Juventus 3-0 AS Rome, l’analyse tactique

A gauche, il y a une Juventus toujours invaincue cette saison. A droite, il y a une Roma qui revient petit à petit au premier plan et reste sur un succès probant face à Cesena. Au centre de la confrontation, une place dans le dernier carré de la Coupe d’Italie. Bref, un match qui doit mériter analyse. Et il n’a pas déçu car même si la Juve n’a eu besoin que d’une mi-temps pour faire la différence, elle a encore affiché beaucoup de maîtrise et a su profiter des faiblesses du plan de jeu ambitieux de Luis Enrique.

Les compositions :

Le championnat étant évidemment la priorité de la Juve toujours en tête, Antonio Conte fait tourner son effectif pour ce quart de finale de Coupe d’Italie. Résultat, Del Piero se retrouve dans le onze de départ, associé en attaque à Borriello : Storari (30) – Barzagli (15), Bonucci (19), Chiellini (3) – Lichtsteiner (26), Morrone (34), Pirlo (21), Giaccherini (24), Estigarribia (28) – Del Piero (10), Borriello (23).

Du côté de la Roma, Luis Enrique doit notamment composer avec l’absence de De Rossi, pilier de son milieu de terrain. Restant dans son 4-3-3 habituel, il associe Gago, Simplicio et Pjanic dans l’entrejeu derrière un trio Totti, Bojan, Lamela : Stekelenburg (24) – Taddei (11), Kjaer (44), Heinze (5), Angel (3) – Gago (19), Simplicio (30), Pjanic (15) – Totti (10), Bojan (14), Lamela (8).

Le plan de la Roma :

A l’instar de ses dernières sorties analysées ici (face à l’Udinese et face à Naples), la Juventus se présente face à la Roma en 3-5-2. Il est possible d’expliquer ce choix de Conte en s’arrêtant simplement sur les habitudes de la Roma. Comme l’Udinese et Naples, la formation de Luis Enrique a besoin de l’apport offensif des latéraux sur les extérieurs pour créer des décalages. En opposant un 3-5-2, Antonio Conte peut bloquer les couloirs avec Estigarribia et Lichtsteiner tout en conservant deux lignes de trois bien compactes pour densifier l’axe (trois défenseurs et trois milieux axiaux). Cette Juventus, la Roma décide d’aller la chercher le plus haut possible.

Ainsi, les trois attaquants romains s’opposent aux trois défenseurs pour couper la relation entre eux et les milieux relayeurs que sont Morrone et Giaccherini. De son côté, Pjanic sort du triangle du milieu de terrain pour aller chercher Pirlo même lorsque celui-ci décroche à hauteur de ses défenseurs (voir ci-dessus). Dans son dos, Morrone et Giaccherini sont pris en individuelle par Gago et Simplicio. Sur les côtés, Taddei et Angel mettent eux la pression sur Estigarribia ou Lichtsteiner lorsque ceux-ci sont servis. Derrière, c’est du coup un deux-contre-deux qui se joue entre Kjaer-Heinze et Del Piero-Borriello.

Ces marquages bien définis (ci-dessous, en rouge) permettent à la Roma de s’installer au milieu de terrain et de donner l’impression de dominer territorialement. La Juve a notamment du mal à exister sur les côtés où Lichtsteiner et Estigarribia sont pour le moment bien bloqués par les deux latéraux romains. Mais les difficultés sont immédiates dès lors que la Juventus décide de sauter le milieu de terrain.

L’ouverture du score est un modèle d’exemple. La première ligne de la Roma, censé gêner la relance des défenseurs, n’est pas en place. Barzagli adresse une passe qui transperce le premier rideau pour arriver dans la zone des défenseurs romains (Del Piero – Kjaer). Ce dernier est aspiré par le décrochage de Del Piero (flèche noire et trait blanc). Plus personne ne couvre dans son dos et Giaccherrini prend de vitesse Simplicio pour filer au but et ouvrir le score. Le but du break fait payer une deuxième fois à la Roma le manque de protection de sa ligne défensive. Borriello et Del Piero se retrouvent dans la zone de Kjaer. Le recul du défenseur donne ensuite assez de temps à Del Piero pour ajuster Stekelenburg.

Aux alentours de la demi-heure de jeu, la Roma opère quelques retouches en défense. Plutôt que de poursuivre leur pressing sur Lichtsteiner et Estigarribia -ils commencent en plus à perdre des duels qui ouvrent les couloirs aux deux excentrés turinois-, Taddei et Angel diminuent les distances avec leurs défenseurs centraux. Résultat, la ligne défensive se resserre et les deux-contre-deux (attaquants contre stoppeurs) sont moins nombreux. Néanmoins, cela libère aussi la Juve dans l’entrejeu… Et les latéraux sur les extérieurs. Ainsi, Morrone est tout près d’offrir le 3-0 à Estigarribia sur une passe qui le décale côté gauche.

Gestion turinoise :

En plus de fermer correctement les côtés, zones où les dépassements de fonction se font habituellement côté romain, la Juve oppose elle aussi un gros pressing sur la relance adverse en début de partie. Del Piero et Borriello le mènent en pointe et sont suivis par le reste du bloc turinois, bien concentré dans l’axe.

En se positionnant de la sorte, le but est évidemment de couper la relation entre défensifs et créateurs et, pourquoi pas, d’enfermer ensuite la Roma sur un côté au cas où elle passerait via ses latéraux pour remonter les ballons. Cette présence des Turinois (six joueurs de champ ci-dessus) dans le camp adverse pousse la Roma à forcer ses relances en sautant les relais que pourraient offrir ses milieux de terrain, excepté Pjanic, trouvé entre les lignes sur de trop rares occasions.

