’est lui retrouvé dans un rôle d’électron libre, occupant les espaces libérés par la Lazio, provoquant ses adversaires et laissant l’axe à Quagliarella et Vucinic désormais véritables avants-centres.

L’égalisation turinoise est intervenue grâce à la projection de Vidal dans la surface adverse, lui qui avait manqué plusieurs balles de break au match aller dans un rôle tactique similaire… La Juve pensait tenir sa prolongation mais c’était sans compter sur un corner de Mauri, repris victorieusement par Floccari qui a propulsé la Lazio en finale. Vainqueurs de cette double confrontation, les Laziales ont peut-être montré la voie aux futurs adversaires de la Juve. Reste à savoir le comportement de cette dernière lorsqu’elle récupérera ses absents actuels (Chiellini, Lichtsteiner) dont l’agressivité manque cruellement lorsqu’il s’agit de défendre en avançant.

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