Bordeaux et les 19 autres

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A trois jours de la Ligue des Champions, recevoir une équipe rennaise invaincue et ambitieuse avait tout de la rencontre piège, d’autant plus que les Bretons sont une des rares équipes à avoir rivalisé avec les Girondins la saison dernière. Oui mais voilà, Bordeaux n’est plus du tout au même niveau. Sans forcer, le champion de France a maitrisé le sort de la rencontre de la première à la dernière minute à tel point que les Rennais n’ont donné l’impression de ne pouvoir être dangereux qu’en profitant de ses erreurs.

Au coup d’envoi, aucune surprise n’est à noter. Les locaux reconduisent le traditionnel losange qui les a amenés au titre de champion la saison dernière, Plasil suppléant Fernando côté droit. Côté Rennais, l’équipe évolue en 4-2-3-1 avec Gyan en pointe, Marveaux à gauche, Bangoura à droite et Leroy en plaque tournante dans l’axe. Derrière ce quatuor, les deux jeunes Lemoine et M’Vila sont chargés de la récupération. Le début de rencontre offre une très belle opposition aux spectateurs de Chaban-Delmas. Les Bretons sont très bien entrés dans la rencontre et opposent plus qu’une résistance aux Bordelais.

Personne ne souhaitant reculer au milieu de terrain, les offensives « posées » lors des premières minutes sont surtout basées sur des longs ballons vers les attaquants (Gyan et Chamakh). S’ils gagnent leurs duels respectifs, ils sont ensuite très bien soutenus par les montées des milieux de soutien. Dans les 30 derniers mètres, le ballon circule ensuite très vite d’un côté comme de l’autre… Trop vite même pour se créer de véritables occasions. Celles-ci viennent surtout de ballons récupérés assez haut pour faire face à un bloc adverse encore désorganisé. C’est sur ce type de phase de jeu que M’Vila est tout près d’ouvrir le score pour les visiteurs après un ballon perdu par Ciani, pressé par Leroy (11e).

Pris entre M’Vila et Lemoine, Gourcuff se signale surtout en allant traîner côté gauche où Fanni est souvent délaissé par son ailier, Bangoura. Le meneur de jeu bordelais ouvre la voie à d’autres, Chamakh, Wendel et surtout Trémoulinas. Au quart d’heure de jeu, le latéral bordelais envoie son premier centre dans la surface rennais. Cinq minutes plus tard, il en compte trois nouveaux à son compteur, et des dangereux à chaque fois ! A partir de là, celui qui n’a pas vu que l’ouverture du score interviendrait par là peut changer de sport (23e). Pendant ce temps, dans l’autre camp, Jérôme Leroy régale les fans de football sur plusieurs gestes qui vont pousser à Diarra à le prendre en individuelle.

Sonné par le but encaissé et avec son meneur de jeu suivi à la trace, Rennes subit. Et Bordeaux gère. Résultat, le rythme de la rencontre baisse franchement, malgré quelques belles accélérations côté girondin. Dans le camp d’en face, Leroy éteint, c’est Marveaux qui se signale en inquiétant Carrasso sur un centre-tir (36e). Le gaucher de 23 ans permute aussi avec Bangoura. Ce changement permet à Rennes de calmer les ardeurs de Trémoulinas dans son couloir mais ne suffit pas à déstabiliser la défense bordelaise. Qui plus est, les longs ballons sur Gyan ne fonctionnent plus aussi bien qu’en début de rencontre. Planus a pris la mesure du Ghanéen et sort vainqueur de chaque duel.

A l’inverse, son vis-à-vis Chamakh a très bien compris comment ne pas être inquiété. Au lieu de rester collé à une charnière centrale rennaise très physique (Mangane, Aubey), le Marocain décroche pour disputer ses duels avec M’Vila et Lemoine qu’il domine largement dans les airs. Lorsqu’il redescend, Gouffran et Gourcuff tournent autour de lui pour récupérer les seconds ballons et focaliser l’attention des deux défenseurs centraux. Lors du dernier Bordeaux-Rennes, lorsque Chamakh décrochait, il ne se retrouvait pas dans cette même position de force. De Mangane ou Hansson, il passait dans la zone de M’Bia. Gyan, qui avait le choix entre Planus, Ciani ou Diarra, était dans le même cas cette saison.

Au retour des vestiaires, on reprend les mêmes et on recommence presque. Bordeaux reste au-dessus sur le plan technique mais reste à la merci d’une erreur individuelle semblable à celle de Ciani en début de partie. Complètement absent de la moitié de terrain adverse en première période, Fanni cherche Bangoura dans la profondeur de son couloir droit mais les défenseurs bordelais restent intraitables. De l’autre côté du terrain, la sortie de Marveaux pour Kembo (56e) ouvre le couloir droit aux montées de Chalmé et, bientôt, aux incursions de Gouffran (à droite après la sortie de Plasil, 59e). Les organisations changent mais pas le match : Bordeaux fait tourner et Rennes essaie de contrer.

La sortie de Leroy pour Sow (70e) transforme la fin de la rencontre en hourra-football. Les Rennais défendent à six et attaquent à quatre. Déjà très occupé par le marquage de Gourcuff, Lemoine n’arrive pas à reprendre le rôle de meneur laissé vacant depuis la sortie de son capitaine. Les offensives rennaises sont donc individuelles et tributaires des duels avec les défenseurs adverses. Seul Kembo (face à Chalmé) parvient à faire frissonner Chaban-Delmas sans pour autant concrétiser. Bordeaux, qui a fait rentrer Bellion et Sertic, tente toujours de trouver le 2-0 mais le manque d’application de certains, voire la suffisance d’autres, l’empêche de concrétiser une nouvelle fois.

Dix-neuf points sur 21 possibles, une série de 21 matchs sans défaite et toujours ce sentiment de tenir le sort de la partie entre ses mains (en bien comme en mal), Bordeaux a prouvé sa supériorité, cette fois sur un outsider séduisant depuis le début du championnat. Leader avec deux et cinq points d’avance sur ses rivaux, les voyants sont au vert pour les Girondins, d’autant plus que l’OL, son plus sérieux rival selon moi vu le début de saison, connaît déjà quelques soucis d’infirmerie qui pourraient lui coûter des points. C’est simple, à Bordeaux, on ne se pose sans doute qu’une question : « qu’est-ce que ça fait de perdre ? » … Bon ok, il y en a une deuxième : « Quand ? »

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