Juventus 3-0 Chelsea, l’analyse tactique

Au pied du mur, la Juve a livré un véritable récital face à Chelsea pour s’adjuger une victoire qui la replace idéalement dans la course aux huitièmes de finale. Sortis miraculeusement de leur second match face au Shakhtar avec les trois points, les Londoniens n’ont cette fois rien pu faire si ce n’est estimer l’écart qui les séparait de leurs adversaires du soir.

Redite de l’aller

Petite surprise à la découverte des compositions des deux équipes : Chelsea avait décidé de s’avancer sans véritable attaquant de pointe. Titulaire à l’aller, Torres était laissé sur le banc de touche. Numériquement, il était remplacé par un autre Espagnol en la personne d’Azpilicueta, positionné sur l’aile droite devant Ivanovic. Les trois créateurs habituels se partageaient les trois postes offensifs – Mata à gauche, Oscar en soutien de Hazard dans l’axe – dans le 4-2-3-1 classique des Blues. Comme lors du match aller, Oscar se retrouvait dans la zone de Pirlo, avec la lourde tâche de limiter l’influence de ce dernier sur les premières transmissions des siens.

De son côté, la Juve se présentait dans son 3-5-2 habituel avec ses titulaires. Devant, Conte avait décidé d’associer Quagliarella (plutôt que Giovinco) à Vucinic, l’ex-joueur du Napoli évoluant en pointe pour compléter les nombreux décrochages de son partenaire. Comme à chaque fois que Pirlo est pris par un adversaire direct, la première passe vers l’avant est revenue aux deux stoppeurs excentrés, Chiellini et Barzagli. Les premières minutes de la partie ont vu la Juve insister sur son côté gauche en utilisant les montées de Chiellini pour lancer le jeu dans le camp londonien.

Hazard restant devant et Oscar ne lâchant pas Pirlo (en rouge ci-dessous), le stoppeur gauche de la Juve pouvait s’avancer dans la moitié de terrain londonienne jusqu’à approcher la première ligne adverse. De là, il recherchait les relais de Marchisio, Asamoah ou Vucinic dont les courses se complétaient. Le premier pouvait par exemple s’excentrer, laissant Asamoah se projeter dans la zone entre Ivanovic et Cahill (en jaune) et Vucinic décrocher à hauteur de Mikel et Ramires (en blanc). Non-concernés par ces développements, Vidal restait entre les lignes londoniennes et finissait dans la surface (en noir), Quagliarella pesait sur la défense centrale et Lichtsteiner avait pour rôle de suivre au second poteau en cas de centre.

Profitant notamment du non-repli de Mata (signalé en bleu ci-dessus), l’ancien Lillois a même vu l’une de ses tentatives heurter le poteau de Cech. La Juve réussissait à créer les décalages côté gauche en profitant des décrochages de Vucinic pour dévier les relances de Chiellini vers le couloir et passer dans le dos d’Azpilicueta, forçant Ivanovic à s’excentrer pour empêcher le décalage. Chelsea a rectifié le tir en faisant reculer l’Espagnol pour le coller à la fermeture du couloir. Dès lors, Ivanovic pouvait rester dans l’axe et protéger plus efficacement sa défense centrale face aux centres adverses.

Les Blues n’ont que le contre

Après cette modification, Chelsea s’est crée une énorme opportunité en contre-attaque (raid d’Oscar qui décale Hazard, 10e). Une première qui devait en appeler d’autres puisque les Blues n’ont quasiment eu aucune opportunité sur attaque placée. Le positionnement très avancé des milieux turinois sur chaque opportunité de centre (Marchisio et Vidal dans la surface, Pirlo aux 35 mètres environ) entraînait de vraies opportunités de contre pour Chelsea si un Londonien se retrouvait sur le « second ballon », renvoyé par sa défense. Dernier rempart de la Juve dans ces situations, Pirlo s’est fait passer à plusieurs reprises en début de partie (par Oscar ou Ramires), offrant des situations intéressantes à Hazard ou Oscar face à des défenseurs centraux mis sur le reculoir.

Sitôt la Juve en place, les Blues étaient sans solution ni idée. Vucinic et Quagliarella travaillaient face aux axiaux londoniens (David Luiz, Cahill, Mikel, Ramires) afin de limiter les espaces permettant une accélération balle au pied, tandis que Lichtsteiner et Asamoah n’hésitaient pas à sortir sur Cole et Ivanovic pour leur bloquer la profondeur et ainsi les empêcher de mettre de la vitesse dans la circulation. Au coeur du jeu, le milieu à trois de la Juve avait aussi  l’avantage du nombre face à Mikel et Ramires, qui devait recevoir du coup le soutien de Mata pour assurer la possession de balle. Devant, Hazard et Oscar se retrouvaient coincés entre les deux trios turinois (en blanc ci-dessous) et subissaient la pression des stoppeurs adverses dès qu’ils sollicitaient le ballon (en jaune), que ce soit entre les lignes ou à hauteur des milieux turinois. Dominés physiquement, ils n’ont pas su peser autrement que sur attaques rapides.