Sauf qu’à l’inverse de la Roma qui se retrouve à négocier des situations en égalité numérique, la Juve assure à la retombée des ballons : ce sont des cinq contre trois qui se jouent en sa faveur avec, en plus, la domination dans les duels des physiques de Chiellini, Barzagli et Bonucci face à ceux de Totti, Lamela et Bojan. Au final, la Roma n’est dangereuse que sur des attaques rapidement menées -lorsque Pjanic est trouvé en relais pour servir ses attaquants-, sur coups de pied arrêtés ou sur des tentatives lointaines (Gago, Pjanic), la Juve se repliant dans ses 30 mètres lorsque la Roma est en phase de construction dans le camp adverse.

Entre la 30ème et la 60ème minute, la Juventus relâche son pressing -l’effet du break sans doute- et permet à la Roma d’initier quelques mouvements intéressants dans le camp adverse. Ainsi, en possession du ballon, elle passe du 3-4-3 avec Gago qui se glisse entre les deux défenseurs centraux et les latéraux qui montent dans l’entrejeu au 2-5-3 lorsque l’Argentin remonte d’une ligne pour rejoindre ses milieux et créer le surnombre face au milieu de terrain turinois.

L’apport des latéraux dans les couloirs permet à la Roma de tenir le ballon dans le camp adverse tout en faisant courir le milieu à trois de la Juve. Mais si la possession est assurée à 40 mètres des buts de Storari, la circulation se complique dès lors que la Roma doit rentrer dans les 25 derniers. La bonne fermeture des couloirs et le manque de poids devant (Lamela et Bojan trop légers, Totti limité même s’il obtient des fautes) empêchent les Romains de former des triangles (attaquant, relayeur, latéral) qui aurait pu aboutir à des décalages dangereux. D’où les tirs lointains de Pjanic ou Gago…

Le deuxième acte repart sur ses mêmes bases. La Roma tient le ballon mais ne parvient pas à inquiéter Storari et la défense turinoise. Devant, la Juve procède désormais en contre-attaque grâce aux projections de Giaccherini au coeur du jeu ou de Estigarribia sur le flanc gauche. Dominateurs face à Taddei, le Paraguayen terminera la rencontre en véritable milieu excentré, la Juve passant à plusieurs reprises du 3-5-2 au 4-4-2 avant de conserver ce schéma en fin de partie après l’expulsion de Lamela, qui mettra un terme à tout suspense avant que la Vieille Dame n’enfonce le clou dans les arrêts de jeu sur un csc de Kjaer.

Conclusion :

Malgré son récent renouveau, la Roma est encore très loin du niveau de la Juventus, qui affiche un niveau impressionnant et sera certainement à surveiller la saison prochaine en Coupe d’Europe. S’ils ont fait illusion en tenant beaucoup le ballon dans l’entrejeu, les Romains ont cruellement manqué de solutions offensives pour déstabiliser une défense turinoise parfaitement en place. Et surtout, leurs défenseurs ont souffert dans les duels. Et quand l’organisation de l’équipe crée des situations d’égalité numérique derrière, les défenseurs n’ont normalement pas le droit de se manquer…

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5 réponses

  1. samirhenry dit :

    Très bonne analyse tactique (comme d’habitude), sur le premier but, je trouve la Roma trop naïve (Kajer éliminé par le décrochage de del piero, simplicio dépassé par la vitesse de Giaccherini, pas de couverture de Tadei -pas un vrais latéral), le second but del piero négocie a merveille une situation d’égalité numérique (ou presque), après les carottes sont cuites.

    Juste un truc cher chroniqueur, avec la composante de la Roma, croyez vous que le 4-3-3 est le schéma le plus adéquat pour tirer le maximum de cet effectif (il est vrais un peu moyen) ??

  2. The teacha dit :

    Pour défendre la Roma, il est vrai que Taddei n’est pas du tout un défenseur droit et qu’il a dépanné et ca c’est vu sur certaines actions et que l’absence de De Rossi qui est l’un des meilleurs milieux defensifs de la planète n’aide pas beaucoup non plus.
    Luis Enrique fait du bon travail malgré les critiques de debut de saison mais j’espere qu’il comprend qu’on ne peut pas faire du barca partout. Lui qu’est issu de la Masia et qui a voulu emmener le style barca a la Roma, il lui faudra des annees pour importer ca si on lui en laisse le pouvoir.Désolé de sortir pour une fois du sujet mais je pense juste qu’il faudra recompenser Pep que lorsqu’il gagnera avec d’autres clubs que le Barca pour voir sa vraie valeur d’entraineur.
    Sinon bonne analyse tactique.

  3. Concernant le schéma de jeu de la Roma, je pense qu’il ne faut pas tirer de conclusions hâtives par rapport au match d’hier et le remettre en question. L’équipe était trop légère, en attaque et en défense pour tenir tête à la Juve. Kjaer, Bojan, Lamela qui apprend encore, c’était léger. Et Simplicio notamment est passé à côté. Bref, Luis Enrique est encore en phase de test. Reste à savoir si les dirigeants auront le temps de lui offrir un second mercato pour ajuster tout ça l’été prochain. En attendant, l’équipe accrochera peut-être une place en Ligue Europa.

  4. LTournier dit :

    Bonjour,

    belle analyse en effet.
    Sinon, cela ne vous intéresse-t-il pas d’utiliser nos outils pour présenter votre analyse ?
    Vous pouvez les publier sous forme vidéos, et même en vraie 3D dans votre page web.

    Sportivement,

  5. Pour tout partenariat de ce genre, merci d’utiliser le formulaire de contact ;)

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