Juventus 3-0 AS Rome, l’analyse tactique

La Serie A attendait cette affiche depuis plusieurs mois, elle a rapidement tourné à sens unique. Malgré de belles ambitions en début de partie, l’AS Rome s’est heurté à une Juve impressionnante de maîtrise en défense et de sang-froid en attaque. Répondant par un but à un premier quart d’heure romain, les Turinois ont contrôlé le reste de la rencontre, s’autorisant une deuxième mi-temps tranquille grâce à un break réalisé juste après la pause.

Opposition tactique : 

Au coup d’envoi, aucune absence n’est à déplorer. D’un côté comme de l’autre, Rudi Garcia et Antonio Conte peuvent compter sur leurs équipes-types. La Juventus est dans son 3-5-2 habituel avec la paire Tevez-Llorente en pointe (Buffon ; Barzagli, Bonucci, Chiellini – Lichtsteiner, Vidal, Pirlo, Pogba, Asamoah – Llorente, Tevez). La Roma est elle en 4-3-3 ; à noter la présence de Ljajic en attaque, préféré à Florenzi qui se retrouve sur le banc de touche (De Sanctis – Maicon, Benatia, Castan, Dodo – De Rossi, Strootman, Pjanic – Ljajic, Totti, Gervinho). Les premières minutes de jeu permettront d’expliquer rapidement ce choix de Rudi Garcia.

Mais face à l’inamovible système de la Juve, la question initiale concerne l’approche tactique de la Roma : attendre dans son camp ou aller chercher son adversaire dès la relance. Le début de partie permet de constater que la Louve a décidé de se montrer conquérante, envoyant ses ailiers au pressing face à Chiellini et Barzagli au lieu de les faire défendre face aux latéraux bianconeris. Gervinho et Ljajic encadrent ainsi Totti, qui alterne son pressing entre Pirlo et Bonucci. Lorsqu’il sort sur ce dernier, l’un des milieux (Pjanic, Strootman) compense son déplacement en montant d’un cran pour conserver une présence dans la zone du regista de la Juve.

Totti sort au pressing sur Barzagli et est accompagné de Gervinho et Ljajic qui laissent Asamoah et Lichtsteiner libres dans leur dos. Dans l'axe, Pjanic sort en pointe du milieu de terrain pour ne pas laisser Pirlo sans surveillance.

Totti sort au pressing sur Barzagli et est accompagné de Gervinho et Ljajic qui laissent Asamoah et Lichtsteiner libres dans leur dos. Dans l’axe, Pjanic sort en pointe du milieu de terrain pour ne pas laisser Pirlo sans surveillance.

La Roma tient le ballon : 

Ce travail sur la relance de la Juve permet à la Roma de prendre la main durant le premier quart d’heure : forçant les Bianconeri à jouer long, les Romains récupèrent la majorité des ballons dans leur moitié de terrain (Tevez, Castan et De Rossi prennent la mesure de Tevez et Llorente dans les airs) et peuvent ensuite poser le jeu au milieu. En décrochant entre Castan et Benatia, De Rossi empêche la pression de Tevez et Llorente sur les deux centraux. Les deux attaquants de la Juve se replient dans leur camp, et complète un bloc très compact organisé, comme d’habitude, en 5-3-2. Comme d’habitude, Lichtsteiner et Asamoah sont appelés à quitter l’alignement défensif lorsque cela est nécessaire (latéral adverse sans adversaire direct).

Les trois relanceurs de la Roma recherchent en priorité Pjanic et Strootman qui se rendent disponibles dans l’entrejeu. Normalement opposés à Pogba et Vidal, les deux hommes sont très mobiles et n’hésitent pas à permuter pour perturber les marquages adverses. Mais c’est surtout la disponibilité de Ljajic et Totti qui fait la différence dans l’entrejeu. Les deux attaquants redescendent eux aussi au milieu de terrain afin de créer le surnombre face aux trois milieux turinois, assurant ainsi à la Roma la possession du ballon. Avec autant de solutions dans l’axe, les Romains peuvent aussi s’appuyer sur les côtés avec les montées de Dodo et Maicon.

Au milieu de terrain, la Roma s’appuie sur deux surnombres pour monopoliser le ballon : De Rossi, Castan et Benatia face à Tevez et Llorente, Pjanic, Strootman, Totti et Ljajic face à Pirlo, Pogba et Vidal. Cet avantage du nombre lui permet d’éviter le pressing adverse la plupart du temps, le porteur de balle ayant aussi la possibilité d’écarter le jeu avec Dodo et Maicon.

