Juventus Turin 1-1 Lazio Rome, l’analyse tactique

Malgré un passage à vide en deuxième mi-temps, la Lazio a obtenu ce qu’elle était venue chercher de son déplacement à Turin à l’occasion de la demi-finale aller de la Coupe d’Italie : un nul avec en prime un but inscrit à l’extérieur. S’ils reproduisent la même prestation défensive dans une semaine, les Romains ne seront pas loin de la finale… à moins que la Juve ne se montre plus réaliste.

Le projet laziale :

Le succès de la Juve et de son 3-5-2 fait des émules. Après l’Inter et la Fiorentina, c’était au tour de la Lazio d’adopter un système à trois défenseurs centraux, justement pour faire face aux Bianconeris. A l’inverse de la formation d’Andrea Stramaccioni, qui avait mis fin à l’invincibilité de la Juve grâce à une organisation calquée sur cette dernière (lire : Juventus 1-3 Inter Milan, l’analyse tactique), l’équipe de Vladimir Petkovic s’est présentée dans un système cherchant à mettre le plus souvent possible le porteur de balle adverse sous pression, notamment dans l’axe. En phase défensive, on devinait les Laziales organisés sur trois lignes. La défense à trois était composée de Biava, Cana et Ciani et avait pour objectif de marquer à la fois Matri et Marchisio, l’un des défenseurs sortant de l’arrière-garde dès que ces derniers venaient à décrocher (Marchisio notamment, puis Vucinic en fin de partie). Sur les côtés, pas de surprise : Cavanda et Lulic s’opposaient aux deux latéraux turinois, Peluso et Isla.

La coup tactique tentée par Petkovic avait lieu une ligne plus haut, avec la présence de quatre joueurs derrière Floccari, l’attaquant de pointe : Ledesma, Gonzales, Mauri et Hernanes. Focalisés sur l’axe, les quatre hommes allaient jusqu’à former un double rideau pour protéger leur défense de l’influence du trio Pogba-Giaccherini-Vidal. Le partage des tâches était très clair entre les quatre hommes : Ledesma et Gonzales étaient dans des rôles conservateurs, intervenant à 30 mètres des buts de Marchetti, notamment pour couvrir les déplacements sur les extérieurs de Vidal ou Giaccherini. Hernanes et Mauri étaient eux dans une logique de harcèlement du porteur de balle adverse, sortant sur ce dernier dès que les solutions venaient à manquer grâce aux bon quadrillage du terrain derrière eux.

L'organisation axiale et le double rideau romain dans l'entrejeu : Hernanes et Mauri au pressing, Ledesma et Gonzales au marquage de Vidal et Giaccherini. A signaler aussi, la sortie de Biava sur Marchisio (point rouge).

Devant, Floccari évoluait entre la défense turinoise et Pogba, positionné en 6 ; il revenait défendre lorsque le jeu le demandait, notamment lorsque Pogba se retrouvait sans adversaire quand Hernanes et Mauri devaient se replier à hauteur de Ledesma et Gonzales. La Lazio se retrouvait alors dans une configuration très compacte, avec onze joueurs dans ses 40 mètres, ce qui n’était pas sans rappeler le modèle de Naples. Excepté Pogba en quelques occasions (voir ci-dessus), les axiaux de la Juve (Vidal, Giaccherini, Marchisio) n’ont eu que très peu d’espaces pour s’exprimer au moment sur attaque placée depuis l’axe.

Cette pression, la Lazio l’amenait aussi dans les 30 mètres turinois lorsque les défenseurs devaient ressortir les ballons. Tout le bloc remontait alors très haut, avec Hernanes et Mauri au pressing sur les défenseurs turinois avec Floccari. Gonzales pouvait aussi se joindre à la pression, ne laissant que Ledesma en couverture devant sa défense. Sur les côtés, les latéraux conservaient leurs adversaires directs. Une fois la première passe réussie par la Juve (ex : ballon à hauteur de Pogba), la Lazio coupait son effort et revenait se placer derrière le ballon, Floccari excepté.