La Juve s’adapte

Son aile gauche bloquée, la Juve a insisté côté droit. Comme Chiellini, Barzagli lançait les mouvements qui se poursuivaient ensuite grâce au concours du milieu axial (Vidal), d’un attaquant dos au but (Vucinic ou Quagliarella dans cette zone) et du latéral censé apporter de la profondeur (Lichtsteiner). Moins léché techniquement, ces triangles ont néanmoins fait souffrir la défense des Blues en raison de l’absence de soutien à Cole. Constamment en train de dézoner pour offrir des solutions, Mata n’avait sans doute pas les jambes pour marquer Lichtsteiner de la même manière qu’Azpilicueta avec Asamoah. Jusque dans les dernières minutes, la Juve en a profité pour offrir des positions de centre idéales à ses latéraux, Lichtsteiner étant supplée par Caceres à sa sortie (68e).

Au-delà de ces offensives côté droit, la Juve a aussi profité du désordre dans la première ligne des Blues pour adapter son milieu de terrain. Pirlo a lui-même profité du positionnement assez bas du milieu droit adverse pour occuper l’espace et peser sur le jeu côté gauche (Victor Moses, ci-dessous). Dans ce cas, Marchisio montait d’un cran pour se retrouver entre les lignes, tandis que Vidal occupait le rond central pour compenser le déplacement de son capitaine. Défensivement aussi, Pirlo a parfois laissé l’axe à ses partenaires du milieu de terrain, plus à même de répondre à la vitesse balle au pied d’Oscar une fois celui-ci dans le sens du jeu. Sur le premier but, c’est tout de même lui qui a jailli devant le Brésilien pour lui chiper le ballon, avant de mettre Ramires par terre et de voir sa frappe déviée par Quagliarella (38e).

Deuxième mi-temps

Condamnés à réagir, les Blues sont revenus sur la pelouse avec un peu plus d’ambitions défensives, ses attaquants (Mata, Oscar, Hazard) sortant pour s’opposer aux trois défenseurs turinois. Dans l’axe, le Brésilien alternait entre le marquage de Bonucci et celui de Pirlo. Néanmoins, ces sorties des créateurs n’étant pas suivies par le reste du bloc, la Juve a pu s’en défaire sans difficulté : Vidal et les autres relais (Marchisio, Vucinic) se sont toujours montrés plus prompts que leurs adversaires pour récupérer les relances de leurs défenseurs. Malgré tout, la Juve s’est ainsi retrouvée à jouer plus long qu’en première mi-temps. S’ils étaient trouvés au milieu, Vidal et Marchisio envoyaient ensuite le jeu sur les côtés. Dans le cas contraire, les relanceurs de la Juve cherchaient parfois la profondeur avec les appels de Vucinic ou Quagliarella dans le dos des latéraux adverses (fixés par les latéraux turinois).

C’est sur une action de ce type qu’est venu le second but bianconeri. Azpilicueta venait d’ailleurs tout juste de sortir, remplacé par Moses (60e), et Asamoah a immédiatement profité de cette liberté retrouvée. Parti dans le dos d’Ivanovic, Vucinic a forcé David Luiz à s’excentrer et a su trouver son partenaire parti à l’intérieur, dans l’intervalle entre les deux Blues. A nouveau pris dans son dos, Ivanovic n’a rien pu faire et le Ghanéen s’en est allé fixer Cahill avant de centrer en retrait pour offrir le but du break à Vidal.

Dix minutes plus tard, Di Matteo tentait un dernier coup de poker en faisant entrer Torres à la place de Mikel (71e). Un changement qui a poussé Oscar à redescendre aux côtés de Ramires pour laisser l’axe à Hazard. Sans succès… Les Blues n’ont jamais su trouver l’Espagnol, les attaquants de la Juve continuant à revenir pour bloquer les milieux adverses dans leurs tentatives de percées et permettre au bloc défensif (5+3) de conserver un large surnombre autour de Torres et Hazard. Défensivement, les Blues se sont en plus retrouvés en difficulté : Hazard n’abattait pas le même travail défensif que Oscar sur Pirlo ou Vidal, et ce dernier ne se replaçait pas réellement au poste de Mikel (voir dernier vignette avec Marchisio seul). Bref, un final sans surprise où la Juve a ajouté un troisième et dernier but, sur une passe en profondeur de Vidal pour Giovinco.

Conclusion

Lors du match aller, Chelsea s’était appuyé sur un Oscar inarrêtable pour faire jeu égal avec une Juve déjà supérieure collectivement. Face au Shakhtar il y a deux semaines, les Blues avaient profité de l’horrible soirée de Pyatov (le gardien ukrainien) pour s’en sortir avec les trois points. Cette fois, ses individualités n’ont pas pu faire illusion, excepté sur l’action Oscar-Hazard en début de partie, et l’adversaire n’a pas commis la moindre erreur. Les défenseurs turinois ont d’ailleurs frôlé la perfection le temps de 90 minutes de jeu (Chiellini en tête). Bref, Chelsea n’avait que la qualité de son collectif pour tenter de rivaliser, mais celui-ci, s’il est peut-être plus ambitieux, est encore très loin de celui qui lui a permis d’aller décrocher le titre la saison dernière.

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4 réponses

  1. the teacha dit :

    La juve à ce niveau peut aller trés loin dans la compèt’

  2. aziz dit :

    aïe!aïe!aïe!
    Un fan du Barça.

  3. Nicholas dit :

    Voyons voir ce que Chelsea donne avec son nouvel entraîneur Benitez !

  4. Bonjour votre information est incroyable mais vrai! c’est bien sympa; je suis s�r qu’il va plaire.

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