Efficace pour éviter la pression du milieu turinois, la nécessité d’avoir Totti et Ljajic à la construction limite en revanche les solutions dans les 25 derniers mètres. Seul Gervinho pèse sur la défense, mais peine à faire la différence en un-contre-un. Avec une ligne de cinq, il est aisé de compenser l’élimination d’un latéral. Exceptés quelques minutions sur coups de pied arrêtés (aucune dangereuse pour Buffon), la Roma n’arrive pas à approcher les buts adverses. Pjanic et Dodo tentent leur chance de loin, sans succès.

Les combinaisons dans des petits périmètres, initiées par Maicon ou l’ancien Lyonnais et relayées par Totti ou Ljajic dans l’axe, butent sur une défense adverse qui a tout le temps d’anticiper et de se positionner, les relais romains étant loin de leur zone (puisqu’ils sont dans la zone des milieux de terrain).

S'ils permettent de contrôler le ballon, les décrochages de Totti et Ljajic facilitent aussi la tâche des défenseurs turinois. Ici, le ballon ressort de la gauche et va vers la droite. Mais Maicon, complètement seul, n'a qu'une seule solution devant lui (Gervinho) pour entrer dans les 30 derniers mètres. Une situation facilement contrôlable pour Chiellini, Asamoah et Pogba, qui peuvent même contenir le démarrage de Pjanic depuis le milieu de terrain.

S’ils permettent de contrôler le ballon, les décrochages de Totti et Ljajic facilitent donc la tâche des défenseurs turinois. Le ballon est monopolisé mais les solutions manquent dans le dernier tiers du terrain. Ici Maicon, complètement seul, n’aurait qu’une seule solution devant lui (Gervinho) pour entrer dans les 30 derniers mètres. Une situation aisée à contrôler pour Chiellini, Asamoah et Pogba, qui peuvent même contenir un démarrage de Pjanic depuis le milieu de terrain.

La Juve exploite les couloirs : 

En place dans sa moitié de terrain, la Juve patiente et attend le bon moment pour ressortir. Si Tevez et Llorente manquent de soutien sur les longs ballons de leurs défenseurs, la donne change dès lors que le ballon leur arrive au sol. En d’autres termes, dès que la relance de la Juve parvient à approcher la ligne médiane pour jouer à ras de terre, les deux hommes prennent le dessus sur leurs adversaires directs. Joueurs « oubliés » par le pressing romain, Asamoah et surtout Lichtsteiner deviennent les relais privilégiés pour effectuer cette transition.

Si le Suisse est très en vue, c’est en raison du comportement de Vidal au milieu de terrain. A l’inverse de Pogba qui est la deuxième rampe de lancement de la Juve avec Pirlo, le Chilien n’hésite pas à évoluer très haut dès la phase de relance. En se rapprochant de Tevez et Llorente, il devient une menace pour la défense romaine et notamment Dodo, qui peut être pris dans son dos s’il décide de sortir bloquer le couloir face à Lichtsteiner. Par ailleurs, le travail de Pjanic sur Pirlo – lorsque Totti est au pressing sur Barzagli – crée déjà un décalage dans cette partie du terrain.

Bref, sitôt que la Juve parvient à se défaire du pressing des Romains, les problèmes commencent pour leurs défenses. Les ballons remontent via les côtés et arrivent jusqu’à la ligne médiane. De là, en fonction du repli des Giallorossi, le jeu peut revenir dans l’axe sur Pirlo (ex : si Pjanic l’abandonne pour bloquer le couloir face à Lichtsteiner) ou partir en profondeur à partir des latéraux (ex : si personne ne sort sur Lichtsteiner, celui-ci s’avance jusqu’à trouver ses attaquants). Tevez et Llorente évoluent à tour de rôle en tant que point d’appui, dos au but, et prennent le dessus Castan et Benatia dans les duels au sol. Démarrant de la droite, la Juve peut aussi finir à gauche avec les montées de Pogba et Asamoah.

Une fois la première ligne de la Roma franchie, la Juve trouve facilement des espaces. Le positionnement de Vidal côté droit fixe Dodo, ce qui oblige Strootman à se décaler pour bloquer Lichtsteiner... Pirlo se retrouve sans adversaire direct, alors que Totti est en retard dans son repli.

Une fois la première ligne de la Roma franchie, la Juve trouve facilement des espaces. Le positionnement de Vidal côté droit fixe Dodo, ce qui oblige Strootman à se décaler pour bloquer Lichtsteiner… Pirlo se retrouve sans adversaire direct, alors que Totti est en retard dans son repli.