Le pressing de la Lazio : Hernanes, Mauri et Floccari en zone face aux quatre premiers relanceurs de la Juve ; derrière, Cavanda, Lulic, Gonzales et Ledesma suivent leurs adversaires directs.

Avec le ballon, la Lazio a aussi posé des problèmes à la Juve dans l’entrejeu. Devant la paire Ledesma-Gonzales, Hernanes et Mauri évoluaient en électrons libres autour de Floccari. Capables de s’excentrer pour jouer avec leurs latéraux ou de se balader dans les intervalles laissés par le milieu à trois turinois, les deux hommes ont permis aux Romains de remonter les ballons et de s’offrir quelques phases de possession intéressantes dans le camp adverse. Ils recherchaient notamment les espaces des deux côtés de Pogba, laissés libres par Giaccherini et Vidal lorsque ces derniers tentaient de sortir sur le porteur. Avec trois joueurs offensifs axiaux (Floccari, Hernanes et Mauri), complétés par les montées des deux latéraux (Candreva et Lulic) sur les côtés, la Lazio avait de quoi forcer la Juve à reculer.

La conservation de la Lazio (1) : Floccari pour fixer la défense, Hernanes et Mauri dans l'entrejeu pour fixer le trio de la Juve, les latéraux pour offrir des solutions sur les côtés...

Cela permettait à Gonzales et Ledesma de rester en soutien devant leur défense pour réorienter le jeu si nécessaire (voir ci-dessus à droite. Le premier s’est parfois joint à la construction des actions, notamment sur les côtés où il venait combiner avec ses latéraux. Biava a aussi dépassé sa fonction de défenseurs à plusieurs reprises pour tenter d’apporter des solutions dans les 20 derniers mètres, une fois la Lazio installée dans le camp turinois. Sans succès toutefois.

La conservation de la Lazio (2) : une fois le ballon dans le couloir, Cavanda et Lulic montent très haut de manière à faire reculer leurs adversaires directs. Le 5-3 turinois se retrouve très bas et la Lazio peut utiliser les relais de Gonzales en retrait pour lancer un nouveau temps de jeu. A noter dans l'axe le repli, nécessaire, de Marchisio pour rejoindre ses milieux de terrain.

La réaction turinoise :

Bousculée au milieu de terrain, pressée à la relance, la Juventus a eu besoin d’une mi-temps pour prendre la mesure de son adversaire. Sur les 45 premières minutes, le danger est le plus souvent venu des orientations de jeu rapides et propres de Pogba qui, depuis sa position de n°6, bénéficiait parfois de quelques espaces pour ajuster ses transversales à destination de Isla ou Peluso. Le Chilien trouvait ensuite enVidal un partenaire idéal pour prendre de vitesse le duo Ledesma-Lulic et créer le danger dans la surface laziale. Mais les trois centraux adverses étaient à chaque fois les plus prompts pour devancer Matri ou Marchisio au premier poteau. Malgré ses difficultés dans l’entrejeu, la Juve a su tenir le choc derrière ; les rares frayeurs causées par l’adversaire romain l’ont été en raison de la blessure de Bonucci, qui est resté sur la pelouse pendant presque toute la mi-temps alors qu’il était clairement diminué. Finalement, il a cédé sa place à Caceres peu avant la pause.

A la reprise, la Juve et la Lazio sont revenus dans les mêmes systèmes. Sauf que les Turinois ont changé leur approche. S’il bloquait la Juve dans l’axe, le 5-2-2-1 de la Lazio laissait Floccari seul devant face aux trois défenseurs turinois (Barzagli, Marrone et Caceres). A partir du moment où la Juve se sortait du premier pressing, ces derniers devenaient des joueurs capables de lancer le jeu dans le camp adverse. C’est ce qu’ils ont fait en deuxième mi-temps : Barzagli et Marrone sont devenus les rampes de lancement d’un jeu bianconero qui s’est fait plus direct, sautant le double rideau laziale dans l’axe (Gonzales-Ledesma, Mauri-Hernanes) pour chercher directement Vidal, Matri ou Marchisio dans les 25 derniers mètres. Le dernier cité n’hésitait pas à décrocher afin de faire sortir un défenseur adverse pour affaiblir l’arrière-garde laziale avant que la défense n’allonge vers Matri ou Vidal.

La première grosse occasion de la Juve : Marrone porte le ballon dans le camp adverse jusqu'au double rideau axial adverse. Il allonge à destination de Vidal et Matri qui prennent l'espace. Le deux-contre-deux face aux défenseurs adverses est permis par le décrochage de Marchisio, qui attire Biava dans son déplacement.

La Lazio a pris en compte cette influence grandissante des défenseurs centraux turinois (Barzagli et Marrone en tête) et fait monter Mauri à hauteur de Floccari en phase défensive, laissant le seul Hernanes dans la zone de Pogba. Des espaces se sont naturellement crées dans l’entrejeu, où Gonzales et Ledesma se retrouvaient désormais en un-contre-un face à Vidal et Giaccherini.

La Lazio répond aux montées des défenseurs turinois : Mauri et Floccari forment une première ligne avec Hernanes, dans la zone de Pogba. Gonzales et Ledesma sont moins protégés et ont plus de terrain à couvrir sur la largeur. Giaccherini est seul en haut de l'image et offre une solution "facile" à Caceres, entre Cavanda (au marquage de Peluso) et Gonzales.

Dans le même temps, la Juve semblait aussi prendre le dessus physiquement : plus efficace au pressing, elle réussissait enfin à empêcher les sorties de balle adverses, notamment en utilisant ses latéraux pour compenser le surnombre laziale dans l’axe. Sur une remontée de la Lazio, Isla pouvait ainsi se replier vers l’intérieur du terrain pour couper la route de Mauri. Le couloir s’ouvrait à Lulic mais la couverture était assurée par un Barzagli plus haut, comme le reste du bloc turinois, pour couper les tentatives de contre. Peu après l’heure de jeu, la Juve a été récompensée son temps fort en ouvrant le score, par Peluso (64e).

Son équipe menée au score, Vladimir Petkovic a eu besoin de cinq minutes pour réagir : Candreva est entré en jeu à la place de Ledesma (70e). Hernanes a reculé d’une ligne pour se retrouver aux côtés de Gonzales. Les Romains ont alors connu d’énormes difficultés pour retrouver le système qui avait fait leur force en début de partie, notamment en raison d’une Juve qui accélérait sur son côté droit avec Vidal et Isla. L’incapacité de Hernanes à reprendre le rôle de Ledesma a forcé Candreva à évoluer très bas en phase défensive, rendant de fait plus difficile la sortie des ballons.

Il a fallu l’entrée en jeu de Brocchi à la place de Hernanes (82e) pour que la Lazio retrouve une certaine consistance dans l’entrejeu. Survivants aux balles de break obtenus mais manquées par la Juve (Vidal, 72e, 80e), les Romains ont finalement été récompensés de leurs efforts sur un but surprise en toute fin de partie, sur un corner de Candreva repris au second poteau par Mauri (86e).

L'entrée de Brocchi : la Lazio retrouve un milieu équilibré avec un véritable 5-2-2-1 sur cette image ; Brocchi et Gonzales forment le double pivot dans l'axe ; Mauri et Candreva sont eux sur les lignes de passes entre les stoppeurs turinois et leurs milieux de terrain.

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1 réponse

  1. the teacha dit :

    Le système de la lazio en 1ère mi temps est trés ambitieux,leur très bonne saison ne me surprend pas. En revanche la juve aurait du se servir plus tôt de ses défenseurs pour créer des montées et des relances plus dangereuses dans les espaces et intervalles. Coté solidité défensive, depuis la blessure de Chiellini (2mois d’absence), la juve prend clairement plus de buts depuis le début d’année

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