Pour remédier à ce problème, il aurait soit fallu que la Roma s’appuie sur un marquage serré des latéraux turinois en envoyant Maicon et Dodo très haut pour stopper Lichtsteiner et Asamoah avant qu’ils ne puissent contrôler le ballon. Le risque aurait été de voir le reste de la défense à trois contre trois derrière : Castan pour fermer le couloir face à Vidal et De Rossi-Benatia en un-contre-un face à Tevez et Llorente. Au bout de quelques minutes, la première ligne romaine recule : Totti se concentre sur le marquage de Pirlo afin d’éviter que ce dernier se retrouve seul dans le rond central (voir ci-dessus). Mais ce repli défensif permet à Barzagli, Bonucci et Chiellini d’avancer pour eux-mêmes effectuer les premières passes dans le camp romain.

Il ne suffit que de quelques minutes à la Juve pour trouver la faille dans la défense adverse et prendre l’avantage. Sur une remise en jeu, le ballon ressort du fameux couloir droit. Servi dans la surface, Tevez fait une nouvelle fois la différence face à Castan et parvient à servir Vidal dans l’espace. Malgré l’angle fermé, le milieu turinois trompe De Sanctis (1-0, 17e). Preuve des difficultés de la Roma dans les couloirs, Rudi Garcia demandera un peu plus tard dans la rencontre à ses joueurs de mettre plus de pression sur Lichtsteiner et Asamoah lorsque ces derniers récupèrent le ballon dans l’entrejeu.

A l'origine du but de la Juve : une remise en jeu et un ballon qui sort de l'aile droite pour Tevez, au duel avec Castan. L'Argentin résiste à son adversaire direct et sert Vidal, qui fausse compagnie à Pjanic pour finir dans les 6 mètres.

A l’origine du but de la Juve : une remise en jeu et un ballon qui sort de l’aile droite pour Tevez, au duel avec Castan. L’Argentin résiste à son adversaire direct et sert Vidal, qui fausse compagnie à Pjanic pour finir dans les 6 mètres.

Deuxième mi-temps : 

Malheureusement pour le spectacle, le match vire très rapidement en faveur de la Juve après la pause. Les problèmes de la Roma sont les mêmes que durant le premier acte et le break est fait dès la 48ème minute (coup-franc de Pirlo, repris par Bonucci). A 2-0, la Juve continue de contrôler alors que la Roma tente d’aller plus vite de l’avant : au lieu d’attendre la faille dans l’axe, les Romains écartent le jeu beaucoup plus rapidement De Rossi se chargeant de servir Maicon ou Dodo, Pjanic et Strootman évoluent plus haut et offrent des solutions supplémentaires aux latéraux qui se retrouvent à la base des actions dans le camp adverse.

Mais à ces approches, la Juve répond par une cohésion sans faille. Alors que Vidal et Pogba s’excentrent pour bloquer les latéraux adverse, Tevez et Llorente se replient afin de bloquer les brèches à l’intérieur (et les projections de Pjanic et Strootman). Le score en leur faveur, les Turinois n’ont plus qu’à patienter et attendre la fin du match. Le changement tactique opéré par Rudi Garcia ne change rien : le passage en 4-2-3-1 ne peut pas grand chose face à la solidarité turinoise. La relance est même plus ardue puisque Vidal et Pogba n’hésitent plus désormais à sortir sur De Rossi et Strootman au milieu de terrain, laissant Pirlo et leurs défenseurs avec l’avantage du nombre en couverture (six contre quatre).

Les expulsions de De Rossi et Castan en l’espace d’une minute mettent fin à l’affrontement. Plus forte collectivement, plus forte dans les duels (Tevez face à Castan et Benatia notamment), la Juve l’emporte logiquement, en ayant privilégié la maîtrise tactique à la possession de balle. Avec désormais 8 points d’avance sur son dauphin, elle peut envisager 2014 sereinement (et regretter ses erreurs durant la phase de poules de Ligue des Champions). La Roma, quant à elle, n’a pas démérité mais a tout simplement buté sur plus forte qu’elle.

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. tutto bene dit :

    Merci pour l’analyse.
    Oui la juve était mieux en place et sa tactique défensive a payé.

    Reste que les 2 premiers buts sont largement évitables et ne viennent pas à proprement parler de phases de jeu construites.

    Dommage donc pour la Roma d’avoir encaissé ce goal évitable après 16′, car la juve n’aurait pu se permettre de défendre à 11 tout le match, ce qui aurait laissé des espaces pour totti et de la profondeur aux ailiers.

    Personnelement j’ai espéré voir la Roma revenir lorsque Destro est venu avec le 4231, parce que la roma avait tjs la main mise sur la possession et que ce point de fixation libérait un peu totti et le jeu court avec gervinho et ljajic.

    Dommage que de rossi ait pété un cable…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *